C. Autres pigments. — La bilifuscine C^^H^^Az'^O' est une
poudre brun verddtre, foncée , qui a été extraite de certains calculs biliaires. Elle ne se dissout bien que dans Takool.
La biliprasine C^'H-^^Az^O', rencontrée par St.edeler dans certains calculs biliaires, serait, d'après Maly, identique avec la biliverdine.
La bilicyanine est un des produits d'oxydation de la bilirubine par l'acide azotique. C'est une poudre violette, soluble en bleu dans les acides, en brun violacé dans les alcalis ; elle est insoluble dans l'eau, mais se dissout bien dans l'alcool, l'éther et le chloroforme.
La cholétéline se i>roduit également dans l'attaque de la bilirubine par l'acide azotique. Poudre jaune, soluble dans la plupart des dissolvants organiques.
D. Origine des pigments biliaires. — Ils se forment exclusivement dans le foie ; car si, à l'aide de ligatures, on isole le foie de la circulation générale, on n'observe plus trace de matière colorante biliaire, dans le reste de l'organisme (Stern.) Il n'y a donc pas d'ictère hématogène, mais seulement des ictères hépatogènes. L'ictère a pour cause soit une rétention des pigments, à la suite d'un obstacle au cours de la bile (calcul, processus inflammatoire), soit une altération du sang qui se traduit par une production exagérée de pigment, laquelle ne peut avoir lieu que dans le foie et cesse aussitôt après l'ablation de cette glande, comme l'ont démontré Minrowski et Nau.nyn.
Il n'est pas douteux que la bilirubine ne soit un dérivé de l'hématine, par perte de fer et fixation d'eau :
C32H32Az*O^Fe + 2H20 — Fe = C'^Hs^Az^O»
Hématine Bilirubine
En effet, toutes les causes de destruction du globule sanguin (empoisonnements par l'hydrogène arsénié, le phosphore, les antimoniaux) font apparaître la bilirubine dans l'urine ou sous la peau.
A la suite d'un traumatisme, les vaisseaux périphériques rompus laissent extravaser le sang dans le tissu cellulaire sous-
cutané (ecchymose) ; la région intéressée est d'abord rouge, puis devient bleuâtre, violacée, verte, enfin jaune ; on voit se produire successivement, dans les tissus superficiels, les matières colorantes qui prennent naissance in vilro , dans la réaction de Gmelin, quand on fait réagir l'acide azotique sur la bilirubine. Si Teccliymose est très étendue, on assiste à une sorte d'ictère généralisé ; les pigments biliaires apparaissent dans l'urine.
Dans les vieux extra vasats sanguins, on trouve des. cristaux microscopiques signalés par Virchow sous le nom iïhématoïdine, mais qui ne sont pas autre chose que de la bilirubine, d'après Jaffé et Salkowski, ou un corps très voisin ; c'est, dans tous les cas, un corps mal défini (Gautier).
Langhans et QuiNCKE, en injectant du sang dans le tissu cellulaire sous-cutané, ont vu l'hémoglobine disparaître du caillot et faire place aux pigments de la bile.
L'introduction dans le sang d'une solution d'hémoglobine (TarchAxNoff), la diffusion de l'hémoglobine du globule dans le plasma, à la suite de l'injection intra-vasculaire d'eau, d'alcool, de glycérine, provoquent la bilirubinurie.
Enfin, le foie ne fabrique de pigment bihaire que chez les animaux dont le sang contient de l'hémoglobine, chez les vertébrés par conséquent. IMmphioxus, le seul vertébré qui n'ait pas d'hémoglobine, n'a pas non plus de pigment biliaire (Hoppe-Seyler-.
La bilirubine, qui provient de l'hématine, noyau ferrugineux de l'hémoglobine, se transforme ultérieurement, dans l'intestin, en hydrobilirubine ou urobiline, et passe à cet état à travers le rein. C'est donc un produit intermédiaire entre la matière colorante du sang et celle de l'urine.
5^ Rôle physiologique de la bile. — La bile n'est pas un j>roduit d'excrétion : elle se déverse dans les parties supérieures de l'intestin, ce qui semble prouver qu'elle intervient dans les phénomènes digestifs ; de plus, si on compare l'excrétion parla bile du soufre et de l'azote à la teneur des aliments en azote et en soufre, on constate qu'aux variai ions dans les ingesia no
correspond pas de différence sensible dans la composition de la bile ; Texcrétion biliaire de l'azote, du soufre, du fer et de plusieurs autres éléments reste indépendante de l'alimentation (SriRO et Ku.ngkel).
