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ÉLÉMENTS ANORMAUX DE L'URINE

L'urine contient souvent des produits anormaux dont la présence est d'une grande importance ; on en trouvera la description dans ce chapitre, où sont étudiés les corps anormaux ternaires et azotés, en même temps que les éléments histologiques et les composés médicamenteux qui passent dans l'urine.

§ 1. — Corps ternaires

Le plus important de tous les corps ternaires qui peuven s'éliminer par le rein, est le glucose ; nous étudierons avec détail les urines sucrées.

1** Glucose. — A l'état normal, l'urine ne renferme que des traces de glucose ; mais elle peut en contenir des proportions variables et quelquefois très élevées : après l'ingestion d'une gi^ande quantité de sucre, 100 à 200 grammes par exemple (glycosurie alimentaire), à la suite de troubles passagers (glycosurie accidentelle) ou permanents de la nutrition ; daîns ce dernier cas, il s'agit du diabète. Cl. Bernard a admis à tort, comme un axiome, qu'il passe du sucre dans l'urine, dès que la glycémie atteint un certain taux (environ 3 grammes de sucre par litre de sang). La glycosurie peut parfois se produire, alors même que le sucre du sang n'atteint pas lg«',8 (Léplne). Cela dépend de l'état du rein. Dans ces derniers temps, on a montré que la caféine favorise beaucoup, par le mécanisme de la diurèse, le passage du sucre. La phloridzine

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le favorise aussi beaucoup, puisque, le plus souvent, après son administration, il n'y a pas d'hyperglycémie, bien que la glycosurie soîl considérable. Mais, en laissant ces cas de côté, il est exact de dire avec Cl. Bernard que la glycosurie est causée le plus souvent par une hyperglycémie. Celle-ci est le résultat d'un défaut de la régulation normale: il peut y avoir désassimilation trop active des réser^'es de t»Jycogêne et il peut y avoir aussi défaut de consommation du glucose.

A Tétat normal, ainsi qu'HANRioT l'a prouvé, l'ingestion de 100 grammes de glucose est suivie d'une exiialation colossale d'acide carbonique et de l'emma^asinement du reste de la molécule de sucre, sous forme de graisse. Ce mécanisme ne s'exerce pas chez le diabétique, vrai^emblablement par défaut du ferment glycolyti<jue découvert par Léplne et étudié dans le sang par Lépi.xe et Barra l. Beaucoup de faits permettent d'admettre que ce ferment se trouve enclos dans les globules* blancs et qu'il provient, pour la plus grande part au moins, du pancréas. Ce ferment n'a pu être isolé ; il a une grande analogie avec le ferment oxydant de Jaulet ; mais il en diffère, notamment parce qu'il ne bleuit pas la teinture de gaîac (0. Nasse).

En dehors du diabète, le sucre apparaît dans nombre de maladies : lésions du quatrième ventricule, méningite cérébrospinale; affections du cœur, du foie, du poumon, asphyxie; intoxications par l'oxyde de carbone, le curare, le chloroforme, Téther, le nilrite d'amyle, la morphine, la pilocarpine,les mercuriaux, sans parler de diverses lésions nerveuses expérimentales. La phloridzine provoque la glycosurie, même chez les animaux à Tinanition, ce qui concorde bien avec l'assertion, généralement admise, ([ue les albumines peuvent, dans l'économie, produire du sucre. Néanmoins, chez les diabétiques au début, l'excrétion du sucre est sous la dépendance étroite de l'alimentation ; la glycosurie est augmentée par le sucre et les amylacés. Plus tard, et dans les cas graves, la proportion de sucre est indépendante du régime.

Les urines des diabétiques sont abondantes (de quatre à six litres et plus, par vingt-quatre heures) ; elles sont pâles, de poids spécifique élevé, et contiennent un excès d'urée, de matériaux

aïolés et salins, à côté d'une quantité de sucre qui peut s'élever à 200 et même jusqu'à 800 grammes, par vingt-quatre heures.

A. Recherche oualitative. — La recherche du glucose exige au préalable, quand l'urine est albumineuse, la séparation de l'albumine par l'acide acétique et !a chaleur; le liquide, filtré et neutralisé, peut être alors soumis aux essais suivants.

Flg. 72.

Polariiuèlre de Duboscq.

a. Polarisation, r- On décolore SO centimètres cubes d'urine par 10 centimètres cubes de sous-acétate de ploinb; le flltrat«m, examiné au polarîmètre, dévie vers la droite. Ce procédé est peu sensible ; de plus, les albumines, les peptones et autres corps léïogyres faussent l'observation.

h. Potasse caustique. — L'urine, bouillie avec un peu de potasse caustique, donne une teinte jaune foncée ou brune. La réaction manque de netteté, avec des urines peu sucrées et fortement colorées.

