‹ Précis de chimie organiqueChapitre 47 sur 95 · RÉACTIFS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RÉACTIFS EN GÉNÉRAL

tive, ceux-ci peuvent , par les oxydants, régénérer la matière pri^r mitivi! ou l'un de ses plus proches dérivés.

120. Parmi les réactifs susceptibles de fixer de V azote sur les matières organiques, il faut surtout nommer l'ammoniaque et l'acide nitrique.

Lorsqu'une matière organique renferme de l'azote , elle dégage ordinairement de l'ammoniaque lorsqu'on la distille seule ou qu'on la chauffe avec des alcalis. Cette ammoniaque se reconnaît déjà à l'odeur ou aux vapeurs blanches qu'elle occasionne lorsqu'on maintient par-dessus une baguette humectée d'acide liydrochlorique; mais ces moyens de déterminer la présence de l'azote dans une substance organique deviennent presque impraticables lorsqu'on n'a à sa disposition que des quantités minimes ou presque impondérables de la substance à examiner. M. Lassaigne (l) a proposé d'employer dans ce dernier cas un procédé qui paraît être très convenable. Ce procédé repose sur la facilité avec laquelle se forme le cyanure de potassium lorsqu'on calcine au rouge obscur, et à l'abri de l'air, du potassium en excès avec une matière organique même très peu azotée. Le produit de cette calcination étant délayé dans quelques gouttes d'eau distillée froide , donne une liqueur alcaline qui , mêlée à un sel ferroso^ ferrique soluble, occasionne un précipité bleu-verdàtre ou jaunâtre que le contact de quelques gouttes d'acide hydrochlorique pur rend d'un beau bleu.

M. Lassaigne prescrit de faire cette opération de la manière suivante : on emploie un petit tube creux de verre long de 2 1/2 centimètres sur 1 1/2 millimètre de diamètre ; au fond de ce tube, bouché à l'une de ses extrémités , on met un petit morceau de potassium de la grosseur d'un grain de millet environ; on le tasse légèrement avec un bout de fil de platine , puis on projette dessus la matière à calciner. Dans quelques circonstances où la matière est volatile , il faut la placca- au-dessous du potassium , pour que les produits de la décomposition par la chaleur puissent réagir sur lui et produire du cyanure. Ces dispositions étant faites, on saisit le tub(! près de son exlnsmité ouv«!rte, avec une pince, et on le chauire p(ïu à peu à la llamme

(1) Comptes-rendus de l'Acad., t. XVI, p. ^87.

(l'une lampe ;i esprit de vin , jusqu'à ce que l'excès de potassium soit volatilisé à travers la matière organique carbonisée. On reconnaît facilement ce point à la vapeiu* verdâtre qui se montre à quelque distance de la partie chauffée. Après avoir porté au rouge obscur la partie du tube où était contenu le mélange , on retire le tube de la flamme et on le laisse refroidir. Pour enlever le produit de la calcination, on coupe le petit tube en deux parties par un trait (]e lime ; on les met dans une petite capsule de porcelaine , et l'on y verse quatre ou cinq gouttes d'eau distillée pour dissoudre par l'agitation le cyanure formé. La liqueur qui en résulte , décantée du résidu charbonneux , ou essayée sans décantation avec une goutte de sulfate ferroso-ferrique , produit immédiatement un précipité verdâtre sale, qui, étant mis en contact avec une goutte d'acide hydrochlorique , devient d'un beau bleu foncé , si la matière essayée contient de l'azote , même en petite quantité. Dans le cas contraire , le précipité d'hydrate d'oxyde de fer occasionné par l'addition du sel ferreux se redissout entièrement sans produire aucune coloration bleue.

121. Pour fixer les éléments de l'eau sur les matières organiques , ou emploie la potasse ou la soude caustiques ; certains hydrogènes carbonés s'hydratent lorsqu'on les abandonne en dissolution dans un mélange d'alcool et d'acide nitrique (Wiggers, DevUle).

L'effet contraire , la déshydratation , est provoqué par l'acide sulfurique , l'acide phosphorique anhydre, le chlorure de zinc , le chlorure de calcium.

A l'aide du chlore gazeux, des chlorures de phosphore, d'antimoine et de platine, on fixe du chlore sur les matières organiques ou on leur enlève de l'hydrogène. L'iode et le brome produisent des effets semblables.

