ANALYSE DC CBI8TAL
Acide silicique 58,0 = 29,00 oxygène de Pacide.
Chaux 2,6 = 0,72 )
Oxyde de plomb 32,5 = 2,25 |= '4,47 oxygène des bases.
Potasse 8,9 = 1,50 )
CBISTAL DE TOhIcHK PAIT A LA HOirU.LE, ARALTSi PAR M. BEBTHIBR.
Acide silicique 61,0 = 31,7 oxygène de Tacide.
Oxyde de plomb 33,0 = 2,3 | - - , , ,
Potasse.. 6,0 = 1,0 }= 5.3 oxygène des bases.
On voit par ces deux compositions que la saturation du cristal varie et que l'oxygène des bases peut être à celui de l'acide dans le rapport de 1 : 7 ou de 1 : 9.
Flint-glass. — Sa composition diffère de celle du cristal ordinaire par l'état de saturation des composants et par les rapports entre le silicate de plomb et le silicate de potasse. Voici la composition du flint-glass
de Guinand :
Acide silicique 42,5
Alumine 1,8
Oxyde de plomb 43,5
Chaux 0,5
Potasse 11,7
Composition pour demi-cristal^ communiquée par un fabricant de Hollande :
SaWc 500 kilogr.
Sel de soude à 90" 90 —
Calcaire 60 —
Calcin 400 à 500 —
Manganèse 1 —
Ck>balt 0^,001 gramme.
Pour cristal du même manufacturier :
Sable : 300 kilogr.
Carbonate de potasse 60 —
Minium 180 —
Salpêtre nfliné 30 —
Manganèse • • . • 0,06
Calcin 600 kilogr.
Les pots contenaient de 500 à 600 kilogr. de matières.
Ce fabricant emploie aussi le sulfate de baryte. Au lieu de 60 kilogr. de calcaire ou de 50 kilogr. de chaux (*), il met 80 kilogr. de sulfate de baryte : il avance ainsi ses fontes de 2 heures (**). La composition usuelle pour cristal en France est : 3 sable, 2 minium, 1 potasse.
Vitrification de la baryte. — Dans deux verreries à bouteilles des environs de Yalenciennes, on faisait usage d'une substance qu'un Belge vendait sous le nom de spath, et dont on ne connaissait pas la nature. MM. Pelouze et Baudrimont ont fait voir que c'était le spath pesant, ou sulfate de baryte naturel.
Les verriers ont reconnu que le sulfate de baryte a du fondant (***)> Le verre dans lequel entre cette matière est plus dense, plus homogène, plus fusible, et se travaille plus facilement.
Dans la proportion de 1 équivalent de silicate de baryte pour 3 de silicate de soude, ce mélange se vitrifie aisément. Le verre qui en résulte se travaille avec autant de facilité que le verre plombifère dont il a presque l'éclat.' Il est probable que les verriers pourraient faire entrer dans leurs compositions, pour son équivalent en baryte, le sulfate très-fin ; ils
(*) Les Terriers tronveraient sans doute un grand avantage à remplacer le sulfate de baryte naturel par du carbonate de baryte artificiel.
{**) La qualité du calcaire Tarie beaucoup suivant les qualités; souvent il Taut mieux employer la chaux éteinte, qui donne un Terre plus transparent, moins brouillé.
(***) Les Terriers donnent la qualification de fondant à tout ce qui, dans la Titrification, peat senrir à dissoudre du sable. On peut élre étonné de leur entendre dire qu'un sable a plus de fondant qu'un autre ; mais leurs observations sont précises sur les doses d*alcali et de sable qui se vitrifient ensemble Cela s'explique facilement en faisant attention que la durée de la fonte des matières vitrifiables indique, sous le rapport de l'économie, la fusibilité de ces matières; Taction des alcalis est d'autant plus rapide et leur déperdition d'autant moindre, qae la surface du sable est plus étendue; le sable le plus fin qui, sous un poids donné, présente plus de surface, est donc celui qui a le plus de fondant. Certains sables contenant di carbonate de chaux, on comprend que leur fusibilité s'en accroisse d'autant.
y trouYeraicnt surtout Tavantage d'obtenir des qualités eommereiales plus belles.
