MATIÈRES GÉNÉRATRICES DES TISSUS
(les liquides musculaires et les fonctions des muscles qui en sont imprégnés.
Ui . La globuline se rapproche beaucoup de l'albumine; mais elle ne se coagule qu'à 73^ en un liquide laiteux ou en masses globulaires. Si Ton sature par l'ammoniaque une dissolution de globuline dans l'eau aiguisée d'acide acétique , ou inversement , si l'on sature par l'acide acétique sa solution ammoniacale , la globuline se précipite ; enfin, un des caractères distinctifs de cette substance, c'est de se coaguler au sein de sa dissolution aqueuse sous l'influence du gaz carbonique ; le précipité se redissout dans l'eau pure, au contact de l'air atmosphérique ou de l'oxygène.
L'existence de la globuline n'a été constatée avec certilude que dans le cristallin de l'œil ; elle forme les 36 centièmes de son poids.
La dissolution concentrée de globuline qui constitue le cristallin, fait office d'un liquide réfringent ; la disposition de cet organe par couches de densités décroissantes de l'intérieur à l'extérieur est évidemment destinée à réaliser l'achromatisme de l'œil.
U hématocristalline est la seule matière albuminoïde cristal lisable; mais l'étude de la forme de ses cristaux indique que ce nom désigne trois ou quatre substances différentes, fort analogues d'ailleurs par leurs propriétés physiques et chimiques. L'hématocristalline retirée du sang de l'homme et de celui de la plupart des carnivores, cristallise en prismes (fig. 13 et l/^); celle du sang des cochons de mer, des rats, des souris, en tétraèdres (fig. 15) ; celledu sang de l'écureuil, en tables hexagonales (fig. 16) ;
^U PUINCIPES IMMEDIATS DE L'OUGàlfiSME.
celle du sang du hamster , en rhomboèdres. Ces substances si semblables, à la cristallisation près, se dlstin-
Fig. 13. Fig- **•
Fig. 15. HérnatoctistaUiiie; Fig. I64
guent des autres corps albuminoïdés, en ce qu'elles ne sont pas précipitées par le nitrate d'argent, le bichlorure de mercure, le chlorure de «inc, le sous -acétate de plomb ^ et qu'elles le sont au contraire par le proto-
MÀTIÈRIS GINKRATRICES DIS TISSUS. 95
nitrate de meroure et le bichromate de potasse. Soumises à l'aetion de ]a chaleur, elles se coagulent entre 63" et 65o, et le liquidé* surnageant rougit alors le tournesol. Toutes retiennent si énergiquement la matière colorante du sang, qu'on n'a pu encore les en obtenir parfaitement exemptes. A part la différence de forme, on n'a encore observé qua des différences de solubilité entra les diverses modifications de rhématocristalline.
Cette substance ne se trouve que dans les globules colorés du sang des v^tébrés ; tous les animaux de cet embranchement sur lesquels on a expérimenté l'ont fournie à l'état cristallisé.
Quant à la manière dont elle se forme, il est impossible de s'en rendre compte, faute de connaître ^a constitution chimique. Plus tard, en nous occupant du sang, nous parlerons de ses fonctions physiologiques.
/i2. Dérivés immédiats des matières albuminoîdes. — Nous rangeons sous ce titre un petit nombre de substances formant les principes essentiels de divers tissus, mais dont l'étude chimique est encore fort peu avancée, savoir ;
La substance (osséine) qui donne la gélatine,
La substance qui donne la chondrine,
La substance du tissu élastique ,
La fibi^ïne ,
La chitine.
Ce qui distingue ces substances^ outre l'insolubilité dans les menstrues neutres, c'est l'absence des caractères essentiels propres au)L corps albuminoîdes d'où elles dérivent*
96 PRINCIPES IMMéDIATS DK l'oRGANISMB.
Les principes qui fournissent la gélatine et la chondrine ont été très souvent étudiés, mais on n'est pas encore parvenu à se rendre compte de*leur constitution chimique, malgré la grande analogie de leurs propriétés.
La gélatine des os, ou colle forte, est caractérisée, comme on sait, par sa solubilité dans Teau chaude, et par la propriété qu'a cette dissolution de se prendre en gelée par le refroidissement. Le chlore, le bichlorure de mercure, le bichlorure de platine, le tannin et Talcool, la précipitent de sa solution aqueuse. Soumise à la distillation sèche, elle donne du carbonate d'ammoniaque et beaucoup de tétrylamine et de picoline ; avec Tacide chromique elle fournit les mêmes produits de décomposition que les matières albuminoïdes, avec cette différence cependant qu'elle donne plus d'acide valérique. Traitée par les alcalis, elle donne beaucoup de leucine et de sucre de gélatine.
On obtient la gélatine en traitant par l'eau bouillante les cartilages (après l'ossification), les tendons, le chorion, le tissu cellulaire, la corne de cerf, la vessie natatoire de l'esturgeon, les écailles de poissons et les fibro-cartilages inter -articulaires. Dans la maladie dite leucémie, elle se trouve toute formée dans le liquide de la rate et dans le sang.
La substance dont se composent les cartilages et le tissu cellulaire, présente la même composition élémentaire que la gélatine, de sorte que celle-ci n'en paraît résulter que par l'effet d'une transposition moléculaire.
On ignore l'équation d'après laquelle les matières qui donnent la gélatine dérivent des matières albuminoïdes.
MATIÈRES GKNiRATRlCSS DBS TISSDS. 97
ainsi que les conditions où s'accomplit cette transformation.
Plus loin, en nous occupant des tissus, nous ferons voir que le rôle des substances susceptibles de se transformer en gélatine est plus particulièrement de nature mécanique.
