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CHAPITRE III

BILE, suc PANCRÉATIQUE, SUC INTESTINAL

RÉACTIONS CHIMIQUES DANS l'iNTEsTIN, FÊcES

Quand le bol alimentaire a franchi le pylore, il se trouve pôu après en contact avec un liquide qui se déverse dans la deuxième portion du duodénum : la bile. C'est le produit de sécrétion d'une glande, le foie, mais non pas le produit direct : la bile est d'abord accumulée dans la vésicule biliaire où elle se concentre et reçoit le liquide sécrété par les glandes muqueuses des parois, avant d'arriver, parles canaux cystique et cholédoque, dans l'intestin.

§ 1. — Bile

L'afflux de la bile est intermittent; il atteint son maximum cinq heures environ après le repas, et peut être évalué, chez l'adulte, à 600 ou 800 centimètres cubes par jour, environ.

1° Propriétés de la bile. — a. Propriétés physiques. — Pure, avant d'avoir séjourné dans la vésicule, la bile est un liquide mobile, non filant, d'odeur sui generis, clair, de couleur jaune orangée ou verdutre, suivant le régime alimentaire (carné ou végétal). Après s'être chargée de mucine dans la vésicule, elle devient mousseuse et filante. Sa densité oscille entre 1015 et 1035.

b. Propriétés chimiques. — La bile est alcaline ; par ses savons, elle dissout les graisses. Elle détruit l'hémoglobine et arrête la digestion pepsique. Abandonnée à l'air, elle verdit, puis entre en putréfaction.

La bile présente certains caractères qu'il faut connaître. : l'alcool et l'acide acétique la précipitent (mucine) ; l'acétate de plomb donne également un précipité (corps protéiques, matières extractives, savons, acide glycocholique). Les acides forts donnent avec la bile privée de mucine un précipité poisseux (acides biliaires).

En ajoutant à de la bile une parcelle de sucre de canne, puis versant avec précaution sur de Tacide sulfurique concentré placé au fond d'un verre, on observe, à la surface de séparalion des deux milieux, un anneau rouge. En agitant vivement, la masse se colore uniformément en rouge fugace. Cette réaction, dite de Pettenkofjer, appartient en propre aux acides biliaires ; elle est duo au furfurol formé par l'action de l'acide sulfurique sur le sucre.

Si Ton verse sur de l'acide azotique concentré une solution, même très étendue, débile, on observe, entre les deux liquides, une série d'anneaux colorés (vert, bleu, violet, rouge et jaune) ; à cliacun d'eux correspond un terme d'oxydation des pigments biliaires. C'est la réaction de Gmelin, si souvent utilisée en clinique. L'acide azotique additionné d'un peu d'acide fumant donne de meilleurs résultats que l'acide pur.

On peut également verser sur une dilution aqueuse de bile quelques gouttes de teinture d'iode officinale, étendue de 10 volumes d'alcool. On observe alors, non pas une série d'anneaux, mais un seul anneau vert d'herbe (Maréchal, Roslx).

c. Composition, — Dans les tableaux ci-dessous, on trouvera quelques données analytiques sur la composition chimique de la bile, rapportée au litre.

Jeune hoiiimc Femme de Bile de Bile provc-"] de 1 8 ans, morl !l9ans, dé- cadavre, naht d'une par slraugulation. capitéc. fislule.

(Frcrii'hs) (Gomp-Besanez) (Ho|>pe-Sf.vl<»r) (Jicobseï)

Eau . . . 860,0 898,1 - 977,4

Résidu fixe 140,0 101,9 » 22,6

Mucine < 26 6 ! 14 5 ^^,9 1 ^^

Subst. insol. dans ralcool. i ^^'^ ( ^^'^ 1,4 ( ^'^

Taurocholatc de sodium . ) .^^^^^ ^ ^ 8,7

Glycocholate de sodium . ) "'" ^^*^ 30,3 10,1

Jeune honame Femme de Bile de Bile provede 18 ans, mort 29 ans, dé- cadavre, nant d'une par strangulation, capilée. fistule.

