‹ Précis de chimie physiologique et pathologiqueChapitre 77 sur 173 · COAGULATION DU SANG · texte numérisé non relu

COAGULATION DU SANG

jugulaire du cheval, segment qu'on suspend ensuite verticalement. Les globules se séparent, par ordre de densité, en couches distinctes qu'on peut isoler par des ligatures secondaires ; si on fait agir isolément les hématies et les leucocytes sur un liquide coagulable, l'expérience ne réussit qu'avec les globules blancs. Donc, la présence des leucocytes est indispensable à la coagulation.

Cette condition nécessaire n'est pas suffisante. Gautier, Brucke, Hammarsten avaient insisté sur le rôle de la chaux dans la coagulation du sang et sur la présence du calcium dans les cendres de la fibrine. Arthus et Pages ont établi, en 1890, que si on reçoit du sang dans une solution contenant 0,1 p. 100 d'oxalate de potasse , le sang cesse d'être coagulable ; les savons, les fluorures, tous les précipitants du calcium agissent de la même façon. Si on ajoute au sang incoagulable (oxalaté ou fluoré) du chlorure de calcium, le sang récupère sa coagulabilité. La coagulation , à la température ordinaire, n'a lieu qu'en présence des sels de chaux solubles,

3<* Théorie de la coagulation. — De tout ce qui précède, il semble résulter que, dans le sang extravasé, les choses se passent comme si les globules blancs, n'étant plus dans les conditions physiologiques, s'altéraient et mouraient, en laissant exsuder une diastase, le fibrine-ferment, dont il a été question plus haut. Ce ferment, en présence des sels de chaux, coagule le fibrinogène et le transforme en fibrine ; on a prétendu que la fibrine n'était que le sel calcique du fibrinogène, mais rien ne prouve que le phénomène soit aussi simple. Peut-être d'autres causes interviennent-elles, dans la coagulation du sang, la pression osmotique, par exemple.

Le fibrinogène lui-même ne préexiste peut-être pas dans le plasma. Suivant quelques auteurs, il exsuderait, comme le fibrine-ferment et en même temps que lui, des leucocytes. D'après Hammarsten, la substance fîbrinogénique, en se coagulant pour donner la fibrine, mettrait, en outre, en liberté une globuline qui resterait en dissolution.

Quant à l'agent de la coagulation, il reste inconnu. On lui

2oi MILIEU INTERIEUR

attribue généralement une nature diastasique ; des travaux récents sembleraient plutôt le confondre avec une nucléo-albumine provenant du noyau des globules blancs, la leuco-nucléohistone (Lilienfeld). Suivant cet auteur, cette nucléoalbumine se dédoublerait en une substance voisine des peptones, Y historié^ et en une nucléine, la leuconucléine, Thistone possédant une action anti-coagulante des plus énergiques, la leuconucléine provoquant, au contraire, la coagulation.

C'est grâce à Tunion intime de ces deux principes dans le noyau du globule blanc intact, que la coagulation n'a pas lieu ; quand le leucocyte est altéré, la leuco-nucléo-histone s'extravaso et se dédouble, en présence des sels de chaux du plasma, en mettant en liberté la leuconucléine; celle-ci, au contact des sels de chaux et de la substance fibrinogénique, donnerait la librine. Lilienfeld a confirmé sa théorie par des observations microscopiques : il a vu, au moment de la coagulation, les noyaux des globules blancs émigrer vers la périphérie ou même sortir du globule par des espèces de prolongements amiboïdes ; de ces noyaux partent les premiers filaments de fibrine.

Malgré toutes les recherches qu'elle a provoquées, la coagulation du sang reste un des problèmes les plus obscurs et les plus compliqués de la chimie physiologique. C'est ainsi que de récentes expériences de Woolridge ne tendent à rien moins qu'à mettre en cause quelques-uns des faits qui semblaient les mieux acquis, dans cette question si controversée. Il est vrai (ju'elles ont été faites avec du sang peptoné, et nous ne connaissons pas les modifications provoquées dans le sang par la peptone.