Lorsque, pour la fabrication du verre, on emploie du calcaire dans la composition, il est difficile, malgré les soins employés au nettoyage de ce carbonate, d'obtenir toujours la même teinte. Si on en faisait chaque jour l'analyse dans une verrerie, on verrait qu'il présente des différences sensibles qui influent sur les fontes, la transparence et la teinte da verre. Le sulfate de baryte naturel présente aussi d'un jour à l'autre des différences notables. Il y aurait un avantage très-grand pour les fabricants à se servir de matières premières d^unc qualité constante, iovariable, titrées comme le sel de soude. Le carbonate de baryte artificiel, obtenu par précipitation chimique en farine impalpable, malgré son prix plus élevé que celui du calcaire ou du sulfate de baryte naturel, serait probablement d'uti emploi économique pour les fabricants, le Terre qu'ils obtiendraient étant d'une qualité supérieure et d'une fonte plus flM^ile.
Relativement à leur éclat, les verres ont été ainsi classés par MM. Baudrimont et Pelouze, en allant du plus au moins : verres à base d'oxyde de plomb, de baryte, de potasse, de soude. Il esta remarquer que cet éclat est en rapport avec le poids des équivalents basiques qui entrent dans la composition du verre, avec sa densité, sa fusibilité et sa puissance réfractive.
La composition du verre influe sur sa densité : les verres à base d'oxyde de plomb sont les plus lourds; les verres alcalins calcaires sont les plus légers ; le verre à bouteilles offre un poids spécifique intermédiaire.
Voici les résultats de quelques essais de densité, l'eau pesant 1 :
Flint-glass 2,3 & 3,6 Glaces de Cherbourg. . . . 2.506
Cristal 2,9 à 3,^35 ~ de Saint-Gobain . . . 2.4S8
Verre à bouteilles. . . 2,73ï Crown-glass 2»4S7
Verre à vitres. . . • 2,642 Verre de Bohôrae 2,396
La densité du flint-glass et du cristal donne des indices sur leur composition; mais on ne pourrait déduire la composition des autres verres de leur densité, les différences étant trop faibles relativement à leurs principes constituants.
s. Béaetloias entre les matières des eoiiip«»eitloBs vitriflubles.
Les réactions qui se passent dans le creuset sont faciles à expliquer- En effet, si l'on a mélangé ensemble de la silice, du carbonate de sonde et du carbonate de chaux, la silice s'empare de la soude et de la chaux, forme des silicates de ces deux bases, et l'acide carbonique se dégage.
Si l'on ayait mêlé de la silice ayec du carbonate de potasse et du minium, ce dernier reviendrait à Pétat de protoxyde en s'unissant à Tacide silicique, qui se combine aussi avec la potasse, formant des silicates de potasse et d'oxyde de plomb. Il en résulte donc un dégagement d'oxygène et d'acide carbonique. Ces gaz, qui accompagnent toujours la production du verre et du cristal, expliquent la présence si fréquente des bulles dans les masses vitreuses. On peut chasser ces bulles en portant la température assez haut pour que le verre devienne bien fluide. Mais comme la potasse et la soude commencent à se volatiliser par cette chaleur intense, il faut introduire dans les compositions plus de potasse et de soude que le verre n'en doit conserver définitivement.
Une température très-élevée est encore nécessaire toutes les fois que Ton emploie des alcalis impurs. La présence des chlorures, et surtout celle des sulfates qui fondent en partie sans se mêler au verre, occasionneraient dans celui-ci une foule de nodules ou noeuds blancs et opaques disséminés dans sa masse. A l'aide de la fluidité qu'une haute température détermine, ces deux matières, spécifiquement moins pesantes que le verre, viennent nager à la surface du bain, d'où on les enlève avec une poche ; la plus grande partie des chlorures se volatilise (*).
