Potasse factice
On donne le nom de potasse factice à un produit commercial qui est, en réalité, composé uniquement de soude et de sels de soude. On avait remarqué depuis longtemps la plus grande énergie due à la causticité de la potasse fondue d'Amérique, dans le blanchissage du linge. Voulant faire produire des effets semblables à la soude, et en même temps dérouter le préjugé populaire qui repoussait alors la nouvelle substance alcaline, un ingénieux fabricant, nommé Ador, imagina de mettre la soude sous la forme de la potasse rouge, si estimée. Pour y parvenir', il rendit la soude caustique au moyen de la chaux, fit évaporer la solution, y ajouta 0,33 à 0,40 (du poids de la substance sèche) de sel marin, composé neutre, destiné à diminuer la richesse de la soude, et abaisser le degré aie al Imé trique de 75 ou 80 à 56 ou 60 degrés, maximum des potasses naturelles.
Le sel fusible ajouté ne nuisait en rien à la préparation , mais il fallait donner à la matière cette coloration rouge caractéristique, qui fixait le choix des consommateurs; l'inventeur y parvint, non à l'aide du peroxyde de fer, qui colore les potasses naturelles , et qu'il était trop difficile de bien répartir dans la masse, mais au moyen du protoxyde de cuivre, formé au sein de la matière en fusion prête à être coulée.
Il suffît, en effet, de projeter d'abord, pour 100 de soude environ, £ de salpêtre, ou d'azotate de soude, qui convertit quelques traces des produits sulfurés en sulfate; puis 1 de sulfate de cuivre, dont l'oxyde précipité à l'instant est réduit à l'état de protoxyde rouge, à l'aide des gaz hydro -carbures, que produit l'agitation rapide d'un morceau de bois de chêne. On extrait aussitôt la matière et on la verse dans des marmites en fonte, comme nous l'avons dit pour la potasse.
Le produit nouveau, vendu sous le nom de potasse rouge d! Amérique^ dont il avait toute l'apparence et les propriétés, quant au blanchissage, contribuait à vaincre le préjugé défavorable aux soudes factices : on sut bientôt que les blanchisseurs
avaient employé avec succès une substance naguère repoussée par eux sous son véritable nom. En tout cas, le débouché trèsconsidérable de ce produit fit la fortune de l'inventeur. Tous les consommateurs ne sont pourtant pas convertis, puisqu'on fabrique encore, pour l'expédier dans nos provinces, de la soude sous les formes et la dénomination de potasse rouge d'Amérique.
5* Potasse et sonde des mélasses de betterave.
On peut extraire par le procédé suivant la potasse des résidus liquides incristallisables de la fabrication du sucre de betterave : La mélasse étendue d'eau jusqu'à 11' Baume, saturée par l'acide sulfurique jusqu'à légère acidité (*), est mise en fermentation dans de grandes cuves contenant environ 260 hectolitres, à la température de 18 à 20°, à l'aide de 2 £ de levure pour 100 de mélasse*, lorsque la fermentation cesse, au bout de 5 ou 6 jours, la densité est ordinairement affaiblie à 3° Baume ; on dirige cette sorte de vin dans un alambic continu [yoy. Alcool, 2e volume), on obtient d'abord de l'alcool par la distillation (en moyenne l'équivalent de 24 litres d'alcool anhydre pour 100 kilogr. de mélasse à 40' employée); le résidu, dit vinasse, marquant environ 4° Baume, renferme la plus grande partie des sels alcalins puisés dans le sol par la plante : on sature les acides libres de cette vinasse avec des dépôts alcalins provenant du lavage des salins de potasse précédemment obtenus ; on évapore le liquide décanté jusqu'à l'état de sirop à 25' environ dans des chaudières en tôle à fonds bombés comme dans la figure 7, planche X. Près des bords supérieurs les parois doivent être fort évasées, afin que la mousse formée par l'ébullition puisse s'y étendre sans déborder; ces chaudières sont d'ailleurs étagées, afin que le liquide descende de l'une dans l'autre, comme l'indique la figure 0 bis^ planche X, et que la flamme du même foyer puisse les parcourir successivement .
Le liquide sirupeux, marquant 25', ainsi obtenu, est verte dans un réservoir où la précipitation du sulfate de chaux, en partie faite dans les chaudières, se complète; le liquide brun éclairci est alors versé dans un four à réverbère, comme les so-
(*) On emploie pour cette saturation 5 à 15 d'acide sulfurique, de façon à ce qu'il y ait nn excès d'acide de 2 pour 1000 de mélasse.