§ 4. — Les globules rouges

1® Composition chimique. — Voici, d'après C. Schmidt, Hoppe-Seyler, et Judell, la composition chimique des globules routes, chez l'homme; elle est rapportée à iOOO :

Eau 688

organique 303,88

T^-^r \ organique 303,81

Résidu fixe | ^^r^^^^^, g^^,

GLOBULES ROUGES 2oo

A l'état sec, la composition en centièmes est la suivante :

Hémoglobine . 86,79 p. 100

Matières albuminoîdes . 10,00 —

Lécithine 0,72

Cholestérine 0,25

Autres matières organiques 0,10

Plusieurs auteurs admettent : 1,86 de lécithine et iAo de cholestérine.

La composition des sels minéraux a été donnée au commencement du chapitre. On a dr^Jà relevé, pour les globules, la prédominance, du moins chez rhomme, mais non chez tous les animaux, de l'acide phosphorique et du potassium, par rapport au plasma, très riche en sodium et en chlore.

Les globules renferment, outre la cholestérine et la lécithine : des graisses, peut-être un ferment et un acide libre azoté fort peu connu, enfin, des albuminoîdes, dont une matière colorante , l'hémoglobine , qui sera bientôt étudiée.

La matière albuminoïde, qui constitue le stroma globulaire, est une globuline insoluble dans l'eau, soluble dans l'eau salée faible. On peut l'extraire, en traitant les^ globules, isolés à l'aide de la centrifugation, par l'eau et Téther, qui enlèvent l'hémoglobine. Reste la globuline, que le sulfate de magnésie à 5 p. 100 dissout à peu près complètement. On ne sait rien de précis sur cette matière albuminoïde.

Les globules rouges ne paraissent pas contenir de nucléoalbumine.

Sang humain frais (d'après Klein).

A, rouleaux de globules rouges. — B, globule rouge isolé, vu de profil. — C, globule rouge isolé, vu par sa surface largo. — D, globules blancs.

2® Oxyhémoglobine. — C'est Félément essentiel du globule rouge, dont Toxyliémoglobine constitue les neuf dixièmes à Tétat sec, et du sang tout entier, où elle existe sous deux formes : hémoglobine libre, dans le sang veineux ; combinée à Toxygène (oxyhémoglobine), dans le sang artériel. Il est probable cependant (|ue Thémoglobine n'est pas absolument libre dans le globule ; car, dans l'organisme, elle ne se détruit pas à la température normale de 37®, tandis qu'isolée, in vitro, elle s'altère rapidement, au sein de l'eau, bien au-dessous de cette température.

A. Préparation. — Elle est difticile avec le sang de l'homme, du singe et de la brebis, plus difficile encore avec celui du veau ou du porc, facile, au contraire, avec le sang de chat, de chien ou de cheval ; c'est avec le sang de cobaye qu'elle réussit le mieux.

a). Hoppe-Seyler mélange du sang délibriué de cheval à dix fois son volume d'eau salée à 2 p. 100 ; après un ou deux jours de repos à 0*>, la liqueur qui surnage les globules est décantée et remplacée par de l'eau glacée ; on ajoute un égal volume d'éther et on agite vivement. Après séparation de l'éther, la matière colorante reste en solution dans l'eau, qu'on filtre en la maintenant à 0®. On ajoute à la liqueur rouge qui passe le quart de son volume d'alcool refroidi, puis, le tout est abandonné au repos, vers — 5° ou — 10<>; l'hémoglobine cristallise. On l'essore rapidement, on la lave avec de l'eau alcoolisée glacée, et on la dissout dans une petite quantité d'eau à + 15°; la solution, filtrée et refroidie, est mélangée d'alcool froid (un quart de son volume) et exposée à basse température ; l'hémoglobine recristallise très pure. On l'essore^et la dessèche dans le vide, vers 0^, autant que possible.

6). Mayet a modifié heureusement le procédé d'HoppE-SEYLER en se servant d'appareils ingénieux pour opérer les lavages et décantations. Il lave les globules de chien avec du sulfate de soude à 2 p. 100, remplace l'éther par la benzine pure et filtre la solution alcooHsée d'hémoglobine, avant de la refroidir pour la faire cristalliser. Enfin, avant la dernière cristallisation.