Les alcalisy en se volatilisant, produisent bientôt au-dessus des creusets la vitrification superficielle des briques de la voûte du fourneau ; de là des gouttes d'un verre coloré (larmes) qui tombent quelquefois dans le creuset. D'autres accidents de fabrication, les filandres et les cordes ^ ' se présentent plus souvent : quand la densité de la matière vitreuse n'est pas uniforme, le verre soufflé présente çà et là ces stries nommées filandres^ qui dévient les rayons lumineux. Les cordes sont les stries superficielles et protubérantes qui se produisent quand on souffle le verre trop froid.
On emploie dans les compositions du verre des substances assez variées. Onj)eut remplacer les carbonates alcalins par les sulfates des mêmes bases, et quelquefois se servir de sables argileux et ferrugineux. Pour le verre à bouteilles, la présence de l'alumine est même indispensable. On trouve des verres contenant de la magnésie qui provient du sable employé. Les soudes brutes, les potasses brutes, les cendres ellesmêmes peuvent être substituées aux carbonates purs ; enfin on a proposé d'appliquer à la fabrication du verre le feldspath, dont la vitrification est facile, et les laves volcaniques.
(*) Depuis que les sels de soude sont livrés au commerce à bas prix et plus purs, \\ se produit moins de tels ou de fiel de verre dans la fabricalion des verreries blanches.
6« liaraies batavlqves» verr« trempé 9 recuit dv verre.
Larmes bcUaviqties. — Le verre peut se tremper et acquérir par la trempe des propriétés étranges qui ont vivement cscité l'attention des physiciens du dix-septième siècle. C'est sur les larmes bataviques qu'on a constaté les premiers faits relatifs à la trempe du verre.
Si l'on prend, en effet, au bout d'une canne, du verre fondu et qu'on le laisse tomber goutte à gouite dans de l'eau froide, chaque goutte se solidifiera subitement dans l'eau et gardera la forme d'une larme, la petite masse détachée de la canne ayant filé pendant un instant avant de s'en détacher. La surface du verre est plus dure qu'à l'ordinaire, et dès que l'on vient à casser la queue de cette larme, la masse se brise en éclats avec une légère détonation ; ces petites vitrifications sont conooes sous le nom de larmes bataviques. On expliquait jusqu'à ces derniers temps le phénomène qui les produit en supposant que, par l'immersion dans l'eau froide, la superficie du verre se solidifie subitement, les parties centrales étant encore rouges et, par conséquent, très-dilatées. Quand ensuite ces dernières parties refroidies se solidifient, elles doivent, par les points d'adhérence avec la surface, occuper un volumTe plus grand que celui qui convient à la température à laquelle elles se trouvent ; les molécules centrales, plus écartées qu'à l'ordinaire, exer* cent donc sur l'enveloppe une très-forte traction. Dès qu'une portion de l'enveloppe se trouve rompue, les particules qu'elle retenait, vivement^ contractées, se brisent à l'instant, ébranlent toutes les autres et détermilient alors, simultanément, une foule de points de rupture : tous les fragments précipités avec force chassent l'air devant eux ; les dilatations et contractions brusques que ce fluide éprouve produisent alors la détonation.
Il résulterait de là qu'en rompant l'équilibre en un point quelconque d'une larme batavique on en déterminerait la rupture, et que toute la force de ressort à laquelle on attribuait le phénomène résiderait dans la dilatation forcée des parties intérieures, dont le rapprochement serait empêché par les couches extérieures.
Il résulte des travaux. récents de M. de Luynes, dont nous allons donner un aperçu, que les effets produits par les larmes bataviques sont dus principalement à l'état particulier des couches extérieures, et que, dans le cas d'une larme de dimension ordinaire, la masse intérieure du verre ne joue qu'un rôle tout à fait secondaire.
Le verre brusquement refroidi, c'est-à-dire trempé, reste dans un état de dilatation plus grand que si le refroidissement s'était opéré avec lenteur. Une lame de verre à faces parallèles étant chaude, se courbe et de-
Tient convexe du côté de la surface soumise à un refroidissement brusque.
