EXTRACTION DU SUCRR PAR DIFFUSION
Il paraît que chez M. Robert, àSeelowitz,le traitement de ces jus (de diffusion tiède) par le procédé de défécation trouble et de double carbonatation de MM. Perier et Possoz a donné de bons résultats [i^oy. plus haut la description de ce prçcédé).
Le même système de macération entre 50 et 37* paraît avoir donné des résultats favorables durant la dernière campagne, en essayant de l'appliquer aux cannes à sucre (dans une usine aux Indes orientales), et Ton assure, sans avoir encore établi une comparaison précise, que la quantité de force mécanique dépensée pour découper les tiges ligneuses de cette graminée en tranches très-minces, serait moindre que la force nécessaire pour écraser les cannes avec les presses usuelles à cylindres et que le jus serait plus pur {voy. dans le chapitre suivant la structure, la composition et le traitement des cannes à sucre (*).
cédé d*extractiou du jus par diffusioa a été défavorablement jugé dans la réunion des fabricants de sucre du ZoUvereiu.
(*) Dernier perfectionnement en 1867. — Au moment où cette feuille revue allait dire livrée au tirage, une communication de M. Cbamponnois m'annonce un procédé dVxtraction du sucre des betteraves essayé avec succès dans le laboratoire. Ce procédé nouveau, remarquable au double point de vue théorique et pratique, consiste k mélanger au sortir de la râpe (ou dans la râpe à denture interne), avec la pulpe, chaufTée k 70® par un jet de vapeur, le sirop extrait de la V^ cristallisation étendu à W^ du densimètre (1,040, poids spécifique), chauffé lui-même k 70*.
Ce mélange, en contact 6 à 10 minutes (en fabrique, dans un cylindre à vis d'Arcbimède), est soumis à la pression, et le jus extrait, traité par le procédé Perier et Possoz, il donne une cristallisation semblable à la première, dont le sirop d'égouttage retourne, comme la première fois, à la râpe. Une série de sept opérations consécutives semblables a donné la septième fois une cristallisation aussi abondante que la première.
Voici la théorie très-probable de cette métliode (offrant beaucoup d'analogie avec le SYStème, eu grande application, du même auteur, pour extraire des betteraves les jus sucrés k distiller ; voj, le chapitre Alcool) : la température de 70®, en présence des sels du sirop, coagule une partie des matières albuminoïdes dans les cellules, dont les membranes devenues plus perméables absorbent en plus fortes proportions les sels dissous que le sucre ; celui-ci prédomine alors dans le jus extrait par la pression. On comprend que si ces effets d'endosmose sont assez énergiques, le jus débarrassé à la râpe des substances salines, cristalliserait indéfiniment avec une égale abondance, et que les pulpes pressées seraient alimentaires pour les animaux, comme dans le procédé de distillation. Mais en supposant qu*après 8 ou 9 opérations il convînt de séparer les sirops pour les traiter comme à l'ordinaire, et de recommencer la série, on aurait diminué la proportion de mélasse des 0,8 environ, tout en obtenant plus de sucre, et on aurait diminué la dépense du matériel. L'application en grand , dans la campagne qui commence , pourra seule donner la solution pratique de cette importante question.
CAKNE A SUCRE. 341
I. SDCRE DE CANNE; CDLTURB DE LA CANNE A SUCRE. — 2. STRUCTURE INTERNE ET COMPOSITION DE LA CANNE A SDCRE. — 3. PROCÉDÉS DIVERS D'EXTRACTION DO SDCRE DE CANNE. — 4. NOUVEAUX APPAREILS INTRODUITS DANS LES SUCRERIES COLONIALES.
i. Snere de eannei culture de la canne ft sucre.
La canne à sucre {Saccharum officinarum^ Graminée) contient plus de sucre et moins de matières étrangères que toutes les autres plantes saccharifères ; parvenue à Tétat de maturité convenable, elle renferme 90 pour 100 de jus marquant de 8 à 14* à Taréomètre Baume, ce qui représente 12 à 22 pour 100 de sucre cristallisable. L'extraction du sucre de la canne remonte aux temps les plus reculés ; mais les procédés employés sont encore dans quelques localités tellement défectueux, que Ton retire à peine 5 à 6 pour 100 de sucre sur les 1 8 qu'elle peut contenir. Depuis quelques années, les perfectionnements apportés dans l'extraction da sucre de betterave s'introduisent aux colonies.
La canne à sucre est originaire de Tlnde et de la Chine ; les habitants de ces contrées ont les premiers fait usage de son jus comme d'une boisson sucrée et sont parvenus à en extraire du sirop et du sucre cristallisé. Cette plante saccharifère ne donne d*abondants produits que dans les pays chauds f }. Les meilleures variétés sont désignées sous, les noms de canne d'0-Taïti, de Batavia, violette à rubans et violette de Java. La canne exige une terre meuble, riche, ou des engrais en quantité sufGsante, et exempts d'un excès de sels minéraux, qui augmentent la proportion de mélasse dans les produits du traitement du jus. Les fumiers sont insuffisants dans les pays où on cultive la
assujetties à des difficultés accidentelles, la température n*étant pas assez élerée pour que la plante vienne à maturité. Aussi le jus est-il plus faible : il marque 5 à ] 0® au plus et il est moins sucré qu*aux Antilles et dans riûde ; la canne de Bourbon et la canne a rubans rouges y sont préférées.