GLOBOLES ROUGES 3S7

il salure l'Iiémoglobiiic par un courant d'oxygène h basse température, alin U'éïiter la formation Je cristaux d'hémoglobine réduite.

c). Pour préparer de grandes quantités d'Iiémoglobiiie, Preyer laisse coaguler du sang, l'abaiidoune pendant vingtquatre lieures, lave le i:aillot à l'eau froide, le fait congeler.

Fig. 20.

Machine « centrifuger.

le broyé et l'épuisé à l'eau glacée, jusqu'à ce que la liqueur ne précipite presque plus par le sublimé. I,a masse restée sur le filtre est arrosée d'eau à 30" ou 40° ; la liqueur qui passe est recueillie dans un cylindre entouré de glace, puis additionnée d'alcooJ glacé, jusqu'à commeucomeut de précipitation. On place le tout dans un hou mélange réfrigérant, vers — IS" ; l'hémoglobine cristallise. On l'essore et la purifie comme ci -dessus.

d). Grûce aux appareils à centrifugation, on peut se dispenser de laver les globules, ce qui simplifie beaucoup les opérations.

PBDCIS DK CHIHIE. 17

IILIEU INTERrSDR

nlrifuge le san^ di^fibriné, traite par l'eau à 33" la jiui'ée do globules, refroidit rnpiJement et nj ou te de l'éther. On centrifuge une seconde fois, pour enlever les siromas globulaires; oc lillre et ajoute de l'cilcool à la liqueur si'parëe des

Fie- -l- Cristaux d'oxih^-ninglobine (d'après Gautier).

- f. «curemJ.

stromas, en maintenant constamment une basse température. Le mélange, abandonné à un l'efroidissement prolongé, laisse déposer l'hémoglobine cristallisée.

Ce dernier procédé, plus expéditif, semble devoir se subs-

|ihl<

B. Propriétés physiques. — L'oxyhémoglobine humaine est une poudre rouge brique, cristalline qui, à la loupe, se résout en prismes rectangulaires allongés, dérivés du système orthorhombique. Vus par transparence, ces cristaux sont brun rouge clair. Ils se dissolvent très facilement, en rouge sang intense, dans Teau froide ; Talcool ne les dissout pas ; il en est de même de Téther.

Oxyhémoglobi ne •

Fig. 22.

L'oxyhémoglobine en solution étendue (de 0,2 à 0,5 p. 100) présente à l'examen spectroscopique deux bandes d'absorption caractéristiques entre D et E ; la première est étroite et nette (X = 577), l'autre plus estompée 0^ = ^^0). Quand on ajoute au

Fig. 23.

sang un agent réducteur (sulfate ferreux, sulfure ammonique, hydrosultite de soude), la teinte rouge clair se fonce, devient brune, et le spectre ne présente plus qu'une large bande obscure dont le centre occupe la plage lumineuse intermédiaire qui, auparavant, séparait les deux bandes d'absorption de l'oxyhémoglobine. Cette bande [bande de réduction ou bande de Stokes) est due à l'hémoglobine réduite (fig. 23).

On a signalé encore, dans le spectre Je roxyhémoglobine, outre Icsdcux bandes sicaract<;risLique!;,deU!i autres raies, l'une dans le bleu, l'autre dans le violet ; elles ne sont visibles qu'à l'aide de dispositifs particuliers : verre bleu, oculaire tluorescent, foyer électrique (Soret, Bhanlv).

Graphique représentant le pouvoir absorbant de roxyhémoglobine pour lea diverses régions du spectre et pour des solulioas de dilTérentes concentrations. Les chiffres à gauche de la figure expriment s la teneur des solutions en hémoglobine.

Dans la figure ci-contre, empruntée à L.imbling, on a représenté, pour les diverses régions du spectre, le pouvoir absorbant des solutions d'oxyhémoglobine de concentration croissante. Il suffit de déplacer de bas en haut, parallèlement à a A, une ligne droite, pour avoir une idée des spectres obtenus avec des solutions de plus en plus concentrées.

