‹ Précis de chimie industrielle (volume 4)Chapitre 212 sur 233 · Glaces · texte numérisé non relu

Glaces

Le verre à glaces est à base de soude et de chaux. La proportion de la soude, relativement à celle de la chaux, doit être plus forte que dans les compositions des verres à vitres et à gobeleteries, afin de rendre la fusibilité plus facile et la fluidité plus grande : dans les bases réunies l'oxygène est à l'oxygène de l'acide silicique comme 1 est à 6. Les fourneaux employés à cette

(*) Les ingénieux ustensiles de MM. Collardeau, Rousseau père et fil** Desbordes, Maumenée, rendent ces essais très -usuels et exempts de tont danger .

f TERRES. 6Î9

vitrification doivent être chauffés vite et fort à l'aide d'un grand tirage, car on ne peut augmenter au delà d'un certain terme la dose de la base alcaline : les glaces seraient trop hygroscopïques, elles s'altéreraient peu à peu à l'air et perdraient leur poli. Ce fut là le principal défaut que l'on a observé dans les glaces anglaises, remarquables d'ailleurs par leurs grandes dimensions, aux Expositions universelles de 1851 et de 1862.

La grande glace présentée au Concours international de Paris en 1855, par l'administration de Saint-Gobain, réunissait toutes les qualités désirables et obtint la plus haute récompense.

A la vérité, le mérite réel de .ces grands volumes est fort contestable; on parvient à couler, pour les expositions publiques, des glaces de 15 à 20 mètres de superficie. Mais ces produits exceptionnels sont sans emploi, coûtent très-cher et ne prouvent même pas de grands moyens de production ni un outillage trèsperfectionné.

Lorsqu'on veut obtenir une glace de dimensions aussi grandes, il faut se résoudre à en casser beaucoup avant d'en obtenir une entière exempte de défauts notables : c'est une affaire de patience et d'argent. Aucun fabricant ne s'engagerait, sous peine de faire une opération ruineuse, à livrer en 6 mois 50 glaces de 20 mètres superficiels au prix de 500 fr. le mètre carré ; et cependant les glaces, qui se vendent en moyenne 50 à 60 fr. le mètre, ne coûtent guère au fabricant que de 20 à 25 fr.

Le verre à glace doit offrir une grande transparence; il faut en outre qu'il soit exempt de bulles, de nœuds et de stries. Une vitrification parfaitement homogène est donc nécessaire : on l'obtient au moyen d'un feu vif et soutenu. L'affinage, dans la préparation du verre à glaces, est plus difficile que pour tous les autres verres.

Les miroirs furent, pendant bien des années, l'objet d'un commerce important pour Venise , la seule ville qui pût alors en fournir aux acheteurs. Son procédé de soufflage fut importé en 1665 par des Français, à Tourlaville, aux environs de Cherbourg. Les plus grandes glaces qu'on pût se procurer ainsi avaient environ 1 mètre de côté. Elles étaient sujettes aux bulles, nœuds ou stries si fréquents dans les vitres ordinaires. Toutes ces défectuosités disparurent par l'invention du procédé de coulage maintenant usité. Abraham Stewart imagina ce moyen hardi, qui permit d'obtenir des glaces de 3m,30, et le mit en pratique à Paris en 1685. Ce fut lui qui fonda, en 1691, la célèbre

CSO VERRES.

manufacture de Saint-Gobain , restée longtemps sans rivale. Depuis Abraham Stewart on suit le même procédé, sauf quelques améliorations des détails de l'outillage et les dimensions augmentées des tables à couler. Trois grandes manufactures de glaces existent aujourd'hui en France : Saint-Gobain, Cirey et Montluçon (*)•

L'étendue des glaces brutes exige une certaine épaisseur : les places qui doivent être découpées en volumes moyens sont coulées à une épaisseur de 10 à 12 millimètres; on porte à 14 millimètres l'épaisseur des glaces de grands volumes. Les couches colorées s'ajoutant les unes aux autres dans un corps diaphane, on comprend que les glaces épaisses à teinte égale paraissent plus colorées; et comme on fabrique le verre qui les forme au moyen de la soude, on est obligé d'apporter un soin particulier dans le choix des matières premières pour amoindrir la teinte verte propre au verre que donnent les soudes commerciales. Il serait possible de remédier à ce défaut en se servant de potasse, ou du moins en remplaçant une partie de la soude par de la potasse. Il parait qu'un affinage complet de la soude et un mélange de deux dixièmes de potasse permettent d'atteindre le but.