Le soufre , l'hydrogène sulfuré , l'hydrosulfate d'ammoniaque, le sulfure de carbone et quelques sulfures métalliques, s'emploient pour sulfurer les corps. A l'aide des alcalis hydratés, des oxydes de plomb et de mercure, on enlève le soufre des matières organiques.

Enfin on emploie encore plusieurs autres agents, tels que les acides hydrochlorique, hydn)bromique, arsénieux, le bioxyde d'azote, etc.

Examinons maintenant ce qu'on sait de plus général touchant la manière d'être de ces divers agents.

122. Les corps organiques éprouvent de la part de la chaleur des modifications qui varient suivant la nature et la pro})v)rtion des éléments qu'ils renferment.

Lorsque les substances organiques se vaporisent par l'action de la chaleur, sans éprouver de changement dans leur composition , elles sont dites volatiles , par opposition aux matières fixes , qui s'altèrent quand on les chauffe à une certaine température, de manière à fournir des produits nouveaux: toutefois cette différence n'est pas toujours bien tranchée.

Les matières volatiles émettent déjà des vapeurs de leur surface avant d'entrer en ébuUition ; dès qu'elles se sont mises à bouillir, le thermomètre s'y maintient au même degré , si elles sont chimiquement pures et que le contact de l'air ne les altère pas.

Nous avons déjà appelé l'attention du lecteur sur les relations que présente la composition des hydrogènes carbonés avec leur point d'ébullition(pag. 96 j. De semblables rap})orts existent sans doute pour tous les corps volatils ; mais il serait difJicile aujourd'hui de les formuler d'une manière précise.

Cependant on peut aflh-mer d'un(3 manière générale que l'oxygène tend il diminuer la volatilitt'; des ('(»r[)s, c'est-à-dire (pic de deux corps appartenant à une UKMne famille, celui (|ui rciilcrmc lopins d'oxygène, toutes choses étant égales d'ailleurs , bouillira aussi à la température la plus élevéi; : ainsi, ])ar exemple, l'aldéhyde bout bien avant l'acide acéti([ue; r(!ssence d'amandes amères est plus volatile que l'acide benzoïque, le cuminol .se volatilise plus tôt qu(! l'acide cunnni(|ue, etc.

On conroit dès lors(|ue si l'oxygène se lixe en lorte j)in|)orli(>n sur une iii(ilt''(;ule, il anive parfois (|ue le point oi'i la matière st; réduirait en vapeur soit plus ('lev»' (|ue celui oii elle se (h'conipose; eu d'autres terjnes, (pii' la nioN'cule perde la proprit-te de se volatiliser, et rentre ainsi dans la classe des corps iixcs.

L'expérience vient entièrement à l'appui de cette proposition. Les substances volatiles sans décomposition sont ou exemptes d'oxygène , ou composées d'un nombre très faible d'équivalents d'oxygène. L'alcool, les éthers , les acétones, les huiles essentielles sont dans ce cas.

Les acides présentent le même caractère : lorsqu'ils sont volatils, ils renferment 2 ou 3 équivalents d'oxygène, et, au-delà de ce chiffre, ils ne résistent pas à la chaleur sans se décomposer (1). Ces acides volatils sont tous monobasiques.

Cependant une autre circonstance influe encore sur la volatilité d'un corps : c'est l'élévation de son équivalent. Qu'on prenne, en effet, plusieurs corps, chimiquement semblables, et renfermant le même nombre d'équivalents d'hydrogène; celui d'entre eux qui aura l'équivalent le plus élevé sera en même temps le moins volatil, et pourra même être fixe. Voici quelques acides homologues de la forme RO^ :

Acide formique CIl2o2 bout à 98", 5 (Liebig).

— acétique C^ll^O^ — 120" (Liebig),

— butyrique CMl^O^ — 16/i" (IVlouze et Gélis).

— valérianique O'H'OO^ — 175" (Dumas et Stas).

— capioïque C^ll'^O^ — au-dessus de 100° (Cbevreul).

— caprique C^ll'^^O^ — ?

— lauiostéaiique C'3lj2«o2 — ?

— myristique 01^112802 — ?