D'autre part, comme, en brisant l'extrémité de la queue d'une larme, on produit dans le verre des vibrations dont il est impossible d apprécier l'effet, M. de Luynes a substitué à ce moyen mécanique Temploi d'un agent chimique, l'acide (luorhydrique, dont on peut modérer l'action à son gré et qui permet de détruire à volonté et sans secousse la partie de la larme que l'on veut attaquer.
En suspendant une larme par le gros bout au-dessus d'un vase en platine plein d'acide fluorhydrique, on peut dissoudre successivement la queue par portions ; mats lorsqu'on arrive au col de la larme, l'équilibre est toujours rompu. En général, la larme se sépare en un grand nombre de fragments sans explosion.
Si on plonge une larme dans l'acide par la partie renflée, de façon à conserver en dehors le col, dont la suppression produit la rupture, on voit que l'acide enlève peu à peu les différentes eouches du verre, et enfin la larme est dissoute complètement sans explosion ; il ne reste plus que la queue et l'origine du col.
Ces expériences montrent que la stabilité de la larme dépend surtout de l'existence du col de la larme et, en outre, que les couches extérieures ne sont pas nécessaires au maintien de l'équilibre.
En rongeant la partie renflée, on obtient un noyau de plus en plus petit; les propriétés explosives des noyaux ainsi obtenus vont en diminuant avec leur grosseur. Enfin, on a une masse qui se brise comme du verre ordinaire. C'est donc dans les couches extérieures que réside la fjrcc de ressort qui détermine la rupture de la larme. La larme, par suite de son mode de préparation, peut être considérée comme formée par la superposition de couches de verre différemment trempées et par suite inégalement dilatées.
Cette dilatation des couches extérieures par la trempe produit une flexion analogue à celle que produirait la compression de la larme suivant l'axe et de façon à la renfler transversalement.
Le verre dans les couches extérieures serait dans le même état que dans une lame soumise à la flexion. Toutes les couches tendues ou comprimées par la flexion viennent se réunir au col de la larme et alors on comprend qu'en le détruisant, les couches extérieures, en vertu de l'élasticité développée par la flexion, tendant à se déplacer suivant les mêmes directions, ajoutent leurs actions pour briser la larme. Ceci explique pourquoi en dissolvant le col de la larme, on en détermine la rupture et pourquoi, au contraire, on peut enlever peu à peu les couches extérieures, celles-ci formant un système stable comme le premier.
Si cette hypothèse est exacte, on devrait faire éclater une larme en la
718 PRËOS DE CHIHIE INDUSTRIELLE.
coupant par te gros bout, de façon à readrc libres toutes à la Tois les
couches de verre différemmeot trempées ; c'est, en cHel, ce qui a lieo.
En outre, les molécules de verre de chaque couche doivent se déplacer en sens inverse, suivant que la rupture a lieu du côté de la queue ou du côté du gros bout : et il doit en résulter une différence dans l'arrangement de ces molécules après la rupture. En considérant une section plane transversale, les parties avoisinaat le centre, appartenant à
des couches peu ou pas Irempées, ne doivent pas se déplacer, tandis que tes parties qui avoisinent les bords de la section doivent d'autant plus su déplacer que les couches auxquelles elles appartiennent sont plus tendres. La section plane sera, après la rupture, un cône tronque dont le sommet sera dirigé du côté de la queue ou du côté du gros bout suivant que les couches trempées auront été mises en liberté d'an côté ou de l'autre ; c'est en effet ce que l'expérience vériBe : en encastrant à moitié les larmes dans du plâtre, on peut en ronger la queue par l'acide ou en couper le gros bout à l'aide d'une scie etderémeri,et, après rupture, les fragments restent juxtaposés. On peut facilement dégager du pÛilre frais la larme, qui présente dans les deus cas l'aspect de la %ure 210- On peut alors, en opérant avec soin, constater que, pour la larme dont la queue a été rongée à l'acide, les sommets du cône sont dirigés vers la
queue (ùg. 2li), tandh que pour la larme dont on a scié le gros bout, les sommets sont dirigés en sens inverse {(ig. 212). Le retrait des molécules ne se produisant pas seulement suivant la largeur de la larme, mais dans tous les sens, il s'ensuit que le Teri'e se sépare eu on grand nombre de fines aiguilles dont le groupement ofTre l'aspect indiqué.
