IV. 3« capsule : chlore des chlorures. . = F
On en déduit :
H =z T — (C + F)> c'est-à-dire la valeur de l'acide chlorhydrique libre.
(C + F) étant connu (III), et F étant donné également (IV), on en déduite par différence ; on a ainsi Tacide chlorhydrique combiné aux matières albuminoïdes.
Le chlore des chlorures, F, est fourni par le résultat immédiat du dernier dosage.
Hayem et WiNTER calculent un autre coefficient qui, suivant eux, représente Factivité du pouvoir digestif, et sur lequel
nous n'insisterons pas. Ce coefficient est exprimé par la for-
mule a = — r^ — .
Parmi toutes ces valeurs, A et T sont seuls irréprochables. Dans l'expérience III, quand on évapore pendant une heure sans carbonate de soude, les phosphates acides décomposent una partie des chlorures : d'où une perte d'HCl; la valeur G + F est donc trop faible. Quand on incinère directement (opération IV), cette perte devient plus considérable, la décomposition étant plus active, et F est aussi trop faible. Or, comme on a : H = T — (G + F), si G et F sont trop faibles. H, c'est-à-dire l'acide chlorhydrique libre, sera trop fort. D'autre part, comme la valeur de G est calculée en faisant la différence entre l'expérience lïl et Texpérience IV, et que les pertes sont plus considérables dans celle-ci, il s'ensuit que G sera trop fort également. De plus, pendant l'évaporation de la capsule 6, de l'acide chlorhydrique se fixe sur les matières albuminoïdes (BouvEaET et Devic), cause d'erreur qui ne compense pas la première. Pour toutes ces raisons concordantes. G, c'est-à-dire l'acide chlorhydrique combiné aux albumines, sera trop fort. H et G étant erronés, leur somme, c'est-à-dire l'acide chlorhydrique physiologiquement actif, le sera également ; de même pour le rapport a où figurent ces deux termes.
La méthode Hayem-Winter peut cependant fournir des renseignements utiles à la clinique. Elle ne saurait être, à aucun degré, le point de départ d'une théorie nouvelle de la digestion stomacale, comme le voudraient les deux auteurs.
30 Technique pratique. — Pour résumer tout ce qui précède et faire un choix parmi ces méthodes, nous exposerons, d'après BouvERET, la marche à suivre, dans l'examen d'un contenu stomacal.
a. Examen qualitatif:
i » Extraction du contenu stomacal.
2^ Examen des caractères physiques : volume, couleur, odeur, etc.
3° Filtration.
4® Essai de l'acide chlorhydrique libre par le vert brillant, le rouge Congo, les réactifs de Boas ou de Gunzburg (ce dernier préférable).
5° Recherche de l'acide lactique par le réactif d'Ueffelmann, et de l'acide butyrique (odeur, préparation du butyrate d'éthyle ou essence d'ananas).
b. Examen quantitatif :
1° Acidité totale, par NaOH ^/lo et la phtaléifie.
2^ Dosage de l'acide chlorhydrique libre par NaOH ^/io^ en déterminant la fin de la réaction à l'aide du réactif de Gunzburg.
3® Evaluation de l'acide chlorhydrique total par la méthode de Braun.
4® Par différence, on a l'acide combiné aux matières organiques.
Ces déterminations sont suffisantes dans presque tous les cas ; il est rare qu'on recherche la pepsine ou le lab. On le ferait, en opérant comme nous l'avons indiqué plus haut.
4® Résultats. — L'examen chimique du contenu stomacal rend-il des services à la clinique? On l'a contesté. Il n'est pas douteux cependant que, dans bien des cas, on tire profit des renseignements analytiques. Mais, la pathologie de l'estomac n'est pas tout entière dans des troubles sécrétoires, et l'examen des liquides ne résout pas mieux tous les problèmes soulevés par les affections gastriques, que l'urologie ne fournit de critère absolu dans toutes les maladies des reins. Les deux modes d'investigation conduisent quelquefois à des résultats
précieux ; rien de plus, et cela suffit. Ainsi, nous savons, par exemple, que la sécrétion de Tacide chlorhydrique diminue dans les pyrexies, surtout dans les pyrexies graves, Fanémie pernicieuse, la m^iladie dWddison, le catarrhe gastrique, caractérisé par la sécrétion exagérée de mucus alcalin. La diminution est surtout accusée dans le cancer de Festomac : Tacide chlorhydrique disparait quelquefois complètement, alors que Tulcère rond s'accompagne presque toujours d'hyperchlorhydrie, atteignant 3, 4 et mt^me 5 grammes HCl par litre. C'est là un des éléments importants du diagnostic différentiel de ces deux lésions.
Dans certaines formes de dyspepsie, les aliments séjournent longtemps dans Festomac ; des fermentations se déclarent qui aboutissent à la formation de divers acides organiques (lactique, acétique, butyrique, etc.).
Quant à la pepsine, elle ne fait défaut que fort rarement, si même elle manque quelquefois.
