‹ Précis de chimie organique (volume 2)Chapitre 29 sur 129 · Aldéhyde · texte numérisé non relu

Aldéhyde

Menthol normal ( essence de menthe concrète ( ! ) , essence de rue?). — CI0H20O (Blanchet, Walter). — Ce corps, qui forme la partie essentielle de l'essence qu'on extrait de la menthe poivrée [Ment ha piperita L.) , se présente sous forme de prismes incolores , d'une saveur et d'une odeur qui sont propres à cette essence. Il est peu soluble dans l'eau , très soluble , même à froid, dans l'esprit de bois , l'alcool, l'éther , le sulfure de carbone , moins soluble dans l'essence de térébenthine. Son point de fusion est à 34° c. ; il bout a 2 13°, 5 sous la pression de 0,76. Par une ébullition prolongée , il s'altère un peu et prend une couleur jaune brunâtre ; il brûle avec une flamme un peu fuligineuse. La densité de sa vapeur a été trouvée égale à 5,62 (Walter).

Le potassium donne avec ce corps une masse pâteuse que

(1) Il est probable que le menthol normal mélangé avec un hydrogène carboné liquide de la classe des camphènes, constitue les différentes essences de menthe. M. Kane a fait quelques analyses (Répert. de chim., T série , t. J , p. 107) sur l'essence de pouliot ( Mentha puleghium ) et l'essence de menthe verte Mentha viridis); mais comme elles ont été effectuées sur des liquides dont le point d'ébullition n'était pas constant, il est clair que les formules de M. Kane se rapportent à des mélanges et ne sauraient être adoptées.

l'eau décompose ; la potasse caustique n'y exerce aucune action: le bruine reagit avec violence.

L'acide phosphorique le convertit en menthène normal; le percbJorure de phosphore le transforme en menthène chloré.

En broyant à froid une partie de M. normal et 2 p. d'acide sulfurique, on obtient une matière à demi fluide, d'une belle couleur rouge de sang, et que l'eau décompose en régénérant de l'essence. Si l'on chauffe le mélange, il se produit une certaine quantité de menthène normal, en même temps qu'une combinaison copulée d'acide sulfurique et de M.

L'action du chlore sur le M. normal donne naissance à des produits différents , suivant les conditions où l'on opère , soit dans l'obscurité, soit aux rayons solaires. M. Walter en a analysé deux liquides qui paraissent être, l'un un mélange de C,0(H16C/2)O - O'VH^C/^O, et l'autre un mélange de CI0(H12C/6)O -f- C'°(Hi3C/5)0.

Le M. normal absorbe beaucoup de gaz hydrochlorique en m' transformant en une masse épaisse que l'eau décompose. Sous l'influence de l'acide nitrique , il produit un acide particulier qui n'a pas encore été examiné.

L'analyse de l'essence de rue [Rut a graveolens A.) a donné a M. Will (l) des nombres qui s'accordent parfaitement avec ceux que M. Walter a obtenus à l'analyse de l'essence de menthe; il serait possible que ces deux corps fussent identiques. La densité de vapeur observée par M. Will me parait beaucoup trop forte.

Genre Born^ol R 20.

517. L'espèce normale dérive du camphène normal (inodif. i) par la fixation de H20 :

Bornéo/ normal (camphre solide de Bornéo). — C10Hl8O. — Il est sécrété par le Dryabalanops Camphora ( Pelouze ) et se rencontre aussi dans l'essence de valériane humide (Gerhardt).

Il se présente en petits cristaux ou plutôt en fragments de cris-

(1) Revue seienlif., t. IV, p. 35.

taux, blancs, transparents, très friables, d'une odeur qui tient à la fois du camphre ordinaire et du poivre , d'une saveur chaude et brûlante comme celle des essences. Sa densité est inférieure à celle de l'eau. Il est insoluble dans ce liquide, très soluble , au contraire, dans l'alcool et dans l'éther.

Il entre en fusion vers 198°, et en ébullition vers 212° ; à cette température il distille sans altération.

