‹ Précis de chimie physiologique animaleChapitre 29 sur 61 · CHYLE · texte numérisé non relu

CHYLE

On n'a pas démontré dans le chyle Texistence des sulfocyanures , des sulfates ou du sel ammoniac ; on ne s'accorde pas sur la présence du fer dans le sérum.

Les principes minéraux du résidu solide du chyle s'élèvent à 12 centièmes, contenant de 9 à 10 parties de sels solubles.

L'influence de l'alimentation sur la constitution du chyle ressort des faits suivants. Par l'effet de l'inanition ou d'une alimentation insuffisante , le chyle est un i3eu moins riche en principes salins , et notamment en matières grasses ; après l'ingestion de matières animales , il n'est rendu blanc laiteux par des corps gras que si les aliments sont très riches en graisse.

Lorsque le chyle, rassemblé par les villosités de l'intestin , arrive en contact très intime avec le sang, dans les ganglions mésenlériques , il éprouve dififérentes modifications , par suite de l'échange de quelques-uns de ses éléncients avec ceux du sang , avant de parvenir au canal thoracique; mais ces modifications ne peuvent malheureusement être mises en évidence qu'à l'aide du microscope. La fibrine paraît ne se mêler au chyle que dans les ganglions mésentériques ; du côté du réservoir de Pecquet , la proportion d'albumine et de principes solides en général va en augmentant ; une partie de la graisse libre disparaît, soit parce qu'elle est saponifiée, soit parce qu'elle passe dans les éléments solides.

Les quantités de chyle qui s'introduisent dans le sang, dans un temps donné, ne peuvent être déterminées ou calculées que d'une manière approximative. On a essayé de les évaluer directement en ouvrant près du cou le

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canal thoracique d'animaux vivants ou récemment tués, et en rassemblant le chyle qui s'en écoule ; de même on les a calculées en comparant les proportions des albuminates ou des matières grasses ingérées avec les quantités de ces matières trouvées dans le chyle. D après les recherches les plus récentes , on admet que la masse de liquide qui passe en vingt-quatre heures du canal thoracique dans la veine sous-clavière est égale à la masse totale du sang, c'est-à-dire au cinquième du poids du corps.

Lymphe.

64. La lymphe est un liquide incolore ou faiblement coloré en jaune ; elle est d'ordinaire un peu opaline , d'une saveur fade , faiblement salée ; elle possède une réaction alcaline. Quatre à vingt minutes après son extraction des vaisseaux lymphatiques, elle se coagule, forme alors une gelée tremblotante et incolore , qui se contracte beaucoup à la longue , et un caillot très peu considérable par rapport au sérum.

IjCs expériences ont porté en général sur la lymphe qui s'écoule spontanément de blessures. Il est facile de se procurer de la lymphe de grenouille en incisant la peau de la cuisse et en en disséquant une partie.

Parmi les éléments organisés de la lymphe, on trouve, outre des gouttelettes de graisse, des espèces de noyaux et principalement de ces cellules qu'on nomme globules de la lymphe; les vaisseaux lymphatiques de la rate et ceux des animaux morts d'inanition sont les seuls dans

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lesquels on ait constaté la présence des globules du sang.

Les composés chimiques contenus dans la lymphe sont à peu près les mêmes que ceux du sang, moins les parties qui sont propres aux globules rouges.

La quantité de fibrine de la lymphe , comparée à celle du sérum du sang , est très petite ; la proportion de Valàumine est aussi moindre ; celle des substances salines est plus considérable.

En somme, la lymphe renferme moins de principes solides que le sérum du sang. Les graisses y sont peu abondantes , et la plus grande partie en est à Télat saponifié.

Les matières exlractives de la lymphe sont plus abondantes que celles du sérum du sang; c*est parmi ces matières que l'urée, Tacide lactique, etc., se trouvent dissimulés. Il est à remarquer que la présence des sels ammoniacaux dans la lymphe a été constatée d'une manière certaine , ainsi que celle de quantités assez considérables de sulfates.

Transsndatloiis.

65. Nous comprenons sous cette dénomination tous les liquides qui représentent des principes du sang provenant directement des capillaires, lors même qu'ils sont obligés de traverser un certain nombre de cellules.

Les transsudations se distinguent surtout des sécrétions (ce terme étant pris dans son acception la plus restreinte) , en ce qu'elles ne contiennent d'autres prin-

158 LlOUiDES ET TISSUS DE l'ORGâNISME.

cipes que ceux du sérum, tandis que les sécrétions renferment soit des principes propres , soit des quantités très considérables de substances ailleurs extrêmement rares. Elles se distinguent des exsudations en ce qu'elles ne renferment pas de globules du sang et qu'elles ne contribuent à la formation d'aucun tissu organique.