La chondrine, ou gélatine des cartilages, se distingue de la gélatine des os en ce qu'elle est précipitée non- ,seulement par le chlore, le bichlorure de mercure, le bichlorure de platine, le tannin et Talcool, mais encore par l'acide chlorhydrique, l'acide acétique, l'acétate de plomb, l'alun, le sulfate de peroxyde de fer. Traitée par l'acide sulfurique concentré, elle ne donne que de la leucine, sans sucre de gélatine ; par l'hydrate de potasse, on obtient ces deux produits.
La chondrine s'extrait par l'eau bouillante de tous les cartilages permanents; il faut excepter les fibro-cartilages inter-articulaires et les cartilages ossifiés.
Elle renferme un peu de soufre, aussi la regarde-t-on comme un peu plus voisine des corps albuminoïdes que la gélatine ; de plus, comme les cartilages en voie d'ossification fournissent toujours de la chondrine tant que leur ossification n'est pas terminée, il paraît probable que cette substance ne se transforme que pendant l'ossification en matière (osséine) susceptible de former de la gélatine. La chondrine semble donc être un terme intermédiaire dans la transformation des matières albumiminoïdes en gélatine.
Le rôle de la chondrine dans l'économie se confond évidemment avec celui des tissus d'où on l'extrait.
9â PRINCIPES lUMÉUÀTii DB L'oRGâNISMK.
La suùglance du ti»»u élaitique est insoluble dans tous les menstrues connus ; ce n*est que par une digestion prolongée pendant trente heures à 160**, dans la marmite de Papin, qu'elle ge transforme en un corps brunâtre qui ne se prend pas en gelée en se refroidissant ; les acides concentrés la décomposent; Vacide sulfurique concentré produit de la leucine (sans sucre de gélatine) ; la potasse caustique ne la décompose que par une ébul^ lition de plusieurs jours.
On trouve cette substance dans tous les tissus oon<^ uectifs, en tils indépendants , affectant la forme de ce qu'on nomme fibres à noyaux ; elle est accumulée en plus forte proportion dans les ligaments élastiques piH> promeut dits, par exemple dans le ligament cervical des mammifères, dans les ligaments jaunes de la colonne vertébrale , dans les cordes vocales inférieures, dans la tunique réticulée des artères, etc. Les membranes en« veloppantes des cellules se composent souvent d'une substance qui présente une grande ressemblance avec le tissu élastique. On ignore absolument les transformations chimiques en vertu desquelles la substance de ce tissu prend naissance. Les parties de l'organisme où on la rencontre indiquent qu'elle y remplit un rôle mé* canique.
La fibroïne n'a été trouvée que dans la soie et dans les fils de la Vierge. Elle n'est soluble que dans les addei sulfurique et oblorhydrique concentrés, et peut être précipitée de ces dissolutions par le tannin. Les alcalis la décomposQ()t.
La chitine es( insoluble dans l'eau, l'aoide acétique et
Digitizêd
MATIÈRIS MINÉRALtS* 99
les alcalis ; les acides concentrés la décomposent ; soumise à la distillation sèche, elle n'entre point en fusion, et fournit des produits de décomposition ayant une réaction acide. D'après les recherches les plus récentes, elle est exempte d*aEote et présente la composition d'un hydrate de carbone. Elle constitue le squelette de tous les insectes ; on la retrouTe dans Tépiderme , les élytres, les trachées, les écailles et les poils de ces animaux.
n. — Madères mliiéralcs.
h^. Nos connaissances relatives aux substances minérales de l'économie et des combinaisons qu'elles y forment, sont loin d'être en rapport avec l'état avancé de l'analyse chimique. Cette lacune provient en partie de ce qu'on a presque toujours cherché à déterminer la nature de ces substances par l'analyse des cendres, sans se préoccuper de la volatilisation ou des transformations plus ou moins complètes, subies pendant l'incinération par certains éléments, de sorte que la composition des cendres ne pouvait pas donner la composition réelle des principes minéraux qui les avaient fournies. L'impet^fection des méthodes suivies dans ces analyses a dû naturellement aussi y contribuer. On a d'ailleurs trop peu étudié les rapports qui existent entre les substances minérales et les principes organiques de l'économie (notamment quant aux corps albuminoïdes et à leurs dérivés), pour que la chimie physiologique puisse résoudre d'une manière satisfaisante les questions relatives au
100 PRINCIPES IMMÉDIATS DE l'ohGANISME.
rôle que les sels minéraux jouent dans les transmutations de réconomie.
Quoi qu'il en soit, pour classer ces substances , nous adopterons les principes suivants :
Certaines matières minérales jouent dans l'organisme le rôle d'iigents mécaniques ; elles sont déposées dans les tissus solides et contribuent à leur donner de la rigidité et de la résistance.
D'autres prennent une part active dans les réactions chimiques de l'économie, et interviennent dans les fonctions de la vie.
D'autres, enfin, ne se sont introduites dans l'organisme que fortuitement, ou doivent être considérées comme des produits d'évacuation, résultant de transformations accomplies à l'intérieur du corps.
Agents mtcanlqnet.
UU. Nous comprenons sous ce litre les composés suivants :
Phosphate de chaux ,
Carbonate de chaux,
Phosphate de magnésie,
Fluorure de calcium ,
Acide silicique.
Le phosphate de chaux figure ici en première ligne, parce qu'il contribue le plus à la solidité du tissu osseux. Les cartilages des os, de môme que les cartilages permanents, n'acquièrent de la solidité et dç la rigidité que par l'effet de l'assimilation d'une certaine quantité de phosphate de chaux, pendant leur changement de structure.