Chauffé légèrement avec de l'acide phosphorique anhydre , il donne du camphène normal (modif. i.). Bouilli avec de l'acide nitrique concentré , il perd H2 et se convertit en camphre des laurinées.

Genre Camphol R 40.

518. L'espèce normale dérive du bornéol normal par l'élimination de H2 sous l'influence de l'acide nitrique (Pelouze) :

On l'obtient aussi en petite quantité en traitant par l'acide nitrique les essences de tanaisie , de semen-contrà , de valériane (Gerhardt), de sauge ÇRochleder). Comme l'expérience a démontré que l'essence de valériane renferme du bornéol n. , il est probable que la formation du C. normal par les autres essences et l'acide nitrique est aussi due à la présence du bornéol. Toutefois, Proust, sans faire usage d'acide nitrique, a retiré directement une matière camphrée des essences de certaines labiées (romarin , marjolaine, lavande, sauge), et M. Dumas a constaté l'identité de composition du camphre ordinaire et du camphre de lavande préparé par Proust lui-même.

Quand on traite le succin par l'acide nitrique, dans une cornue , il se condense dans le récipient un liquide qui est aussi chargé de C. ; on sature ce liquide par du carbonate de potasse et on l'agite avec de l'éther qui s'empare du C. (Dœpping).

Camphol normal (camphre des laurinées, oxyde de camphène). — C10Hl6O. — Le camphre des olïicines existe dans le bois et l'écorce de plusieurs laurinées, et c'est du Laurus camphora qu'on l'extrait généralement au Japon , à Sumatra et à Bornéo , pour les besoins du commerce et de la médecine.

DIXIÈME FAMILLE. 1ÔD

Le C. normal cristallise, par la sublimation ou dans l'alcool , en octaèdres ou en segments d'octaèdres. Il est blanc et demitransparent comme la glace . d'une densité de 0,986 — 0,996,

d'une saveur chaude, amère et brûlante, et dune odeur aromatique qui rappelle celle du romarin. 11 tond a 1 7 ."> et bout à 204°, -a-dire plus tôt que le bornéol n. : la densité de sa vapeur a

Cl0H,6O été trouvée égale à 5.317 == (Dumas).

Seul , il est difficile a réduire en poudre, mais la pulvérisation s'effectue aisément après qu'on l'a arrosé de quelques gouttes d'alcool.

Il se vaporise aisément à l'air déjà à la température ordinaire; » ette circonstance explique les mouvements giratoires auxquels i; di »nne naissance, quand on en jette quelques légers fragments sur l'eau. Sa tendance à prendre l'état gazeux est si grande, qu'il K sublime en petits cristaux brillants a la partie supérieure des

ses où on le conserve.

L'alcool le dissout aisément (eau-de-vie camphrée^ ; l'éther, les huiles fixes et les huiles essentielles le dissolvent aussi avec facilité. L'eau n'en dissout que 1/1000 de son poids , et en acquiert l'odeur et la saveur. Le C. se dissout aussi dans l'acide acétique.

Les dissolutions alcalines paraissent être sans action sur le C. normal, ou du moins elles n'en dissolvent que très peu. Mais si un expose ce corps à l'action de l'hydrate de potasse, sous l'influence d'une température élevée et d'une forte pression, il se convertit en campholate ( Delalande ) :

C10H16O -+- (KH)0== Ci0(H17K)O2.

En le dirigeant sur de la chaux chauffée au rouge brun , M. Frémy a obtenu un liquide qu'il appelle campkrone (l), bouillant a 75 , et dont la nature et la composition chimiques n'ont pas encore été étudiées. A une température encore plus élevée , le même chimiste a obtenu du gaz oxyde de carbone , des gaz hydrocarbonés , et le ballon condensateur s'est rempli de beaux cristaux de naphtalène normal (512).

En dirigeant de la vapeur de C. sur du fer rouge. M. Félix

(1) II. Frémy le représente par C3riII"0 = 3C10lll6O — 2H20.

D'Arcet a obtenu une liqueur oléagineuse renfermant du naphtalène ainsi qu'un hydrogène carboné qui était probablement identique avec le cinnamène C8H8.

