RÉACTIFS EN GÉNÉRAL
Ces complications sont fort naturelles et se conçoivent aisément.
En effet, le gaz métliylique et l'éther résultent de la décomposition de deux molécules d'esprit de bois et d'alcool :
2Cn^0 = C2II802 = H20 -j- C2I160. oc2h«0= C^il<202=: H20 4- C^illOQ.
A proprement parler , le gaz métiiylique et l'éther renferment donc encore les éléments d'un équivalent de la substance d'où on les obtient , plus le résidu d'un autre équivalent sur lequel la décomposition s'est effectuée. L'éther renfermerait donc (C-H'^0 + G2H'') , et en effet , sous l'influence de l'acide sulfurique, il donne du sulfovinate comme l'alcool lui-même, et ce sulfovinate régénère de l'alcool par l'action des alcalis caustiques; de même, sous l'influence du chlore, l'éther fournit comme l'alcool ( Malaguti ) , entre autres produits , du chloral et de l'aldéhyde.
Le raisonnement est le même pour l'acétone ; deux équivalents d'acide acétique interviennent dans sa formation, de sorte qn'on a :
20211^02 = CWO* = C02 -f 1120 + C'IICO.
Ainsi donc, dans la production de l'acétone, une partie de l'iiydrogène et du carbone de 2 éq. d'acide acétique se brillent aux dépens d(î l'oxygène contenu dans la matière organique; mais l'acétone conserve intégralement tout le carbone et l'hych'ogène nécessaires pour donner, par une nouvelle oxydation , un seul équivalent d'acide acéticjue. MM. Dumas et Stas ont constaté, en effet, qu'en distillant l'acétone avec un mélange de chromate de pota.sse et d'acide sulfuri(iue, on obtient de l'acide ac(''ti(pi<'. Si une seule molécule d'acide acétique se décomposait pour former de l'acétone et dégageait conséquennnent de l'acide carbonicpie et d(î l'eau, on ne concevrait pas que par l'eflcl d'un agent comburant connne l'acide cliromique, cet acide acéticjue, déjà brùl('' en |)artie, ()ùt se carburer pour régénérer de l'acide acéticpu;.
Lorsqu'on distille du beii/.oale de cliaiix , il passe, entre autres
pixDduits , de la naphtaline (Péligot) plus carburée que le benzoate. Celle-ci, à la suite d'une série de décompositions, donne un acide que la chaux caustique convertit en benzène (Marignac). La naphtaline jésuite donc aussi de la décomposition de plusieurs molécules de benzoate (l).
La subérone (hydrure de subéryle de M. Boussingault ) paraît être dans le même cas ; du moins on sait qu'elle régénère de l'acide subérique par l'action des oxydants.
Il faut en dire autant du stilbène C^^H'^ obtenu par M. Laurent (2) , comme produit de décomposition du benzoïlol sulfuré CH^S ; car cet hydrogène carboné fournit du benzoïlol ou du benzoate par l'action de l'acide chromique.
Cette réunion de plusieurs molécules en une seule s'effectue souvent spontanément, et sans causes bien apparentes. L'aldéhyde en offre l'exemple ( p. 148 ).
L'acide sulfurique concentré , la potasse caustique, etc., provoquent souvent de semblables groupements, sans que les éléments de ces agents entrent dans la composition des nouveaux produits.
Enfin la formation des éthers obtenus avec un alcool et un acide organique peut aussi être considérée comme une semblable complication , car les éthers donnent toujours deux produits appartenant l'un à l'acide et l'autre à l'alcool.
Ces complications se présentent en général dans la distillation sèche des matières fixes , lorsque celles-ci ne renferment pas leurs éléments dans les proportions convenables pour produire des substances volatiles ( apide carbonique , eau , ammoniaque , hydrogènes carbonés , huiles oxygénées volatiles , etc. ) , capables de résister à la température où s'effectue la décomposition. Alors deux , trois ou plusieurs molécules de substance coopèrent à la formation de ces produits volatds , et si parmi ces produits il y en a dont l'équivalent est plus carboné que la molécule primi-
(1) Peut-être la potasse fondante converlirait-elle Tacide phtalique en acide benzoïque , car :
CSH^O* = 2C02 -}- cm^ benzène = CO^ -\- C'H^O^ acide benzoï(iue.
(2) Ççmpies-renduB dcl'Acad.^ t, XYIf p. 856.