Les Iranssudations se répandent, par l'effet de circonstances normales ou anormales, dans le parenchyme des organes , dans les cavités ouvertes ou fermées du corps , et même à la surface de la peau. Les sécrétions des membranes séreuses, l'humeur aqueuse de l'œil, les eaux amniotiques , les suppurations dépourvues de globules qu'on observe dans les blessures, le contenu des phlyctènes développées par les matières vésicantes, etc., sont donc des transsudations.

Le passage de l'eau et de certains éléments du sérum à travers les parois des capillaires est un effet physique résultant de leur perméabilité, de la rapidité de la circulation du sang dans ces vaisseaux , et de la constitution physique et chimique de ce liquide.

La nature des transsudations varie suivant les modifications apportées aux conditions précédentes : elles renferment toujours les éléments du sérum , mais dans des proportions variables. Il en résulte que, les propriétés physiques des transsudations sont aussi en harmonie avec celles du sang ; qu'elles soient normales ou anormales et excessives, elles sont toujours incolores, transparentes, d'une saveur fade, faiblement saline; leur réaction est alcaline; leur densité est en général moindre que celle du sérum du sang.

TRANSSUDATIONS. 1 50

Les éléments solides y sont fort peu abondants ; ce n'est qu'accidentellement qu'on y trouve de l'épithélium, des granules et des corpuscules cytoïdes. Les globules rouges du sang ne peuvent y arriver que par la déchirure des capillaires ; lorsqu'on les rencontre, la liqueur que l'on examine n'est plus un simple produit de transsudation.

Jamais les transsudations ne sont formées par du sérum pur. Certains éléments dii sérum , et l'eau avant tous , sont plus propres que d'autres h traverser les parois des capillaires; il en résulte qu'une transsudation renfermera toujours moins de principes solides que le sérum. Les membranes animales se laissent d'ailleurs plus facilement traverser par les dissolutions salines et les matières extractives du sang que par l'albumine; celle-ci , à son tour, les traverse plus aisément que la fibrine; il en résulte que dans les transsudations le rapport des sels à l'albumine est plus considérable que dans le sérum , et qu'il ne s'y trouve que peu ou point de fibrine.

La fibrine, qui manque absolument dans les transsudations normales , se rencontre dans les maladies caractérisées par des sécrétions excessives des séreuses, auxquelles on u donné le nom d'hydropisies fibrineuses. Cette fibrine forme d'ordinaire un coagulum lâche , gélatineux; elle est, du reste, absolument identique avec la fibrine du sang , et toujours beaucoup moins abondante dans les transsudations que dans le sérum.

V albumine de ces liquides est aussi identique avec celle du sang. Quelquefois cependant elle peut être précipitée

160 LIQUIDES ET TISSUS DB l'OBGANISME.

par l*acîde acélique, et rassemblée d'une manière imparfaHe seulement par 1 ebullition, en sorte que pendant révaporation il se forme sur le liquide des pellicules analogues à la caséine ; nous avons vu que cette propriété appartient à Talbuminate de soude; on peut en conclure que dans les transsudations il existe plus d*albuminate basique que d.nns le sang.

Les proportions d'albumine contenues dans les transsudations sont fort variables; dans l'humeur aqueuse, dans les eaux amniotiques, dans le liquide céphalorachidien, l'albumine parait manquer entièrement.

On a cherché à découvrir les conditions d'où dépendent ces variations. Il paraîtrait que la quantité d'albumine varie suivant le système de capillaires d*oh la transsudation tire son origine. Cette proposition, il est vrai , n'est encore appuyée que par des observations peu nombreuses. Toutefois les faits acquis à la science portent à croire que, toutes choses égales d'ailleurs , des systèmes différents de vaisseaux capillaires se laissent traverser par des quantités d'albumine différentes. Les liquides des ventricules du cerveau sont les moins riches en albumine (environ 0,5 p. 100); ceux du péritoine en contiennent davantage (1,0 p. 100); ceux de la plèvre en sont le plus chargés (1,8 p. 100). Il ne faudrait pas croire cependant que, dans des conditions différentes, la transsudation d*un même appareil capillaire contienne nécessairement des proportions constantes d'albumine; on n'observe des rapports constants entre les quantités d'albumine contenues dans les transsudations de systèmes capillaires différents que dans le cas où des transsuda-

TBANSSLDAIIONS. 161

lions excessives se produisent sur plusieurs séreuses à la fois, et dans des circonstances identiques.

Voici une autre proposition que Ton peut déduire des faits observés : Plus la circulation dans les capillaires se fait avec lenteur, plus la transsudation est riche en albumine. Ainsi , lorsque les transsudaiions du péritoine proviennent de tumeurs volumineuses, elles contiennent plus d'albumine que dans les cas où la circulation du sang dans le bas-venlre se trouve moins complètement entravée, par exemple, à la suite de certaines affections , telles que l'atrophie du parenchyme du foie. Par la même raison, la transsudation renferme plus d'albumine dans l'hydrocéphale aigué que dans l'hydrocéphale chronique.