— étbalique C'*^lp202 distille sans altératiOD.

— maigaiique Gi'H^^02 se décompose en partie.

— ananiirlique C'^II'^W se décompose en partie ?

— stéarique C'^H^'802 se décompose totalement.

En résumé , disons donc que , plus une matière est oxygénée et plus son équivalent est élevé, moins aussi elle est volatile. La proportion centisémale d'oxygène contenue dans une substance ne décide pas de cette propriété.

123. Il est fort utile de déterminer la densité de la vapeur des

(1) 11 existe plusieurs acides bibasiques à Zj éq. d'oxygène (camphoriquc, succinique , etc.) que Ton considère ordinairement comme volatils; mais ils perdent , en se volatilisant , 1 équivalent d'eau en se transformant en anhydrides.

substances volatiles sans décomposition , surtout de celles qui sont d'une nature indifférente, comme les huiles essentielles ou les hydrogènes carbonés , dont il est difficile de contrôler la formule par d'autres moyens. La densité qu'on obtient pour ces substances par l'expérience représente sensiblement la moitié de la somme des densités particulières à chacun de leurs éléments (1). On dit alors que leur équivalent exprime 2 volumes de va]")eur.

Toutefois M. Dumas a signalé à cet égard une exception (2) offerte par l'acide acétique, et qui est jusqu'à présent la seule <!pi'on connaisse en chimie organique. L'expérience lui a donné, en deux fois , pour la densité de cet acide , les nombres 2,77 et

2,74 (3) , tandis que le calcul — — — donne 2,07. Il y a donc là ,

entre le calcul et les résultats d'un si habile expérimentateur, une différence trop grande pour être purement fortuite ; peut-être cependant parviendrait-on a la diminuer en appliquant aux calculs les nouveaux coefficients pour la dilatation des gaz et du verre , ainsi que les nouveaux résultats pour les densités de l'acide carbonique, de l'oxygène et de l'hydrogène, et surtout aussi en prenant à une température un peu plus élevée la densité de la vapeur.

124. On voit , par ce qui précède , que les substances fixes et non volatiles renferment généralement beaucoup d'oxygène ; celte fixité augmente encore davantage lorsque l'azote vient s'associer à cet élément.

(1) D'aprts la notation ancienne, où beaucoup de formules sont de moiti(^ trop fortes , la densité trouvée repr<?scnte le quart do cette soinino : aiissi dit-on ((ue ios foriniilos expriment li volumes de vapeur.

(2) Thèse pour le concours de l'École de .Médecine. — Annal, dcr Chcm. u. Pharm., t. XXVII, p. 138.

(3) Ce nombre a été déduit des données suivantes :'

Excès de poids du ballon . 0,317.

'J'empi ratiin; de la vapeur. 150" c.

TompiMiiluie (le l'air . , . 18".

Baromètre 0,760.

Capacit»'- du h;illon 20U c. c.

Air restant 0.

208 MÉTAMORPHOSES PAU LES RÉACTIt^S.

Le sucre, l'amidon, les gommes, le ligneux, la salicino, renferment beaucoup croxygène, et se décomposent à la distillation d'une manière complète; l'albumine, la librine, la gélatine, qui sont en même temps fort azotées , ne résistent pas non plus à la chaleur.

De même les acides fixes et polybasiques renferment plus d'oxygène que les acides volatils ; les premiers en contiennent au moins 4 équivalents. D'ailleurs un acide peut être fixe sans saturer plusieurs équivalents de base, et cela dans le cas où son équivalent serait fort élevé.

Ce sont donc les matières fixes que la chaleur métamorphose de la manière la plus complète ; elle donne avec elle des produits pyrogénés.

125. Distillation sèche. — Toutes les matières fixes qu'on souv met à l'action de la chaleur dégagent des substances volatiles et finissent par laisser un résidu de charbon. Ce résidu est d'autant plus abondant que la matière est plus oxygénée : ainsi , par exemple, lorsqu'on distille de la cire ou des matières grasses, il reste dans la cornue bien moins de charbon que n'en laisse le sucre , le bois ou la fécule. Ce fait semble bien paradoxal si l'on considère les formules de la cire C'^H^O et du sucre C'^H^'^O", où l'on voit figurer le plus de carbone pour la cire ; mais il faut se rappeler que cette dernière substance ne renfermant qu'un seul équivalent d'oxygène, serait sans doute volatile sans décomposition si son équivalent n'était pas si élevé , tandis qu'il n'existe pas un seul corps ayant 1 1 équivalents d'oxygène dans sa molélécule, et qui soit capable de se volatiliser.