(Frerichs) (fionp-Bcsaiei) (Hoppe-Seyicr) (J&cobseï) Savons de soude (palmi-

tate, stéarate, oléate, etc.) » ■ 13,9 1,4

Graisse 3,2 ) - 7,3 0,10

Lécithine » ' 30,9 5,3 0,05

Cholestérine 1,6 ) - 3,5 0,56

Pigments » » » »

Sels minéraux 6,5 6,3 » 8,5

Chlorure de potassium. . » » » 0,28

— sodium ... 2,5 »> » 5,5

Carbonate — ... » » - 0,95

Phosphate trisodique. . . 2,0 » » 1,3

Carbonate de calcium . . » • » »

Phosphate — • * i i « " " ^'^^

— de magnésium, j ' » » traces

Sulfate de calcium. ... 0,2 » » »

Fer traces » 0,06 à 0,07 traces

D'autres auteurs donnent 0,03 à 0,09, ou même Qk^Iô, de fer par litre.

Voici des analyses plus récentes d'HAMMARSTEx ; elles permettent de comparer la bile de la vésicule et la bile provenant directement des canaux hépatiques. La première colonne est la moyenne de sept cas (cinq femmes et deux hommes ayant subi la cholécystotomio). Les résultais sont rapportés au litre.

des canaux hépatiques, de la vésicule.

Eau 974,2 p. 1000 829,6 p. 1000

Résidu fixe 25,8 — 170,3 —

Mucine et pigments ... 5,5 — 41,7 —

Taurocholate de sodium . 1,5 — 27,4 —

Glycocholate — . 9,3 — 69,5 —

Acides gras (des savons). 0,8 — 11,1 —

Cholestérine 0,9 — 9,8 —

Lécithine 0,5 — 2,2 —

Graisse 0,7 — 1,9 —

Sels solubles 8,0 — 2,8 —

Sels insolubles ..... 0,3 — 2,2 —

Ces analyses montrent les grandes variai ions que subit la composition chimique de la bile, suivant l'âge, le sexe, les conditions de la prise d'essai, etc., etc.

La bile renferme un peu d'oxygène (2 centimètres cubes par litre environ), de l'azote (4 à 6 centimètres cubes), ainsi que de l'acide carbonique (de 50 à 150 centimètres cubes). On y a trouvé également un peu d'acide sulfurique à l'état d'éther (Hammarsten). La présence d'un corps diastasique semble probable (Dastre) : car, la bilirubine de la bile s'oxyde à Pair plus rapidement que les solutions alcalines du pigment pur, comme s'il y avait dans la bile une enzyme du groupe des oxydases.

D'après d'autres expériences de Dastre, l'élimination du fer par la bile s'élèverait à 1 ou 2 milligrammes par ai- heures, chez un chien de 25 kilos.

Laissant de coté les sels, la mucine, les savons, les corps gras, la lécithine et la cholestérine, qui n'offrent rien de particulier ou qui n'ait déjà été étudié au commencement de ce volume, nous porterons notre attention sur les acides biliaires et sur les matières colorantes.

2° Acides biliaires. — Cette élude co^uprendra : les acides glycocholique, taurocholique et cholalique, ainsi que quelques acides moins importants.

A. Acide glycocholique G'^'^H^^AzO*. — a. Préparation. — On peut le préparer en précipitant par l'acétate neutre de plomb de la bile de bœuf débarrassée par l'alcool de sa mucine et décolorée par le noir animal ; le sel de plomb lavé, «éché et dissous dans l'alcool, est ensuite décomposé par l'hydrogène sulfuré. On filtre et ajoute de l'éther, pour précipiter l'acide glycocholique, qui, d'abord poisseux, cristallise à la longue.

b. Propriétés. — Cet acide est en fines aiguilles blanches, soyeuses, amères, peu solubles dans l'eau (Og'*,33 par litre à 20®; 8,5 à 100°), peu solubles dans l'éther, la benzine, le chloroforme, très solubles dans l'alcool. Il fond à 132o-134°, et se décompose bientôt après. Pouvoir rotatoire, dans l'alcool :«,) = + 27<>,2.

L'acide glycocholique précipite par l'acétate neutre de plomb,

en Tormaiit un sel soluble dans l'alcool bouillant ; il donne la réaction de Petlenltofer ; il est monobasique.

Fig. 15.

Acide glycoch clique.