G. Propbiéiés chimiql'es. — L'oxyhémoglobine est une matière albuminoïde ferrugineuse très complexe et dont la

KOSSBL

Jaqubt

composition, comme la forme cristalline, varie suivant les espèces.

Cheval. Chien.

ZiNorrsKY

Az 17,94

Fe 0,336

L'analyse de Zlnoffsky est probablement inexacte, par défaut de carbone.

La proportion de fer, dans l'hémoglobine humaine, paraît être de 0,426 p. 100.

On a essayé de traduire par des formules les résultats précédents. Jaquet donne pour l'hémoglobine de chien : C''**H*'^^' Az*'"S^FeO^**; l'analyse de Kossel cadrerait avec la formule Cw*H»"Azi*'Oi*7S2Fe; celle de Zinoffsky, avec la formule 0^*2 H"*^Az2**02*5FeS2. En réalité, nous ne pouvons pas encore établir sur des bases assez précises la formule de l'hémoglobine.

L'hémoglobine est trèsaltéral.lo. Sèche, elle peut être portée quelque temps à 100<* sans paraître s'altérer; en présence de l'eau, elle se détruit rapidement vers 80°, lentement à la température ordinaire.

C'est une substance légèrement acide, soluble dans les bases faibles, détruite par les acides et les alcalis concentrés, précipitée par le sous-acétate de plomb, les sels d'argent et de mercure.

Les gaz inertes (H2,Az,C02), les réducteurs (sulfure ammonique, sels ferreux, fer réduit), la putréfaction enlèvent de l'oxygène à l'oxyhémoglobine et la transforment en hémoglobine réduite. Dans le vide, surtout vers 40^, l'oxyhémoglobine abandonne également son oxygène et se réduit en se dissociant ; une molécule d'oxyhémoglobine perd une molécule d'oxygène.

Ce qui caractérise ces phénomènes de dissociation, c'est : i^ leur réversibilité ; 2° leur dépendance de deux facteurs

essentiellement importants : la température et la tension de l'élément gazeux. Ainsi, à une température déterminée, à 37° par exemple, Toxyliémoglobine se dissocie en hémoglobine réduite et en oxvgt'ne, jusqu'à ce que la tension de l'oxygène atteigne une certaine valeur constante et caractéristique de la température. La température vient-elle à s'élever, la dissociation s'accentue, une nouvelle quantité d'oxygène devient libre, jusqu'à ce que la tension du gaz ait acquis une valeur constante et caractéristique de cette nouvelle température. Inversement, si la température s'abaisse au-dessous de 37°, une partie de l'oxygène libre est fixée par l'hémoglobine, jusqu'à ce que la, tension du gaz resté libre ait atteint la valeur qui correspond à la température considérée. Il y a donc, entre l'hémoglobine et l'oxygène, un équilibre pour chaque température ; cet équilibre est défini par la tension de dissociation. Si la dissociation s'effectue dans un milieu indéfini, à l'air libre, ou, si on enlève l'oxygène au fur et à mesure de sa production, à l'aide de la pompe à mercure, par exemple, la tension de l'oxygène ne peut s'établir ; le gaz s'échappe continuellement et on arrive à la décomposition totale. Ces notions étaient indispensables à l'intelligence de la physiologie des phénomènes respiratoires.

Au contajct de la teinture de gaïac et de l'essence de térébenthine ozonisée, l'hémoglobine donne une matière colorante bleue.

L'hémoglobine décompose l'eau oxygénée, en dégageant de l'oxygène.

L'hémoglobine contracte des combinaisons cristallines avec divers gaz. Ainsi, en saturant une solution d'hémoglobine d'oxyde de carbone, ajoutant de l'alcool et faisant refroidir, on obtient des cristaux rouges d'hémoglobine oxycarbonée, l)lus stables que l'oxyhémoglobine et dont les bandes d'absorption, moins larges et moins accusées, occupent, entre D et E, à peu près la même position que les raies de l'oxyhémoglobine ; mais, contrairement à ce qui se passe pour foxyhéraoglobine, ces deux raies résistent à remi3loi des réducteurs, et la bande de Stokes n'apparaît pas (tig. 25).

