‹ Précis de chimie physiologique et pathologiqueChapitre 58 sur 173 · I .SO^Na · texte numérisé non relu

I .SO^Na

G^H* — Az = Az — G«»H«/

AzH

suc GASTAIQUE 483

d'HCl ; c'est donc ce dernier qui est Tacide du suc gastrique. Néanmoins, Tacide chlorhydrique stomacal ne paraît pas être à Tétat de liberté complète : il ne saccharifie pas l'amidon, ne dialyse pas, ne décompose pas les acétates, n'est entraîné qu'à la fin par la distillation. On admet que, dans l'estomac, l'acide chlorhydrique est probablement combiné aux peptones et aux albumines.

Il faut ajouter qu'on trouve très souvent de l'acide lactique dans l'estomac physiologique; cet acide existerait seul pendant la première heure de la digestion et ne disparaîtrait que sous l'influence d'une exagération de la sécrétion chlorhydrique (EwALD et BoASj. L'acide lactique provient des aliments (chair musculaire) ou de la fermentation lactique des hydrocarbonés, sous l'influence des ferments de l'estomac.

B. Origine de l'acidité. — Il est remarquable de voir l'organisme, dont la réaction est presque partout alcaline, fournir un liquide aussi fortement acide que le suc gastrique. En évaluant à 4 litres la sécrétion stomacale de 24 heures, on arrive à une production journalière de 8 grammes d'HGl réel, soit 25 grammes environ d'acide liquide des laboratoires. C'est une production considérable et dont le chlorure de sodium fait les frais. Mais comment ?

Certains auteurs admettent une décomposition électrolytique :

NaCl + H^O = NaOH + HCl

D'autres ont invoqué l'action des acides lactique ou carbo nique sur le chlorure de sodium :

C02 + H20 + NaCl = HGl + CO^NaH

ou encore, celle du phosphate de soude sur le chlorure de calcium :

3GaC12 + 2PO*HNa2 =: (PO^)2Ca3 + 4NaCl + 2HG1 Maly explique la production de l'acide chlorhydrique par

une simple dissociation du sel marin au sein de l'eau, dissociation qu'il a pu reproduire in vitro,

La production de l'acide chlorhydrique stomacal est plutôt comparable à- celle d'un sel très acide, le bisulfate de potasse SOHfH, qui prend naissance, en môme temps que du glucose é\ du sulfocyanure d'allyle G^H^GAzS, dans la décomposition d*un corps organique complexe, le myronate de potassium, sous l'influence d'une diastase, la myrosine. Pourquoi ce phénomène, qui se produit par simple broyage de la graine de moutarde, ne se reproduirait-il pas sous une autre forme, mais en vertu de réactions de môme ordre, dans les tissus animaux ? Ce qui autorise ce rapprochement, c'est que la salive d'un gastéropode, le DoliumgaleUy contient jusqu'à 40 grammes par litre d'acide sulfurique libre SO'*H*. (Troschel, Bœdecrer.)

Ces acides doivent prendre naissance par l'action d'un ferment soluble sur des corps organiques complexes. Mais ce n'est qu'une hypothèse vraisemblable.

C. Pepsine. — a. Préparalion. — Le suc gastrique normal exerce une action diastasique sur les matières albuminoïdes qu'il transforme en peptones par hydratation ; l'agent de cette transformation réside dans une matière amorphe, de nature inconnue, à laquelle WasmaiNn, puis Payen qui l'ont découverte, ont donné le nom de pepsine.

Pour préparer la pepsine, on racle la muqueuse d'estomacs de porc ou de veau et on fait macérer les raclures avec de l'eau ; la solution aqueuse, précipitée par l'alcool, fournit la pepsine brute. On redissout la matière dans l'eau additionnée d'acide phosphorique, et on sature avec de l'eau de chaux en excès ; le phosphate tricalciqiie entraîne, en se précipitant, la pepsine, qu'on sépare ensuite du phosphate en reprenant par l'eau.