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c. RiartUm de Trommer. — L'urine, alcalinisée par la potasse, est additionnée de sulfate de cuivre, qu'on verse goutte à goutte et en autant ; en présence du sucre, l'oxyde cui\Tique se dissout en bleu. En chauffant vers 95", le glucose s'oxyde aux dépens du composé cuîvrique, qui perd de l'oxygène ; il se réduit^ suivant l'expression consacrée, et on voit se précipiter de l'oxyde cuivreux insoluble, jaune ou rouge, suivant qu'il est plus ou moins hydraté. Dans cette réaction, le glucose se transforme en acides gluronique C*H'*0^, tarlronique C'H'O*, etc.

L'ess«ii de Trommer n'est jias sensible. En outre, la créatinine, l'acide u ri que et d'autres composés réduisent aussi l'oxyde cuivrique. Enfin, quand on met un excès de sel de cuivre, la' liqueur noircit à chaud et le précipité jaune n'apparaît plus aussi nettement.

à. Réaction de Fehling. — On é\ite une partie de ces inconvénients, en préparant à l'avance un réactif où l'oxyde cuivrique reste dissous en présence des alcalis, grâce à un excès de tartrate de soude et de potasse : c'est la liqueur de Fehling, dont la formule sera donnée plus loin et qui est d'un usage général, dans tous les laboratoires de clinique.

Il faut d'îibord porter à Tébullition un peu de réactif pour s'assurer qu'il ne se réduit pas spontanément. On peut alors ajouter Turine et chauffer de nouveau ; le sucre fait apparaître un précipité jaune rouge d'oxyde cuivreux. Il vaut mieux ajouter avec une pipette à la liqueur de Fehling déjà chaude un échantillon d'urine filtré et chauffé au préalable. On opère avec précaution pour éviter le mélange des deux liquides, et on maintient le tube une ou deux minutes au bain-marie bouillant. A la surface de séparation des deux couches, on voit se former une zone jaune rouge. 11 faut éviter de chauffer trop longtemps ; car, à lalongue^ la réduction aurait lieu, même en l'absence du sucre. La réaction de Fehling atteint alors son maximum de sensibilité.

e. Procédé de Seegen. — Toutefois, l'emploi de la liqueur cupropotassique n'élude complètement ni les résultats incertains, ni les erreurs : c'est ainsi que la créatinine, l'acide urique, les dérivés de l'acide glycuronique, ainsi que çertaiiis pigments

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réduisent le réactif, le décolorent ou donnent des teintes jaunes ou vertes qui laissent Topérateur indécis. Dans les cas douteux, on ajoute à Turine un peu de noir animal lavé aux acides et conservé sous Teau ; après quelques minutes de contact, à froid, on filtre ; une notable partie du sucre est retenue par le noir. Quand l'urine s'est écoulée complètement, on épuise le noir à l'eau bouillante, à plusieurs reprises. Le liquide incolore qui passe, chauffé vers 80^ avec la liqueur de Fehling, donne une réduction très nette.

f. Réaction de Nylander. — Elle est fondée sur la réduction du sous-nitrate de bismuth en liqueur alcaline. On fait dissoudre 2 grammes de sous-nitrate et 4 grammes de sel de seignette (tartrate double sodico-potassique) dans 100 grammes d'une lessive de soude, obtenue en dissolvant 10^'',33 de soude caustique dans 100 centimètres cubes d'eau. On mélange 1 centimètre cube de ce réactif à 5 ou 10 centimètres cubes d'urine débarrassée d'albumine, puis on fait bouillir pendant quelques minutes ; en présence du sucre, le précipité devient noir. Ce procédé ne peut s'appliquer aux urines ammoniacales ; en outre, la rhubarbe, les huiles essentielles, de fortes doses de quinine provoquent aussi la réduction.

g. Phénylhydrazine, — En chauffant pendant une demie-heure au bain-marie 10 centimètres cubes d'urine avec 1 gramme de chlorhydrate de phénylhydrazine et 3 grammes d'acétate de soude cristallisé, on obtient, au fond du tube, un dépôt jaune formé de fines aiguilles microscopiques souvent rayonnées ou enchevêtrées : c'est la phénylglucozasone (fig. 73), qui, après lavages à l'acétone et cristallisations répétées dans l'alcool à 4o*> centésimaux, fond à 204-205^. La présence de globules huileux ou de matières jaunes amorphes n'a aucune signification.

h. Fermentation. — C'est la plus caractéristique de toutes les réactions et, dans les cas douteux, la plus décisive. On commence par purifier de la levure de bière par des lavages répétés, suivis d'essorages entre des doubles de papier filtre. On délaie un peu de cette levure avec l'urine suspecte, au fond d'un gros tube à essais qu'on remplit ensuite complètement avec de l'urine et qu'on ferme à l'aide d'un bouchon traversé

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