On a designé sous le nom d'huile de vin douce ^ d'huile
de vin pesante ou (ïcther sulfurique , un corps huileux plus pesant que l'eau , et qu'on rencontre quelquefois dans les résidus de la fabrication de l'É. normal. Plusieurs chimistes l'ont analysé , mais ils ont obtenu des résultats entièrement différents ; et comme il n'est d'ailleurs pas possible de le laver sans que l'eau l'attaque , il me parait très probable que ce n'est qu'un mélange.
L'eau , en effet , en sépare un liquide ( huile de vin légère , éthé- ' rine , élhérole), ayant la même composition que le gaz oléfiant , : bouillant à 280°, et d'une densité de 0,917 (Sérullasj ; son point d'ébullition correspondrait à la formule C'^H^^ (96). Refroidie à
— 35°, cette huile légère dépose des cristaux fusibles à 110°, et bouillant à 260° (SéruUas, 3Iarchand).
Il reste du sulfovinate normal en dissolution dans l'eau.
M. Liebig représente, d'après cela , l'huile pesante parC^H'^SsO' (sulfate d'oxyde d'éthyle et d'étliérol); mais rien ne garantit I l'exactitude de cette formule : aussi sommes-nous fort disposé à la regarder comme un mélange d'hydrogène carboné et de sulfalcool normal (le véritable éther sulfurique, homologue du sulfométhol, (247) ), qui, comme on sait, n'a pas encore été isolé à l'état de pureté.
On obtient cette même huile pesante (nous l'appellerons sulfét/icro/ jusqu'à ce que sa nature soit mieux établie) par la distillation sèche des sulfovinates ; elle se produit aussi lorsqu'on chauffe de l'É. avec de l'acide sulfurique concentré , ou qu'on le met en contact avec de l'acide sulfurique anhydre.
En distillant de l'alcool normal avec du chlorure de zinc, M. Masson a obtenu un hydrogène carboné dont le point d'ébul- Ution était sensiblement le même (jue celui de l'huile légère, ainsi qu'un autre qui bouillait déjà à ;}0" (184).
M. Regnault a analysé une semblable huile provenant des résidus de la fabrication de l'éther en grand; ce produit l^ouiMait à 285", et avait la coinposilioii de r«'ssence de térébenthine.
Toute l'histoire de l'huile de vin est d'ailleurs fort obscure , et a besoin d'être soumise a de nouvelles études.
3()3. J'JUœr birhlnrc (chorelliêral de M. d'Arcct ;. — (:VI''C/2)0.
— Cepro<hiitaét(''obtenu par M.d'Arcet en faisant agir le chlore sur le gaz oléfiant brut , préparé par l'acide sulfuri(iue et l'alcool
normal , et renfermant sans doute encore des vapeurs d'E. normal. En distillant au bain-marie la liqueur brute provenant de cette réaction , l'éthérilène bichloré (liqueur des Hollandais) passe le premier ; puis bientôt la distillation s'arrête, et l'on trouve dans la cornue un liquide d'apparence huileuse , qui ne commence à bouillir que vers 140°, et dont le point d'ébuUition s'élève bientôt jusqu'à 180°, où il devient stationnaire. Ce liquide est environ le quart ou le cinquième du produit primitif, suivant que les flacons de lavage du gaz oléfiant ont été refroidis avec plus ou moins de soin.
Débarrassé de toute matière étrangère , ce corps se présente sous la forme d'un liquide extrêmement fluide, limpide, incolore; d'une odeur douceâtre et éthérée ; la densité de sa vapeur a été trouvée égale à 4,93=2 vol. (d'Arcet).
Ether quadrichloré (éther bichloruré de M. Malaguti). — C\U.^CI*)0. — Lorsqu'on fait passer du chlore sec dans de l'É, normal , en ayant soin de refroidir le mélange au commencement de l'opération, il se développe beaucoup d'acide hydrochlorique, et il est aisé de reconnaître la formation de l'acétène chloré (éther hydrochlorique). Bientôt le dégagement de ces deux produits se ralentit, et l'on est même obligé d'aider l'action du chlore en élevant la température du mélange jusqu'à 3o°. On obtient ainsi un liquide jaune, acide et fumant, et plus pesant que l'eau. On le lave avec de l'eau, et on l'abandonne dans le vide sec; ainsi purifié, l'E. quadrichloré a une densité de 1,05. II se décompose avant d'entrer en ébullition (Malaguti).
Parmi les produits du chlore sur l'É. normal, on rencontre aussi l'acétol normal (aldéhyde) et l'acétol trichloré (chloral) ; la formation de ces corps, qui sont de la 2" famille, s'explique si l'on songe que l'E. normal dérive de la réunion de deux molécules d'un corps appartenant à cette même famille.
Voici d'ailleurs les équations qui rendent compte de la formation de tous ces produits :
C4H10O -I- Ci» = c<(ii«c<<)0 -f unci.
C^H'OQ 4- 2Ha = 2C2(H5C/) -f H20.
c^nioQ ^ IJ20 | Qn ^ 2c2ii^o -f- hua.
C^H'OQ + H20 + Ci'2= 2G2(HGP)0 -}- 6HC/.
La dissolution aqueuse de potasse n'exerce immédiatement
I aucune action sur l'É. quadrichloré ; mais une dissolution de potasse dans l'alcool l'attaque instantanément, en donnant naissance à du chlorure et à de l'acétate potassiques :
C*{n^Cl*)0 + 3(KH)0 = 2C2(H3K)02 -^ KCl + 3HCL
I Le potassium attaque l'É. quadrichloré quand on le chauffe légèrement, en enlève du chlore, et produit un gaz qui paraît renferm(>r OU^Cl-O (éther sous-rhloruré de M. Malaguti).
L'hydrogène sulfuré, lorsqu'il agit sur l'É. quadrichloré, : donne naissance à deux corps cristallisés , qu'il est difficile de I séparer, et qui n'ont pas encore été étudiés. M. Malaguti les appelle éther sulfuré et éther chlorosulfuré (182).
Ether per chloré. — C^Ci'^0. — L'É. quadrichloré étant soumis à
' l'action du chlore, sous l'influence des rayons solaires, donne une
cristallisation abondante d'une substance qui ressemble complé-
; tement, au premier aspect, àl'acétène perchloré (p. 324), dont
I elle se distingue par sa fusibilité. En effet, elle fond déjà à 69° ;
elle résiste à une température de 280° sans entrer en ébullition.
: Après le refroidissement , la matière reste longtemps liquide ,
i et ne se solidifie quelquefois qu'au bout de plusieurs heures.
! Il est convenable , dans la préparation des espèces chlorées de
! l'É., de ne pas trop refroidir au commencement de l'expérience ,
! afin de permettre à l'acétène chloré, qui se produit en grande abon-
I dance, de se dégager; sans cela, on s'expose à avoir des pro-
' duits très complexes, et notamment de l'acétène perchloré (Re-
gnault).
304. Ether sulfuré (éther hydrosulfurique , sulfure d'éthyle). — C^H'"S. — M. Uegnault le prépare en faisant agir l'acétène chloré (219) sur une dissolution alcoolique de monosulfure de potassium; on opère comme dans la préj)aration du méther sulfuré par le formène chloré (232). On purifie le produit en l'agitant à plusieurs reprises avec de l'eau , décantant et distillant sur «jnelques fragments de chlorure de calcium. L'É. sulfuré a une; odeur alliacée, très pénétrante et désagréable. Sa densité, à 20°, est do 0,825; il bout à 73'; la densité de .sa vapeur a été trouvée égal»! il 3,1 =:2 vol. ( Hcgiiault).
Si, au lieu de traiter l'acétène chloré pai- i\n nionosulfure jx)tassique, on l'attatiue par une dissolution alcoolique de sulfhy-
(Irate potassique bien saturée d'hydrogène sulfuré , on obtient de l'alcool sulfuré (-230).
Elher uclochloro-sulfurc (éther hydrosulfurique quadricliloruré de M. Regnault). — C'(H2C/^)S. — L'É. sulfuré est vivement attaqué par le chlore avec dégagement de HC/ ; il prend feu lorsqu'on le projette dans un flacon rempli de chlore sec. En opérant avec les précautions convenables, on obtient une huile jaune, d'une odeur extrêmement fétide et persistante , entrant en ébullition vers 160°, mais subissant une altération sensible à la distillation. La densité de ce liquide a été trouvée de 1,673 à la température de 24° (Regnault).
Ether sélénié (éther hydrosélénique , séléniure d'éthyle). — OH'«Sc. — M. Loewig dit l'avoir obtenu en distillant du séléniure potassique avec du sulfovinate à même base.
Etlfr tellure (tellurure d'éthyle). —C^H'^Te. —On l'obtient aisément en distillant une solution aqueuse de sulfovinate barytique avec du tellurure de sodium. C'est un liquide d'un rouge jaunâtre foncé , plus pesant que l'eau , d'une odeur nauséabonde très forte et persistante. Son point d'ébuUition est au-dessous de 100°. Il s'enflamme aisément et brûle avec une flamme blanche, en répandant des vapeurs d'acide tellureux. Le contact de l'air l'altère (Woehler).
Genre Thialol R+202.
305. L'espèce bisulfuréede ce genre a été obtenue par M. Zeise en distillant du sulfovinate potassique (244) avec du persulfure de potassium.
Thialol bisulfure (bisulfure d'éthyle, huile thialique). — C<H'*^S2. — On distille un mélange de 2 p. de persulfure de potassium (K^S-^) avec 3 p. de sulfovinate potassique, étendu de son poids d'eau, jusqu'à ce que le résidu dans la cornue commence à s'épaissir; puis on y ajoute une nouvelle portion d'eau, et l'on distille de nouveau, tant qu'on obtient du T. bisulfure. Après l'avoir agité avec de l'eau , on le rectifie et on le dessèche sur du chlorure de calcium (Morin).
A l'état de pureté, il bout à 151°; il est incolore, et d'une odeur alliacée fort désagréable. Il ne s'altère point à l'air, n'agit pas sur
les couleurs végétales , se dissout fort peu dans l'eau , et est très soluble dans l'éther et l'alcool.
Le bioxyde de mercure se convertit peu à peu au contact de ce corps en une masse jaune. La solution alcoolique du T. bisulfure donne avec l'acétate de plomb un précipité blanc-jaunàtre , et avec le sublimé corrosif un précipité blanc, et floconneux.
L'acide sulfurique concentré le décompose à chaud en développant du gaz sulfureux ; il est également attaqué par une lessive de potasse concentrée, ainsi que par l'acide nitrique.
Le résidu de la préparation du T. bisulfure se compose de sulfate dépotasse et de soufre non combiné (Morin).
Le T. bisulfure s'obtient aussi lorsqu'on traite par la potasse le liquide huileux (176) provenant de l'action nitrique sur l'alcool bisulfure (Loewig, Kopp).
Genre Butyratc RO2.
306. Les but\Tates ont été obtenus pour la première fois par M. Che\Teul dans la saponification du beurre de vache et de chèvre parles alcalis; ce beurre , en effet, renferme plusieurs glycérides ' (margarine, butyroléine, butyrine, p. 178), dont l'un donne un sel d'où les acides minéraux éliminent un acide liquide, odorant et volatil , que l'auteur appelle acide Lidyrique.