Ce procédé a été modifié comme suit : on laisse digérer les raclures de la muqueuse dans l'eau froide, acidulée de- 5 p. 400 d'acide acétique ; après vingt-quatre heures, on exprime, filtre et évapore vers 35<^-iOo i^ liquide ainsi obtenu. L'addition d'un grand excès d'nlrool fort précipite la pepsine.

suc GASTRIQUE 185

b. Propriétés, — La pepsine est une matière solide, blanche ou amtrée, amorphe, pulvérulente ou visqueuse, exhalant une odeur faible, ami generis, insipide, soluble dans Teau, la glycérine et l'alcool dilué, insoluble dans l'alcool à 95°, Téther, la benzine, le chloroforme. La pepsine est entraînée de ses dissolutions aqueuses ou glycérinées par le phosphate de chaux, la cholestérine, etc. Elle est lévogyre et dialyse très mal.

La pepsine a la composition des matières albuminoïdes, dont elle partage toutes les propriétés ; elle se rapproche spécialement des peptones, dont elle se distingue difficilement, au point de vue chimique.

Par contre, elle manifeste vis-à-vis des albumines une action diastasique énergique. En présence de la pepsine et dans des conditions convenables , l'albumine perd graduellement ses caractères, cesse de précipiter par les réactifs habituels. Unit par ne plus se coaguler ni par la chaleur, ni par le ferrocyanure acétique. Quand l'acide azotique ne produit plus de trouble dans la liqueur, la réaction est terminée : l'albumine est transformée en peptone, c'est-à-dire en une matière protéique incoagulable par la chaleur ouïes acides, et susceptible de dialyser. Dans ce phénomène, qui se résume en une fixation d'eau sur l'albumine, on a distingué plusieurs phases et on les a caractérisées par la formation de corps soi-disant définis (syntonines, acidalbumines, protéoses, hémiprotéoses, etc.). Ce sont là des lignes de démarcation artificielles ; il y a bien des intermédiaires, mais nous ne connaissons d'une façon suffisante que le produit final, la peptone.

La pepsine n'agit pas avec une égale énergie sur toutes les matières protéiques : les cheveux, les matières cornées ne sont pas attaquées ; l'osséine, la cartilagéine le sont très lentement, tandis que les albumines de l'œuf et du plasma, la fibrine, a caséine se peptonisent facilement; encore observe-t-on quelques différences, suivant l'état des substances (cuites ou crues, coagulées ou colloïdales).

La présence de l'eau et d'un acide est indispensable : à l'état sec et en milieu neutre ou alcalin, pas d'action. De tous les acides, le plus favorable est l'acide chlorhydrique (de 2 à 4

.p. iOOO.) En deçà et au delà de cette dose, la peptonisation se ralentit, puis s'arrête. Après l'acide chlorhydrique, viennent, par ordre, les acides suivants : bromhydrique, azotique, sulfurique, phosphorique, lactique, formique, acétique, oxalique, tartrique, citrique, malique. Les acides gras sont à peu près sans action.

A l'état sec, la pepsine peut être portée quelque temps à + 100® sans perdre ses propriétés digestives; mais, dans l'eau, la peptonisation s'arrête vers + 70° ou + 80*»; vers 0®, elle cesse également, sauf chez les poissons. La température optima est comprise entre 35° et 50*; en dehors de ces limites, la réaction se ralentit et finit par s'arrêter.

Les sels des métaux lourds (plomb, cuivre, argent, mercure) entravent la digestion pepsique; il en est de même des alcalis et des carbonates alcalins, des bromure et iodure de potassium, de l'antipyrine à haute dose, du phénol, de l'acide salicylique, de l'éther, du chloroforme et de la plupart des alcaloïdes. L'alcool au-dessous de 3" à 4- centésimaux n'a pas d'action sensible ; au-dessus, il ralentit considérablement et peut arrêter la peptonisation. Le vin gêne beaucoup l'action de la pepsine, non seulement par son alcool, mais encore par sa crème de lartre et sa matière colorante, l'œnoline. La fuchsine est un agent paralysant très énergique (L. Hugounenq). Les épices à doses exagérées, l'ail spécialement, entravent aussi l'action du suc gastrique. En présence de la bile, la digestion s'arrête; c'est ce qui a lieu quand la bile reflue dans l'estomac.

Par contre, la présence de la quinine ou du chloral accélère la peptonisation.

