CORPS AROMATIQUES, TERNAIRES ET MESÉRAUX
§ 1. — Corps aromatiques
Les corps aromatiques sont, dans Turine, les témoins de la putréfaction que les matières albuminoîdes subissent dans rintestin et peut être aussi dans les tissus. On divise les corps aromatiques en deux groupes : 1° éthers sulfuriques des phénols; 2** acides aromatiques.
1^ Éthers sulfuriques. — Ce sont d'abord, à Tétat de sels alcalins cristallisés en écailles nacrées, les éthers acides : phénolsulfurique ou sulfate acide de phényle CH*.O.SO'H, ortho-crésolsulfurique ou sulfate acide d'ortho-crésyle CH',.C'H*. (O.SO^H)^) et para-crésolsulfurique ou sulfate acide de paracrésyle CH'4.C*H^(0.S0'H)« ce dernier prédominant (Baumann). On ne trouve guère plus de 0^09 à 0^62 de ces composés dans l'urine de vingt-quatre heures ; ils proviennent, comme nous l'avons dit, des phénols produits par les putréfactions intestinales et transformées ultérieurement en dérivés sulfuriques. L'administration du phénol et d'autres corps aromatiques augmente l'excrétion des acides phénolsulfuriques, laquelle s'élève également, quand la putréfaction est plus intense dans l'intestin; au contraire, l'antisepsie intestinale, réalisée par le calomel, fait disparaître de l'urine tous ces dérivés.
Le dosage des phénols urinaires fournit des renseignements sur les fermentations putréfactives du tube digestif; ce dosage s'effectue parla méthode de Kossler et Penny, en transformant
à chaud le phénol en tri-iodophénol C^H^P.OH, à Taide de la soude et d'un volume connu d'une solution d'iode décimenormale ; l'iode en excès est titré par l'hyposulfite.
L'urine humaine renferme quelquefois des traces de pyrocatéchine G*H^(OH)Vï libre ou combinée à l'acide sulfurique ; l'hydroquinone C'H^(0H)^.4 y apparaît aussi, après l'administration du phénol (Baumann). Ces corps, en s'oxydant à l'air, donnent aux urines une teinte noire.
2^ Oxacides aromatiques. — Ce sont : l'acide para-oxyphényl-acétique C8H'».0H, — (CH'^ — CO-^H)^ et l'acide paraoxyphényl-propionique C^H^.OH, — (G^H^ — CO^H)^, cristallisés, solubles et fusibles : le premier à 148®, le second à 125®. Le réactif de Millon les colore en rouge. Ces acides ne proviennent pas des putréfactions intestinales, mais bien du dédoublement du groupe tyrosique de la molécule albuminoïde (Baumann). Ce qui le prouve, c'est que chez les jeunes animaux dont les aliments et le tube digestif sont maintenus rigoureusement aseptiques, les phénols disparaissent de l'urine, mais non les oxacides (Thierfelder et Nuttal).
On a encore signalé, mais à l'état de traces, la présence dans l'urine des acides gallique, oxy-hydro-para-coumarique, oxy-quinoléine-carbonique (kynurénique), etc.
3® Alcaptonurie. — L'alcaptonurie est une particularité très rare que présentent les urines, chez quelques sujets en parfait état de santé : alcalinisées et agitées à l'air, elles se colorent en noir. Le principe chromogène est l'acide homogentisique ou dioxyphényl-acétique C6H'^(0H)=^ — CH* — CO^H, (Baumann et Wolrow), en gros prismes hydratés, transparents, s'effleurissant à l'air, un peu rougeâtres, fusibles à 446**o, solubles dans l'eau, l'alcool et l'éther, susceptibles de fermenter. L'acide homogentisique semble résulter d'une transformation anormale de la tyrosine (Baumann). L'alcaptonurie doit quelquefois être rapportée à l'acide uroleucique ou trioxyphényl-propionique C»H2(0H)» — C^H* — CO^H (Huppert), acide voisin du précédent, mais fusible à 133<^'. Les alcaptones sont
(les réducteurs des sels de cuivre et d'argent ; en solution alcaline, elles absorbent énergiquement Toxygène et se colorent en noir.