L'épaisseur qu'il faut nécessairement donner aux glaces augmente les chances d'y rencontrer des stries, bulles, nœuds ou filets qui réfléchissent les objets en divers sens, de manière à défigurer les images. Ces défauts ne s'aperçoivent qu'au moment où la glace a déjà supporté un polissage coûteux, et contribuent ainsi à maintenir le prix élevé des belles glaces. Quand ils se présentent, on est forcé, pour les faire disparaître, d'amincir les glaces ou de les couper en plusieurs morceaux. C'est dans le but d'éviter ces défauts qu'on fait subir au verre à glaces un affinage prolongé, et qu'on en augmente la fusibilité par une proportion d'alcali plus forte.

Lorsque la dose d'alcali surabonde, les glaces doucies, mises en magasin, peuvent contracter entre elles une adhérence telle qu'il devient impossible de les séparer.

(*) On a monté plusieurs autres fabriques dans le nord de la France, deux auprès de Maubeuge et une près d'Anicne ; la concurrence active qu'amènent dans cette industrie les nouvelles dispositions législatives détermineront de nouveaux progrès et un abaissement dans les prix qui développera la consommation.

Une partie des défectuosités se reconnaissent à la visite des glaces brutes : ce sont particulièrement les bouillons (bulles de gaz), les larmes (vitrifications superposées en forme de larmes, qui peuvent faire éclater la glace en plusieurs fragments dans la carquaise et même après le polissage), le point ou sablé (sable fin non vitrifié, provenant de remploi du sable humide ou d'un défaut de base alcaline ou d'un chargement mal réglé), le laiteux (nuage dû à des corps opaques non dissous dans la masse), les ondes , provenant d'une fusion imparfaite; on ne peut bien les apprécier qu'après le polissage. Les glaces ondées dévient les objets : on ne peut les disposer vis-à-vis les unes des autres pour obtenir dans un appartement ce qu'on nomme une répétition ; le gauche (ondulation des 2 faces), défaut résultant d'un enfournement mal dirigé ou d'un dressement irrégulier de la sole des carquaises; on est souvent obligé de découper ces glaces en morceaux peu étendus, car on ne pourrait rendre les 2 faces parallèles qu'en les réduisant à une trop faible épaisseur, au risque même de les percer.

Dans le dernier siècle, on s'est beaucoup occupé de la teinte la plus convenable à donner aux glaces. Aujourd'hui on cherche avec raison à leur donner la plus parfaite transparence et à détruire la coloration dans le verre. On doit agir ainsi puisque la réflexion s'effectue sur la lame d'étain adhérente à la seconde surface du verre.

Depuis huit ans environ, on se sert avec avantage du charbon de terre pour chauffer les fours de fusion destinés à la fabrication des glaces. Entre les résultats de deux fours, dont l'un est alimenté avec le bob et l'autre avec la houille, on n'aperçoit aucune différence dans la qualité du verre. On ne couvre même point les pots en employant ce dernier combustible, mais on laisse séjourner la matière deux ou trois heures de plus dans les pots ou cuvettes*

Fusion et affinage du verre a glaces. — On emploie maintenant dans les fabriques de glaces une seule sorte de pots ou cuvettes dont les formes varient suivant les habitudes des usines; leur section est rectangulaire, circulaire ou elliptique. Les fours renferment ordinairement 10 à 12 pots d'une contenance variable; une des dimensions usuelles présente une section elliptique de 95 centimètres de longueur sur 65 à 70 centimètres de largeur; la hauteur est de 75 centimètres.

Vers le milieu de la hauteur des cuvettes, on ménage un en-

foncement de 3 centimètres environ de largeur, et de 6 centimètres de profondeur, nommé ceinture de la cuvette : c'est par là qu'on les saisit avec les tenailles. Cette ceinture règne sur les deux grands côtés des cuvettes.

Page 1