A chaud, en présence de l'eau et des acide^ ou des bases, il se dédouble en glycocoUe et acide cholalique :

CWH"AïO* + H»0 = G^'H"Os + CH^AijH' — CO'H

Acide gltcocholique Acido chotoLirpie GlycocaJle

B. AciDB TAUfioCHOLToUB C"H*'AzSO'. — a. Préparation. — Quand, par l'acétate neutre, on a séparé de la bile l'acide précédent, on précipite, dans la liqueur filtrée, l'acide laurocholique par le sous-acétate de plomb. Le précipité (|ui se forme, dissous dans l'alcool bouillant, est décomposé par l'hydrogène sulfuré ; on filtre et ajoute de l'éther ; l'acide taui-ocholique qui se dépose cristallise peu à peu.

b. Propriitis. — Fines aiguilles blanches, déliquescentes, très solubles dans l'eau et dans l'atcool, insolubles dans l'étlier. Pouvoir rotatoire ; Hu =: + 24<',5.

L'acide laurocholiquo ost un acide fort , monobasique ; il donne la rénclion de Pettenkofer et précipite par le

sot UILlEtI EXTÉRIEUR

sous-océUite, mais non par l'aci^tale neutre de plumb. Il coagule l'albumine à l'égal ile^ réactifs les [iluii sensibles, mais n'agit pas sur les peplones ; i-Vst même un bon proci'ilû de st'-paration (Maly et Ehich).

L'eau, et à plus forle raison les acides ou les hases dilués.

Fig. 18.

Gljc.H-holiilo de Boude,

dédoublent l'uuide tuui-oclioliiiiie en la urine et acide dioialique : C"H»AzSO' + H*0 = Ci'H'oO^ + CH^.AzH^ — CH'.SO'H

Acide laurochotiquc Acido <:liDLaLi<|UC Tiurinc

C. Acide cHOLALiyLn CH'^O^. — hj Préparnlion. — Ce corps, . <iui n'existe pas dans la bile fraiclie, est un produit de dédoublement des acides biliaii-es. On le prépare pai- un procédé dû ù HïLius, en soumeLtniit la bile de bœuf à une longue ébuUition avec la soude. On sature par l'acide carbonique, évapore à sec et reprend par l'alcool fort qui enlève le cholalate sodiqUG : ou purilie ce composé en le transformant en ssl de baryum soluble dans l'eau. Le cliololnte barytique, traité par l'acide ulilorbydrique, fournit l'acide cliolalique, qu'on fait cristalliser dans l'alcool (ZdUohrift f, physiol. Chemie, t. XII, -262, et DuU. Soc. Chim, 2" séiie, t. XLIX, 83tj.

b. Propriétés. — Prismes blancs, bien cristallisés, amers, peu solubles dans Teau, plus solubles dans Téther, très solubles dans Talcool. L'acide cholalique est anhydre, mais forme avec l'eau plusieurs hydrates et peut même se combiner aux alcools. Il estdextrogyre : au = + 35*^ (acide anhydre).

L'acide cholalique est un acide monobasique qui paraît être trois fois alcool. Il donne la réaction de Pettenkofer et se combine à l'iode, en présence de l'iodure de potassium et de l'alcool, pour donner des aiguilles bleues, mordorées {C^*H''WI)*K1, xYi^O (Mylius). Comme l'iodure d'amidon, cette combinaison se décolore à chaud et reprend sa couleur, par refroidissement. L'acide cholalique se déshydrate sous l'influence de l'acide chlorhydrique bouillant, et se transforme en une matière résineuse, blanche, insoluble dans les réactifs habituels, la dyslysine. Oxydé, l'acide cholalique donne de l'acide bilianique

/>. Autres acides. — Outre les corps précédents, la bile renferme, en petite quantité, Vacide fdliqite, G^^H*^OS corps solide, blanc, amorphe ou cristallisé, de saveur amère, fusible à 120°, dextrogyre, donnant la réaction de Pettenkofer (Schotten). Cet acide est contenu dans la bile à l'état d'acides glycofellique et taurofelliqtie ; il y est combiné, par conséquent, au glycocolle et à la taurine.

Suivant Lassar-Gohn [Zeitschrift /*. physiolog, Chemie, t. XIX, p. 5(63, 189t), il semble que la bile humaine renfermerait encore, toujours en combinaison avec la taurine et le glycocolle, un troisième acide, Vacide choléique G^^H^^O'^ prismes blancs, très peu solubles dans l'eau, plus solubles dans l'alcool, fusibles à 185°.

On sait que la bile de certains animaux contient des acides particuliers : hyoglycocholique, hyotaurocholique (porc) ; chénotaurocholique, chénocholalique (oie).