L'acide particulier provenant de la fermentation spontanée du tartrate de chaux , et que M. Noellner a décrit sous le nom d'acide pseudo-acéliquc , a été reconnu par M. Berzélius pour n'être qu'un mélange d'acétate et de butyrate.
j Lorsqu'on abandonne pendant quelques mois des haricots ou
des pois dans de l'eau aérée , il s'y établit une fermentation, ac-
conq)agnée d'un dégagement d'acide cabunicjue et d'iiydrogène,
len même temps que l'eau se charge d'une quantité très notable
I d'acide l)utyri(jue 'Erdinann et Marchand).
Le suc laiteux de l'arbre de la vaclie [palode «aca) paraît renfermer (lu butyratc dt; magnésie (Marchand). 1 Tout récemment, M. Zeise a obstTvé la présence cki but vraie 'd'amnioniafjue dans la fumée de tabac.
Euliii M.M. Pelouze et (iélis ont constaté (ju'oii peut proiUiire à volonté l'acide butyriiiue en iiielt;uil le sucre en fermentation
avec (lu caséum. Voici la méthode à laquelle ils se sont arrêtés: ou mêle à une dissolution de sucre marcjuant 10° au pèse-sirop une petite quantité de caséum et assez de craie pour saturer tout l'acide butyrique qui plus tard prendra naissance. Ce mélange est abandonné à une température constante de 25 ii 30° ; la fermentation , d'al)ord visqueuse , puis lactique , devient peu à peu butyrique. Ces décompositions sont tantôt successives, tantôt simultanées, sans qu'il soit possible d'en régler la marche. Il se dégage beaucoup d'acide carbonique et d'hydrogène ; lorsque , au bout de plusieurs semaines , tout dégagement d'hydrogène a cessé, l'opération est finie , et la liqueur ne contient plus, pour ainsi dire, que du butyrate de chaux. Cette transformation du sucre paraît réussir d'autant mieux qu'on opère sur des quantités plus considérables de matières. MM. Pelouze et Gélis se sont ainsi procuré jusqu'à 20 ou 25 kilogrammes de butyrate. La réaction est fort simple , car
C12H22011 -I- i]2o = 2C<H802 + ZiC02 + H8.
Le g. butyrate est l'homologue des g. formiate (1" famille), acétate (2^ famille) , etc.
Butyrate normal (acide butyrique). — C'^H^Qz. — Pour obtenir ce corps , on délaie 1 kilogr de butyrate calcique dans 3 ou 4 kilog. d'eau, à laquelle on ajoute 3 à 400 grammes d'acide hydrochlorique du commerce. On introduit ce mélange dans un appareil distillatoire , et on le soumet à l'ébullition , qu'on maintient jusqu'à ce qu'on ait obtenu environ 1 kilog. de liquide distillé. On met celui-ci en contact avec du chlorure de calcium qui détermine la formation de deux liquides de densité diffé rente. Celui qui se maintient à la partie supérieure est de l'acidt butyrique ; on l'enlève et on le soumet à la distillation dans uik cornue tubulée munie d'un thermomètre. Les premières portion: qui passent dans les récipients sont plus ou moins aqueuses ; 1» point d'ébuUition , d'abord peu élevé , monte assez rapidement i 164", terme auquel la température reste stationnaire. On puriti^ le produit par une nouvelle rectification (Pelouze et Gélis).
Le B. normal est un liquide parfaitement incolore, d'un^ transparence parfaite, d'une grande mobilité, et d'une odeur qu rappelle tout à la fois celle du vinaigre et du beurre fort. Il es
soluble en toute proportion dans l'eau , l'alcool et l'esprit de bois. Il bout vers 164', et distille sans altération sensible. Sa vapeur est inflammable et brûle avec une flamme bleue. Il ne se solidifie pas par un froid de — 20". Sa densité est de 0,963 à + 15". Sa saveur est très acide et brûlante. Il attaque et désorganise la peau comme les acides les plus puissants.
L'acide sulfurique concentré n'altère pas l'acide butyrique à la température ordinaire; ce n'est que sous l'influence d'une chaleur élevée qu'on voit apparaître des signes de décomposition ; encore la plus grande partie du B. normal passe-t-elle à la distillation.
Le B. normal absorbe le chlore avec une grande facilité ; lorsqu'on en laisse tomber quelques gouttes dans un flacon rempli de chlore sec, on remarque aussitôt la production d'une grande quantité d'acide hydrochlorique , et les parois du flacon se couvrent d'une multitude de cristaux d'acide oxalique, baignés par un acide chloré , visqueux , et insoluble dans l'eau ( Pelouze et Gélis).
Butyrate potassique. — C^(H'K)02. — Sel déliquescent. Bntyrate ammoniacal. — ^C^H^O^NH^.^ — Il est aussi fort déli- I quescent.
: Butyrate barytique. — C4(H'Ba)0- + 2 aq. — Il cristallise avec I facilité en longs prismes aplatis , d'une transparence parfaite, et ; renfermant 2 éq. d'eau de cristallisation. Soumis a l'action d'une I température inférieure à 100°, ces cristaux fondent en un liquide transparent sans rien perdre de leur poids. Ils produisent à la I surface de l'eau les mômes mouvements giratoires que le cam- I phre. 1 p. de sel se dissout k-\- 10" dans 2,77 p. d'eau ( Chevreul , I Bromeis , Pelouze et Gélis).
Butyrate calcique. — C<(H'Ca)02 -f- ? aq. — Il est assez soluble dans l'eau froide; cette solubilité diminue à mesure que la t(>nipérature de la dissolution s'élève, et, quand celle-ci est arrivée au terme de l'ébullition , la presque totalité du sel se sépare sous forme de prismcîs transpaicîuls.
Soumis à la distillation sèche, il donne entre autres produits une huile volatile ([ui pi-<''sente un(; odeur d'huile «'ssentielle de labiées, a huiuellcM. Kraussdomie le nom d(î butyrone, et dont la formation est sans doute analogue ii celle de l'acétone (DO).
Butyrate cuivrique. — C*(H"C?t)0- + aq. — 11 est très peu soluble dans l'eau ; on peut l'obtenir directement ou par double échange, en versant un sel de cuivre dans une dissolution de butyrate potassique. Il se forme alors un précipité bleuâtre qu'on peut faire cristalliser en le dissolvant dans l'eau bouillante. La chaleur lui fait perdre son équivalent d'eau de cristallisation.
Butyrate argentique. — C^(H'A^)02. — Paillettes blanches et brillantes qui ressemblent beaucoup à l'acétate à même base.
Genre Acétalcool UO^.
307. Ce genre, isomère du précédent , est l'homologue des g. formométhol (-2^ fam. ) , formalcool , acéméthol (3' fam.), etc. On en obtient l'espèce normale en éthérifiant l'alcool normal ou un sulfovinate par un acétate (80) :
C2H60 + C2IF02 = C^H^Qî -f- H20.
Acétalcool normal (éther acétique, acétate d'oxyde d'éthyle). — C^H^O^. — Cet éther se produit en petite quantité par la distillation d'un mélange d'alcool normal et d'acide acétique concentré (Lauraguais). On l'obtient en grande quantité à l'aide d'un mélange de 3 p. d'acétate potassique, 3 p. d'alcool absolu et 2 p. d'acide sulfurique , que l'on distille jusqu'à siccité. Il faut modifier ces proportions , si l'on emploie un autre acétate ; ainsi on peut prendre 16 p. d'acétate plombique sec ,4 1/2 d'alcool et 6 p. d'acide sulfurique, ou bien 10 p. d'acétate sodique, 6p. d'alcool et 15 p. d'acide sulfurique. On mélange d'abord l'acide sulfurique avec l'alcool , et l'on verse le liquide sur le sel bien pulvérisé; réchauffement doit être modéré au commencement de l'opération , mais vers la fin on chauffe plus fort. On purifie le produit en le mettant en digestion avec du chlorure de calcium , décantant et soumettant à la rectification (Thénard, Dumas et Boullay).
L'A. normal est un liquide incolore , plus léger que l'eau , d'une odeur agréable et éthérée. Il bout à 74° ; la densité de sa vapeur a été trouvée, par expérience, égale à 3,067 = 2 vol. Il brûle avec une flamme l)lan(>jaunàtre. Il ne s'altère pas avec le
QLAÏRIEME FAMILLE. ^69
temps quand il est sec; mais lorsqu'il est humide, il se décompose à la longue en alcool normal et en acétate normal :
Lesalcalisfavorisent ce dédoublement. La chaux potassée le convertit en acétate avec dégagement d'hydrogène (I44).
Il est soluble dans 7 p. d'eau, et en toutes proportions dans l'alcool et l'éther.
L'acide sulfurique concentré le décompose à chaud en éther normal et en acétate normal. L'acide hydrochlorique le convertit en acétène chloré et en acétate normal :
C4H802 -f ne/ = C2(H5C0 + C2II<02.
L'action du chlore sur l'A. normal est très énergique; il se produit de l'acide hydrochlorique et des espèces chlorées dérivées du même genre , ainsi que des produits secondaires provenant de l'action de l'acide hydrochlorique (Malaguti).
Acétalcool bichloré (éther acétique bichloruré). — C'*(H^CP)0^. — L'A. normal s'échauffe considérablement au contact du chlore, de manière qu'il faut refroidir le liquide pour éviter qu'il entre en ébullition ; dès (ju'il n'y a plus do réaction à la lumière ditfuse, on distille la masse à une chaleur graduée jusqu'à ce qu'elle commence à se colorer. Le résidu étant bien lavé et desséché dans le vide est entièrement neutre ; il présente une odeur quelque peu acétique et une saveur poivrée qui irrite la gorge. Chauffé à -[- 110", l'A. bichloré commence à se colorer et à répandre des fumées d'acide hydrochlori(iue. Sa densité , à 12", est de l,.'ÎOl (Malaguti).
L'eau le convertit à la longue en HG/ et acétate normal. Une dissolution aqueuse de potasse ne l'attaque pas immédiatement , mais une dissolution alcoolique; le décompose aussit(H en chlorure et en acétate :
C<(ll6Ci2)02 + 2(Kn)0 = 2KC/ + 2C2H*02.
ou l)i(Mi :
C<(neci2)02 -f Zi(KII]0 --=^ *2KC/ + 2(;-'(ll»K)02 ^ ^H'O.
Sous rinilut.'nc»; d'un»! insolation directe;, le chlore; attaejue l'A. bichloré, en produisant successivement différentes espèces dcri-
470 UISÏOIRE ET CLASSIFICATION.
vées du même g. , et dans lesquelles l'hydrogène est remplacé par son équivalent de chlore. Le produit final de cette action ne renferme plus d'hydrogène (Leblanc).
Acétalcool irichlorè (éther chloracétique). — C<(H5C/3)02. — On l'obtient aisément en distillant ensemble de l'alcool normal , de l'acide chloracétique et de l'acide sulfurique, ou bien de ralcool normal , de l'acide sulfurique et un chloracétate alcalin. Le produit volatil , étendu d'eau , laisse déposer une substance oléagineuse, d'une odeur de menthe (Dumas).
