FORCES ET LOIS DES MOUVEMENTS ORGANIQUES
dans le monde minéral , et par conséquent de nous faire une idée de la liaison qui existe entre les causes de ces divers phénomkies.
Or, il est un principe consacré dans les sciences physiques, c*est qu'on n*est autorisé à admettre une force nouvelle, une cause générale pour expliquer un ensemble de phénomènes, que lorsqu'on a bien reconnu que tous ces phénomènes sont inexplicables par toutes les autres causes connues. La preuve de l'existence d'une force vitale ne serait donc acquise que si les phénomènes vitaux étaient absolument inexplicables par les forces physiques. C'est là précisément ce qu'on ne saurait affirmer, car on ne connaît pas encore complètement toutes les causes des phénomènes physiques.
L'hypothèse d'une force vitale n'est d'ailleurs rien moins que logique. Une force n'est que l'expression sommaire d'une loi dont on doit pouvoir déduire les rapports qui existent entre les causes de certains phénomènes. Or, la force vitale ne suppose aucune loi ; bien au contraire, on la représente ordinairement comme ne se soumettant à aucune loi , comme un être qui agit en vue d'un certain but , et non comme la condition essentielle d'une série de phénomènes dépendant les uns des autres. L'étude de la force vitale ne saurait donc faire partie du domaine des sciences physiques; celles-ci , en effet, ne s'occupent que de la recherche des rapports qui existent entre les causes des phénomènes, tandis que la recherche du but vers lequel tendent ces phénomènes appartient à une science purement spéculative, à la métaphysique.
208 AÉACnONS COfMiQUCS DB L'ÉCONOMIE.
On a cherché à présenter Thypothèse de la force vitale comme inévitable, et pour cela on a invoqué l'harmonie, remarquable assurément, avec laquelle la plupart des réactions vitales concourent vers un même but. Mais nous venons de voir qu'une force qui ne ferait qu'agir en vue de certains buts est un non-sens. On aurait d'ailleurs dû songer que, même dans la nature inanimée, les phénomènes soumis aux lois physiques présentent aussi un haut degré d'harmonie, tandis qu'il n'arrive que trop fréquemment que la force vitale agisse dans une direction tout à fait opposée à son but. Par exemple, la nature a été fort sage en em|)êchant la glace de tomber pendant l'hiver au fond des fleuves et des lacs ; s'il n'en était ainsi, ils ne tarderaient point à être pris complètement, et nous serions alors privés d'eau. Ce n'est point là l'effet d'une force vitale de notre globe ; lé phénomène est tout simplement une conséquence du faible poids spécifique de la glace et de son faible pouvoir conducteur pour la chaleur. Que d'ailleurs la prétendue force vitale agisse très souvent contrairement à son but , c'est ce qu'on peut voir dans presque toutes les maladies.
On a cherché une dernière preuve de l'existence d'une force vitale dans le développement morphologique des tissus qui composent les organes des végétaux et des animaux. On regardait comme impossible que les formes organisées qui ne se prêtent point aux spéculations mathématiques , pussent être le résultat de lois physiques. Hais n'est-ce point la chaleur, par exemple , qui dispose tout d'abord l^'œuf à se développer? Dans l'œuf préexistent les conditions dans lesquelles la force physique de