La quantité d'albumine contenue dans une transsudation dépend aussi toujours de la quantité renfermée dans le sang. Moins celui-ci est riche en albumine, moins on en trouve aussi dans la transsudation. Ainsi , dans la nialadie de Bright , où les reins enlèvent au sang des quantités si notables d'albumine, les transsudations contiennent fort peu de cette substance. Toutes les Iranssudations de l'hydropisie qui proviennent de perturbations survenues dans la circulation du sang, sont, pour cette raison , plus riches en albumine que celles qui proviennent de l'hydrémie, c'est-à-dire d'une grande abondance d'eau dans le sang.

On n'a pas encore constaté la présence de la caséine proprement dite dans les transsudations.

Gomme nous l'avons déjà dit, les matières extractives sont plus abondantes dans les transsudations que dans

le sérum. Ajoutons que les transsudations anciennes renferment beaucoup plus de ces matières que les transsudations récentes, c'est ce qu'on observe, par exemple, dans l'hydropisie enkystée. La proportion moyenne des matières extractives est, du reste, extrêmement variable.

Les transsudations ne contiennent qu'un peu plus de matières grasses saponifiables ou saponifiées que le sérum ; la proportion de ces matières parait aussi varier suivant les systèmes capillaires d'où les transsudations proviennent ; du moins on a reconnu que les transsudations des capillaires des tuniques du cerveau, de la plèvre et du mésentère en renferment fort peu.

La cholestérine est , en général , plus abondante que les corps gras saponifiables ou saponifiés. Quelquefois ( notamment dans l'hydrocèle ) , les transsudations anciennes contiennent des quantités si considérables de cholestérine , qu'elles forment une bouillie de cristaux.

Les acides résineux et la matière colorante de la bile ne se trouvent dans les transsudations que pendant les affections du foie.

Le sucre a été trouvé dans les transsudations normales, principalement chez les diabétiques; ordinairement l'eau amniotique en renferme aussi.

On rencontre toujours de Yurée dans les transsudations ; cette substance traverse les parois des vaisseaux avec plus de facilité peut-être que les sels. On en a trouvé jusque dans l'humeur aqueuse. Comme il était à prévoir, les transsudations contiennent surtout beaucoup d'urée

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dans la maladie de Bright , car alors le sang lui-même en renferme des quantités appréciables.

Il est probable que les transsudations contiennent aussi de l'acide hippurique , de la créatine , de la créa* tinine, etc.; cependant le fait n'a pas été vérifié. On a trouvé la créatine dans les eaux amniotiques. La présence des lactates dans les transsudations normales n'a pas encore été démontrée avec certitude.

Nous avons dit plus haut que les sels solubles sont de tous les principes du sérum ceux qui traversent le plus aisément les membranes, et qu'on les trouve, pour cette raison , dans les transsudations en bien plus forte proportion que les principes organiques. Toutefois les sels sont toujours contenus, dans les transsudations, en quantité moins considérable que dans le sérum ; cela tient tout simplement à la perméabilité bien plus grande encore des tissus pour l'eau pure. Le sang aqueux, comme nous l'avons déjà dit , est toujours plus chargé de sels que le sang normal ; plus le sang contiendra de * sels, plus on en trouvera dans les transsudations; mais il y en aura toujours moins dans ces dernières que dans le sérum. Cette règle ne souffre qu'une seule exception , c'est dans le cas où des quantités considérables de principes du sang, notamment d'albumine (dans la maladie de Bright), sont enlevées par les reins; alors le poids des sels dans le résidu solide des transsudations peut remporter sur le poids des principes organiques.

On ne sait pas s'il faut compter au nombre des transsudations simples les liqueurs sécrétées par les capillaires de l'intestin, liqueurs qu'on observe à la suite de

l'ingestion de purgatifs drastiques ou pendant le choléra , et qui semblent soumises à des lois tout à fait particulières. Ici , en effet, on observe entre la constitution du sérum du sang et celle des transsudations un rapport tout inverse de celui qui se présente dans les cas ordinaires : le sang, en produisant les transsudations, au lieu de devenir plus aqueux , de se charger de plus de sels et de s'appauvrir en albumine, devient, dans ce cas particulier, moins aqueux, moins salé et plus riche en albumine.

Les chlorures et les sels à base de soude sont aussi , dans les transsudations , comme dans le sérum , plus abondants que les autres sels solubles. Les seules transsudations du plexus choroïde du crâne font exception ; les phosphates et les sels à base de soude y prédominent. Le liquide céphalo-rachidien ne doit donc pas être compris au nombre des transsudations proprement dites.

On ne trouve pas de sels ammoniacaux dans les transsudations normales récentes. On ne rencontre un peu d'ammoniaque que dans les cas où le sang et les transsudations renferment de l'urée.

Enfin , comme tous les autres liquides de l'économie, les transsudations tiennent en dissolution des gaz en quantité appréciable, mais peu abondante, savoir de l'acide carbonique, de l'oxygène et de l'azote.

Laïc

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