La stabilité de la carboxyhémoglobine permet de comprendre le mécanisme de Tempoisonnement par l'oxyde de carbone. Ce gaz se substituant à l'oxygène dans l'hémoglobine normale, les globules ne remplissent plus leurs fonctions physiologiques, ils n'apportent pas d'oxygène dans l'intimité des tissus : l'asphyxié se produit. Toutefois, malgré sa stabilité, la combinaison oxycarbonée de Thémoglobine peut, à la longue, perdre son oxyde de carbone, sous l'influence d'un grand excès d'oxygène, ce qui explique les bons effets de la respiration artificielle dans

Oxyhérrioglobi ne

HénaocloBine oxycarbonée

Fig. 25.

les diverses formes de Tintoxication oxycarbonée. Le sang, dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, manifeste les caractères décrits ci-dessus (les deux bandes, presque identiques à celles de l'oxyhémoglobine, ne donnant pas la bande de Stokes par l'emploi des réducteurs). En outre, le sang oxycarboné fournit avec les oxydes métalliques, avec les sels (potasse, sublimé), ainsi qu'avec un certain nombre de composés organiques (tannin) des laques qui tranchent par leur couleur rouge clair sur les précipités plus sombres obtenus, dans les mêmes conditions, avec le sang normal.

On a préparé avec le bioxyde d'azote et l'hémoglobine légèrement ammoniacale, une autre combinaison cristalline, encore plus stable que la précédente, et dont le spectre est presque identique : c'est Thémoglobine bioxy-azotée. D'autres combi-

liaisons avec l'acétylène^ Facide prussique et peul-êlre Tacide carbonique ont été signalées ; elles sont peu connues.

Au contact de Teau chaude, vers 70<>, à froid et en présence des acides et des bases, Toxyliémoglobine se détruit, en donnant une matière albuminoïde du groupe des globulines et uu pigment ferrugineux, riiématiiie, qui sera étudié plus loin. En même temps, un peu d'oxygène est fixé, tandis qu'une petite quantité d'acides gras (formique et acétique) devient libre.

3® Dérivés de roxyhémoglobine. — Nous étudierons : riiémoglobine réduite, la méthémoglobine, l'hématine, l'hémocliromogène et Fliématoporphyrine.

a. Hémoglobine réduite. — Cette substance, qui existe dans le saug veineux, et se produit par l'action des agents réducteurs sur l'oxyhémoglobine, s'obtient en faisant agir sur des cristaux de cette dernière, à l'abri de Tair, les bactéries d'un peu de sang putréfié. On dissout dans l'eau bouillie et ajoute de Falcool; l'hémoglobine réduite cristallise (Hufner, Nencki et Sieber).

On obtient ainsi des cristaux rouge violet par transparence, verts par réflexion, absorbant énergiquement l'oxygène, pour passer à l'état d'oxyhémoglobiue : une molécule d'oxygène O* dégage 14,7 Calories en s'unissant à l'hémoglobine (Berthelot). L'hémoglobine réduite se combine avec l'oxyde de carbone, le bioxyde d'azote, l'acétylène. Elle donne, au spectroscope, la bande de réduction de Stokes (voir fig. 23).

b. Méthémoglobine, — Cette matière colorante, qui apparaît quelquefois dans l'urine (méthémoglobinurie) et dans les vieux foyers d'extra vasation, se forme dans le sang, à la suite de l'empoisonnement par le chlorate de potasse et autres agents oxydants. Elle prend naissance in vitro par l'action sur l'oxyhémoglobine d'oxydants énergiques (permanganate, nitrite d'amyle, ferricyanure de potassium), ou encore, en présence de certains corps aromatiques (aniline, pyrogallol, kairine, bleu de méthylène). C'est en ajoutant 3 ou 4 centimètres cubes d'une solution concentrée de ferricyanure de potassium à un litre d'une solution concentrée d'hémoglobine qu'on obtient, en additionnant

d'alcool et refroidissant, la méthémoglobine cristallisée (Huf-

NER et KULZ).