La bile, qui n'exerce aucune action sur les albumines et les hydrocarbonés, aide puissamment à Témulsion des corps gras et, par conséquent, à leur absorption. Si on ferme à la bile l'accès de l'intestin, les matières fécales prennent une teiiite blanc grisâtre ; elles renferment une proportion énorme de graisses que l'éther peut extraire. Ces graisses, non émulsionnées, ne sont pas absorbables (Dastkej ; elles enrobent des parcelles de substances albuminoïdes qui, soustraittîs à l'action des sucs digestifs, se putréfient et communiquent aux fèces une odeur infecte. Quand l'expérience se prolonge, les animaux succombent à l'insuffisance de l'absorption des corps gras.
La bile exerce donc, en favorisant l'absorption des graisses, une action antiseptique indirecte à laquelle se joint une action directe, celle de l'acide taurocholique, agent antifermentescible des plus énergiques (Maly et Emich). Toutefois, cette propriété est dévolue à l'acide libre et non à ses sels ; par conséquent, l'action antiseptique ne se poursuit que dans le chyme acide, et cesse dès que le milieu devient alcalin.
Qo Variations pathologiques de la bile. — Elles sont peu connues. On sait que, dans quelques affections du foie, en première ligne la dégénérescence graisseuse, les pigments peuvent disparaître : la bile est incolore. Dans l'urémie, le choléra, elle contient des proportions notables d'urée. On a vu, dans certains états pathologiques, la bile tenir en suspension de la cholestérine, des graisses, des acides gras, de la leucine, de la tyrosine, etc. ; mais la plupart de ces faits constituent des observations isolées qui n'ont pas été systématisées jusqu'à présent.
1^ Calculs biliaires. — Il n'en est pas tout à fait de même de la formation des calculs (cholélithiase), attribuée par certains auteurs à des lésions locales (catarrhe des voies biliairesj
ayant pour conséquences riiypersécrétion de la cholestérine et la production des calculs). Cependant, on admet plus ordinairement que la cliolélithiase est une affection générale, due à un ralentissement de la nutrition (Bouchard) ; l'hérédité, les antécédents des malades, leur vie sédentaire, toute leur histoire pathologiq.ue milite en faveur de cette opinion. Les calculs se rencontrent dans la vésicule ou les canaux ; c'est dans leur trajet à travers les voies biliaires qu'ils déterminent les coliques hépatiques.
Les calculs sont des concrétions de grosseur très variable, depuis le grain de chènevis jusqu'au volume de l'œuf de pigeon et au delà ; ils sont le plus souvent multiples ; la dimension la plus commune est celle d'une lentille ou d'un petit pois. Les calculs sont pressés les uns contre les autres ; leurs faces sont planes, régulières, polies, usées par le frottement ; l'aspect est celui d'un polyèdre presque géométrique. Ils présentent toujours, à leur centre, un noyau formé le plus souvent de pigments biliaires. Leur coloration varie : elle est jaune ou brune plus ou moins foncée, s'il s'agit de concrétions pigmentaires (assez rares chez l'homme, plus fréquentes chez le bœuf) ; elle est, au contraire, blanche, pour les calculs de cholestérine, de beaucoup les plus nombreux. Ceux-ci sont légers, rayables à l'ongle, tantôt cireux, opaques, d'aspect mat, assez analogue à celui de l'acide stéarique ; quelquefois, ils sont, au contraire, nacrés, translucides ou même transparents.
On trouve, par ordre de fréquence, dans les calculs biliaires : la cholestérine, les pigments, puis des sels biliaires, de la graisse, des savons calcaires (Fouquet), du mucus, des sels minéraux, etc. Un grand nombre de ces calculs ont une composition mixte.
Le tableau ci-dessous donne la composition des trois types de calculs les plus répandus. Ceux qui se rapportent au groupe 1 (cholestérine) sont blancs, légers, translucides, gras au toucher, brûlent facilement, contiennent peu de matière azotée, se dissolvent bien dans l'éther, mais sont insoluble» dans la potasse caustitjue.