Ce corps, soumis à l'action prolongée du chlore, sous l'influence des rayons solaires, fournit de l'A. perchloré (Leblanc).
Acclalcool peixhloré (éther acétique perchloruré). — C*Cl^O-.- — Pour l'obtenir, il est nécessaire de recourir à la double influence d'une forte insolation et d'une température de 110" environ. 11 se présente sous la forme d'un liquide oléagineux , insoluble dans l'eau, d'une densité de 1,79 à 25°; il ne se solidifie pas à une température inférieure à 0" ; son odeur forte et pénétrante rappelle celle de l'acétol trichloré ; sa saveur est brûlante. L'acide sulfurique concentré ne le dissout pas et ne lui communique aucune coloration. Il bout et distille vers 245° (Leblanc).
Sous l'influence de l'humidité, l'A. perchloré ne tarde pas à se décomposer ; cette réaction est instantanée sous l'influence d'une solution concentrée de potasse ; il se produit alors de l'acétate trichloro-potassique et du chlorure de potassium. Par l'eau, il se produit de l'acétate trichloré et du chlorure d'hydrogène; en effet :
C<C/802 + 2H20 = 2C2(Ci3H)02 + 2HC/.
Sous l'influence prolongée du chlore , l'A. perchloré finit par donner de l'acétène perchloré , C^Ci^ (Leblanc).
Genre Pyrogallatc R-^O^.
308. Produit de la distillation sèche du tannin (9° famille) et de l'acide gallique (7' famille).
Pyrogallale normal (acide pyrogallique). — C^HC2. — Lorsqu'on introduit de l'acide gairupie C^H^O^ dans un bain d'huile, ou remarque, (juelques instants après que le thermomètre mahitcnu dans le l^ain marque 210 à 215", un dégagement abondant
QUATBIÈME FAMILLE. 471
de gaz carbonique pur, en même temps que le dôme de la cornue se couvre d'une multitude de lames cristallines ; du reste , pas la plus légère trace d'eau , ni de matières empyreumatiqucs ; et, dans la cornue , un résidu à peine pondérable , quelquefois toutà-fait nul (Pelouze). Cette réaction s'explique par l'équation suivante :
2C'H605 = 2C02 a- 3G<HK^2.
Si l'on chauffe l'acide gallique brusquement à -250°, il se forme encore de l'acide carbonique pur; mais , au lieu de cristaux sublimés , on voit apparaître de l'eau qui ruisselle le long des parois de la cornue , et l'on trouve dans le fond de ce vase un résidu noir d'acide métagallique C'^H^O^ :
2CTI1605 := 2C02 + 2H20 -\- C'2h80^.
On obtient un^ grande quantité de P. normal en soumettant à la sublimation l'extrait aqueux de la noix de galle dans un appareil semblable à celui qui sert dans la préparation de l'acide benzoïque. On maintient alors cet extrait desséché dans un bain à 185"; on obtient environ 10 p. c. de produit (Stenhouse).
r^e P. normal cristallise en lames ou en aiguilles très allongées , extrêmement solubles dans l'eau , solubles dans l'alcool et dans l'éther sulfurique. Sa saveur est très amère; à l'état pur, il ne rougit pas le tournesol. Il entre en fusion vers 115" et en ébuUition vers ilO" ; sa vapeur est incolore et très légèrement piquante.
A 250 ', il noircit fortement , laisse dégager de l'eau et donne \m résidu abondant d'acide métagallique (Pelouze).
Sa dissolution atiueuse noircit peu à pou au contact de l'air ; la présence des alcalis favorise cHlo, coloi'alioii. Lorsqu'on verse la solution dans (ki lait de chaux, le mélange se colore 'en pourpn; et huit par noircir.
Les jjersels de fer versés soit à froid, soit à cliaud, dans une solution de P. norin., y développent une belle teinte rouge, sans qu'il se forme de précipité. Le protosulfate de fer y occasionne une coloration bleu-indigo bien intense, sans la précipiter non phis. Les sels d'or, de platine (,'t d'argent en .-iont r(''(hiits à r(''t;it in<'lalli(|iie.
■472 HISTUIKE ET CLASSIFICATION.
Lorsqu'on mélange à froid la solution du P. norm. avec de l'acétate de plomb neutre , il se produit un précipité blanc et floconneux qui , desséché dans le vide , renferme 2C''Hî02 -f- Pb^O ( Campbell , Stenhouse ) ; en le desséchant à une température élevée , on l'obtiendrait probablement de la composition
Le P. normal ne s'unit pas aux alcalis (Stenhouse), mais il produit une substance noire (acide métagallique?) en même temps que du carbonate et de l'acétate.
Il occasionne dans l'acétate de cuivre un précipité brun foncé qui noircit rapidement et se dissout aisément dans l'eau.
Le P. normal présente les plus grandes analogies avec la pyrocatéchine de M. Zwenger, mais celle-ci renferme C^H^O^.
Genre Succinide R— ^O^.
309. On obtient l'espèce normale de ce g. par la distillation sèche du succinate normal :
Succinide normal (acide succinique anhydre). — C^H^O^. — Cet anhydride s'obtient en distillant une ou deux fois du succinate normal avec de l'acide phosphorique sec ; on obtient ainsi une masse cristalline d'une blancheur parfaite. Cette déshydratation s'effectue aussi en faisant bouillir très vite le succinate normal seul dans une cornue et en absorbant l'eau à mesure qu'elle vient se condenser (d'Arcet).
Le S. normal est moins soluble dans l'eau que le succinate normal, mais en revanche sa solubilité dans l'alcool est plus grande.
Lorsqu'on le dissout dans l'eau bouillante , il fixe de nouveau 1 éq. d'eau et se convertit en succinate normal.
Le gaz ammoniac sec s'échauffe beaucoup avec cet anhydride; il se produit alors de l'eau , ainsi qu'un corps cristallisé que nous décrirons plus loin sous le nom de succinidam normal.
Genre Maléide R-^Os.
3Jo. L'action de la chaleur expulse H-0 des espèces normales
des g. maléate et fumarate , et les convertit en maléide normal :
Maléide normal (acide maléique anhydre). — DH^O^. — Cet anhydride s'obtient le mieux en distillant rapidement le maléate normal dans une cornue dont le col est fortement incliné , de manière que les produits ne puissent retomber dans la panse. Il fond à 57° et bout vers 176"; pour peu qu'on le chauffe plus fort , il dégage du gaz et se colore en partie. Le contact de l'eau ou des alcalis le convertit rapidement en maléate (Pelouze).
Genre Succinate R--0*.
311. L'espèce normale de ce genre, qui est l'homologue dCvS g. oxalate, pimélate, adipate, subérate, etc., se rencontre dans l'ambre jaune ; on la trouve également, suivant MM. Unverdorben, Lecanu et Serbat, dans la résine de quelques conifères. On l'obtient artificiellement par l'action prolongée de l'acide nitrique sur les corps gras et sur la cire. Le g. succinate est bibasique.
Succinate normal (acide succinique cristallisé, acide absinthique). — C^H^O'^. — On l'extrait de l'ambre jaune en soumettant celui-ci à la distillation sèche ; le produit aqueux renferme du S. normal mélangé de matières empyreumatiques qu'on enlève autant que possible à l'aide d'un filtre mouillé; puis on le traite par du chlore gazeux ou par de l'acide nitrique qui détruisent les dernières traces de matières huileuses. On concentre le liquide par l'évaporation. On peut aussi obtenir le S. normal en concentrant les eaux-mères de l'action de l'acide nitrique sur la cire ou sur l'acide stéariquo. Le S. normal se prend en paillettes ou en prismes rectangulaires , blancs , brillants et nacrés. Il est soluble dans l'eau, et beaucoup plus a chaud qu'à froid : aussi les dissf)lutions cristallisent-elles avec une grande facilité par le refroidissement ; moins soluble dans l'alcool , il l'est à pein(! dans l'éther. (^et acide fond à 180", mais déjà avant de fondre il émet des vapeurs acres ; il bout à 235°, en se décomposant en eau et en succinide normal : CUr-O' = Il'^O -f C^II*0^ (d'Arcet).
L'acide nitrique bouillant ne paraît pas altérer le S. normal ; le chlore ne le décompose pas non plus.
Soumis à la distillation sèche avec un mélange de peroxyde de manganèse et d'acide sulfurique, il donne de l'acide acétique (TrommsdorfF] . Quand on le fait fondre avec un excès de potasse caustique , il produit de l'oxalate ainsi qu'un carbure d'hydrogène (Liebig et Wœhler).
Soumis à l'action des vapeurs de l'acide sulfurique anhydre , le S. normal produit une combinaison copulée (Fehling).
Succinate bipotassique (succinate de potasse neutre) (l). — C^(H''K2)0* -\- 2 aq. — Lorsqu'on neutralise une dissolution de S. normal avec du carbonate de potasse , et qu'on concentre le mélange, ce sel se prend ordinairement en cristaux confus , déliquescents , solubles dans l'alcool et insolubles dans l'éther. A 100" ils perdent les 2 éq. d'eau de cristallisation (Dœpping).
Succinate potassique (suce, de potasse acide). — C<(H^K)04 -{- 2 aq. — Si l'on sature une quantité pesée de S. normal par du carbonate de potasse et qu'on y ajoute ensuite un poids de S. égal à la quantité déjà employée , on obtient , par l'évaporation du mélange , des prismes à 6 faces , réguliers , transparents , et qui s'effleurissent légèrement à l'air. Ils sont très solubles dans l'alcool et l'eau, rougissent le tournesol , et perdent à 100" toute leur eau de cristallisation ( Dœpping ). Ce sel est contenu dans les feuilles et les tiges de l'absinthe ( Z wenger ) .
Succinate bisodique (sel neutre). — C^(H^Na2)0< -[- 6 aq. — Il s'obtient aisément en prismes à base rhombe , très solubles dans l'eau , neutres au papier, et qui perdent à 1 OO"* leur eau de cristallisation.
Succinate sodiquc (sel acide). — C^(H5Ncf)0l + 3 aq. — Prismes aplatis , d'une réaction acide , peu efflorescents et qui se dessèchent complètement à 100°.
(1) M. d'Arcot décrit sous le nom (Vacide succinique sublimé un produit qui , selon lui , renfermerait C^lFO^ '/2 • mais , en considérant les propriétés de ccproduit ainsi que les deux analysesqu'cn donne Tauleur, on acquiert la certitude que ce prétendu corps particulier n'était qu'un mélange de succinate normal (acide dit liydra'é) ot de succitiide normal (acide djt anhydre).
Succinate biammoniacal (sel neutre). — C^H^O'j^NHs. — En sursaturant du S. normal par de l'ammoniaque caustique concentrée et abandonnant le mélange sur de la chaux vive disposée dans une cloche, on obtient des prismes hexagones très solubles dans l'eau et l'alcool , et qui présentent la composition indiquée. Ils perdent de l'ammoniaque à l'air. Leur solution dissout le chloroplatinate d'ammoniaque (Dœpping).
Succinate ammoniacal (sel acide). — C^H^O*,NH^. — Il se produit quand on évapore à chaud le sel précédent. On l'obtient aisément en prismes à 6 faces , fort solubles dans l'eau , et d'une réaction acide.