Le C. normal peut absorber près de \AA fois son volume de gaz hydrochlorique à la température de 10° et sous la pression de 0m,7-26, en produisant une huile liquide (C10H16O,HG/) que l'eau décompose immédiatement en mettant le G. en liberté (Dumas).

L'acide nitrique concentré dissout à froid le C. en produisant une liqueur (huile de camphre) que l'eau décompose aussi. Si l'on fait réagir l'acide à chaud , il se développe des vapeurs rutilantes, et le C. se convertit peu à peu en camphorate normal :

C'OHieo -f- O3 = C10HI6O4.

Soumis à l'action de l'acide phosphorique anhydre ( Dumas , Delalande ), ou du chlorure de zinc fondu (Gerhardt) , le C. se dédouble en H20 et produit du cymène normal (509) :

cioHt60 = h20 + C10H«4.

Le même hydrogène carboné paraît se produire en société d'autres produits, par la distillation du C. avec l'acide sulfurique concentré. Le C. se dissout en grande quantité dans l'acide sulfurique concentré ; l'eau l'en reprécipite en plus grande partie. Si l'on met du C. en digestion , au bain-marie , pendant deux ou trois jours , avec deux ou trois fois son poids d'acide sulfurique concentré, et qu'au bout de ce temps on verse de l'eau sur le mélange, on voit surnager une huile qui devient incolore par la purification. Elle possède la même composition ( ) et le même état de condensation que le camphre solide. Sous l'influence de la potasse solide, elle régénère effectivement ce dernier (Dela-

(1) Il paraîtrait que plusieurs huiles essentielles présentent cette composition. L'essence de camomille bleue a donné à M. YYœhler des nombres qui se rapprochent aussi de la composition C10HluO. Vcssence de thuja, rectifiée sur de l'hydrate de potasse, est dans le même cas, si l'on considère les analyses de M. Schweizer (Journ. depharm. Avril 18ZiZi).

Quand on distille de l'acétate de chaux, on oblient, outre l'acétone normale (266) , une petite quantité d'une huile empyreumatique, à laquelle M. Kane a donné le nom de dumasine, et qui otFre aussi la composition C,0}l16O. C'est un liquide presque incolore, dont le point d'ébul-

DIXIÈME F \ MILLE. là?

lande Ce changement d'étal moléculaire, provoque par L'acide

sulfurique. est du même ordre que celui que ce dernier fait éprouver a l'essence de térébenthine.

Lorsqu'on verse du brome sur du C, celui-ci se dissout rapidement, et dépose, tantôt après quelques minutes, tantôt au bout de quel* pies heures seulement , de beaux cristaux rouges qui sont des prismes droits a base rhombe ou rectangulaire. Ces cristaux renferment C10H«6O + Br2, et se décomposent rapidement au contact de l'air en dégageant du brome et en laissant du C. ; Laurent ).

Le chlore sec n'attaque pas beaucoup le C. normal, même aux rayons solaires. Pour l'attaquer, il faut le dissoudre dans le perchlorure de phosphore et y faire passer le chlore. Il se produit alors des espèces chlorées du genre C. (Claus).

L'iode agit sur le C. normal autrement que le chlore et le brome. Parties égales de ces deux corps étant broyées ensemble , on obtient une masse brune et épaisse qui donne à la distillation sèche , outre du gaz hydrobromique , un ou deux hydrogènes carbonés et une huile oxygénée (l).

Camphol sexe/doré— C10(HI0O)0 (Claus). — C'est un produit incolore qui a la consistance de la cire blanche.

Il existe aussi des espèces chlorées qui se produisent avant le C. sexchloré, mais il est difficile de les obtenir d'une composition constante.

lition est constant à 22T. Il possède une odeur éthérée très pénétrante, est insoluble dans Peau et se dissout dans l'alcool et l'éther. Chauffé avec l'acide nitrique, il produit un acide particulier. M. Kane a trouvé

la densité de sa vapeur égale à 5,204 = Enfin les clous de

girofle renferment un principe cristallisable (caryophylline) qu'on peut en extraire par l'alcool et qui présente aussi la même composition que le camphre des laurinées (Dumas, Eltling). Il est sans saveur ni odeur et se sublime en partie en cristaux, blancs (Bonastre).