Les produits de la distillation sèche sont , en fait de matières inorganiques, l'eau, l'acide carbonique pour les corps renfermant du charbon , de l'hydrogène et de l'oxygène , auxquels }iroduits vient se joindre l'ammoniaque pour les corps azotés , et l'hydrogène sulfuré pour les matières qui contiennent du soufre. Ces produits inorganiques sont accompagnés le plus souvent d'iiydrogènes carbonés, gazeux, liquides ou solides , ainsi que d'autres produits neutres ou acides dont la nature diffère suivant les corps soumis à la distillation sèche.

Le gaz des marais , le gaz oléfiant, le benzène, la naphtaline,

la paraffine , sont les hydrogènes carbonés qui s'obtiennent le plus communément dans ces circonstances.

L'acide acétique est aussi un produit très fréquent de la distillation sèche.

M. Liebig distingue trois périodes dans cette réaction. Dans la première il se forme de l'acide carbonique, de l'eau, des liquides inflammables et solubles dans l'eau , ainsi que des acides à radicaux plus simples , c'est-à-dire placés dans un rang inférieur de l'échelle organique. Dans la seconde période , on obtient des corps qui résultent de la décomposition des produits de la première période : l'oxygène des acides s'unissant à une certaine quantité de leur hydrogène et de leur carbone , donne naissance à de l'oxyde de carbone , à de l'acide carbonique , à de l'eau ; ordinairement du carbone est mis en liberté , tandis qu'une autre portion reste combhiée avec l'hydrogène excédant pour produire des hydrogènes carbonés liquides ou solides. Enfin , dans la dernière période, on n'obtient, suivant M. Liebig, que du charbon et un mélange de gaz composé principalement d'acide carbonique, d'oxyde de carbone, de gaz oléfiant et de gaz des marais. Les substances azotées donnent , dans la première période, de l'ammoniaque et quelquefois de l'acide cyaniquc; dans la dernière période , elles dégagent du cyanogène ou de l'acide prussique.

Cette manière dont M. Liebig exprime le phénomène de la distillation sèche n'est cependant pas assez générale ; il est même fort difficile de la préciser davantage, car l(»s produits sont extrêmement variables. D'ailleurs , pour bien éclaircir ce point , il faudrait opérer à une température constante, dans des bains construits à cet effet, et non pas à feu nu , comme on le fait habituellement.

Voici , toutefois , comment on pourrait résumer ces faits. Comme, dans une matière non azotée, la proportion de; l'oxygène détermine le degré de volatilité d(!la'ni()l(''(!ule, il en r(^sull('(|u'('ii chauffant une matière fixe de manière à l'altérer, on dispose cet oxygène àse porter sur lecarbone ou sur l'hydrogène de la matière. Use forme alors (le l'acide carboiiicpiejdi'l'oNyde de cai'hoïKîou de l'eau, substances volatiles (jui passent, tandis qu'on a pour n'-sidu ini produit capable de résister à la température où il s'est formé.

Mais si l'on outre-passe cette température , le produit , s'il n'est pas lui-même volatil, éprouve une nouvelle altération et se métamorphose à son tour.

Le produit de cette métamorphose, obligé de satisfaire aux conditions de la température , parcourt une troisième série de transformations , et ainsi de suite.

De sorte que les produits de la distillation sèche d'une même substance peuvent extrêmement varier, suivant le degré de température où on la cliauiîe , et suivant qu'on maintient ce degré plus ou moins longtemps ; car en modifiant les circonstances de l'opération, on provoque un plus grand nombre de métamorphoses, et, par là, on détermine le plus souvent la formation de corps plus compliqués (119), en forçant plusieurs équivalents de matière à se décomposer, un seul équivalent ne fournissant pas les éléments nécessaires à la formation des produits volatils, tels que l'eau ou l'acide carbonique.