Succinate bibary tique. — C^(H^Bf/2j04, — Le S. bisodique occasionne dans le chlorure de baryum un précipité blanc et cristallin , peu soluble dans l'eau , assez soluble dans les acides acétique , hydrochlorique et nitrique étendus.
On n'a pas encore obtenu le sel à 1 éq. de baryum.
Succinate bicalcique. — G^(HCa2)0^ -\- 3 aq. — Lorsqu'on mélange une solution moyennement concentrée de chlorure de calcium, avec une solution de S. bisodique, le liquide ne se trouble pas ; mais , par le repos , il s'y dépose des cristaux aciculaires neutres au papier, peu solubles dans l'eau et l'acide acétique, insolubles dans l'alcool, et fort solubles dans les acides hydrochlorique et nitrique étendus. Ces cristaux perdent à 120", 25,5 p. c. = 3 éq. deau de cristallisation.
Ils se dissolvent aisément dans une solution de S. normal, en produisant probablement un sel à 1 éq. de calcium C*(H^CajO* ; la solution donne, par la concentration, des prismes peu solubles dans l'eau et d'une réaction acide ; l'alcool les rend troubles en les transformant en sel à 2 éq. de calcium. Ce sel acide se décompose aussi <|uand on le chauffe à 150" (Do'pping).
En soumettant à l'action du feu , soit du S. bicak/ujuc, soit un mélange intime de S. normal et de chaux , on obtient à la distillation un liquide très coloré et brun , et d'une odeur empyreuniati(|U(; fort prononcé»;; en redistillant lentement et à plusieurs reprises ce liquide à la température de 120", on voit se réunir dans h; r(''(;ipieiit une liqueur incolore très fluide et ayant perdu •'M glande parti*' l'odeur désagréable du produit brut. M. d'Arcel lui (iojine le nr»n) de /fiirrinom ; les analyses (ju'il eu a laites ne
s'accordent pas assez bien pour qu'il soit possible d'en déduire une formule.
Succinatc bimmjnéslque. — C^;H<M(;2)04 -\- 6 a(i. — Cristaux prismatiques qui s'obtiennent par la dissolution du carbonate de magnésie dans le S. normal. A 130", le sel est entièrement sec. L'ammoniaque produit dans la dissolution de ce sel un précipité blanc et pulvérulent qui paraît renfermer C'*(H'iM^2]04 -|- 2M52O avec de l'eau ; c'est donc un sel surbasique (Dœpping).
Succinale ■potassxco-magnésiqxie. — C^(H'*KM*;)0^ -f~ 2 aq. — Si l'on neutralise du S. normal dissous dans l'eau par du carbonate magnésien , qu'on y ajoute un poids de S. normal égal au précédent, et qu'on neutralise le tout par du carbonate de potasse, on obtient, par la concentration du mélange, de belles pyramides doubles et à 6 faces, fortsolubles dans l'eau, inaltérables à l'air et neutres au papier. Le sel privé d'eau de cristallisation par la chaleur attire l'humidité de l'air.
Succinale hicuîvriqne. — C''(HCw2)02. • — Poudre cristalline d'un vert bleuâtre, peu soluble dans l'eau.
Succinate biargentiqae. — O{ï{*Ag^]0*. — Le nitrate d'argent ne précipite pas le S. normal ; mais une solution de S. bisodique en est précipitée à l'état de flocons blancs et pulvérulents, fort peu solubles dans l'eau.
Succinate biplombiquc. — C'(H<P62)0*. — Lorsqu'on ajoute une solution de sel de saturne à du S. bisodique , il se précipite une poudre blanche qui devient cristalline si l'on opère à chaud. Ce produit est très peu soluble dans l'eau ; l'acide nitrique étendu et la potasse le dissolvent aisément. Le même sel s'obtient si l'on précipite à chaud du S. normal avec de l'acétate de plomb surbasique ; mais si l'on mélange du S. à un équivalent de sodium avec de l'acétate trisurplombique, il se produit un précipité emplastique qui s'attache aux parois des vases pendant qu'il est chaud , et qui devient cassant par le refroidissement. C'est un sel sesquisurbasique renfermant 2[C'(H^Pi2)0^] -{- ?b-0 (Gerhardt, Dd'pping).
Lors([u'on traite le S. biplombique par un excès d'ammoniaque liquide, il reste une poudre blanche insoluble dans l'eau , fort soluble dans la potasse et dans l'acide nitrique étendu. Elle renlerme C^(HiP^^]0' + 2?b^0; c'est donc un sel trisurbasique.
Succinate surferrique.— 2[C*[W¥e^3]0*] + Fe^sO. C'est le précipité brun (l) que le succinate bisodique occasionne dans les persels de fer (Dœpping).
Genre Oœalovinale R— ^0^.
312. L'oxalcool normal (6' fam.) se décompose par la potasse en alcool normal et en oxalovinate potassique (Mitscherlich ) :
C6fiioo4 j (KH)0 = C2H60 + C<(H5K)0^.
Les oxalovinates non chlorés se dédoublent eux-mêmes sous l'influence d'un excès d'alcali , en produisant de l'alcool normal et de l'oxalate :
C<(H5K)0< -f (KII)O == C2II60 -I- C2K20*.
Oxalovinate normal (acide oxalovinique , bioxalate d'oxyde d'éthyle). — C''H^O^. — On peut l'obtenir en décomposant l'O. à base de plomb ou de baryum par l'acide sulfurique ; mais il est si peu stable qu'il se décompose par la concentration en alcool et oxalate normal.
Oxalovinate potassique (oxalate de potasse et d'oxyde d'éthyle). — C<(H5K)0*. — On obtient ce sel en dissolvant de l'oxalcool normal dans de l'alcool absolu et ajoutant une dissolution alcoolique de potasse en quantité assez faible pour ne pas produire de l'oxalate. Le nouveau sel se sépare alors en paillettes cristallines. On le lave avec de l'alcool et on le fait cristalliser dans l'alcool aqueux. 11 s'altère déjà vers 100 . Le contact dos alcalis le convertit rapidement en oxalate (Mitscherlich ).
On obtient d'autres espèces du genre 0. en dissolvant le sel potassique dans l'alcool aqueux , saturant avec pn-caution avec de l'acide sull'uri(jue , et neutralisant par du carbonate de plomb ou de baryte.
31. '5. Oxalovinate quintic/ilorc[i\c. chloroxalovinique). — C\G/^H) 0«. — Pour l'obti'nir, on verse dans une dissolution d'O. (luintichloro-aiiimoi)iacal une (luantité comme decarltniiatJMlc .soude, on cunccntrc la li(|ii(Mir duiis un liaiii de sable, jusqu'il trois quarts du volume , et l'on achève; la dessictalion dans le vide. ï^e
(1) Il f.ml so lappflcr (piP Vefi <'(niiv;uil ;i !•> V'; voyez |);if;o ;j'i|.
résidu est dissous dans une petite quantité d'eau contenant l'acide sulfurique nécessaire pour neutraliser la soude. On dessèche de nouveau la masse , d'abord par un bain de sable , ensuite par le vide ; puis on traite le résidu par l'alcool absolu qui dissout l'O. quinticbloré ( Malaguti ).
Desséché dans le vide , ce corps se présente en petites aiguilles confuses , incolores , solubles en toutes proportions dans l'alcool , l'éther et l'eau , fusibles à une basse température ; appliqué sur la peau , il tombe en déliquescence , puis cause une vive douleur, et y laisse une tache blanche entourée d'une auréole enflammée.
Il est très déliquescent et fait effervescence avec les carbonates (1).
(1) M. Malaguti a déciit une substance huileuse qu'il appelle acide" chloroxalovinique anhydre (G^C^'^'O') , mais qui ne paraît être qu'une modification liquide, isomère de TO. quinticbloré. Il l'obtient, avec d'autres produits, en mettant de l'oxalcool perchloré en contact avec de l'alcool normal ; elle est légèrement jaunâtre, douée d'une odeur vineuse, et bout vers 200° en se colorant ; récemment préparée , elle est entièrement neutre , mais elle s'acidifie promptement à l'air humide ; elle est insoluble dans l'eau, et soluble, en toutes proportions , dans l'alcool et l'éther. Comme on ne connaît pas la composition des produits qui accompagnent cette huile , il n'est guère possible d'en expliquer la formation. Cependant M. Malaguti a si bien décrit les réactions de ce corps qu'on peut en déduire sa formule avec quelque vraisemblance.
L'ammoniaque liquide ou gazeuse le transforme en oxamélhane quinticbloré ( chloroxaméthane) ; or, dans cette métamorphose, deux cas sont possibles : ou l'ammoniaque enlève du cblore pour former HCl avec son propre hydrogène, ou elle enlève de l'oxvgène pour former H^O (67).
On aurait dans le premier cas :
£C 4- ISH3 = UCl + G<(H2Ci5)iN03.
X devient alors égal à C^Ci^O^ ; mais cette composition ne s'accorde pas avec les analyses de M. Malaguti , et d'ailleurs la formation de l'acide hydrochlorique (ou plutôt du sel ammoniac) n'a pas été observée dans cette réaction.
Dans le second cas on aurait :
a; + ]\H3 = IPO + CHU2C/5)N03.
X devient alors égal à C''(IIC/5)0*, isomère de l'oxalovinate quiiitichloré. Cette composition est en liarmonie avec les résultats analytiques de l'auteur ; d'ailleurs, elle ne diffère de celle de M. Malaguti que par 1 éq. d'eau , et présente tout autant de probabilité.
Oxalovinate quintichloro-ammoniacal ( cliloroxalovinate d'ammoniaque). — C\'C/^H)0\NHI — L'oxaméthane quintichloré (327) disparaît peu à peu dans une solution d'ammoniaque , sans qu'il se forme ni acide hydrochlorique ni acide oxalique ; si , après avoir débarrassé le liquide de l'excès d'anmioniaque , on le dessèche dans le vide , on obtient de 10. quintichloro-ammoniacal sous la forme d'une masse saline très déliquescente. Ce sel possède une saveur amère et piquante ; il présente une réaction légèrement acide , se dissout dans l'eau et dans l'alcool , et peut fondre sans se décomposer ; mais si on le fait entrer en ébullition , il se décompose , sans dégager d'ammoniaque , en développant une fumée très dense douée d'une odeur acétique ^Malaguti).
Si l'on compare la composition de l'oxaméthane quintichloré avec celle du sel que nous venons de décrire , on remarque que le premier corps n'a besoin que de fixer 1 éq. d'eau pour devenir 0. quintichloro-ammoniacal :
C<(H2C/5)N03 -}- H20 = C4(HC«5)0*,NH3.
Il paraît dès lors que la transformation de l'oxaméthane en oxa^ lovinate s'opérerait aussi par le concours d'un alcali autre que rammonia<[ue.
Genre Oxamèthol R-20*.
314. Ce genre, isomère des deux précédents, est l'homologue des g. oxalcool (6"' fam.), succinalcool (8* fam.), etc. MM. Dumas et Péligot en obtiennent l'espèce normale par Téthérilication du méthoJ normal (r* fam.) au moyen d'un oxalate (2' fam.) :
C2ll2o< -f 2CI1*0 = m\^0^ -f 2II20.
