Collage du papier A la main avee la gélatine
Ce collage diffère complètement du collage à la résine : il se fait généralement à la main et non avec un savon résineux, mais au moyen de la gélatine ou de la colle forte.
La colle est préparée avec des peaux de lièvres et de lapins tondues, ou avec des peaux d'anguilles, des parchemins, ou des pieds de moutons ou de chèvres (*). Ces matières hydratées, la* vées, trempées dans Teau de chaux et complètement rincées dans de Teau acidulée, puis dans l'eau pure pendant deux jours, sont ensuite maintenues en ébullition dans Teau assez longtemps pour obtenir en dissolution la matière qui a pu se convertir en gélatine par Teau bouillante.
On emploie 8 à 10 parties d'eau pour 1 de matière. L* ébullition est doucement soutenue durant six heures, pendant les* quelles on saupoudre un peu de chaux au tamis afin d'enlever la graisse à l'état d'écume de savon calcaire. Lorsqu'une goutte de liquide se prend en gelée sur une soucoupe de porcelaine froide^ k colle est préparée : 100 kilogr. de cette gelée et 2 ou 3 kilogr. d'alun suffisent pour une cuve. On peut au reste se procurer dans le commerce de la gélatine sèche en feuilles minces, que Ton fait hydrater pendant deux ou trois heures dans Teau froide, puis
{*) Les débris ou rognures de peaux et les tendons proTenant des veaux, employés à l'état frais, donneraient une colle ou gélatine plus blanche encore que les matières ci-dessus indiquées.
COLLAGE A LA GELATINE. 647
dissoudre dans de l'eau bouillante. En tout cas, on ajoute de Talunà la solution gélatineuse dans la proportion du ûeiVdu poids de la gélatine sèche. L'addition de ce sel a pour but de rendre la colle sinon imputrescible, du moins plus résistante aux réactions spontanées et moins soluble.
6 à 8 kilogr. de gélatine et 2 ou 3 kilogr. d*alun dissous dans 100 litres d'eau forment une solution convenable pour coller le papier d'une cuve. On a soin de maintenir la colle à une température de 25® environ, afin de lui conserver une fluidité convenable. Pour coller le papier, on plonge les feuilles par poignées en écartant les feuilles dans le liquide ; on les étend séparées sur des cordes tendues entre des bâtis que Ion élève graduellement à l'aide de poulies, puis on les laisse sécher lentement.
La dessiccation doit être bien conduite pour obtenir un bon collage; elle doit être graduée et lente, sans cependant durer assez de temps pour que la décomposition spontanée de la gélatine ait lieu. Cet accident arrive parfois en été, surtout dans les temps humides et orageux : la colle se couvre de moisissures, devient alors liquide, perd ses qualités adhésives, et le collage est manqué. Si la dessiccation est trop rapide, la colle reste disséminée dans toute Tépaisseur du papier; si, au contraire, le séchage s'effectue avec une lenteur convenable, Thumidité contenue dans la feuille de papier arrive successivement à la surface, entraînant la gélatine qui vient former une couche superficielle imperméable. On modère le séchage à Taide des persiennes ordinaires^ dont les ouvertures se règlent à volonté. On comprend que la dessiccation lente permet à la solution gélatineuse de venir à la superficie, au fur et à mesure de Tévaporation de Teau, et qu'alors la plus grande partie de la gélatine, réunie à la surface, la rend imperméable, tandis qu'un séchage trop prompt la laisserait disséminée dans toute l'épaisseur : telle est la théorie simple que j'ai donnée de ce collage et qui est adoptée maintenant.
Il est facile de s'assurer que le papier n'est collé qu'à la superficie en le grattant et passant un trait à l'encre sur la partie entamée : le papier collé à la gélatine absorbera le liquide, tandis que le trait restera net sur un papier mécanique collé à la résine dans toute son épaisseur.