Bien que les cas d'alcaptonurie soient peu nombreux, ils paraissent être un peu plus fréquents qu'on ne Taurait cru tout d'abord. Demges, qui en a publié récemment une observation, a donné, à cette occasion, un procédé de dosage rapide et exact des akaptones [Joum. de Ph, et de Ch.y 1896).
§ 2. — Corps ternaires
A rétat physiologique, l'urine ne renferme que des traces de corps organiques non azotés. On y trouve cependant les acides oxalique, glycuronique et lactique, des traces d'acides gras volatils et de petites quantités d'hydrates de carbone.
lî* Acide oxalique. — L'oxalate de chaux se dépose en prismes octaédriques, dans l'urine abandonnée au repos; on
évalue à 0 gr. 02 par vingtquatre heures la quantité d'acide ainsi excrétée à l'état de sel calcique.
a. Origine et variations. — Tous les aliments paraissent contribuer à la formation de l'acide oxalique; car, il provient : 1® du dédoublement des albumines, dont la molécule renferme un groupe oxalylc (GO — GO)"; 2^ des végétaux riches en acide oxalique. C'est, dans les deux cas, un produit d'oxydation incomplète.
A la suite de quelques modifications pathologiques de la nutrition, l'acide oxalique augmente, au point de donner parfois naissance à des calculs vésicaux. Cette hypersécrétion
Fig. 71.
Oxalate de chaux.
CORl'S TERNAIRES
mble liée à des troubles fonctionnels ou à des lésii iques de la moetle.
b. Dosage. — A uu demi-litre d'urine on ajoute di e calcium et un excrs d'ammoniaque ; le liquide e .cidulé par l'acide acétique, en évitant un exc^s, lonné au repos pendant vingt-quatre heures. On 'oïalate de chaux, mêlé d'acide urique; quelque (l'acide clilorhydrique dissolvent l'oxalate. La liqu eaux de lavage, très légèrement alcalinisées par l'ami abandonnent l'oxalate de chaux; on le jette sur ui après l'avoir lavé et séché, on le calcine au rouge bli chaux trouvée on déduit l'acide oxalique.
2" Acide glyouronique. — Ce corps, de formu (GH.OH)* — CO'H, est un sirop épais, acide, soluble i et l'alcool, dextrogyre, non fermentescible, précip la phénylhydrazine ; c'est un produit de l'oxydatii plète du glucose. A l'état normal, l'acide glycnrc brûlé dans l'organisme et n'apparaît dans l'urine ' de traces; mais, après l'ingestion d'un certain n< substances organiques stables, celles-ci, plus ou mt liées, forment avec l'acide glycuronique des combin. échappent à l'oxydation et s'éliminent par le rein ; c naisons sont lévogyres. C'est ainsi que le chloral forme dans l'économie en alcool trichloré CCI' — lequel se combine à l'acide glycuronique, pour doni uruchloralique. Avec le camphre C"'H"0, ou obi produits de condensation isomériques du camphérol qui, se combinant avec l'acide glycuronique, fiiruienl rampho-glyciironiqaes. L'essence de térébenthine, I benzolque, l'ortho-nitro-tolur-ne, l'acétanilide, la k morphine, plusieurs oxykétones aromatiques se ci de la même fa;on. Une couleur commerciale assez et qui est obleaue probablement avec de l'urine d le jaune indien, est une combinaison magnésienne thone C'^H'O' et d'acide glycuronique. L'acide t;lyi parait se produire dans d'autres conditions encore.
3"" Autres composés ternaires. — Dans ce groupe de composés, nous citerons l'acide paralactique, qui augmente beaucoup à la suite d'un exercice violent (Colasanti et MoscATELLi), dont la production s'élève aussi dans l'atrophie aiguë du foie (Schultzen et Riess); de très petites quantités d'acides gras volatils (formique, acétique, propionique, butyrique) ; des traces douteuses d'acide succinique et d'acide glycéro-phosphorique. Enfin, les recherches d'AsELEs, Bau- MANN, VON Udraxsrv, Baish out inis hors de doute l'existence dans l'urine normale d'un peu de glucose, peut-être accompagné d'isomaltose et d'un autre corps analogue aux dextrines.