Malgré ces circonstances défavorables, la grande étendue de terres disponibles et la fertilité naturelle du sol ont permis de donner une extension contidérable à la production du sucre dans cette contrée. Fojr, ci-dessus, p. 256.
canne ; aussi s*est-on décidé, depuis la propagation des théories françaises sur la nutrition des plantes, à faire venir d'Europe des engrais riches en matières animales et phosphates : le sang desséché, la chair musculaire, la laine en poudre et le noir d*os. On emploie à cet usage, depuis la même époque, les morues détériorées et divers débris de poissons, que Ton divise entre des cylindres et que Ton enterre au pied des touffes de cannes. Enfin on fait un usage profitable ( quelquefois trop exclusif) du guano, qui active la végétation, mais ne peut isolément rendre au sol tous les éléments que la canne lui enlève chaque année. [f^oy. a la fin du volume le chapitre Engrais.)
L'application du sang, dans les colonies, a donné lien à un singulier incident : les rats, trouvant an pied des cannes un aliment de leur goût, sont venus l'y chercher au détriment des plantes, que non-seulement ils privaient de leur engrais, mais dont ils déchaussaient les racines. On a pu éviter cet inconvénient en mélangeant le sang avec du poussier de charbon et de la suie. On emploie environ 3 ou 400 kilogr. de cet engrais par hectare.
Dans quelques localités, sous des climats très-chauds, on pourrait propager, dit-on, les cannes par graines ; mais trèsgénéralement on établit les plantations à l'aide de boutures placées, sous un angle de 4ô^ avec lliorizon, dans de petites fosses, dites mortaises, ayant 50 centimètres de longueur, 25 centimètres de largeur et 1 8 centimètres de profondeur, que Ton remplit de terre meuble humide.
La figure 246 montre une de ces boutures, de laquelle partent plusieurs tiges, qui s'enracinent dans le sol et se développent au-dessus. La figure 247 indique les premiers développements des tiges et feuilles engainantes ; les tiges, graduellement développées, lisses, articulées, perdent successivement leurs feuilles à partir du bas ou dans Tordre de leur formation. La figure 248 montre une canne parvenue aux | ou | de sa croissance ; la tige peut atteindre une hauteur de 2 à 4 mètres, et un diamètre moyen de 35 à 45 millimètres ; les plus grandes feuilles ont de 1"" à 1", 35 de longueur, 4 à 6 centimètres de largeur ; striées longitudinalement , soutenues par leur forte nervure médiane blanchâtre, elles sont glabres, vertes ou d'un vert jaunâtre, rudes sur leurs bords. Au bout de douze ou quinze mois, suivant que les cannes viennent de rejetons ou de boutures, et que le terrain et le climat sont plus ou moins favorables, l'époque de la florai-
Fig.249.
Fig. 248.
hlg, 252.
son arrive et un jet allongé se produit au sommet (fig. 249]. C'est à la partie supérieure de ce jet, appelé flèche aux colonies,
que les fleurs se montrent sous forme d*une belle panicule argentée.
Les cannes, souvent, ne fleurissent pas, à plus forte raison ne peuvent-elles donner de graines; mais répoque de leur maturité, au point de vue de Textraction du sucre , se reconnaît lorsque les lîges, dans presque toute leur hauteur, ont acquis une teinte jaunâtre encore verte à Textrémité supérieure. Les figures 250, 251 el 252 indiquent des tronçons de cannes vers Tépoque de la maturité. Les nœuds sont distants de 8 à 1 2 centimètres ; le tissu étant beaucoup plus serré dans les nœuds, on obtient d'autant plus de suc, plus pur et avec d'autant moins de force mécanique, que les nœuds sont plus écartés.
La figure 251 montre un de ces tronçons coupé longitudinalement en deux parties : on voit un grand nombre de filets parallèles qui, dans la coupe perpendiculaire à Taxe (fig. 251), offrent autant de points durs très-rapprochés vers Tépiderme, et graduellement plus écartés de la périphérie à Taxe de la tige. La figure 253 montre, par des dimensions agrandies, la disposition de ces filets résistants (plus '^"-^^;,.;^ visibles encore figure 254], au
milieu d'un tissu cellulcux de consistance médullaire. Ces sortes de filets sont formés chacun d'un faisceau de tubes ou vaisseaux protégés par des fibres ligneuses qui les entourent, composant par leur juxtaposition deux demi-
Fig. 253.
Fig. 254.
cylindres creux. La vue en coupe suivant Taxe, et perpendiculaire à Taxe d'un de ces filets et du tissu cellulaire qui Tentoure, donne, par un grossissement de 800 diamètres (pi. XXXIV, p. 610], une idée exacte de la structure, telle que je Tai observée au microscope, des tiges des cannes et du siège du sucre dans ces tiges.
L analyse démontre dans la canne divers principes immédiats azotés et non azotés, des phosphates de magnésie et de chaux, des sels alcalins, de la silice et une très-petite quantité d'huile essentielle à odeur agréable, qui permet de distinguer facilement les sacres de canne de ceux de betterave, lorsqu'ils sont à Tétat brut. Cette dernière circonstance favorise la consommation d*une partie du sucre des colonies à Tétat de cassonade et de la mélasse, directement et dans plusieurs préparations alimentaires, tandis que Fhuile essentielle, douée d'une odenr désagréable dans la betterave, s'oppose à la consommation directe du sucre brut et des mélasses extraits de cette racine.