Souvent la distillation sèche est donc à la fois un acte de complication et un acte de combustion effectuée dans les conditions les plus défavorables : aussi peut-on la rendre plus nette en mélangeant avec les substances organiques , avant de les distiller , de la baryte , de la chaux ou de la potasse , qui fixent l'acide carbonique produit par la combustion , opérée aux dépens de l'oxygène de la matière elle-même.

Dès que cet oxygène est épuisé , dès que tout a servi à former de l'eau, de l'acide carbonique, de l'acide acétique , ou des huiles volatiles , alors paraissent les hydrogènes carbonés ; les moins volatils passent ordinairement les derniers.

Les acides organiques polybasiques donnent h la distillation sèche de nouveaux acides placés plus bas dans l'échelle , et qui diffèrent des premiers par les éléments de l'eau ou de l'acide carbonique. Nous nous sommes déjà étendu sur ce point en parlant de la basicité des acides organiques (39).

Les substances organiques qui se volatilisent sans altération dans les circonstances ordinaires sont nioditiées par la chaleur, si l'on en dirige la vapeur à travers un tube chauffé au rouge sombre. C'est en soumettant l'essenoc de térébenthine à ce mode

(le décomposition que iVDI. Gay-Lussac et Larivière (1) ont obtenu plusieurs huiles dont quelques unes sont plus volatiles que l'essence et d'autres moins. Les essences oxygénées, comme celle de lavande , ont donné dans les mêmes circonstances une grande quantité d'acide acétique. Les auteurs de ces observations n'ont pas encore publié leur travail.

M. Félix d'Arcet (2) a fait passer la vapeur de quelques corps oxygénés sur du fer incandescent; l'acide benzoïque a fourni du benzène , et le camphre ordinaire un hydrogène carboné ayant la même composition que celui-ci , mais bouillant à une température bien plus élevée (140°).

126. Non seulement les matières fort oxygénées ou fort azotées fournissent à la distillation sèche les produits les plus variés, mais elles s'attaquent aussi le plus facilement par les réactifs chimiques. Il est rare de rester dans le même échelon, lorsqu'on attaque de semblables matières par un agent oxygénant ; en les mettant en contact avec des substances qui leur amènent un surcroît d'oxygène, on descend ordinairement l'échelle d'une manière assez brusque. Avec du sucre ou de la fécule (12" échelon) , on fait directement de l'acide forniique ou de l'acide oxali(|ue (2° échelon) , tandis qu'avec les corps gras ou les essences , on peut parcourir pas à pas plusieurs échelons avant d'arriver à ces produits si simples. C'est là aussi en partie la cause pour laquelle les matières volatiles et peu oxygénées ont été généralement mieux étudiées que les substances fixes et fort oxygénées; avec celles-ci, en effet, les réactions ne se poursuivent pas avec autant de facUité.

Si l'on veut empêcher cet oxygène des matières fixes d'opérer en elles une combustion trop brus([ue , il faut avoir recours à des agents moins én('rgi(|ues, tels que les fennents (3) ou peutêtre aussi le noir do platine.

(1) Comptes rendus de l'Académie des Sciences , t. XII, p. 125.

(2) Vlntlilui. it>;irj,ii" W5.

(3) C'est ainsi que MM. l'clouzc et tJélis ont transformé le sucre en acide butyrique.

127. Lorsque les substances organiques sont pures, privées d'eau et à l'abri du contact de l'air, il est rare qu'elles s'altèrent seules, sans l'intervention d'un agent chimique qui sollicite l'un ou l'autre de leurs éléments.

Mais un grand nombre d'entre elles se décomposent si elles sont placées sous l'influence simultanée de l'air et de l'humidité. Ordinairement on dit alors ([ue ces substances se décowposent spontanément , expression sans doute fort impropre , puisque cette altération ne s'établit guère sans l'action préalable de l'eau ou de l'oxygène.

En effet , la fermentation (jui s'établit dans les sucs végétaux abandonnés à l'air, l'aigrissement du lait et sa coagulation qui en est la conséquence, la blétissure et la putréfaction des fruits, tous ces phénomènes et beaucoup d'autres qui sont considérés comme des déconq^ositions spontanées , ont pour cause première l'action comburante que l'air exerce sur certaines parties contenues dans ces matières. Le suc végétal le plus sujet à s'altérer se conserve parfaitement à l'abri de l'air, tant que l'organe ou le tissu qui le renferme résiste à son action ; mais ce suc se corrompt dès qu'une seule bulle d'air est mise en contact avec lui.