Oxamèthol normal (oxalate de méthylène, oxalate d'oxyde do métliyle). — C''HcO^ — En distillant un mélange de parties égales d'acide sulluri<iue, d'oxalate normal et d'alcool normal, on obtient dans le récipient une liqueur spiritueuseijui, exposée à l'air, s'évapore bientôt en laissant un résidu cristallise en belles lames rliomboidahîs. La quantité de c(! produit augment(! à mesure ({ue la distillation avance; on purifie le i)ro(lutt en le distillant de nouveau avec un peu de niéthnl normal . faisant égoutter
sur un filtre , fondant au bain d'huile et distillant sur du massicot.
L'O. normal est un véritable éther ; il est cristallisé en rhombes incolores , et présente une odeur éthérée. Il fond vers 51° et bout k 161°. Il se dissout dans l'eau froide ; mais la dissolution se détruit bientôt , surtout à chaud , en régénérant les espèces normales des g. méthol et oxalate. Les alcalis hydratés le détruisent rapidement et opèrent le même dédoublement. Il se dissout dans l'alcool et dans l'esprit de bois.
L'ammoniaque sèche le convertit en méthol normal et en oxaméthylane normal (3' fam.) :
CH\^0* + MP = CIHO + C3I15.\03.
L'ammoniaque liquide le convertit en méthol normal et en oxamide normale (2' fam.) :
G<H«0< -f- 2MP = 2CH<0 + C2H<.\'2o2.
Oxaméthol qxiadrichloré (oxalate de méthylène chloruré).' — C*(H2Cr')0i. — Le chlore agit très lentement sur l'O. normal. Comme ce composé est solide , il faut l'entretenir en fusion pour que le chlore y puisse agir ; l'expérience est très longue et fatigante. On obtient une huile limpide, volatile, qui, mise dans l'eau, produit immédiatement une effervescence d'oxyde de carbone pur , et si l'on fait l'essai dans une petite quantité d'eau , on voit se précipiter des cristaux d'oxalate normal , tandis que le liquide retient HG/ en dissolution (Malaguti) :
C''(Il2Ci^)0< + 21120 = 2C0 -f C2ll20* -\- /iHC^
Genre Maléale R-'^O^
315. Lorsque, suivant les observations de M. Pelouze, on chauffe du malate normal ( acide malique), il entre en fusion vers 83°; à 176°, il se décompose complètement en eau et en deux ou trois produits organiques sans qu'il se produise la plus légère trace de charbon ni de gaz (juelconque. On voit distiller le long de la cornue un liquide incolore , qui ne tarde pas à se transformer en beaux crisaux prismatiques : c'est un mélange de maléate normal et de maléide normal (ac. maléique anhydre). Il reste dans la cornue une masse cristalline très abondante defumarate normal (ac.
paramaléique). Au bout de deux heures, si l'on n'a opéré que sur une dizaine de grammes de matière , la transformation est complète.
Lorsqu'au lieu de chauffer à 176°, on pousse rapidement à 200°, et qu'on maintient cette température, les mêmes produits prennent naissance, mais lemaléide normal prédomine; si, au contraire, on ne va pas au-delà de 150", on n'obtient pour ainsi dire que du fumarate normal et de Veau ; mais la réaction est alors extrêmement lente (Pelouze).
Ces réactions trouvent leur explication dans les équations suivantes :
C^H^O^ = H20 -}- C^H''0^ fuinar. et iiialéate norni. C4H605 = 2H20 -f 0^11203 maléide normal.
D'ailleurs le fumarate et le maléate normal , isomères l'un de l'autre, se décomposent eux-mêmes en maléide normal par l'action prolongée de la chaleur.
Maléate normal (acide maléique hydraté). — C^H^O^. — Pour l'obtenir à l'état de pureté , on fait dissoudre dans l'eau les cristaux qui se condensent dans le récipient par la distillation brusque du malate normal. Par la concentration , la solution se prend alors en cristaux qui paraissent dériver d'un prisme a base de parallélogrammes obliquangles. Ils sont inodores; leur saveur, d'abord acide, est bientôt suivie d'une sensation nauséabonde très désagréable. Ils sont très solubles dans l'eau et l'alcool. Leur dissolution aqueuse rougit fortement le tournesol; abandonnée à elle-même dans un vase ouvert, elle grimi)e le long des parois, et s'effleurit sous forme de choux -ileurs (Pelouze).
Cet acide ne pr<;cipite pas par l'eau de chaux; il forme dans celle de baryte un })n;('ipité blanc qui se change peu à peu en paillettes cristallines; un excès d'eau de baryte ou de M. normal redissout le précipité , (jui n'exige d'ailleurs pas beaucoup d'eau pour disparaître ( Pelouze).
L'acétate de [domb , versé dans une dissoiulioM très ('icndue de cet acide, y fait naître un précipité blanc, insoluble, qui se change, au bout do quelques minu(«'s, en de fort jolies lames
brillantes , d'un aspect micacé. Quand les dissolutions sont concentrées et le sel de plomb en excès, la liqueur se prend en une masse blanche, tremblotante, ressemblant à l'empois d'amidon. Cette masse conserve pendant longtemps son aspect physique ; mais peu à peu , surtout si l'on y ajoute de l'eau , on y voit naître des cristaux brillants de 31. biplombique, qui finissent par remplacer complètement la masse gélatineuse ( Pelouze).
Les cristaux de M. normal , soumis à l'action de la chaleur, se fondent vers 130°, et entrent en ébullition vers 160°. Ils se décomposent alors en eau et en maléide normal (310).
Si , au lieu de le chauffer brusquement à 1 60^ on le fait bouillir dans un tube très long et étroit, de manière que l'eau qui se dégage soit contrainte de retomber sans cesse , le M. normal se convertit en un corps isomère, le fumarate normal. La même transformation a lieu dans un tube fermé par les deux bouts , sans que rien se dégage ni s'absorbe (Pelouze).
M. Regnault (A>in. dechim. etdephys., t. LXII, p. 208) considère comme identique (1) avec le maléate normal l'acide extrait par M. Braconnot de certaines espèces de prêles {Equisetum flwviatile, limosum , etc.).
Voici comment M. Regnault a procédé pour obtenir ce dernier : les tiges fraîches de prèles , cueillies au moment de la floraison , furent hachées , puis pilées avec de l'eau dans un mortier. Le suc fut ensuite exprimé au moyen d'une petite presse. On le fit bouillir pendant une demi-heure pour en coaguler les parties albumineuses , puis on le passa à travers un filtre ; on satura le liquide
(1) M. Liebig conteste celte identité : « L'acide équisétique , dit-il, » qu'on avait confondu avec l'acide maléique , ne donne pas d'acide fa- » manque par l'action de la chaleur ; mais il se comporte exactement » comme l'acide aconitique (6* famille), qui, du reste, est identique » avec lui. » Cependant je ferai remarquer que les équisétates examinés par M. Uegnault présentent plutôt les caractères pliysiques des maléates que ceux des aconitates ; ce cliimisîe , il est vrai , n'a pas essayé de transformer son acide équisc'lique en acide fitmarique, mais il a constaté que le premier se volatilise sans résidu par l'action de la chaleur, c'est-à-dire qu il se convertit en eau et en maléide normal ; or, l'acide aconitique laisse toujours un résidu de charbon. L'assertion de M. Liebig n'est donc qu'une simple hypothèse , et j'adopterai l'opinion de M. Regnault jusqu'à preuve du contraire.
par du carbonate de soude , on y versa de l'acétate de baryte pour précipiter les sulfates et les phosphates ; puis , après avoir de nouveau filtré, on précipita par de l'acétate de plomb. L'équisétate de plomb ainsi obtenu fut décomposé par l'hydrogène sulfuré.
Maléate bipotassique (sel neutre). — C^^'H^K^jO^. — On l'obtient en saturant une solution de carbonate de potasse par de l'acide maléique; la solution, évaporée à consistance de sirop , dépose peu à peu des cristaux radiés qui sont mous comme de la cire , fort solubles dans l'eau et insolubles dans l'alcool (Buechner).
Maléate potassique (sel acide). — C\'H^K)0* — Sel cristallisable , rougissant le tournesol , et insoluble dans l'alcool.
Maléate bisodique. —C\]P^a^)0*. — Sa solution aqueuse se prend par la concentration en une bouillie d'aiguilles qu'il est difficile de dessécher.
Maléate sodiqiic. — C^(H^Nfl)0* -|" ^ aq. — Prismes à base I rhombe, peu solubles dans l'eau froide, plus solubles dans l'eau bouillante, insolubles dans l'alcool. Leur solution réagit acide. Ils renferment 28,3 p. c. d'eau de cristallisation qu'ils dégagent à 100°. Lorsqu'on ajoute de l'acide acétique à une solution concentrée de M. bisodique , ce même sel acide se précipite à l'état î cristallin (Buechner). •
Maléate sodico- potassique. — C^[IPKNrt)0^ + aq. — Poudre I cristalline , très déliquescente, insoluble dans l'alcool; elle renferme 9,1 p. c. = 1 éq. d'eau de cristallisation (Buechjner).
! Maléate biammoniacal. — C*H<0<, 2 NHs. — Il s'obtient sous la I forme d'une gelée cristalline par l'évaporation , dans le vide, ' d'une solution de M. normal sursaturé par de l'ammoniaque. Il I est fort déliquescent et insoluhlo dans l'alcool.
Maléate ammoniacal. — C^H^O*,NH^ — Lamelles acides ne I renfermant pas d'eau de cristallisation.
I Maléate barylique. — C<;H''Ba^O< + 3 aq. — Sel crislallisable , acide, insoluble dans l'alcool, renfermant 19,7 p. c. d'eau de cristallisation et (ju'on obtient en dissolvant le M. bibarytique dans un excès de M. normal (Buechner).
Maléate bibarytique (équisétate du baryte). — C<(IPBa2)0^ -j-
484 HISTOIRE ET CLASSIFICATIOÎN .
aq. — Si l'on verse de l'eau de baryte dans une dissolution un peu concentrée de M. normal , il se forme un léger précipité qui se redissout tant que la liqueur est acide. Quand elle est devenue neutre, le précipité n'est encore que très peu abondant; mais au bout de quelques minutes la liqueur se prend complètement en une masse gélatineuse blanche , tremblotante , semblable à l'hydrate d'alumine. Cette masse se présente, après la dessiccation , sous forme de petites paillettes cristallines. Séché à l'air, ce sel renferme 1 éq. d'eau de cristallisation, qu'il perd à 150"(Regnault).
Maléate bicalcique. — Une dissolution concentrée de chlorure de calcium ne trouble pas le M. bipotassique , quoique le M. bicalcique soit fort peu soluble; mais si l'on abandonne la liqueur à elle-même, elle laisse déposer, après quelques jours, des aiguilles cristallines qui , une fois formées , ne se redissolvent qu'avec la plus grande difficulté , et seulement dans une quantité d'eau très considérable (Pelouze).
Maléate biplombique . — CHïi'^Y*b'^)0* + 3 aq. — Les 3 éq. d'eau de cristallisation contenus dans ce sel s'en vont par la dessiccation ( Pelouze ) .