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lutions de soude (page 311) (*); après une évaporation que Ton active en agitant le liquide, les substances organiques s'enflamment, et la chaleur de leur combustion sert à F évaporation dans les chaudières à la suite du four. On doit faciliter et régulariser l'incinération en évitant qu'elle ne soit poussée trop loin, car la masse éprouverait une fusion ignée qui la rendrait compacte après le refroidissement et difficile à lessiver; d'ailleurs il se produirait des sulfures par la réaction du charbon sur les sul fiâtes. On reconnaît que le terme convenable de l'incinération est atteint dès que la matière charbonneuse, mise dans l'eau, donne une solution qui, filtrée, est incolore. Le résidu charbonneux tiré dans des étouffoirs représente les 0,2 du poids du liquide à 25° et titre environ 50° à l'alcalimètre ; il contient des carbonates de potasse et de soude (provenant soit de la décomposition par la chaux, soit de l'incinération des sels végétaux, acétates, lactates, sucrâtes, etc., de ces bases), du chlorure de potassium et du sulfate de potasse ; refroidi, on le lessive dans des filtres en tôle ayant 50 centimètres de profondeur; on remplit aux 0,8 ces filtres, on arrose de façon à couvrir d'eau le salin brut. Au bout de 1 2 heures, on soutire le liquide qu'on remplace par de l'eau ; la solution est immédiatement reportée sur un deuxième filtre semblable, également chargé de salin: au moyen de cinq filtres, on peut effectuer un lessivage méthodique qui donre les premières solutions marquant 40° à l'aréomètre Baume ces solutions sont mises à part.
Le marc ou résidu, épuisé toujours méthodiquement avec de l'eau, donne une deuxième série de solutions marquant de 39 à 13, en moyenne 25 à 27*.
L'épuisement continue et produit une troisième série de solutions marquant de 12* à 1°; ces dernières servent, au lieu d'eau, pour arroser du salin brut et fournir de nouvelles solutions à 40e, etc.
On n'a donc à traiter que la première et la deuxième solution ; la première, marquant 40°, est rapprochée dans des chaudières plates en tôle jusqu'à 45e (**); on l'entrepose alors dans un cris-
(*) Le four doit offrir une capacité plus grande à surface égale, c'est-à-dire être plus profond (33e au lieu de 20) et surmonté d'une voûte plus haute (de lm au-dessus de la sole), afin de contenir la matière qui se boursoufle et devient très-volumineuse au commencement de la calcination.
(**) U convient d'employer des chaudières dont le fond, d'une seule pièce,
tallisoir où se forme une abondante cristallisation de chlorure de potassium; l'eau mère est reportée à la chaudière et rapprochée par une nouvelle ébullition jusqu'à 50*; entreposée de nouveau dans un cristàllisoir, elle fournit, en 2 ou 3 jours, par le refroidissement et le repos, une cristallisation d'un carbonate double de potasse et de soude (KO,CO'-f- NaO,CO*4-12HO), entraînant un excès de carbonate de potasse (KO,CO*). L'eau mère décantée est très-riche en carbonate de potasse; on la rapproche jusqu'à siccité dans des chaudières plates (analogues à celles indiquées par la figure 6, planche X) en l'agitant sans cesse avec un ringard, la matière solide est enfin calcinée, granulée et blanchie, dans un four à réverbère et avec les soins indiqués page 307 ; on en obtient un salin épuré blanc comparable aux plus belles potasses commerciales [yoy. le tableau page 421).
Le chlorure de potassium, premier sel extrait des solutions, est lavé à courte eau, égoutté, puis séché et vendu ou converti soit en sulfate de potasse par l'acide sulfurique, soit en azotate de potasse et chlorure de sodium par l'azotate de soude, soit en chlorate de potasse par le chlorate de chaux.
Les eaux de lavage servent à commencer l'épuration d'un semblable chlorure, elles sont ensuite réunies aux solutions à 40°. * Le carbonate double de potasse et de soude, redissous dans l'eau à chaud et mis à cristalliser, donne un carbonate double moins riche en carbonate de potasse et que l'on porte à l'ébullition dans une chaudière; il se fond d'abord, laisse précipiter du carbonate de soude et donne une eau mère chargée de carbonate de potasse; cette eau mère et celle de la cristallisation précédente s'ajoutent aux solutions à 50°, qui doivent être concentrées à siccité, puis calcinées, comme il est dit ci-dessus, pour donner le salin de potasse épuré (*).
Le carbonate de soude précipité, représentant un carbonate à 1 équivalent d'eau, est séché plus ou moins, puis livré au commerce [yoy. dans le tableau ci-contre sa composition).
Quant aux deuxièmes lessives marquant 25 à 27°, on les éva-
ne présente pas de clouures, afin qu'on puisse détacher à l'aide d'un ringard les incrustations qui se forment pendant l'évaporation.
(*) On peut simplifier l'opération en évitant de faire cristalliser le carbonate double de potasse et de soude : ou précipite alors directement par l'ébullition le carbonate de soude que Ton enlève à la drague ou à l'aide d'une capsule suspendue dans la chaudière (yoy. p. 491 et fig. 131), puis on fait évaporer à siccité l'eau mère qui donne directement ainsi le salin de potasse.
pore à 40' ; près de ce terme elles laissent précipiter du sulfate de potasse (vendable après un simple lavage) ; on les entrepose dans un cristallisoir où elles donnent une cristallisation de chlorure de potassium à traiter comme il est dit ci-dessus; Feau mère surnageant ces cristaux est reportée dans la chaudière; rapprochée à 45° et mise en cristallisation, elle fournit une nouvelle quantité de chlorure de potassium ; le liquide est alors rapproché jusqu'à 50' et mis à cristalliser (ou directement débarrassé du carbonate de soude par précipitation en évaporant à chaud) ; parvenu à ce terme, il donne par les procédés ci-dessus les mêmes produits (carbonate de potasse et carbonate de soude) que la première eau mère à 50° .