D'autres faits ont confirmé à M. de Lujnes la sti-ucturc qu'il attribue aux larmes bataviques. Ainsi, en rongeant une larme parracidc, il a constaté souvent que la queue se désagrégeait en même temps que les couches voisines de la surface; il en résultait une larme (Rg. 215) sur laquelle on voyait la structure lamellaire ; c'est en opérant ainsi qu'il a obtenu des noyaux tout i fait inertes.
Lorsqu'on élire des masses de verre pour faire des tubes ou des baguettes, il reste attachées »u\ cannes des sortes de poires en veirc ; ces masses séparées de la canne se brisent par le refroidissement comme des larmes sciées par le gros bout, et oH'rent la cassure conique, les sommets élanttouinés vers le gros bout (6g. 214).
On retrouve des phénomènes analogues dans tous les objets en verre qui, fortement chauffés, sont rapide- ng.in— Larme nngé» Plg.tll. -PoinianTsite
ment refroidis à l'air. Ainsi, IH^X""""'"' 'p*"p'""-
pour essayer le verre des creusets, les ouvriers soufUent des sortes de poires épaisses, connues sous le nom de fioles phUosophiques, et qui jetées à terre se refroidissent brusquement. Or peut frapper extérieurement sur la base de ces fioles sans les briser, tandis que le choc d'une bille qu'on y laisse tomber les fait éclater et les réduit pour ainsi dire en poudre.
Les propriétés que nous venons de signaler dans les larmes bataviques ou les fioles philosophiques se retrouvent dans le verre trempé avec une intensité variable, selon la force de la trempe, ainsi que nous allons l'examiner.
Verre trempé. — Il ne paraît pas, depuis l'origine de la fabrication du Terre, qu'on ait fait de tentatives sérieuses pour arriver à diminuer sa fragilité. Depuis longtemps M. de la Bastie s'était préoccupé de cette question, et, après avoir vainement essayé la compression mécanique sur
le verre soit à Tétai fluide, soit à l'état pâteux, il eut l'idée d'appliquer au verre un système de trempage analogue à celui qui est usité depuis si longtemps pour l'acier. Au lieu d'immerger le verre chaud dans Teau froide, ce qui le met dans un état d'équilibre instable, comme dans les larmes bataviques, il pensa à l'emploi des bains oléagineux plus ou moins chauds. Il parvint ainsi à démontrer que la trempe, qu'on regardait comme dangereuse pour la conservation des objets en verre, et que l'on cherchait à détruire en recuisant avec soin les pièces, était capable dans certaines conditions d'en diminuer considérablement la fragilité.
M. de la Bastie trouva qu'il convenait d'immerger le verre dans le bain à la température où il commence à se ramollir, alors que les molécules sont aptes à se rapprocher les unes des autres ; et que la trempe se produisait par l'immersion dans le bain à une température variable suiYant la nature du verre employé.
Après de nombreux essais, on a reconnu que les matières les plus convenables étaient le suif ou un mélange de suif, d'huile, de cire, de résine, etc., en proportions différentes, selon les diverses espèces de verre.
L'opération de la trempe du verre, quoique très-simple en apparence puisqu'elle consiste à chauffer le verre et à le plonger dans un bain oléagineux chaud, présente cependant bien des difficultés. Il peut arriver que les objets en verre ne soient pas suffisamment chauds au moment de l'immersion, ou au contraire qu'étant trop chauffés ils subissent une déformation; ou bien encore, quoique étant à la température convenable, ils perdent leur transparence par l'immersion. La pratique a démontré que plus le verre est chaud lors de son immersion dans le bain, moins il est fragile ensuite, et plus la tension de ses molécules est considérable. On a donc été conduit à chauffer le verre jusqu'au point où, étant devenu malléable, il commence à se déformer pendant qu'on cherche à l'immerger dans le bain.