Maléate biargentiqne (équisétate d'argent). — C^H^A^^^O*. — Précipité blanc et caillebotteux , qui ne renferme pas d'eau de cristallisation. Soumis à l'action de la chaleur, il se décompose subitement déjà à 148° avec une petite explosion, et se transforme en carbure d'argent (CA^) très homogène, gris foncé, et d'un éclat métallique ; il se développe en même temps beaucoup d'acide carbonique, ainsi que de petites gouttelettes jaunâtres, cristallisant dans quelques endroits, solubles dans l'eau, et manifestant alors une réaction fort acide (Regnault).
Maléate argentique (sel acide). — G^(H\\(/)0*. — Une solution de M. normal de concentration moyenne, mélangée avec une solution de nitrate d'argent, produit au bout de quelque temps des aiguilles blanches déliées et brillantes, qui présentent la composition indiquée (Liebig).
Genre Fumarale R-^0^ 316. Nous avons vu plus haut (p. -i80; comment le maléate
normal se convertit en F. normal par l'action de la chaleur; M. Lassaigne avait déjà obtenu ce dernier dans la distillation sèche du malate normal.
Le F. à base de calcium se rencontre dans la sève de la fumeterre ( Fuma r t'a officinalis] , ainsi que dans le lichen d'Islande (Winkler, Demarçay, Schoedler).
Fumarate normal ( acide fumarique ou paramaléique). — Cet acide se distingue de son isomère, l'acide maléique, par sa faible solubilité; en effet, il exige à peu près 200 p. d'eau pour se dissoudre, tandis que l'autre disparaît dans environ son poids de ce liquide. Sa saveur est franchement acide. Il cristallise en prismes larges , déliés , difficiles à déterminer, parce qu'ils sont striés. Soumis à l'action de la chaleur, ils ne fondent qu'avec la plus grande difficulté, et ne se volatilisent qu'à une température supérieure à 200°, en se transformant en partie en eau et maléide normal (310).
Sa dissolution n'est pas précipitée par les eaux de chaux , de baryte et de strontiane.
Une partie de cet acide dissoute dans plus de 200,000 p. d'eau , trouble encore le nitrate d'argent ; le précipité est insoluble dans l'acide nitrique. Cette insolubilité du F. biargentique est telle, que les liqueurs filtrées ne produisent plus le plus léger nuagt* avec l'acide hydrochlorique (Pelouze).
Le F. normal se dissout aisément dans l'acide nitrique dilué et bouillant , et s'y dépose sans altération par le refroidissement de la solution. Sa dissolution aqueuse ne s'altère pas parl'ébullition (Hagen).
Pour extraire ce corps de la fumeterre , on décolore le suc .de cette plante avec du charbon animal , on précipite par de l'acétate de plomb, et l'on décompose le F. biplombique par l'hydrogène sulfuré (Demarçay).
Fumarate bipotassique (sel neutre). — C*(H2K^)0* -j- 2 aq. — l'iisnif.'s brillants , striés, insolubles dans l'alcool, fort solubles dans l'eau. Us renferment 16 p. c. d'eau de cristallisation = 2 éq. , qu'ils dégagent aisément à 100°. Leur solution concentrée, additionnée d'acide acétique, dép(>se du V. potassi(|ue.
Fumarate potassique. — C^(H^K)0^. — Sel acide (1), moins 80^ lubie dans l'eau que le précédent (Rieckher).
Fumarate bicuivriqiie. — r/(H-C''2jO^ + aq. —Lorsqu'on ajoute du F. normal à une solution d'acétate de cuivre neutre et qu'on chauffe jusqu'à ce que l'acide se soit dissous , le F. bicuivrique se sépare à l'état d'une poudre cristalline vert-bleuâtre. Ce sel est peu sokible dans l'eau et l'alcool (Riecklier).
Fumarate ammoniacal. — ^C^H^O^ NH^ — Sel légèrement acide qui cristallise aisément en prismes allongés.
Fumarate calciqne. — Sel soluble et cristallisable.
Fumarate biargentique. — C^(H^A^^)0*. — Sel blanc, qui se comporte sous l'influence de la chaleur comme son isomère , le maléate (Demarçay).
Fumarate biplomhique (paramaléate de plomb). — C*{l{-PL^)0* + 3aq.^— Il a exactement la même composition et renferme la même quantité d'eau de cristallisation que son isomère , le maléate à même base. Il s'obtient quand on mélange un F. soluble avec de l'acétate de plomb ; si les liqueurs sont chaudes, le précipité se redissQut et se dépose par le refroidissement à l'état cristallin (Pelouze).
Genre Mellate K-^0*.
317. Il se rencontre dans la nature à l'état de mellate bialuminique ( mellite des minéralogistes) ; on ne l'a pas encore obtenu artificiellement. C'est un g. salin bibasique.
Mellate normal (acide mellique ou mellitique). — C^H^O*. —
(1) Malgré l'existence de ce sel acide, M. Riecklier, élève de M. Lieblg, considère les fumarates comme des sels unibasiques. Je ne conçois réellement pas ce que Técole allemande erpliqrie, on écrivant le fumarate de potasse ainsi : (C'»H203,K20 + C*Il20^Il20) pliiiôt que par la formule (C^H^06,lj20,KO) semblable à celle des autres sels acides (tartrales, maléates, etc.). Voudrait-elle, par celte notation ditlérenie, rendre raison de l'isomérie des maléales et des fumarates? Mais rappelons-nous que les formules chimiques ne peuvent jamais rien expliquer; elles n'indiquent que de simples rapports qu'on ne parvient à bien faire ressortir qu'en y mettant de Tuniformilé et de Ja précision.
QL'ATRIÈ.ME FAMILLE. 487
Pour obtenir ce corps, on pulvérise le M. bialumiuique et on le traite à chaud par le carbonate d'ammoniaque ou de potasse ; il se produit ainsi un M. alcalin , qu'on t'ait cristalliser. On dissout les cristaux dans l'eau , et on les précipite par de l'acétate plombique; on délaie le précipité dans l'eau et on le décompose par l'hydrogène sulfuré. La liqueur, séparée à l'aide du filtre du sulfure de plomb , est évaporée à consistance de sirop et abandonnée à la cristallisation (^Yoehler).
Le 3L normal cristallise en aiguilles blanches, très acides, fort solubles dans l'eau et l'alcool , et qui ne renferment pas d'eau de cristallisation. Il supporte une température assez élevée sans se décomposer. Quand on le soumet à la distillation sèche , il fournit un sublimé cristallin et acide , en laissant beaucoup de charbon. Les acides sulfurique et nitrique concentrés ne paraissent pas l'attaquer, même à l'ébullition.
L'alcool absolu et bouillant l'altère d'une manière toute particulière : la dissolution donne par l'évaporation un résidu brun foncé , qui se dessèche en une masse diaphane sans la moindre trace de cristallisation. L'eau, versée sur ce résidu, devient laiteuse comme une émulsion , et en sépare une poudre blanche , insipide et fusible, qui se dissout dans l'alcool en une liqueur acide. Ce corps se combine avec l'ammoniaque en donnant un sel cristallin; l'acide hydrochlorique l'en sépare de nouveau (Woehler).
Mellate bipotassique (sel neutre). — C^K^O*. — Il se prend en cristaux rayonnes et irréguliers.
Mellate potassique ( sel acide , bimellate de potasse }. — C\HK)0< -f- 2 aq. — On l'obtient en traitant directement la potasse par le M. normal. Il forme de gros cristaux prismatiques et transparents , qui , sous l'iniluence d'une chaleur modérée , perdent 2 éq. d'eau , et blanchissent sans se décomposer.
Lorsqu'on traite ce sel par l'acide nitrique, on obtient une combinaison de [C<(HK)0< -f- NKO^ -f- aq.] ; celle-ci se forme ausSj quand on mélange un»; dissolution concenlréedcM. bipolassitiuc; av(!C de l'acide nitrique, tant qu'il se forme un précipité , et qu'on chauffe ensuite le liquide de manière à redissoudre ce dernier. Le sel double cristallise alors par le refroidissement on prismes
liexagones, acides, et qui sont aussi peu solubles dans l'eau que la crème de tartre ( Woehler ).
Mellate biammoniacal (sel neutre). — C<H20^ 2NH3. — Qn l'obtient en mettant le M. bialuminique en digestion avec du carbonate d'ammoniaque ; il cristallise sous deux formes différentes suivant la température à laquelle il se solidifie.
Lorsqu'on chauffe ce sel à 150», il perd beaucoup d'ammoniaque et d'eau, en même temps qu'il se convertit en paramide normale et en euchronate ammoniacal (4' et 6" fam.).
Mellate ammoniacal (sel acide, bimellate). — C*H^O*, NH^-^ Il est plus soluble dans l'eau que le sel biammoniacal. On l'obtient en chauffant une dissolution de paramide normale à 200".
C<HN02 -f 21120 = C<1120<,M13.
Mellate biargentiq^ic. — C*kg^O*-\- aq. — On l'obtient en mélangeant du M. normal avec du nitrate d'argent. Il est d'un blanc de neige , et ne noircit pas à la lumière comme les autres sels d'argent. A 100°, le sel desséché dans le vide ne perd rien de son poids ; à une température plus élevée, on remarque qu'il abandonne de leau, et ce dégagement d'humidité ne cesse qu'après que le sel a été maintenu pendant longtemps dans le vide et à une température de 1 80° ; mais , à cette température , il noircit et s'altère. Alors il ne renferme plus d'eau; si on le chauffe davantage, il produit une légère détonation , en laissant une masse légère et volumineuse de charbon et d'argent probablement en combinaison. On peut obtenir le M. normal par le M. biargentique séché à une haute température, en décomposant ce dernier par l'acide hydrochlorique ou par l'hydrogène sulfuré (Liebig et Pelouze).
Chauffé dans un courant d'hydrogène sec, le M. biargentique commence à noircir vers 100" ; le résidu se dissout dans l'eau avec une couleur foncée, et renferme probablement du M. biargenteux (I) (Woehler).
Lorsqu'on chauffe le M. biargentique , préalablement exposé à 180°, avec de l'iode, il se produit, outre l'iodure d'argent, une
(1) Voyez à cet égard , dans la Sixième Famille , le Citrate triargentique.
substance blanche , cristalline , soluble dans l'eau , d'un goût astringent et acide , et rougissant fortement le tournesol (Liebig et Pelouze).
Mellate argento -potassique. — C*{XgK)0^ -\- ? aq. — On l'obtient en petits prismes droits à six faces , en mélangeant le M. bipotassique avec du nitrate d'argent aiguisé d'acide nitrique. Il est transparent , brillant , dégage de Feau de cristallisation quand on le chauffe , et se décompose avec une espèce d'explosion à une température plus élevée (Woehler).
Mellate biplombiqxie. — C^P620*. — Précipité blanc , volumineux.
Mellate bialuminique. — C*AP/jO< + 6 aq. — On le rencontre , cristallisé en octaèdres réguliers , dans quelques lignites de la Thuringe; il oftre la couleur jaune du miel . ce qui lui a valu le nom de meliite (l). Les cristaux sont transparents et s'électrisent par le frottement. Il renferme 44,1 p. c. d'eau de cristallisation, qu'on parvient à expulser d'une manière complète à une température voisine du point d'ébullition de l'acide sulfurique (2). Les alcalis caustiques l'attaquent en mettant de l'alumine en liberté.