Les calculs de la seconde catégorie sont fortement colorés.
opaques, solubles dans la potasse, peu solubles dans Téllier; ils renferment beaucoup d'azote : les pigments y prédominent (n^ 2;. *
Au troisième groupe se rattachent des concrétions formées, pour la presque totalité, de matières minérales, résistant, par conséquent, à la combustion ou laissant un abondant résidu de cendres (n* 3).
Cholestérine 62,3 p. 100 0,9 p. 100 0,4 p. 100
Sels biliaires 18,3 — 6,2 — i,5 —
Matières organiques diverses 3,9 — 1 ,0 — — —
Pigments biliaires ... 3,9 — 52,3 - 14,2 —
Sels minéraux solubles. 4,1 — 13,2 — 0,8 —
Carbonate de chaux . . — — — — 64,6 —
Phosphate — . . — — — — 12,3 — — ammoniaco-
magnésien. — — — — 3,4 —
Mucus, pertes 7,5 — 26,4 — 2,8 —
go Analyse de la bile. — La méthode de Frerichs est la plus simple. On dose le résidu fixe et, par différence, Teau, en évaporant à Téluve, à 110°, pendant plusieurs heures, dans une capsule tarée, 20 grammes de bile, ou mieux 100 grammes, si Ton peut. On pulvérise le résidu sec et on l'épuisé par Téther, qui abandonne, après évaporation, la cholestérine et les corps izras ; on pèse le tout, et enlève les graisses par la potasse bouillante ; la cholestérine recueillie, lavée etséchée àllO% est pesée directement. Par différence avec le poids total de l'extrait éthéré, on a les graisses.
Le résidu sec de l'évaporation de 20 ou 100 grammes de bile déjà épuisé à l'éther, est repris par l'alcool à 90" bouillant jusqu'à épuisement complet; on filtre. L'insoluble est, après dessiccation, porté sur la balance, ce qui donne la proportion de mucine, mélangée à un peu de pigments. La solution alcoolique, évaporée, abandonne les acides biliaires à l'état de sels sodiques; après avoir desséché à 110^ dans une capsule tarée, on détermine le poids de ces acides.
Si on voulait les doser séparément, on reprendrait par l'eau
et précipiterait l'acide glycocholique par l'acétate de plomb ; le précipité plombique, recueilli et décomposé au sein de l'alcool par l'hydrogène sulfuré, fournirait une liqueur d'où, par évaporation, on pourrait extraire l'acide glycocholique, afin de le peser. Des eaux mères d'où l'acétate neutre de plomb a précipité ce dernier acide, on séparerait l'acide taurocholique parle sousacétate ; le taurocholate de plomb, traité par l'hydrogène sulfuré en présence de l'eau, permettrait d'isoler et de peser l'acide taurocholique libre.
Quant aux matières minérales, on les détermine en bloc, en évaporant et incinérant à un feu très doux, dans une capsule tarée, 20 ou 30 grammes de bile. Les cendres sont analysées par les procédés habituels de l'analyse minérale.
9** Analyse des calculs biliaires. — Pour l'analyse des calculs biliaires, voici la marche à suivre. Un poids déterminé de matière, finement broyée au préalable, est épuisé par l'eau bouillante. Le liquide est divisé en deux parties : l'une, évaporée complètement puis incinérée, sert à doser l'extrait sec et les sels solubles ; l'autre, évaporée également jusqu'à siccité, fournit un résidu qu'on épuise par l'alcool faiblement étliéré, pour enlever le glycocholate de sodium.
La matière insoluble dans l'eau chaude est traitée par l'alcool éthéré bouillant ; on évapore et on pèse le mélange de graisse et de cholestérine, qu'on saponifie ensuite par la potasse alcoolique ; on chasse l'alcool et reprend par l'eau et l'éther. Ce dernier, décanté et évaporé, abandonne la cholestérine, qu'on pèse. Par différence, on a les graisses.
Une partie de la substance a résisté à l'action de l'eau et de l'alcool bouillant ; on la traite par l'acide chlorhydrique dilué et chaud, qui enlève les phosphates de fer,, de calcium et de magnésium, qu'on recueille et dose parles procédés ordinaires.
Le résidu insoluble est formé de pigments à peu près purs ; en répuisant par le chloroforme k l'ébullition, on obtient la bilirubine et la bilifuscine, que l'alcool permet de séparer eu dissolvant ce dernier corps. Ce qui reste est formé de biliprasine et de bilihumine ; l'alcool dissout la première matière
colorante, tandis que la bilihumine est soluble dans les alcalis. En évaporant ces divers dissolvants dans des vases tarés, on obtient, comme résidus, les pigments isolés; on les pèse.