(1) M. Claus, qui a examiné cette réaction , donne à l'un des hydrogènes carbonés le nom de camphine; l'autre serait, selon lui, le colophène de M. Deville. Il appelle l'huile oxygénée camphocréosoie; elle a la propriété de se dissoudre dans la potasse. Les formules que l'auteur indique ne me semblent offrir aucune garantie; voyez, pour plus de détails, Revue seientif., t. IX, p. 181.

Genre Camphoryle R-60.

518 a. Produit de la distillation du camphorate bicalcique.

Camphoryle normal. — C,0HHO ? — Quand on distille du camphorate de chaux , il se dégage de l'eau et une huile légèrement brune. Le résidu se compose de carbonate de chaux noir comme du charbon ; dans le col de la cornue, il reste une matière brune et épaisse. On dessèche l'huile sur du chlorure de calcium , puis on la distille en recueillant à part la première moitié, dont le point d'ébullition est entre 170 et 180°. C'est ce produit que M. Laurent appelle camphoryle.

Il est huileux, très fluide , incolore, insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool , et surtout dans l'éther. Il est volatil sans décomposition. L'acide nitrique l'attaque avec dégagement de vapeurs rouges. Son odeur , très forte , est caractéristique et rappelle au plus haut degré celle du pouliot (Laurent).

Genre Carvacrol R 60.

519. On rencontre l'espèce normale dans l'huile essentielle de carvi [Carum Ca.rri)(\), où elle se trouve mélangée avec du camphène normal (modif. p , 508.)

Carvacrol normal (essence de carn oxygénée). — Cl0HuO. — Par la distillation pure et simple , on ne parvient pas à effectuer la séparation des deux principes dont se compose l'essence de carvi ; mais quand on la mélange avec de l'hydrate de potasse en poudre, elle brunit, et alors le C. normal se combine avec elle, et l'on peut en séparer l'hydrogène carboné*en soumettant le mélange à la distillation. Dès que le résidu dans la cornue s'épaissit, on continue de distiller avec de l'eau; on dissout alors le résidu dans l'eau et on le précipite par de l'acide sulfu-

(1) M. Schweizer considère le carvacrol comme un produit de décomposition ; mais en lisant son travail, on acquiert la certitude que ce corps préexiste dans l'essence de carvi. Quant à la formule C40H56O3, qu'il lui attribue, elle est calculée sur un poids atomique inexact, et doit conséquemment être rejetée. Son analyse a donné : carbone 80,3 (nouv. poids at.) et 9,6 ; ma formule exige : carbone 80,0 , hydrog. 9,3.

rique; le C. normal se sépare ainsi mélangé avec une matière résineuse. On le purifie par une nouvelle rectification.

L'acide phosphorique anhydre détermine le même dédoublement de l'essence de earvi ; M. Schweizer préfère même eet agent à la potasse.

A l'état de pureté , le C. normal est peu fluide , comme l'huile d'olive, et incolore : il est plus pesant que l'eau et s'y dissout en petite quantité. Son odeur est désagréable , sa saveur est acre et tort persistante.

Il bout à 232° ; ses vapeurs irritent les organes de la respiration. Il brûle avec une flamme claire très fuligineuse.

Il absorbe le gaz ammoniac, mais celui-ci s'en dégage en grande partie par réchauffement.

L'acide nitrique l'attaque vivement en le résinifiant. Mélangé avec l'hydrate de potasse , le C. normal brunit immédiatement en s'échauffant ; par réchauffement , le mélange s'épaissit et se résinifie en partie (Schweizer).

Carvatrol potassique. — C10(H,3K)O2. — À froid , le potassium n'agit que fort lentement sur le C. normal ; mais lorsqu'on chauffe , la décomposition s'effectue vivement avec dégagement d'hydrogène. La masse s'épaissit de plus en plus , brunit et durcit complètement par le refroidissement ; l'eau en sépare de nouveau le C. normal , mélangé d'un peu de résine.

Genre Cuminol R— 80.

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