Origine, composition, état naturel
Le nom de cet alcali commercial est dérivé des mots anglais pot (pot, creuset) et ashes (cendres), parce que la solution alcaline extraite des cendres est, après évaporation, desséchée ou fondue dans des pots ou petites chaudières.
On sait, depuis les découvertes de Davy, de Gay-Lussac et de Thénard, que la potasse est composée de potassium uni à un équivalent d'oxygène. A l'état de pureté, cette base ne se rencontre nulle part dans la nature, tandis que combinée aux acides carbonique, silicique, sulfurique, azotique, oxalique, tartrique, etc., aussi bien que le potassium uni au chlore, elle se rencontre dans plusieurs terrains, dans les roches feldspathiques , dans les argiles, etc., dans plusieurs eaux naturelles, dans toutes les parties des végétaux , quoique en proportions différentes. C'est, en effet, dans le sol et dans les engrais que les plantes puisent les solutions des sels minéraux de chaux, de magnésie, de potasse et de soude , pour les accumuler dans leurs tissus après les avoir transformés, partiellement, en sels dont l'acide est produit dans l'organisme.
On comprend que par l'incinération les sels végétaux, à base de chaux, de magnésie, de potasse, de soude, dont l'acide organique est décomposable au feu (ainsi que les azotates sous les influences combinées de la température et de la combustion du charbon), se transforment en carbonates (*). Cette
(*) De là l'hypothèse admise assez généralement sur l'autorité de plusieurs chimistes {yojr. Analyses comparatives dés cendres, par P. Berthier, Mémoires de la Société impériale et centrale d'agriculture, 1854) qu'il n'y a pas de carbonate de chaux préexistant dans les plantes. J'ai démontré cependant que le carbonate de chaux préexiste en grande quantité dans les feuilles de la grande famille des Urticées, dont les botanistes ont fait cinq familles distinctes (r<y . le 2* Tolume).
transformation, en vue d'extraire le carbonate de potasse ou de soude [voy. plus haut, Soudes naturelles), s'opère industriellement au moyen de l'incinération des débris de diverses plantes.
fc. Extraction.
En Amérique, en Russie, en Toscane, cette opération a pris, depuis longues années, un développement très-considérable : de proche en proche , elle détruit les forêts dont le sol est ensuite consacré au défrichement et au labourage (*).
On livre à la combustion des arbres entiers en certaines localités, où l'abondance des bois est extrême; en d'autres lieux où les tiges et les gros troncs s'exploitent comme bois de travail , on n'emploie que les branchages, les arbustes, les plantes herbacées. Toutes ces matières combustibles s'utilisent parfois doublement : d'abord comme moyen de chauffage, et ensuite pour les cendres qu'elles laissent en résidu.
Lorsqu'on doit brûler à l'air les végétaux à potasse (**), on suit exactement la même marche que pour l'incinération des plantes à soude : d'abord on procède à leur dessiccation et à la mise en tas d'une portion servant d'abris contre les vents; on les fait brûler sur un terrain battu où sont creusées des fosses qui reçoivent les cendres ; celles-ci sont ensuite lessivées dans une série de tonneaux ou cuviers, ou mieux dans les caisses en tôle disposées pour un lavage méthodique (vojr. page 307). Les lessives obtenues de 15 à 20° sont évaporées dans des chaudières analogues à celles employées pour le sel de soude ; le salin est granulé dans des fours à réverbère semblables à celui décrit page 311, et à l'aide des précautions que nous avons indiquées.
Les quantités de potasse ou de salin obtenues varient suivant la composition du sol , l'âge des plantes et les espèces végétales (***) ; toutes choses égales d'ailleurs , les parties plus
(*) La principale source de la potasse semblait donc devoir se tarir lorsque l'exploitation des salines méridionales et des mines de Stassfurt est venue offrir une abondante compensation. On extrait aussi depuis peu de temps du carbonate de potasse en incinérant les solutions concentrées, du lavage des laines. Ce carbonate contient à peine 3 à k centièmes de carbonate de soude (yojr. ci-dessus, p. 366 note.)
(**) Toujours quelques centièmes de soude accompagnent les sels de potasse dans ces plantes.
(***) Les végétaux de genres très-différents donnent des cendres de compo-
jeunes donnent plus de salin que les plus vieilles : les branches, à poids égal, fournissent plus que les tiges, les écorces donnent de cinq à dix fois plus de cendres que le bois , mais ces cendres sont moins riches en potasse ; les plantes herbacées plus que les plantes ligneuses : 100 kilogr. de bois de chêne, de hêtre, de charme, de tremble (troncs et branches) rendent environ 1 kilogr. \ de cendres d'où Ton extrait de 150 à 200 gr. de salin de potasse ; les sureaux , faux ébéniers, mûriers, noisetiers donnent 2 à 4 kilogr. de cendres et 400 à 500 kilogr, de salin; les fanes de pommes de terre, de sarrasin, de colza, de pavots, les orties, chardons, etc., 'donnent 5 à 10 kilogr. de cendres, et jusqu'à 1 kilogr. de potasse. Pour une superficie donnée de terrain, ces plantes herbacées produisent les maxima de potasse et de combustible (car on les utilise souvent dans le chauffage des fours, des chaudières à lessives, etc., etc.) vers l'époque de leur maturité; plus tard, diverses causes, telles que leur désagrégation, les eaux pluviales, etc., enlevant une partie des sels solubles et des matières organiques, diminuent ces produits.
Les lies provenant du soutirage des vins dans les contrées viticoles s'appliquent également à la fabrication de la potasse , après qu'on en a extrait, par une forte pression, le liquide vineux propre à préparer du vinaigre : on obtient ces lies sous la forme de tourteaux aplatis que l'on fait sécher, et qu'on incinère ensuite sur un sol bien battu entouré de briques posées à sec. 6000 kilogr. de lies sèches donnent environ 1000 kilogr. de cendres , d'où l'on extrait 500 kilogr. de salin raffiné. C'est surtout le tartre (bitartrate de potasse) contenu dans la lie du vin qui, par sa décomposition, en brûlant à l'air, produit le carbonate de potasse. Aussi obtient-on ce carbonate plus pur, cendres gravelées, en brûlant le tartre brut que l'on détache des douves de tonneaux dans lesquels les vins soutirés ont séjourné longtemps. Dans les laboratoires, on facilite l'opération et Ton obtient du carbonate de potasse plus pur en ajoutant au tartre
sitions différentes lorsqu'ils croissent dans le même sol, à pins forte raison dans des terrains différents ; la silice est en très-petite quantité dans les cendres de bois et en forte proportion dans les cendres des végétaux herbacés et des graminés particulièrement ; l'alumine ne fait qu'accidentellement partie des cendres végétales ; les phosphates de potasse, de magnésie, de chaux s'accumulent dans les graines , dans les bulbes et les tubercules destinés a subvenir aux premiers développements de ces organismes reproducteurs.
raffiné (bitartrate de potasse) deux fois son poids d'azotate de potasse , car l'oxygène fourni par la décomposition de ce dernier hâte et complète la combustion du carbone que renferme l'autre sel, et chacun des deux laisse la base (potasse) qu'il contenait et qui s'unit à l'acide carbonique résultant de la combustion des matières organiques.