§ 2. — Suc PANCRÉATIQUE
A une faible distance du canal cholédoque, une glande volumineuse, de structure analogue à celle des glandes salivai res, déverse dans le duodénum environ 200 A. 300 grammes par jour d'un suc particulier dont les propriétés digestives sont très puissantes : c'est le suc pancréatique. Le pancréas ne paraît sécréter que lorsque les aliments arrivent dans l'estomac et dans l'intestin : la sécrétion, très abondante deux heures après le repas, diminue ensuite, pour atteindre vers la septième heure un second maximum ; après quoi, elle s'arrête à peu près complètement et reprend après un nouveau repas.
!• Propriétés physiques. — Le suc pancréatique est un liquide incolore, inodore, limpide, de saveur faiblement salée, de consistance visqueuse, analogue à celle de la glycérine. ïl est lilant et mousse par agitation ; en se refroidissant, il se prend en gelée ; la chaleur, vers 72°, ainsi que les acides le coagulent. Sa densité oscille autour de 1010. Sa réaction est fortement alcaline. Aussi, le suc pancréatique qui, grâce à sa teneur en albumine et en alcali, est un excellent milieu de culture, est-il très difficile à conserver; de tous les liquides organiques, c'est celui qui se putréfie le plus rapidement. Cette altérabilité rend malaisée l'étude de cotte humeur.
go Propriétés chimiques. — La composition chimique du suc pancréatique, du moins d'après nos connaissances actuelles, n'offre pas un grand intérêt : c'est un milieu riche en carbonate de soude et en substances albuminoïdes diverses. Le pouvoir ferment est peut-être attaché à l'une ou à plusieurs de ces maHères albuminoïdes, que nous ne savons pas encore séparer par l'analyse immédiate.
suc PANCRÉATIQUE 215
Voici une analyse de suc pancréatique, chez le chien :
Eau 900,75 par litre. •
Matières albuminoïdes et diastases. 90,38 —
Chlorure de sodium 7,36 —
Phosphate — 0,45 —
Carbonate — 0,50 —
Phosphate de calcium 0,22 —
Maiçnésie 0,05 —
On a attribué au suc pancréatique diverses réactions colorées ; mais elles appartiennent à des produits d'altération.
3*^ Actions chimiques, r- Le suc pancréatique exerce sur les aliments trois actions diastasiques bien distinctes :
1" Il saccharifie Tamidon {amylolyse) ;
2° Saponifie les corps gras (stéaiolyse) ;
3® Peptonise les matières protéiques [protéolyse).
C'est ce dernier ferment qui porte le nom de myopsine ou trypsine, tandis que la diastase des corps gras est appelée stéatopsine, et celle de l'amidon amylbpsine. Dans le commerce, on vend, sous le nom de pancreatine, un mélange très impur de ces trois substances, ou plutôt, un produit qui manifeste leurs trois actions diastasiques.
Il est vrai que plusieurs physiologistes prétendent isoler les unes des autres les trois diastases, comme s'il s'agissait d'espèces chimiques définies (Defresne, Kuhne, von Wittigh, Gonheim, Lœw). Suivant ces auteurs, on pourrait obtenir des produits k action fermentative unique et exclusive sur une seule variété d'aliments (albumine, amidon ou graisses). Hufner a démontré qu'il n'en était rien, et que les corps séparés par ces divers procédés, manifestent toujours la triple action fermentative.
Du reste, on est loin d'être d'accord sur la part qui revient au pancréas dans la sécrétion de ces enzymes. Haidenhain et PoDOLiNSRi affirment que le ferment protéolytique ne serait pas fabriqué directement par la glande, mais proviendrait d'un composé sécrété par elle. Pour d'autres, il n'est pas même certain que les trois diastases prennent naissance à même le pancréas; peut-être le suc pancréatique, dépourvu de toute
(liastase, n'est-il qu'un milieu nutritif excellent, où les microbes (lu tube digestif se développent et sécrètent ultérieurement les ferments solubles. Cette théorie, qui pourrait invoquer une observation récente de Gley, n'est cependant pas admise ; elle a contre elle les expériences de Nuttal et Thierfelder sur la digestion chez les jeunes animaux dont Tintestin a été maintenu aseptique. Si on cite cette opinion, c'est pour montrer à quel point la chimie du suc pancréatique est encore peu lixée.