§ 3. — Sels minéraux
10 Chlorures. — Le chlore urinaire est combiné au potassium, au magnésium, au calcium, et surtout, au sodium. C'est en chlorure de sodium qu'on évalue la teneur de Turine en chlore ; la proportion correspond, en moyenne, à 12 ou 14 grammes NaCl, par vingt-quatre heures.
a. Variations, — Ce chiffre varie suivant la proportion de sel dans les aliments ; il varie également dans certains états pathologiques. Au cours des maladies fébriles aiguës, la pneumonie par exemple, les chlorures diminuent, au point de disparaître parfois totalement. Ce n'est pas seulement la conséquence de la diète imposée aux malades; car, même l'administration des chlorures, chez un pneumonique, ne fait pas réapparaître le chlore dans l'urine. D'après Rôhm.vnx, les chlorures seraient retenus dans le plasma sanguin par les matières albuminoïdes qui s'accumulent dans le sang, dans le cours des maladies aiguës. Ce qui confirme cette théorie, c'est que dans l'impaludisme , qui ne s'accompagne d'aucune augmentation d'albumine dans le sang, l'excrétion des chlorures n'est pas diminuée, mais augmentée plutôt. L'élimination du chlore fléchit également, à la suite de la formation, dans les cavités séreuses, d'exsudats ou de transsudats albumineux. En général, dans les maladies aiguës, plus l'état est grave, plus la diminution du chlore est accusée ; l'augmentation, progressive ou
subite est un symptôme excellent qui signale la défervescence.
b. Dosage^ — On reffectue par la méthode de Mohr, en incinérant l'urine et dosant le chlore dans les cendres, à Taide d'une solution titrée d'azotate d'argent, en présence du chromate jaune de potasse et en liqueur neutre.
On prépare une solution dans 1 litre d'eau distillée de SOs^OTS d'azotate d'argent fondu et pur et une solution à 1/20° de chromate neutre de potassium. En outre, de l'acide nitrique, du carbonate de chaux précipité et du nitrate de potasse parfaitement exempts de chlore sont indispensables. Dans une capsule de platine, on évapore à siccité, au bain-marie, 10 centimètres cubes d'urine avec 2 ou 3 grammes de nitrate de potasse pur; le résidu est alors chauffé doucement, puis carbonisé, après addition d'un peu d'acide stéarique destiné à éviter l'odeur désagréable qui se dégage. La matière est enfin portée au rouge et brûlée complètement. On reprend le résidu blanc par ^'eau chaude additionnée d'un peu d'acide azotique ; puis, après avoir versé le liquide et les eaux de lavage dans un verre de Bohême, on ajoute un léger excès de carbonate dp chaux et une ou deux gouttes de chromate de potasse. Cela fait, on laisse tomber goutte à goutte la liqueur d'argent jusqu'à l'apparition de la coloration rougeâtre qui indique la fin de la réaction. Chaque centimètre cube de solution titrée correspond à Ogi^Oi de chlorure de sodium ou Og'OOôOl de chlore.
En présence des iodures ou des bromures, on traite les cendres par l'acide sulfurique et un peu de nitrite de potassium. Par agitation avec du sulfure de carbone, on enlève l'iode et le brome; dans la liqueur aqueuse séparée du sulfure, on dose le chlore comme précédemment.
2» Phosphates. — Ils proviennent de l'alimentation et de la désassimilation des tissus; leur masse totale correspond, par litre d'urine, à 2 grammes ou 2gr5 d'anhydride phosphorique P^05,uniau sodium, au potassium, au calcium et au magnésium. Les phosphates alcalins (Na, K) représentent les deux tiers de l'anhydride total ; l'autre tiers est combiné aux métaux alcalino-terreux (Ca, Mg).