Aussi M. Liebig a-t-il précisé davantage ce genre de décomposition en le désignant sous le nom de combustion Icnle ou (Vérémacausie. La plupart des phénomènes de pourriture rentrent dans cette classe de décompositions.

128. Parmi les substances capables de s'attaquer ainsi au contact de l'air, il faut surtout nommer les huiles essentielles, les glycérides ou corps gras neutres , et surtout les substances à la fois fort azotées et oxygénées , d'une constitution très complexe.

Nous avons déjà fait remarquer avec quelle promptitude les huiles essentielles fixent l'oxygène de l'air et perdent leur volatilité en se transformant en résines. Plusieurs d'entre elles s'acidifient dansées circonstances , suriout si elles sont humides. C'est ainsi que l'essence d'amandes amères se convertit (M1 acide beiizoique, l'essence de cannelle en acide cinnamique , l'i^ssence de cumin

en acide cuminique, l'essence de valériane en acide valérianique, l'essence de térébentiiine eu acide lbi'mi({ue.

Quant aux matières grasses , celles qui sont connues sous le nom d'huiles siccatives (102) se résinilient également à l'air, ce qui les fait employer à la préparation des vernis. A l'état de parfaite pureté, les huiles grasses non siccatives ne paraissent pas s'altérer à l'air; mais comme , à l'état brut, elles renferment toujours des parties étrangères azotées et fort altérables, cellesci leur communiquent la propriété de se décomposer à l'air et les font rancir.

Les corps azotés faisant partie de l'organisation animale , la fibrine, l'albumine, la caséine, sont, sans contredit, de ceux sur lesquels l'air exerce l'action la plus prompte et la plus énergique. La présence de l'eau favorise singulièrement cette décomposition. Qui ne sait, en effet , avec quelle facilité le sang et le blanc d'œuf se putréfient au contact de l'air ? Qui ne sait aussi avec quelle promptitudes, dans les chaleurs de l'été surtout, le lait , alcalin au sortir du pis , devient acide et se coagule?

Mais ce que ces substances azotées offrent, sans doute, de plus rema.njuable , c'est la propriété de communiquer leur état de décomposition aux substaticcs qui se trouvent en contact avec elles. En effet, elles sont capal>lès d'exciter de semblables décompositions dans des substances qui, seules, ne s'altéreraient ni dans l'air ni dans l'eau. Ces substances azotées sont ce qu'on appelle des ferments. Nous examinerons plus loin les questions relatives à ces sortes d'agents.

129. Les combustions lentes ont rarement pour (îlfet de dédoubler les matières organiques d'une manière bien brusque. 11 arrive très souvent que l'oxygène so, fixe directement sur elles sans qu'il se forme ni eau ni acide carbonique (formation des acides benzoique, cuminique et ciimamique).

D'autres fois cet oxygène l'orme d»^ l'eau avec une ])arlie de riiydrogèiK! : (ù'.st ce (jiii arrive, [)ai' exemple, lors(|ue l'indigo blanc cl incolore, t(;l (pi'il .se rtMiconlredaiis les divcu'scs vai'iiHi'S d'isatis, d(! neriuui cl d'indifjofera , arrive au contact de l'air : (le C«I^.\() (|n'il était, il devient alors (^HW'O ou indigo bleu.

Sdiivciil lacidiî c;uboni(|ijc (!st aussi un produit des conibubttons lentes. M. Sciierer introduisit de la fibrine l'r.iiche et

bien lavée dans un tube gradué placé sur le mercure et rempli de 198 c. c. d'oxygène ; au bout de quinze jours , 68 c. c. de ce gaz étaient disparus et se trouvaient remplacés par 50 c. c. d'acide carbonique.

M. de Saussure a constaté , de son côté , que la combustion lente des huiles siccatives, leur transformation en vernis, est également accompagnée d'un dégagement d'acide carbonique.