Au début, pour éviter Finflammation du bain gras au moment de la trempe, M. de la Bastie a mis le bain en communication immédiate avec le four en le couvrant pour empêcher l'accès de l'air. Les objets à tremper étant dans le four, on les faisait glisser dans le bain.
Cette manière d'opérer a été complètement modifiée pour la gobeîetterie. On est parvenu à pratiquer l'opération de la trempe aussitôt après le soufflage du verre, en réchauffant seulement les pièces devant louvreau du four. La trempe tient alors lieu du recuit actuel et est même plus rapide, tout en donnant des produits bien supérieurs.
A la cristallerie de Choisy-le-Roi, appartenant depuis peu à !IM. de la Bastie et C*% on trempe ainsi directement les objets de gobeletterie en cristal. Pour tromperie cristal on emploie un bain de graisse pure dont
la température varie de 60 à 120* centigrades; pour le verre il faut se servir d'un mélange d'huile de lin et de 1/4 de graisse dont la température varie entre 150 et 300°, et qui est d'autant plus élevée que le verre fond plus difGciiement. Le bain est contenu dans des vases cylin> driques en tôle placés sur de petits chariots très-bas en avant du four et aussi près que possible de Touvreau. Ces vases ont 0°',75 de hauteur et 0'",60 de diamètre; leur capacité est limitée par la nécessité de pouvoir les déplacer facilement; elle est cependant suffisante pour qu'on y puisse tremper pendant deux ou trois heures consécutives des pièces de moyenne dimension. Dans la cuve s'emboîte un panier en fil de fer à larges mailles de O'^fSO de hauteur et O'^fSS de diamètre ; c'est dans ces paniers que tombent les verres au moment de la trempe.
L'objet sortant des mains du verrier est loin d'avoir une température uniforme ; il est toujours plus chaud à son extrémité, qui a été façonnée la dernière et réchauffée davantage. Dans cet état, il n'est pas susceptible de recevoir la trempe, pour laquelle il est nécessaire que le verre soit également chaud en tous ses points ; on le réchaufTe en le remettant dans Touvreau. L'ouvrier doit chercher à chauffer la pièce aussi uniformément que possible et à l'amener à la température la plus élevée sans la déformer.
La pièce bien réchauffée est plongée rapidement dans le bain et détachée du pontil à l'aide d'un léger choc sur la canne.
H y a de nombreuses précautions à observer pour éviter la déformation des pièces au moment de leur immersion; ces précautions varient avec les objets et leurs dimensions. Pour tremper les verres d'éclairage et les pièces un peu lourdes, on fait usage d'une poche à fond mobile en toile métallique, fixée sur le bord de la cuve et immergeant de 0'°,.^0 dans le bain, afin de recevoir les pièces qui, en raison de leur poids et de leur forme, pourraient par une chute trop brusque briser les verres qui sont déjà au fond de la cuve. A l'aide d'un siphon, on a pu tremper les carafes et les objets à col dans lesquels il faut instantanément introduire le liquide du bain. A cet effet, le verre ou le col de la carafe est introduit dans la petite branche du siphon qui s'élève un peu audessus de la surface du bain gras. L'air comprimé s'échappe par le tube, et le liquide prend sa place ; en même temps, un mouvement de bascule imprimé au siphon par l'ouvrier fait tomber la pièce au fond du panier.
Les objets faits par pièces rapportées n'ont pu encore être trempés; ils se dessoudent dans le bain.
Les pièces trempées doivent se refroidir graduellement avant d'être retirées du bain. A cet effet les cuves de trempe, remplies de pièces, sont emmenées dans une salle dont la température de 40*^ environ maintient le bain liquide.