Le pouvoir diastasique de la pepsine est très considérable et Pjeut s'exercer sur un poids de matière albuminoïde 1 0<K) ou 2000 fois supérieur; toutefois, la pepsine perd peu à peu ses propriétés : elle s'use, à moins qu'elle ne soit placée dans un milieu très favorable. Dans ce cas, une trace de pepsine manifeste une activité qui paraît augmenter avec le temps. Vienton à introduire une petite quantité de la solution active dans une grande masse de liquide inerte, mais favorable, on assiste à un nouvel accroissement du pouvoir ferment, et tout le

liquide devient actif à son tour (Gautier). Il semble que la pepsine se multiplie, à la façon d'un microbe qu'on ensemence.

D. Lab ou ferment de la présure. — On trouve dans l'estomac du nourrisson et des jeunes animaux à la mamelle une diastase particulière qui coagule le lait : c'est le lab. Après le sevrage, le lab disparaît chez la plupart des enfants; néanmoins, il persiste souvent chez l'adulte (30 ou 40 pour 100 des cas).

On peut extraire ce ferment soluble de la muqueuse gastrique du jeune veau, en l'épuisant par l'eau et précipitant par l'alcool la liqueur aqueuse. On obtient un mélange de pepsine et de lab qu'on redissout; en précipitant ensuite la pepsine par l'acétate neutre de plomb, le lab reste dans le liquide.

C'est une matière blanchâtre, amorphe, ayant, comme la pepsine, toutes les propriétés des substances albuminoïdes, mais dont la nature et le mode d'action sont inconnus. Elle se dissout dans l'eau et la glycérine, d'où l'alcool la précipite. Elle ne dialyse pas.

Le lab agit surtout en liqueur acide ; mais son action ne s'arrête pas complètement en milieu neutre. La température optima est située vers 37^. La présence d'une petite quantité d'un sel de chaux favorise extraordinairement les effets du lab, lesquels se résument en une coagulation de la caséine. Celle-ci ne peut être digérée qu'à la condition d'être préalablement coagulée, sans qu'on puisse donner la raison d'une particularité aussi singulière.

Le pouvoir diastasique du lab est énorme : il s'exerce sur des quantités de matière 40,000 fois supérieures au poids du ferment soluble ; ce chiffre même est probablement très inférieur à la réalité.

§ 3. — Analyse du contenu stomacal

Dans les divers états pathologiques de l'estomac, des troubles de la sécrétion interviennent dont l'étude est, sinon indispensable, du moins utile au diagnostic précis, comme à la thérapeutique rationnelle de ces affections. Pour procéder

iH8 MILIEU EXTÉRIEUR

à l'examen des liquides gastriques, on a imaginé de iiomlireuses méthodes ; les résultats acquis, les conclusions qu'on en a tirées ont été l'objet de critiques plus nombreuses encore. Bien qu'elle soit de date relativement récente, la question du chimisme stomacal compte à son actif une littérature déjà riche de documents scientifiques et de discussions doctrinales. On n'exposera ici que les procédés d'analyse les plus importants : 1® ceux qui visent un examen simplement qualitatif; 2** ceux (|ui permettent de doser les éléments essentiels.

Ces deux opér^^tions supposent que l'estomac a été vidé de son contenu. On y parvient en faisant ingérer au malade à jeun un repas d'épreuve composé : ou bien de 35 à 70 grammes de pain et 300 grammes d'eau ou de thé léger (Ewald et Boas) ; ou bien de 100 à 150 grammes de pain, un grand verre d'eau et 60 à 80 grammes de viande maigre, hachée finement (G. Sée.) Une ou deux heures après, on introduit dans l'estomac un tube de Faucher; l'extrémité extérieure de la sonde est reliée à un flacon à deux tubulures où l'on Tait un vide partiel, à l'aide de l'aspirateur de Potain. Le contenu stomacal est recueilli dans le flacon. A défaut d'aspirateur de Potain, on fait tousser le malade ; la compression de l'estomac par le diaphragme fait monter le liquide dans le tube et l'amorce ; l'estomac se vide.

On note le volume, l'aspect, l'odeur, la couleur des matières; on les examine au microscope, s'il le faut, puis on filtre. C'est sur le liquide filtré qu'on effectuera toutes les opérations subséquentes*.

!• Examen qualitatif. — Il comprend habituellement la recherche de l'acidité, celle des acides chlorhydrique, lactique et butyrique, celle de la pepsine et du lab, plus rarement de la peptone.