4° Actions fermentatives du suc pancréatique. — En
réalité, nous ne savons rien qu'une chose, c'est que le suc pancréatique, recueilli avec précaution, présente trois actions fermentatives. En broyant le pancréas, l'épuisant par la glycérine froide et précipitant la liqueur par un excès d'alcool, on obtient une matière fort active sur trois groupes d'aliments : amidon, graisse et matières protéiques. Ce pouvoir digestif ne semble pas appartenir à un facteur unique : car, par une macération rapide du tissu pancréatique (15 à 20 minutes à 40®), on obtient le ferment amylolytique, à l'exclusion de la trypsine ; si on ne recueille que les macérations tardives, on n'obtient, au contraire, que le ferment protéolytique, presque exempt d'amylase (Dastre). Dans l'état déjeune, on a constaté la persistance du protéolytique seul et la disparition des autres.
L'histoire chimique de ces diverses enzymes est aussi peu connue que celle des autres diastases. Ce sont des corps blancs ou jaunâtres, amorphes, solubles dans l'eau, insolubles dans l'alcool absolu, très voisins des matières protéiques par leurs réactions et leur composition chimique. Nous n'étudierons que leurs actions digestives.
a. Action amylolytique. — Le suc pancréatique transforme l'amidon en dextrine et maltose, par fixation d'eau.
(C«H»oO«)^ + nH^O = (C«H>0OS)v + G*2H220'*
Amidon Dextrine Maltose
Quand l'action se poursuit pendant longtemps (dix heures et
suc PANCRÉATIQUE 217
plus), on voit le glucose apparaître peu à peu, sans doute par dédoublement de la maltose :
G«2H220ii + H^e =1 2C6H*20«
MaltoAc Glucose
Toutefois, il est probable que cette dernière propriété n'appartient pas en propre au suc pancréatique, mais aux bactéries intestinales (Musculus et von Mehrinc, Brown et Héron). La dextrine, elle aussi, n'est pas absorbée telle que : elle s'hydrate et se transforme en glucose, probablement grâce aux diastases bactériennes. Ici apparaît la collaboration des sucs digestifs et des microbes parasites de l'intestin ; leur double action aboutit, en somme, par gradations successives, à la transformation complète de l'amidon en sucre de raisin.
(C«H«oO^)' + xH^O = xG«H«20«
Amidon Glucose
La digestion pancréatique des amylacés est très rapide ; elle s'exerce sur une masse de matière incomparablement plus grande que celle de la substance active ; elle ne paraît pas être influencée par une faible acidité du milieu, et présente son maximum d'intensité vers 40°; à 70®, elle s'arrête.
Le glycogène est saccharifié, comme l'amidon, parle suc pancréatique ; le sucre de canne et Finuline ne sont pas attaqués.
b. Action stéatoly tique. — Quand on agite du suc pancréatique avec des matières grasses, on les voit se diviser en gouttelettes extrêmement fines et former une sorte de lait ou de pâte fluide, blanche, opaque, persistante; c'est l'émulsion. Ce phénomène serait purement physique, suivant Duclaux. Pour la plupart des auteurs, il serait d'ordre chimique et nécessiterait au préalable la décomposition d'une petite quantité de graisse en acide gras et glycérine. L'acide libre s'emparerait de la soude qui donne au suc pancréatique son alcalinité, et formerait un savon ; ce dernier serait l'agent émulsionnant. l^' Saponification; 2oémulsion; tels seraient les deux termes de l'action du pancréas sur les graisses.
Y a-t-il là une action fermentative véritable? C'est fort dou-
teux. L'existence de la diastase stéatoly tique est de moins en moins admise : on attribue plutôt Thydratation et la décomposition des graisses à Fingérence des bactéries, qui jusqu'à présent n'a pu être évitée, in vitro, par aucun dispositif expérimental. Quant à Fémulsion, elle est : ou bien un phénomène purement physique dû à la viscosité du suc pancréatique ; ou bien, le résultat de la production d'un savon, aux dépens de la soude du suc et de l'acide gras séparé des graisses par les microbes. En résumé, le pancréas ne semble pas avoir d'action diastasique sur les corps gras.