Il résulte de ce qui précède que Fexamen chimique peut être d'un grand secours dans Fétude des dyspepsies d'origine et de nature variées ; Fanalyse des liquides gastriques ne peut manquer d'apporter un peu de lumière dans ce chapitre si confus de pathologie. 11 faut avouer cependant que, malgré les récents travaux, beaucoup de progrès restent à accomplir dans le domaine de la technique ; malheureusement, ces progrès seront lents. La digestion est un procès au cours duquel les matières albuminoïdes subissent, de la part de la pepsine, des moditications profondes ; or, nos connaissances sur la constitution des albumines et sur la nature des diastases sont tout à fait rudimentaires.
On a mis en avant beaucoup d'hypothèses sur le chimisme stomacal et ses divers éléments (acide libre, faiblement combiné, etc., etc.). On a voulu faire jouer à l'acide chlorhydrique un rôle exclusif, au détriment de la pepsine. Certains auteurs ne voient dans la digestion stomacale qu'un transport du chlore des chlorures métalliques (NaCl) sur l'albumine ; d'autres, fidèles aux anciennes théories, distinguent, parmi les produits de la peptonisation, une série de corps inter-
médiaires (albumoses, hétéro-albumoses , hémi-albumoses , propeptones) dont l'existence n'est rien moins que démontrée. Le chimisme stomacal offre encore bien des inconnues. Cependant, certaines notions sont définitivement acquises ; il importe de les dégager.
5<> Résumé. — - C'est d'abord le double rôle de l'acide chlorhydrique : antiseptique et digestif.
Spallaxzam [Expériences sur la digestion j traduction de Senebier, Genève, 1874), à la fin du siècle dernier, a constaté que la viande ne se putréfiait pas au contact du suc gastrique : ayant donné un lézard à une vipère, le grand observateur retrouva quinze jours après, dans l'estomac de la vipère, le lézard à moitié digéré, mais non putréfié. Dans ces derniers temps, ^Sengki et SiEBER, MiQUEL out VU l'acido chlorhydrique à 0,1 p. 100 retarder de vingt-quatre heures l'invasion des germes; quand la proportion s'élève à 0,25 p. 100, la putréfaction est retardée 7, 8 et même 9 jours. Si le bacille de la tuberculose et les spores du charbon résistent au suc gastrique, le bacille-virgule et beaucoup d'autres microbes pathogènes sont tués par l'acidité physiologique. La salive du Doliufn galea qui renferme 27 grammes d'acide sulfurique et 4 grammes d'acide chlorhydrique libres par litre, ne contient pas de diastase et ne possède aucune propriété digestive; elle est exclusivement antiseptique. Comme le dit fort bien Buxge, ces faits-là ne sont pas purement fortuits. La fonction antiseptique du suc gastrique ne saurait être mise en doute ; peut-être est-elle plus importante que la fonction digestive.
Celle-ci est assurée par l'action synergique de deux agents : l'acide chlorhydrique et la pepsine, ou ce que notre ignorance cache sous ce mot. Bien qu'on ait observé dernièrement de véritables digestions d'albumine au sein de solutions salines concentrées, à Tabri de toute intervention microbienne ou diastasique (Dastre), il n'en est pas moins vrai, pour l'acide chlorhydrique à 2 et 3 p. 1000, que ce dernier ne saurait, à lui seul, faire des peptones ; la présence de la pepsine est indispensable. Tout ce que nous savons des phénomènes de peptonisation,
c'est que l'acide se combine en partie à Talbumine, sans doute par un de ses nombreux copules amidés ; cette formation d'une sorte de chlorhydrate albumineux paraît nécessaire, pour que l'action ultérieure de la pepsine se poursuive. A son tour, celleci flxe, par un mécanisme que nous ne soupçonnons pas, et à travers une série d'intermédiaires qui nous sont à peu près inconnus, une certaine quantité d'eau sur ce chlorhydrate albumineux; l'acide chlorhydrique s'élimine alors, et la matière protéique se change en un produit nouveau, exempt de chlore, mais hydraté : la peptone. Les analyses d'HENNiNCER ne laissent aucun doute à l'égard des rapports de l'albumine et de la peptone : l'une provient de l'autre par fixation d'eau. Il est regrettable qu'on ne puisse apporter plus de précision dans cet exposé ; mais, quand on veut aller au delà, c'est au détriment de la vérité scientifique, sacrifiée à des hypothèses qu'une critique serrée réduit à néant.
Du reste, bien que l'action digesLive du suc gastrique ne soit pas contestable, il faudrait se garder de lui attribuer une importance de premier ordre, dans l'ensemble du procès digestif. CzERNY, Ludwig, Ogata et d'autres auteurs ont démontré que les chiens sur lesquels on avait pratiqué la résection de l'estomac, continuaient à vivre et pouvaient même augmenter de poids. C'est qu'en réalité, comme on le disait ci-dessus, l'estomac est plutôt un appareil de désinfection qu'un organe de digestion.
Quand l'estomac fonctionne mal, on voit apparaître des phénomènes très complexes, provoqués : 1® par des troubles fonctionnels ou des lésions anatomiques de l'organe ; 2® par l'intervention des aliments et des microorganismes. Gomme les conditions de cette intervention peuvent se modifier à l'infini, les troubles du chimisme sont eux-mêmes extraordinai rement variés.
Si, à l'état physiologique, l'action digestive du suc gastrique s'efi"ace devant son pouvoir antiseptique, c'est que la digestion des albumines est assurée, dans l'intestin, par une sécrétion autrement puissante et qui sera bientôt étudiée : le suc pancréatique.