A, Acidité. — On examine d'abord la réaction au tournesol

• * Cette filtration entraîne une diminution de l'acidité: aussi, a- t>on conseillé de titrer HCl sur le liquide non filtré.

(Voir pour tout ce chapitre : Bouvehet, Traité des maladies de l'estomac, Paris, 1893.)

sensible ou au rouge Congo : Tacidité fait virer le premier au rouge, l'autre au bleu. On pourrait se servir aussi de vert brillant.

B. Acide chlorhydrique. — L'acide cWorhydrique libre se reconnaît à la coloration rouge cinabre que donnent quatre ou cinq gouttes de liquide évaporées jusqu'à siccité, au contact de quatre à cinq gouttes de réactif de Boas ou mieux de Gtinzburg (voir plus haut, p. i82).

C. Acide lactique. — Le réactif d'UefFelmann permet de s'assurer de la présence de l'acide lactique ; ce dernier fait virer la teinte violette du réactif au jaune ambré, tandis que l'acide chlorhydrique décolore entièrement.

/). Acides divers. — L'odeur décèle plusieurs composés : acides acétique, butyrique, etc. On pourra vérifier la présence de l'acide acétique, en évaporant à sec avec un peu de soude et d'acide arsénieux, puis chauffant (odeur infecte de cacodyle). L'acide butyrique, chauffé avec un peu d'alcool et une ou deux gouttes d'acide sulfurique, donne du butyrate d'éthyle, à odeur d'ananas. A ces essais, on en ajoute, mais rarement, deux autres, concernant la pepsine et le lab.

L\ Pepsine. — On metàTétuve à 35^ — 40*, trois flacons contenant tous trois un fragment de fibrine et 10 centimètres cubes de liquide gastrique ; le premier flacon ne reçoit plus rien ; le second, quatre gouttes d'acide chlorhydrique à 1/3; le troisième, quatre gouttes de ce même acide et, en plus, Os^fio de pepsine. La non-digestion de la fibrine dans les flacons 1 et 2 indique l'absence de la pepsine ; la pepsine est en quantité trop faible, si le n° 3 digère plus promptement que le n" 2 ; si la digestion n'a lieu que dans les deux derniers flacons, c'est que l'acide chlorhydrique est en défaut (Bourget).

Quand on n'a pas d'étuve à sa disposition, on peut mettre les flacons sur la peau de l'abdomen, en les fixant par une ceinture de flanelle.

190 MILIEO EXTERIEUR

F. Lab. — Pour s'assurer de la présence du lab, on neutralise 10 centimètres cubes de suc gastrique à Taide de quelques centigrammes de carbonate de chaux précipité, on filtre et ajoute 2 à 3 centimètres cubes du filtratum à 10 centimètres cubes de lait frais et cru ; le mélange est porté vers 35-38** dans une étuve ou au contact de Tabdomen. S'il y a du lab, la coagulation a lieu au bout de vingt à trente minutes.

G. Peptoxe. — La recherche de la peptone s'effectue très facilement en coagulant les albumines à rébuUition, en présence d'un peu d'acide acétique. Le liquide filtré et refroidi est neutralisé par un léger excès de soude et additionné de deux ou trois gouttes de sulfate de cuivre. On obtient, en présence des peptones, une coloration violette (réaction du biuret'.

On pourrait aussi traiter le liquide filtré et débarrassé d'albumine, par Tacide picrique, lequel fournit un précipité sohible à chaud et se reformant par refroidissement de la liqueur.

2" Examen quantitatif. — Il comporte plusieurs opérations : 1* le dosage de l'acidité totale, en bloc (acides chlorhydrique, lactique, acétique, butyrique, sels acides, tels que les phosphates monométalliques, etc., etc.); le résultat est exprimé arbitrairement en HCl ; 2* le dosage de Tacide chlorhydrique à ses divers états : libre, combiné aux matières organiques, aux métaux (chlorures), etc.

A. Acidité totale. — On l'évalue sur 10 centimètres cubes de liquide gastrique filtré, ou mieux, non filtré. On opère avec la soude décime normale qu'on désigne souvent par le symbole NaOH -tt- : elle contient par litre 4 grammes, soit un dixième de la molécule de soude, qui pèse 40. La phtaléine du phénol * sert d'indicateur. Il vaut mieux, au lieu d'employer

* C'est également un dérivé du triphénylméthane :

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