E. Origine des acides biliaires. — Elle est peu connue. Cependant, Kallmeyer, Anthen et Klein ont obtenu des acides biliaires, mêlés de pigments, en mettant au contact du glyco-

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gène ou du glucose d'une part, de riiémoglobine , de la serine ou de Falbumine de l'autre, en présence de cellules hépatiques intactes ou broyées. II semble donc que les acides biliaires se forment dans le foie par la destruction de l'hémoglobine, avec la participation des hydrocarbonés, et grâce à une action chimique plutôt que physiologique.

Quant à la taurine et au glycocolle, ce sont des produits de la désassimilation régressive des matières albuminoïdes.

4^ Pigments biliaires. — Le pigment originel de la bile humaine est la. bilirubine , souvent mêlée de biliverdine^ laquelle est un dérivé d'oxydation de la bilirubine.

i4. Bilirubine G^^H^^^z^O*. — a. Préparation. — On peut l'extraire de la bile, en acidulant celle -ci par l'acide chlorhydrique et agitant avec du chloroforme ; ce dissolvant, décanté et' évaporé, laisse un résidu de bilirubine impure qu'on épuise à l'éther pour enlever les graisses.

11 vaut mieux pulvériser et épuiser à l'éther, à l'eau chaude et à l'acide chlorhydrique dilué les calculs de bilirubine qu'on trouve assez souvent dans la vésicule du bœuf. Le résidu est ensuite dissous dans le chloroforme ; on évapore à sec et purifie le dépôt en l'épuisant par l'éther. On redissout enfin la bilirubine dans le chloroforme, d'où on la reprécipite en ajoutant de l'alcool.

b. Propriétés, — C'est une poudre jaune, amorphe ou cristallisée en tables, altérable à la lumière, insoluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool et l'éther, soluble dans la glycérine, le chloroforme, la benzine et le sulfure de carbone.

La bilirubine est un acide monobasique, soluble dans la potasse et la soude, formant des sels ; à l'air et en présence des alcalis, elle s'empare de l'oxygène et se transforme en biliverdine, pigment verL abondant dans la bile des herbivores :

C32H3«Az^O« + 02 = G32H«6AzW

Bilirubine Biliverdinc

L'amalgame de sodium û\q H^ sur la bilirubine, qui s'hydrate

en même temps, et se transforme en urobiline, matière colo rante de l'urine (Jaffé) :

C32H36Az*08 + n^O + H^ = C32H'»oAz^07

Bilirubine Urobiline

Au contact de l'acide azotique chargé de vapeurs nitreuses, la bilirubine donne plusieurs dérivés d'oxydation ou d'hydratation : la biliftiscine, labilicyanine, la biliprasine^ la choléléline. Ce sont ces dérivés qui fournissent la série des anneaux colorés, dans la réaction de Gmelin.

La teinture d'iode à un dixième donne une matière colorante vert-pré. L'aseplol donne aussi une belle coloration verte (Barral).

En ajoutant à une solution chloroformique de bilirubine deux fois son volume de réactif d'Ehrlich, de l'alcoolet de l'acide acétique cristallisable, on observe une teinte violette qui vire au bleu intense. Le réactif d'Ehrlich se prépare en dissolvant 1 gramme d'acide sulfanilique, 15 centimètres cubes d'acide chlorhydrique etO gr. 10 de nitrite de sodium dans un litre d'eau. Les pigments biliaires autres que la bilirubine ne donnent pas cette dernière réaction.

B, BiLivERDLNE. — La bilivcrdinc, qui provient de l'oxydation de la bilirubine en milieu alcalin, existe seule dans la bile des herbivores. C'est une poudre verte, de formule C'^H^^Az^O^, insoluble dans l'eau et la plupart des liquides, si ce n'est Talcool et l'acide acétique ; elle peut cristalliser de ce dernier dissolvant. Certains microbes l'attaquent. Comme la bilirubine, la biliverdine est un acide, donnant des sels.

On la prépare en traitant la bilirubine par une solution de bioxyde de sodium et ajoutant un excès d'acide chlorhydrique ; la matière colorante se précipite, on la lave et la dissout dans l'alcool (L. HuGOuxENQ et M. Doyon). On peut se contenter d'exposer à l'air une solution alcaline de bilirubine. Après quelques heures, on en précipite la biliverdine par l'acide chlorhydrique.

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