Sel gemme et raffinage dm sel
Le sel extrait du puits de la mine est déposé sur un wagon qui le porte vers un atelier où des femmes et des enfants le con-
cassent, afin de trier les fragments incolores et de mettre à pan, d'un autre côté, les morceaux terreux colorés en brun ou en gris rougeàtre.
Ce sel impur est placé dans des bassins (garnis de faux fonds criblés de trous) et remplis avec l'eau extraite des cavités de la mine (*). Cette eau, déjà plus ou moins salée, marquant de 18 à 20', se sature de sel. Sa densité s* élève alors à 25° Baume. On a préalablement clarifié les eaux salées, à un étage supérieur, avec de l'hydrate de chaux, qui transforme le chlorure de magnésium en chlorure de calcium, et laisse déposer la magnésie. Alors une addition de sulfate de soude' dans la solution tirée au clair, réagissant à chaud sur le chlorure de calcium, produit du sulfate de chaux qui se dépose ou se sépare durant le schlottage, et du chlorure de sodium qui s'ajoute au même sel dont la solution est déjà chargée.
Cette double décomposition élimine tout composé déliquescent et prévient l'action dissolvante de l'humidité de l'air sur le sel raffiné : elle garantit, en grande partie du moins, le fabricant et les entrepositaires contre les déchets assez considérables qu'éprouvent souvent les sels en magasin.
Les eaux à peu près saturées de sel et marquant 25 à 26° sont dirigées par un conduit dans les grandes chaudières, peu profondes (dites poêles), où elles subissent successivement les opérations suivantes :
Schlottage : il consiste à faire bouillir le liquide et à enlever, au moyen d'une drague, le premier sel déposé, mélange de sulfate de soude , sulfate de chaux et sel : quelquefois on préfère vider entièrement alors les 'bassins, les nettoyer et laisser déposer le liquide avant de le soumettre à l'évaporation.
On perfectionnerait sans doute cette opération en la pratiquant dans une chaudière spéciale contenant une capsule mobile destinée à recueillir les sels précipités par ébullition {yoy. la figure d'une chaudière de ce genre, plus loin, chapitre : Sels des varechs).
La solution saline épurée par le schlottage donne à volonté :
(*) On obtient directement parfois la solution presque saturée en faisant
arriver de l'eau par un tube qui descend dans la niasse de sel et retirant de la
même cavité par un tube concentrique plus profond, a l'aide d'une pompe, la
• solution graduellement plus dense à mesure que le sel s'y dissout en plus
fortes proportions. .
1° Du sel fin précipité pendant Yèbullition et recueilli dans la capsule mobile ci-dessus indiquée ou péché à la drague ;
2° Du sel gros , de 96 heures, obtenu par une évaporation tranquille, sans ébullition, dans les poêles ou grandes chaudières plates (*) : le liquide n'étant chauffé que de 80 à 90° cent.;
3° Au bout de 96 heures, on enlève le sel à la drague, on le met égoutter et Ton remplit la chaudière avec de nouvelles solutions schlottées et limpides.
On comprend qu'entre ces limites il soit facile d'obtenir du sel en cristaux plus ou moins volumineux, suivant que la température est moins ou plus élevée, et la durée de ï'évaporation plus ou moins longue.
4° On peut préparer du sel en trémies larges et légères, dites sel de Cambrai, en ajoutant 1 kilogr. d'alun à 2000 litres de solution schlottée et conduisant Ï'évaporation à 60 ou 66° de température, lentement et sans remuer le liquide» ou mieux encore, en évaporant par un courant d'air chaud qui pa^se sur le liquide et sous une voûte surbaissée;
5° Les mêmes dispositions donnent un sel compacte en gros cristaux, si l'on maintient pendant Ï'évaporation très-lente les cristaux au fond de la chaudière.
On voit que des chaudières en série à la suite les unes des autres donneront tous ces résultats sur un seul foyer : la première produisant le sel fin , les autres des sels de plus en plus gros.
Enfin on veut parfois fabriquer du sel gris imitant les sels de l'Ouest : il suffit de plonger quelques instants des cristaux moyens dans une solution de sel à 25°, où l'on tient en suspension de l'argile grisâtre délayée (**). .
La série des chaudières évaporatoires peut, avec avantage, être disposée comme dans l'appareil évaporatoire des sels de soude indiqué fig. 6, 6 bis et 7, pi. X. La chaudière K (fig. 6 bis et 7) entretenue à l'ébullition donne le sel fin : on le recueille facilement dans les parties latérales /, / qui offrent un repos relatif; car tout le mouvement rapide d'ébuilition se manifeste audessus du fond bombé, vers lequel rayonne la chaleur du foyer.
(*) Afin d'empêcher la réaction de l'eau salée sur la tôle des chaudières on change l'état électrique du métal en appliquant à l'intérieur des encoignures en zinc sur un centième au moins de la surface totale.
(**) Cette opération, pratiquée dans quelques salines de l'Est en vue de satisfaire les préjugés des consommateurs et d'accroître les débouchés, a parfois été considérée comme illicite.
On peut enlever le sel, soit à la drague, soit au moyen de trémies trouées qui se posent dans les deux fosses latérales / (fig. 7), que l'on enlève dès qu'elles se sont spontanément remplies, et qu'on laisse égoutter sur les bords de la chaudière.
Le sel péché à la drague est accumulé dans des espèces de trémies plates ou égôuttoirs o, munies d'un grillage qui laisse écouler l'eau mère dans la chaudière. Dans tous les cas, on fait dessécher le sel en l'étendant sur la sole d'une étuve chauffée par les cheminées traînantes de l'usine.