Cependant, de jeunes animaux dont l'intestin est maintenu rigoureusement aseptique, vivent et augmentent de poids : c'est ce qu'ont vu Nuttal et Thierfelder dans des expériences auxquelles il a été fait allusion plus haut. 11 est bien difficile d'admettre que les animaux soumis à ces expériences n'absorbaient pas de graisse. Il est bon d'ajouter que, sinon dans le suc pancréatique, du moins dans le sang, il existe une diastase saponifiant les corps gras (Haxriot).
c. Action protéoly tique. — Le pouvoir digestif du suc pancréatique sur les matières albuminoïdes est très énergique. Vers 35**-45°, on obtient rapidement des peplones qui paraissent être identiques avec celles de la pepsine. C'est l'optimum de la température, le suc pancréatique cessant d'agir vers 70®. Comme pour la digestion gastrique, on a décrit des intermédiaires entre le terme initial et le produit final (albuminates alcalins, propeptones, etc.) ; mais ces substances ne sont nullement définies.
Ce qui distingue la digestion pancréatique de la digestion stomacale des albumines, c'est que celle-ci ne s'exerce qu'avec le concours de l'acide chlorhydrique, et qu'elle est sous la dépendance d'un grand nombre de facteurs capables de l'entraver ou de l'arrêter complètement. Au contraire, les albumines sont attaquées et dissoutes directement par le suc pancréatique alcalin ; en milieu neutre, la peptonisation pancréatique se poursuit ; même une faible acidité ne l'arrête pas. Les sels alcalins, la bile, qui gênent l'action de la pepsine, favorisent celle du pancréas ; seuls, les acides forts en excès
suc INTESTINAL 219
arrêteraient l'action protéoly tique si, à l'état physiologique, Talcalinité du suc ne les neutralisait. Les antiseptiques, qui enrayent la digestion pepsique, n'agissent que faiblement sur la digestion pancréatique ; quelques-uns même sont dénués de toute influence (acide salicylique).
Pour toutes ces raisons, l'action du pancréas sur les albumines est beaucoup plus énergique que celle de l'estomac. On a même attribué au suc pancréatique le pouvoir de provoquer des décompositions plus profondes : la leucine, la tyrosine, les acides aspartique et glutamique, les acides gras, le phénol, le scatol, l'indol, les gaz qu'on trouve dans l'intestin ont été mis sur le compte d'une action directe du suc pancréatique, lequel, après avoir peptonisé les albumines, décomposerait ultérieurement les peptones, en produisant tous les composés qu'on vient d'énumérer. Il est plus vraisemblable que l'action du pancréas sur les albumines ne dépasse pas la peptonisation : la leucine, la tyrosine, les autres acides amidés, les corps aromatiques résultent de la putréfaction du contenu intestinal, sous l'influence des microbes qui y pullulent ; ce n'est plus une action digestive, c'est un épiphénomène de la digestion. Ici encore les bactéries interviennent, mais c'est pour détruire des résidus et transformer le chyme en fèces.
Cependant, on a signalé, parmi les produits de la digestion pancréatique des albumines, la présence d'une substance chromogène qui donne avec le brome un précipité violet. Cette matière colorante est le dérivé brome d'un produit inconnu, dont la composition élémentaire doit se rapprocher beaucoup de celle du pigment des cheveux et des tumeurs mélaniques. Suivant Nengki, le produit chromogène de la digestion pancréatique, déjà étudié par Gmeltn, Krukenberg et Stadelmann, serait la matière première de tous les pigments de l'économie.
§ 3. — Suc INTESTINAL
En dehors de la bile et du suc pancréatique, l'inteslin reçoit encore les produits de sécrétion qu'un grand nombre de glandes
en grappe déverse à sa surface : c'est le suc intestinal, liquide limpide, incolore, sans odeur, filant, visqueux, alcalin, présentant à peu près, d'après Thiry, la composition suivante, qui est celle d'un suc intestinal de chien :
Eau 975,86 p. 1000
Résidu fixe 24,14 —
Matières albuminoïdes 8,01 —
Autres matières organiques 7,34 —
Carbonate de soude 3,20 —
Autres sels 5,59 ~
On a successivement attribué ou refusé au suc intestinal un pouvoir digestif sur les albumines et les hydrocarbonés. Bronv.n et HÉRON ont vu l'extrait de la muqueuse intestinale hydrolyser la maltose et la transformer en glucose ; mais, l'intervention des infiniment petits n'était peut-être pas exclue. D'après RoHMANN et Lappe, les extraits aqueux de la muqueuse de l'intestin grêle des jeunes animaux (chien, veau) renfermeraient une diastase qui dédouble la lactose, avec formation de glucose. En résumé, aucune expérience décisive n'a encore démontré que le suc intestinal exerçât une action digestive sur les aliments ternaires ou quaternaires.