Le ligneux pur se conserve longtemps dans l'air sec ou sous l'eau sans éprouver d'altération ; mais lorsqu'il est humide , il se détériore promptement au contact de l'atmosphère. M. de Saussure a vu qu'il convertit alors l'oxygène ambiant en acide carbonique. Cette combustion continue insensiblement, et le ligneux finit par se convertir entièrement en une matière friable tantôt brune , tantôt noire , qui , suivant son aspect , porte le nom de pourri , à'hiimns ou d'acide idmiqiie.

Lorsqu'on évapore à l'air certains sucs végétaux , il se dépose souvent des flocons bruns ou noirâtres qu'on a désignés sous le nom de substance extractive. C'est sans doute un produit analogue au précédent et formé par l'action de l'air sur les principes sucrés ou féculents de ces sucs.

D'ailleurs , la composition de ces svd^stances brunes ou noires provenant de la pourriture des parties végétales , varie jusqu'à l'infini ; à moins de les produire dans des conditions spéciales et ])ien déterminées (1) ,. on ne les obtient jamais d'une composition constante. M. Hermann a observé que certaines variétés d'humus renferment de l'azote.

Quoi qu'd en soit, il est fort probable que les lignites , les houilles , les parties organiques du terreau , peut-être aussi les résines fossiles et les diamants , doivent leur origine à de semblables combustions lentes , opérées avec le concours de l'eau.

Si l'on considère combien ces produits sont carbonés et qu'on les compare d'un autre côté avec le ligneux d'où ils résultent sans doute, on est porté à croire que, dans ces combustions lentes , l'oxygène de l'air se porte directement sur l'hydrogène du bois pour former de l'eau , tandis qu'une partie de l'oxygène

(1) Comme, par exemple, l'acide saccliulmiqiie de I\I. îMalaguti , obtenu par rébullition du sucre avec de l'acide sulfiiriiue éleiidu.

déjà contenu clans le bois s'élimine avec une proportion correspondante de carbone , sous forme d'acide carbonique. M. Liebig a fait , sous ce rapport, des rapprochements fort curieux (l).

130. Les combustions lentes sont surtout favorisées par la présence des alcalis et des terres alcalines. L'alcool pur se conserve indéfiniment ; mais lorsqu'on y ajoute de la potasse , le mélange rougit et il s'y produit peu cà peu de la résine. Le tannin et l'acide gallique présentent des phénomènes semblables.

La chaleur et l'humidité les accélèrent pareillement.

Dans un sol humide , perméable à l'air et contenant à la fois du calcaire, la pourriture des parties végétales ou animales s'accomplit nécessairement d'une manière bien plus prompte que dans un terrain d'où ces conditions sont exclues.

Il existe , d'un autre côté , des substances qui entravent la combustion lente , qui s'opposent conséquemment à la pourriture. Parmi ces substances antiseptiques , il faut ranger les acides minéraux , les huiles empyreumatiques , la créosote , les substances aromatiques, les sels mercuriels, etc. Plusieurs de ces agents produisent des combinaisons insolubles dans l'eau avec les substances susceptibles de se pourrir, et c'est sans doute à cette propriété (ju'ils doivent leur efficacité.

131. Action (ht noir on de l'éponge de platine. — De tous les agents ([ui favorisent la combustion lente , le platine métallique, pris dans un état d'extrême division, est le plus digne d'attention.

C'est à M. Edmond Davy que l'on doit cette découverte fort curieuse, que la mousse ou éponge de platine, obtenue par la calcination du chloroplatinate d'annnonia(jue , a la proj)riété d'enflammer cntains gaz, comme l'hydrogène, et d'exercer même une action oxygiMiaiilc sur plusieui's licpiides organi(pies. M. Doebcreincr fit connaître plus tard un produit encore phis divisé , le tioir de platine ( platinmohr, oxyphorisches platin ) , qu'on prépare; en faisaiU bouillir du cidorurc (\o platine avec l'alcool , et qui parait agir d'une manière encon* pkis cnicace.

Lors({u'on place dans un large bocal une couche d'alcool ci qu'on suspend par-dessus quelques verres de montre n'iircrnianl

(1) Traité de chimie, Iiilrodiiction, p. Mir.

du noir de platine, colui-ci détermine bientôt l'oxydation des vapeurs alcooliques. Le vase étant abandonné dans un endroit cliaud, le liquide devient fort acide au bout de quelques jours, et l'on y trouve alors de l'acide acétique, de l'aldéhyde et de l'acétal [Sauerstoffaether de M. Doebereiner).