CUIXIE I.NDUSTR. I- — 46
Au bout de quatre à cinq heures, les paniers sont retirés des cuves et les pièces, rangées sur des claies, sont portées dans une sorte d'armoireétuve maintenue à 70^, pour permettre l'égouttage de la graisse. Au bout de deux heures les Terres ont abandonné la presque totalité de la graisse adhérente. On les retire, on les dépose dans des paniers en fil de fer qu'on plonge successivement dans trois bains : le premier est une dissolution de soude caustique chauiTée à 60^, le second est de leau à 50* et le troisième de l'eau à la température ordinaire. Les verres, ainsi dépouillés de toute Irace de graisse, sont essuyés et triés; ils subissent ensuite les opérations de la taille, s'il y a lieu.
Le verre trempé' possède une résistance et une élasticité extraordinaires ; il résiste à des changements brusques de température.
M. de Luynes a fait une série d'expériences fort curieuses sur le verre trempé, qui mettent en relief ses curieuses propriétés (*) . Il a constaté qu'une lame de glace de Saint-Gobain trempée peut être brusquement chauffée au rouge sombre sur un brasier et plongée aussitôt dans l'eau froide sans se briser : Texpérience peut être répétée plusieurs fois de suite avec le même objet.
Cette curieuse pro|)riété du verre trempé permettra sans doute de remployer pour une foule d'usages industriels et domestiques pour lesquels il pourra remplacer les métaux.
D'après M. de Luynes, une plaque de 16 centimètres de longueur sur 12 centimètres de large et 5 millimètres d'épaisseur a supporté les chocs d'un poids de 100 grammes tombant de 1 à 3 mètres. Elle s'est brisée sous le poids de 200 grammes tombant de 4 mètres. Une plaque semblable, mais non trempée, s'est rompue sous le poids de 100 grammes tombant de 30 à 40 centimètres de hauteur seulement.
Une autre plaque, de 25 centimètres de long sur 16 de large et 6 à 7 millimètres d'épaisseur ne s*est rompue que sous le poids de 500 grammes tombant de 2 mètres.
Un verre à vitre ordinaire, de 4 millimètres d'épaisseur, mais courbé de façon à présenter une flèche de 5 centimètres environ, placé sur le sol, a supporté des poids considérables sans se rompre : on a pu, par exemple, monter dessus.
Une autre lame de même forme, mais de 1 millimètre 1/2 d'épaisseur, a présenté un phénomène curieux qui démontre bien la grande élasticité du verre trempé : en le chargeant de poids considérables, elle s'est aplatie totalement, pour reprendre sa forme première lorsqu'on enleva la charge.
(*) Voir la conrércnce faite par V. de Luynes à la Société de secoari des amis des sciences, dans la séance Ju 8 mars 1875, à la Sorbonne, et la communication laite par MM. de Luynes et Feil à l'Académie des sciences dans hi séance du 16 août 1875.
On a fait dans ces derniers temps de nombreux essais sur le verre trempé tant en France qu'à l'étranger; nous n'en citerons que quelquesuns :
Dans des expériences faites à Lorient par une commission de la marine chargée d'examiner divers échantillons de verre trempé, une glace rectangulaire de0°',525 sur 0°',248 et 0*", 004 d'épaisseur, disposée dans un châssis en bois et posée à terre, a pu supporter sans se briser des poids toujours croissants de 20 en 20 kilogr. jusqu'à 255 kilogr. Une glace identique, de même verre, mais non trempé, s'est brisée sous un poids de 55 kilogr.
Divers échantillons de verre trempé, essayés à Turin, à l'amphithéâtre de chimie de l'École d'application des ingénieurs, ont donné, entre autres, les résultats suivants :
Une plaque de même verre trempé, de 0*^,0025 d'épaisseur, disposée horizontalement dans un châssis rectangulaire laissant un vide de 0'°,145 sur 0*^,105 et soutenue sur les quatre côtés, a résisté à un choc d'un poids de 100 grammes tombant de 2°',50; elle s'est brisée par le choc du même poids tombant de 3 mètres. Une plaque identique, de verre ordinaire, s'est cassée sous un poids de 100 grammes tombant d'une hauteur de 0'",50.
Les tableaux ci-après donnent le résumé d'expériences analogues faites avec du verre trempé.
PUEMIÈRE SÉRIE D^EXPÉRIENGES .