S 4. — Chimisme intestinal, fèces
1» Ghimisme intestinal. — Les trois groupes do matières alimentaires subissent dans le tube digestif les modifications suivantes :
a. Les amylacés, attaqués par la salive, se transforment partiellement en dextrine et en maltose. Dans l'estomac, aucun ferment soluble n'agit sur les hydrocarbonés ; l'acidité, peu favorable à la ptyaline, ralentit, si elle n'arrête pas complètement, la digestion de l'amidon. Dans l'intestin, quand le milieu redevient alcalin, la ptyaline reprend son activité. Le suc pancréatique intervient, à son tour : l'amidon s'hydrate et donne de la maltose et de la dextrine, qui fournissent ensuite du glucose, sous l'influence des diastases bactériennes ou du suc intestinal.
FÈCES 221
6. Ni la salive, ni le suc gastrique, ni le suc intestinal n'interviennent dans la digestion des graisses. La bile et le suc pjancréatique les émulsionnent ; au contact de ce dernier, se produit un commencement de saponification, rattaché par les uns au suc lui-même, par les autres aux microbes parasites de l'intestin grêle. En somme, la digestion des graisses est mal connue; il ne serait pas impossible qu'elle fût le résultat d'une action biochimique directe des cellules de l'intestin.
c. Les matières albuminoïdes sont pepionisées : par la pepsine dans l'estomac acide, et dans l'intestin par le suc pancréatique alcalin.
Glucose, peptone, corps gras émulsionnés franchissent, non sans subir des modifications chimiques, le septum intestinal, et, par la voie des veines et des lymphatiques, pénètrent dans l'économie. 11 reste dans le tube digestif des résidus alimentaires peu attaquables : tendons, matières cornées, cellulose, substances minérales, éléments biliaires plus ou moins transformés, cellules épithéliales provenant de la desquamation de l'intestin, mucus, petites quantités de graisse, d'albumine et d'amidon ayant échappé à l'action des sucs digestifs ou à l'absorption.
Ce milieu complexe, dont la température reste constante, à 4- 37<*, dont l'alcalinité se maintient grâce au suc pancréatique, constitue un milieu de culture très favorable aux myriades de bactéries qui y foisonnent [Slaphylococcus pyogenes aureus, B. coli communis, B. subtilis, B. amylobacter, B. megaterium, B. pyocyaneus et bien d'autres espèces faisant fermenter diversement les hydrates de carbone ou les albumines). Aussi, le contenu intestinal, déjà formé d'éléments si divers, s'enrichit de matériaux plus nombreux encore, témoins de l'activité chimique des microbes : nous voyons apparaître de l'hydrogène sulfuré et du gaz des marais ; les acides carbonique, acétique, lactique, butyrique ; la tyrosine, la leucine, la taurine, le glycocolle, mêlés à la cholestérine, à la coprostérine, à l'acide cholalique et aux pigments biliaires ; le phénol, le scatol, rindol ; des savons, de l'ammoniaque, des alcaloïdes, des sulfures, des sels imprégnant les résidus digestifs ; du mucus, de la graisse, des cellules épithéliales. Cette masse, que les mouve-
ments péristaltiques et les gaz brassent constamment, exhale une forte odeur putréfactive, surtout dans les dernières portions de rintestiii : ce sont les fèces.
Z° Fèces. — Les fèces doivent être étudiés à deux points de vue : J° les gaz ; 2^ les matières solides.
a. Gaz. — L'intestin est toujours distendu par des gaz dont la com])osition varie suivant le régime du sujet et le segment de l'intestin où se fait la prise d'essai.
Voici quelques chiffres empruntés à Hofman, à Runge et à Planer :
intestin grêle
Alimentation Alimentation Alimentation par le lait. par la viande. végétale.
Acide carbonique . . . .
Hydrogène
Hydrogène sulfuré. . . .
Azote
Oxygène
Gfiiz des marais (CH*j . .
p. ioo.
traces
traces
traces
traces
traces
traces-
Mixte.