La meliite naturelle renferme une petite quantité d'une résine jaune , k laquelle elle doit sa couleur, et probablement aussi son odeur.
Genre Mainte R--05.
318. Les malates se rencontrent dans presque tous les fruits aigres , et y sont accompagnés de tartrates ou de citrates ; ils se trouvent surtout en quantité notable dans les baies du sorbier, dans le verjus, dans les pommes aigres, etc. On ne sait pas encore les produire artiliciellenu^nt. L'action de la chaleur transforme les malates en fumarates (316).
Miilate normal (acide malique ou sorbi(jue . — C^H^O^. — Voici d'après quel procédé 31. Liebig prépare ce corps : on mélange dans une bassine de cuivre le suc des baies non mûres du sorbier avec de la chaux nydratée en poudre jine, de manière touti'fois
(1) Ce mot est dérivé du grec ft't-t , miel , et îiOo?, pierre. ('2) l'ioppelons-nous que dans celle roitniilr A/,'; éqiii\aiil à \l^p; voir p, 361.
-490 HISTOIRE ET CLASSIFICATIOIt.
que la liqueur conserve encore une légère réaction acide (1), On maintient ce liquide en ébullition pendant plusieurs heures ; il s'y précipite alors du 31. bicalcique qu'on enlève avec une cuiller en cuivre , à mesure qu'il se dépose ; dès qu'il ne s'en précipite plus rien, on laisse refroidir, de sorte qu'on peut en obtenir encore un peu. Après avoir lavé à l'eau froide le M. bicalcique, on en introduit dans de l'acide nitrique, préalablement chauffé (1 p. d'acide pour 10 p. d'eau), tant qu'il s'en dissout, on fdtre le mélange et l'on abandonne à cristallisation. Il se forme alors des cristaux de M. calcique (sel acide) , qu'on obtient incolores par de nouvelles cristallisations ; puis , avec de l'acétate de plomb , on transforme ce sel en M. biplombique, et on décompose celui-ci par de Ihydrogène sulfuré. Enfin on évapore la dissolution du M. normal , d'abord à feu nu , puis au bain-marie; elle finit alors par se prendre en une masse cristalline.
Cette masse, séchée à 120°, ne renferme pas d'eau de cristallisation (Pelouze); sa solution est très acide; lorsqu'elle est impure , elle se décompose à la longue en devenant visqueuse et en se couvrant de moisissures. Quel que soit l'état de concentration de la solution du M. normal , on ne réussit , ni à chaud ni à froid , à la saturer complètement par un carbonate terreux , si ce n'est par le carbonate de magnésie.
Sa dissolution réduit les sels d'or. Il se dissout aussi dans l'alcool.
L'acide sulfurique concentré le décompose à chaud en dégageant un gaz inflammable, ainsi qu'un liquide doué d'une saveur raordicante.
Quand on le chauffe avec un excès de potasse , à la température de 150", il se transforme en oxalate et acétate potassiques, avec dégagement d'eau et de gaz hydrogène :
L'acide nitrique bouillant le convertit promptemeut en acide oxalique; en prenant de l'acide nitrique concentré on obtient d'abord des cristaux d'acide fumarique (Hagen).
(1) Si Ton neutralisait complètement avec de la chaux, ou précipiterait en même temps la matière colorante du suc, et Ton aurait bien de la peine à purifier le produit.
La dissolution du M. normal ne trouble ni l'eau de chaux , ni l'eau de baryte , ni les dissolutions du nitrate d'argent et du nitrate de plomb. Elle précipite , au contraire , l'acétate de plomb , et y forme un dépôt blanc qui se dissout peu à peu pour se convertir ensuite en cristaux soyeux et brillants.
L'action de la chaleur sur le M. normal a été étudiée plus particulièrement par MM. Lassaigne et Pelouze. Vers 83", cet acide entre en fusion ; à 176°, il se décompose complètement en eau et en deux acides pyrogénés (maléique et fumarique). Nous avons déjà parlé de ces produits de déccmposition (315 et 316). M'ilatebipotassiqiie . — Sel déliquescent. Malate ammoniacal (sel acide). — C^H^O'^, NH^. — Pour l'obtenir, on dissout le M. biplombique dans l'acide sulfurique dilué, qu'on a soin de ne pas prendre en excès ; on filtre le mélange , on en fait deux parts égales, on sature l'une par du carbonate d'ammoniaque, et après y avoir ajouté l'autre, on évapore le tout a consistance de sirop. On obtient ainsi des cristaux parfaitement limpides, solubles dans l'eau et insolubles dans ralcool (Liebig).
Malate bicalcique (sel neutre). — C^(H^Ga2]0^ — Poudre grenue , presque insoluble , qu'on obtient en saturant par de la craie et faisant bouillir le liquide.
Malate calcique (sel acide). — C*(H^Ca)0^ -|- 3 aq. — Lorsqu'on dissout le sel précédent dans l'acide nitrique , le M. calcique cristallise en gros cristaux octaédriques , qui se transforment par réchauffement eu une masse visqueuse (Hagen).
Malate bibanjtique. — C*(H*Ba2^0^ — Il est très difficile de saturer le M. normal par du carbonate de baryte, de manière que la liqueur ne rougisse plus le papier de tournesol. Quand on évapore la dissolution, il s'en sépare des croûtes blanches sans apparence de cristallisation; elles sont absolument insolubles dans l'eau froide comme dans l'eau bouillante; mais elles s'y dissolvent rapidement si l'on y ajoute un peu d'acide; la liqueuin'est ensuite point précipitée par l'ammoniaque (Liebig).
Malate bimagnésique (sel neutre). — C*(H<M^^jO^ -\- 5 m[. — Si l'on fait bouillir une dissolution étendue de M. normal avec de la magnésie, on obtient un li(|uid(.' neutre (|ui , évapuré a pellicule, dépose au bout de quelque temps le M. bimagnésique avec
5 éq. d'eau de cristallisation , dont 4 éq. s'en vont à 100". Si l'on ajoute de l'alcool à la dissolution concentrée de ce sel , elle le dépose à l'état de flocons anhydres , qui deviennent pâteux par réchauffement (Liebig, Hayen).
Malate magnésique (sel acide). — C^(H^M9)0^ + aq. — On l'obtient en prismes aplatis en saturant à moitié le M. normal par du carbonate de magnésie , et évaporant à cristallisation ; à 100°, il perd 1 éq. d'eau ; à une température plus élevée , il entre en fusion ( Hagen).
Malate biplombiqiie. —C\W¥b^)0^ -{-3 aq. — On l'obtient en précipitant par l'acétate de plomb une dissolution de M. ammoniacal ou calcique: c'est un précipité blanc et caillebotteuxqui, abandonné dans un excès d'acétate de plomb , se convertit en aiguilles quadrilatères , groupées autour d'un centre commun. Ce sel fond dans l'eau bouillante en une masse transparente et poisseuse; il est très peu soluble dans l'eau froide , plus soluble dans l'eau bouillante ; une solution aqueuse et concentrée dépose ce sel à l'état d'aiguilles brillantes. Il se dissout fort bien dans l'acide nitrique (Liebig, Pelouze).
Malate biargentiqae. — C^(H*Ag2)0^. — Le nitrate d'argent occasionne dans une solution de M. ammoniacal un précipité grenu et blanc, qui devient jaune par une forte dessiccation. Chauffé après avoir été desséché , il fond et se décompose en se boursouflant un peu et en répandant une odeur empyreumatique ; il reste de l'argent métallique parfaitement blanc (Liebig).
Malate bizincique (sel neutre). — C^WZii^'jO^ + 3 aq. —Si l'on met du carbonate de zinc en digestion avec une dissolution de M. normal , à une température qui ne doit pas dépasser 30°, on obtient un liquide qui dépose par le refroidissement de petits cristaux brillants. A 100", ils perdent leurs 3 éq. d'eau de cristallisation (Hagen).
Malale zinciqae (sel acide). — C^(H^Z?i)05 + aq. — On l'obtient en dissolvant le sel précédent dans l'acide malique (Braconnot, Hagen).
Malate ciiivrique. — C^U^Cu^O^ + aq. — Quand on sature à froid le M. normal par de l'oxyde de cuivre hydraté, et qu'on évapore à 40°, le M. cuivri(|ue se prend en fort beaux cristaux d'un bleu de cobalt (Hagen).
Malate surcuivriqve. — 2 [C^(H^Cu2)0^] + Cu^O + 4 aq. — Lorsqu'on fait bouillir du M. normal en excès avec du carbonate de cuivre , il reste une poudre verte et insoluble qui présente la composition indiquée. Le carbonate de cuivre , traité à froid par un excès de M. normal, s'y dissout en quantité notable ; soumise àrébullition, la liqueur donne aussitôt le sel insoluble précédent ; évaporée entre 40 et 50", ou dans le vide , elle dépose de petits cristaux d'un vert foncé , et qui renferment la même proportion d'oxyde de cuivre et de malate, plus 6 éq. d'eau de cristallisation (Richardson et Merzdorff).
Genre Tartride R-*0\
319. Tartride normal (acide tartrique anhydre). — C^H^O^. — M. Frémy a obteim cet anhydride en chauffant le tartrate normal à une température de 180". Voici comment il prescrit de le préparer : on met dans une capsule de porcelaine 15 à 20 grammes de tartrate normal en poudre , et on pose le tout sur un petit fourneau , dans lequel on a mis quelques charbons ardents; la matière fond d'abord et se convertit peu à peu en une masse très boursouflée et blanche.
L'opération ne doit pas durer plus de (piatre ou cinq minutes ; on détache ensuite la masse et on la porte dans une petite étuve à huile, où on la chauffe pendant ([uelques instants h 150° environ. On la lave à l'eau froide, on l'exprime bien entre des doubles do papier Joseph , et on la dessèche dans le vide.
Ainsi purifié , le T. normal est insoluble dans l'eau , l'alcool et l'éther ; quand on le laisse pendant plusieurs heures en contact avec l'eau, il se transforme en un»; gelée, et finit par se reconv(!rtiren tartrate normal, dont il ne dill'ère d'ailleurs que par les éléments de 1 éq. d'eau :
C<lHo^ -j- 11^0 = C<1I60«.
Cette transformation s'effectue rapidement dans l'eau bouillante. Une dissolution «le potasse agit d'une manière semblable.
Le T. normal absorbe le gaz ammoniac avec dégagement de chaleur.
494 HISTOraE ET CLASSIFICATION.
Le paratartrate normal ( acide paralartrique) donne un semblable produit par l'action de la chaleur.
Genre Tarîrate R— ^0^,
320. Il n'a pas encore été produit artificiellement. Toutes les espèces appartenant à ce genre se dédoublent à un température élevée, sous l'influence de l'hydrate de potasse, en acétate et oxalate (Gay-Lussac) :
C4H606 = C2H<02 + C^H^Oa.
Chauffés à l'état sec , les T. répandent l'odeur du sucre brûlé.