Si l'on met du noir de platine en contact avec une petite quantité d'alcool , ce liquide s'échauffe juscju'à F incandescence , et met ainsi le feu à l'alcool , qui se convertit en eau et en acide carbonique.

Enlin, si l'on fait brûler l'alcool au moyen d'une mèche autour de laquelle on a placé un fd de platine très mince et tourné en spirale , et qu'on éteigne subitement la llamme, le fil de platine reste incandescent tant qu'il y a de l'alcool. La combustion de la vapeur d'alcool continue, mais elle est incomplète, et, outre l'acide carbonique et l'eau , il se produit un mélange acide dont la composition n'est pas encore bien établie, et qui ligun^ dans les traités de chimie sous les noms d'acide la^mpique, aldchydiquc ou acéteux.

L'esprit de bois résiste bien mieux que l'alcool à celte oxydation effectuée par le platine ; toutefois il finit par se transformer en acide formique.

M. Calioùrs a observé qu'en échauffant le noir de platine et en y versant goutte à goutte de l'huile de pommes de terre, en quantité seulement suffisante pour l'imbiljcr, celle-ci se convertit en acide valérianique.

En ne considérant que le produit le plus oxygéné de ces réactions, on remarque que, si l'on évite de porter le platine à l'incandescence, celui-ci se borne à brûler une certaine (quantité d'hydrogène ([u'il remplace par de l'oxygène , sans attaquer le carbone ; on a en effet :

Produits de Tact, du noir de plaliiic.

Espiil de bois CH''0 CH202.

Alcool C-11**0 C2H^02.

IJuilc de pommes de terre. C^ll'îo C^IPOQ^.

On voit, d'après cela, que le noir de platine convertit les alcools en leurs acides correspondants.

132. MM. Millon et Reiset(I) ont observé que si, dans un appareil convenablement disposé, on fait arriver l'oxygène sur un mélange intime de mousse de platine et de substance organique , on obtient ainsi de véritables combustions h des températures peu élevées.

A + 160", l'acide tartrique fournit déjà de l'eau et de l'acide carbonique ; au-dessous de 250°, le poids de l'acide carbonique et de l'eau représente , à 2 centièmes près , la composition élémentaire de l'acide. L'acide paratartrique et le sucre se comportent d'une manière semblable. Le beurre, l'huUe d'olive , l'acide stéarique et la cire brûlent vers 100", et leur combustion est complète déjà au-dessous de 200°. L'acide stéarique et la cire s'enflamment même d'une manière brillante dans le courant d'oxygène à + 280°.

Chose remarquable , la pierre ponce et le charbon de bois agissent comme le platine. Ces trois corps ne possèdent pas une activité absolue , mais ils agissent à divers degrés sur la même substance , et peuvent être , à l'égard de plusieurs substances , les uns actifs, les autres inertes.

Lorsqu'on fait arriver l'alcool ou l'étlier, réduits en vapeur, dans deux tubes plongeant dans un même bain d'alliage, lun renq)li de pierre ponce pulvérisée, l'autre de mousse de platine, l'alcool et l'étlier distillent sur la pierre ponce à 300° et au-dessus sans décomposition ; tandis que du côté du platine on obtient un dégagement gazeux abondant à partir de 220°. Quant à l'acide acétique, il distille intact sur la pierre ponce , tandis qu'il est entièrement décomposé par la mousse de platine. Vient-on à élever la température de manière à amener la décomposition du côté d(! la i)i('rre ponce , on obtient de part et d'autre des gaz (jui dill'crent coinpltHcment.

Ces phénomènes, fort remarquables sans doute, ne sauraient s'explif[U('r dans l'état actuel de la science : les uns y voient un simple cfj'ct de contact, h.'s autres l'attribucMit à une force particulière ai)pelée catalylique par M. Bi-rzéliiis. Mais convenons plutôt, avec M. Licbig, (lue ces mots n'avancent en rien la qnostioti.

(1) Comptes-rendus de l'Acud., \. Wi, Ib.'ju, ii° 22, p. ll'JO.

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