Le genre T. comprend des sels à 2 éq. de base, qu'on rencontre dans beaucoup de sucs végétaux , particulièrement dans le verjus, les mûres , l'oseille , les topinambours , la pomme de terre , la racine de garance , etc.
Les T. à base de potassium ou de calcium sont les plus répandus.
Tartrate normal (acide tartrique). — C^H^O^. — On l'obtient en décomposant le T. bicalcique par de l'acide sulfurique. A cet effet, on traite une solution bouillante de crème de tartre (T. à 1 éq. de potassium) par de la craie, de manière à la transformer en T. bicalcique insoluble et en T. bipotassique soluble; on jette le mélange sur un filtre , on recueille la solution du sel de potasse , et on la mélange avec une solution de chlorure de calcium pour la transformer aussi en T. bicalcique insoluble. Les deux précipités calcaires sont alors bouillis avec une quantité convenable d'acide sulfurique étendu d'eau ; puis on évapore le liquide filtré à une douce chaleur , et on le concentre à consistance de sirop. Abandonné dans un endroit chaud , il dépose encore du sulfate de chaux , et finit par donner des cristaux de T. normal. La présence d'un excès d'acide sulfurique favorise beaucoup la cristallisation de ce corps.
On l'obtient en prismes obliques à base rhombe , tronqués sur les arêtes longitudinales, et terminés par des sommets dièdres, ou bien en prismes hexagones terminés par trois faces de troncature. Les cristaux sont incolores, ne s'altèrent point à l'air et ne renferment point d'eau de cristallisation ; ils sont fort solubles dans l'eau et l'alcool. Leur solution aqueuse se couvre à la longue
de moisissures ; elle précipite en blanc les eaux de chaux , de baryte, de strontiane , ainsi que l'acétate de plomb; mais elle n'occasionne pas de précipité dans les chlorures de baryum, de calcium et de strontium.
Ajoutée en excès à un sel de potasse , la solution du T. normal y occasionne, surtout par l'agitation du mélange, la formation d'un précipité blanc et cristallin de T. potassique, insoluble dans l'acide hydrochlorique. Cette réaction ne réussit qu'autant que le sel de potasse n'est pas trop étendu.
Il réduit les sels d'or à l'ébullition.
Lorsqu'on broie du T. normal avec du minium , en ajoutant un peu d'eau , de manière à former une bouillie , le minium blanchit, et l'on remarque une forte odeur d'acide formique (Boettger). Lorsqu'on fait bouillir du T. normal, ou un autre T., avec du peroxyde puce de plomb , il se produit du formiate et de l'acide carbonique (160, Persoz;.
Lorsque le T. normal est porté à une température de 200" environ , dans une capsule de porcelaine placée au bain d'huile , il commence par entrer en fusion , puis il perd des quantités d'eau très sensibles , qui sont quelquefois accompagnées de vapeurs acides, surtout quand l'opération est conduite trop rapidement. Si l'on évite la formation de ces produits pyrogénés, on obtient du tartride normal ; si , au contraire , on élève davantage la température , il se forme des acides particuliers ; nous avons déjà parlé de ces différents produits (279 et 319).
M. Frémy admet que la formation du tartride normal est précédée de celle de deux acides intermédiaires, Vacide tartralique et Vacide tartrélique. Quelque confiance qu'inspirent généralement les travaux de œ chimiste distingué, je ne trouve ni assez complètes ni assez rigoureuses h*s expériences sur lesquelles il base son opinion à l'égard de ces acides; d'ailleurs, lui-même, en avouant l'impossibilité de les obtenir d'une composition constante (l), il jette naturellement du doute sur l'exactitude de ses résultats. Comme le tartridf normal ne diffère du T. normal (jue par les éléments d'un éf[uivalent d'eau, il ukî semble qu'en
(1) Annal, de chim. et de phys., t. i<VIIf , p. 362. Aucun tartralate ou tarlrélate ne s'obtient sous une forme déflnie.
interrompant l'action de la chaleur avant cette transformation complète , on doit obtenir des produits renfermant à la fois du tartride normal et du tartrate non altéré , et c'est ce qui est probablement arrivé dans les expériences de M. Frémy. Je ne saurais donc considérer les tartralates ni les tartrélates comme des composés définis.
Suivant M. Frémy, l'acide sulfurique concentré modifie le T. normal, comme le fait la chaleur (l); je ne m'accorde pas non plus avec lui sur ce point, car j'ai toujours obtenu, dans ces circonstances, des combinaisons copulées, renfermant les éléments 'de l'acide sulfurique.
Si l'on dissout le T. normal dans une grande quantité d'acide sulfurique concentré ou mieux d'acide fumant , et qu'on chauffe avec beaucoup de lenteur, il se dégage un mélange de 4 volumes d'oxyde de carbone et de 1 volume d'acide sulfureux , sans trace d'acide carbonique; toutefois, vers la fin de l'opération, on -voit toujours arriver de l'acide carbonique ; il reste un nouveau produit renfermant les éléments de l'acide sulfurique (Dumas et Piria).
Tartrate ammoniacal (sel acide, bitartrate d'ammoniaque). — C^H^O^, NH3. — Paillettes brillantes, peu solubles dans l'eau froide et très solubles dans l'eau bouillante (Dulk, Dumas et Piria).
Tartrate biammoniacal (sel neutre). — C^H^O*', 2NH3. — On l'obtient en cristaux prismatiques en évaporant une dissolution de T. normal , neutralisée par du carbonate d'ammoniaque (Dulk, Dumas et Piria).
Tartrate potassique (bitartrate de potasse, crème de tartre). — C''(H5K)06. — Ce sel , qui se rencontre dans le verjus et dans beaucoup d'autres sucs végétaux, se dépose souvent dans les vins , à l'état de croûtes dures et épaisses qui portent le nom de tartre cru ; on l'obtient pur et incolore en le soumettant à de nouvelles cristallisations. Il se forme toutes les fois qu'on ajoute du T. normal en excès à une dissolution d'un sel de potasse. 11 cristallise en prismes obliques à base rhoinbe , peu solubles
(1) L'auteur ne donne aucune analyse des produits nés sous l'influence de l'acide sulfurique.
dans l'eau froide, iiisolul)les dans l'alcool, et fort solublesdans les acides minéraux concentrés. Il rougit le papier de tournesol.
Un grand nombre d'oxydes métalliques en sont dissous ; le T. potassique échange, dans ces circonstances, 1 é(i. d'hydrogène pour du métal.
Tartrate bipotassique (sel neutre). — C''(H^K'-^jO*'. — On l'obtient en saturant le sel précédent par du carbonate de potasse ; il cristallise en prismes triangulaires à base rhombe , terminés par des sommets dièdres (Berzélius). Chaullé à 180 ou 200', ce sel émet de l'eau , mais alors il est évidemment altéré.
Tartrate sodiqve (bitartrate de soude). — • C^(H^Na)0*^ + aq- Prismes hexagones qui perdent à 100" 9,5 p. c. =: 1 éq. d'eau de cristallisation (Bucholz, Dumas et Piria).
Tartrate bisodique (sel neutre). — C^(H^Na2)0^ + 2 aq. -— Prismes limpides qui s'effleurissent par la chaleur.
Tartrate ammoniaco-polassiquc . — C^(H^K)0®,NH^ — Prismes rectangulaires à base rhombe (Bucholz) qui perdent à 140" toute leur ammoniaque en se convertissant en T. potassique (Dumas et Piria).
Tartrate sodico-potassiqve (sel de Seignette). — C*(H^NtfK) 0^ + 4 aq. — On sature du T. potassique par du carbonate de soude et on fait cristalliser le produit ; on obtient ainsi des prismes rectangulaires à base rhom])e et qui sont souvent assez gros. Chauffés à 100", ils perdent 18,8 p. c. ::= 3 éq. d'eau ( Schatfgotsch ) ; à 175", la perte d'eau s'élève à 23 p. c. (Dumas et Piria).
Tartrate bibaryiiquc. — C^(H^Ba-yO'' + «i^l- — Précipité blanc peu soluble dans l'eau.
Tartrate baryto-sodique. — C''(H*BcfNrt)0*' + aq. — Une dissolution de T. .sodico-pota.ssique dorme, avec le chlorure de baryum, un précipité cristallin (jui présente la composition in- (liciui'f.
Tarlralc calciqnc sel de chaux acide). — C\lU(^«j0''. — On l'obtienten dissolvant dans le T. normal le s(;l à 2 <'(|. decalcium ; il cristallise en prismes oblicjUiîs à quatn; pans (Dulk).
Tartrate biralciqur (sv\ neutre). - (]*[\VCja^](y' -j- i a(|. — Ce sel se rencontre dans le tartre brut; il constitue une [loudre
blanche qui se dissout dans 600 p. d'eau bouillante et qui est insoluble dans l'eau froide ; on l'obtient quelquefois en octaèdres réguliers (Gay-Lussac et Thénard).
Tartrate biplombique. — C''(HT62)0^. — Précipité blanc et cristallin fort peu soluble dans l'eau.
Tartrate bicitivrique. — C''(H^C?<-)0^ + 3 aq. — Sel très soluble (Dumas et Piria).
Tartrate biargentique. — C^(H''A^-)06. — Paillettes blanches, qui absorbent le chlore sec à la température ordinaire , en s'échauffant beaucoup et en donnant des produits empyreumatiques (Erdmann).
321. Tartrate antimonico-potassique (émétique). — Lorsqu'un oxyde métallique agit sur un sel à base d'hydrogène , il se produit de l'eau aux dépens de cet hydrogène et de l'oxygène de l'oxyde , tandis que le métal de l'oxyde prend , dans la matière organique, la place de l'hydrogène enlevé; l'eau produite est éliminée.
Si l'oxyde métallique est représenté par M^O , c'est-à-Kiire par une composition semblable à celle de l'eau H-0 , cette substitution du métal à l'hydrogène se trouve , dans nos formules écrites, exprimée par des équivalents ; chaque H enlevé est alors remplacé par M.
Mais si l'oxyde métallique est représenté par M''0^ (chrome, fer, manganèse, alumine) ou par M-0^ (antimoine, arsenic), ou par toute autre composition qui ne ressemble pas à celle de l'eau, les formules ordinaires n'indiqueront pas des substitutions équivalentes , bien qu'en réalité la réaction soit identiquement la même que dans le cas précédent.
Cela doit être et s'explique parfaitement. Prenons en effet un sel renfermant 1 éq. d'hydrogène basique, par exemple la crème de tartre; ce corps renferme, pour bases, 1 éq. d'hydrogène et 1 éq. de potassium : C''(H'*HK)0^. Pour simplilier le raisonnement , exprimons par A les éléments non basiques de ce sel ; nous aurons donc :
base.
A(HK) crème de tartre.
Dans ce sel , un seul équivalent d'hydrogène s'attaque donc au
contact des oxydes métalliques ; quelle qu'en soit la composition, il se formera toujours de l'eau.
Lorsque tout l'oxygène des oxydes métalliques produit cett eau avec l'hydrogène basique de la crème de tartre , on a :
Pour les oxydes M^O ,
2[A(HK)] + M20 = 2[A(.MK)] + H20.
Pour les oxydes M^O^, en mettant — — = M».