La méthémoglobine est une albumine ferrugineuse, ayant la même composition que Toxyhémoglobine, dont elle ne diffère que parce que l'oxygène y est plus énergiquement combiné. C'est un corps en cristaux brunâtres, assez peu solubles dans l'eau, insolubles dans l'alcool et l'éther, donnant les spectres indiqués ci-dessous.

Méthémoglobine en solution acide

MéLhémoglobine en solution alcaline

Fig. 26.

La méthémoglobine est de réaction acide. Comme l'hémoglobine, elle se dédouble, sous l'influence des acides et des alcalis,

Fig. 27.

en globuline et hématiiie ; elle fixe de l'oxyde de carbone et de l'hydrogène sulfuré, et peut être ramenée par les réducteurs à l'état d'hémoglobine réduite, laquelle régénère à l'air l'oxyhé-

moglobine.

c. Hématine. — Ce pigment, qui provient du dédoublement de rhémoglobine, se prépare toujours par la méthode de Cazeneuve, en coagulant par la chaleur du sang additionné de son poids de sulfate de soude Le magma, exprimé dans un linge, est épuisé par l'alcool à 93® chargé d'acide oxalique (l p. 1000), qui s'empare de Thématine. On filtre et précipite riiématine, en ajoutant goutte à goutte une solution éthérée d'ammoniaque jusqu'à neutralisation exacte; il ne reste plus qu'à purifier la substance par des lavages successifs à Téther, à l'acide acétique très dilué, à l'eau bouillante et à l'alcool.

Héma.cine en solution acide

Hèinatine en solution alcaline

Fig. 28.

L'hématine est une poudre noire, insoluble dans la plupart des dissolvants, sauf dans les alcalis et l'alcool acidulé. Chauffée vers 200°, l'hématine se décompose sans fondre. En liqueur alcaline, elle donne au spectroscope une bande très accusée dont le centre est un peu en avant de la raie D (X = 618), dans l'orangé, tandis que le spectre s'éteint vers le bleu. En liqueur acide, elle absorbe le violet et donne trois et même, pour certaines dilutions, quatre bandes, dont la plus large est dans le vert.

L'hématine, de formule relativement simple C-^'^^H^^Az^FeO^, suivant Nengke *, s'unit aux acides et forme en particulier

• La formule de Nencki vient d'être confirmée par W. Kuster.

un chlorhydrate cristaHisé, brun (hémine de Teichmann) ; elle se combine aussi avec certains oxydes métalliques et avec le cyanure de potassium. C'est une substance stable, très résistante à Taction des ferments : \elle traverse le tube digestif sans s'altérer, ce qui démontre que l'administration de l'hémoglobine comme médicament ferrugineux est une pratique illusoire.

L'hématine peut se recombiner avec la globuline provenant du dédoublement de l'hémoglobine, et donner naissance à de la niéthémoglobine que le sulfure ammonique transforme, à son tour, en hémoglobine réduite. Celle-ci, au contact de l'air, régénère l'oxyhémoglobine (Bertix-Sa.ns et Moitessier).

L'hématine ordinaire, qu'il vaut mieux appeler oxyhématine (Lixossier), traitée parles réducteurs alcalins, en présence de la soude et en l'absence de l'ammoniaque et des albumines, donne de l'hématine réduite, composé possédant des caractères spectroscopiques définis et susceptible de se transformer à l'air en hématine ordinaire (Bertl\-Sans et Moitessier). Si la réduction a lieu au contact de l'ammoniaque, des aminés ou des albumines, la réduction va jusqu'à l'hémochromogène.

Fig. 29.

d. Hèmockromogène. — Hoppe-Seyler a obtenu ce pigment cristallisé, en chauffant à l'abri de l'air l'hémoglobine, en présence de la soude. On le prépare habituellement, en traitant l'hématine en solution ammoniacale, et toujours à l'abri de l'air, par un réducteur (hydrosulfite de soude, sulfures alcalins, tartrate ferreux). L'hydrosulfite est, de tous. les réducteurs, celui qui donne les meilleurs résultats (Cazeneuve).

L'héinochromogène est une substance qui paraît être de formule C^^H^^Az^FeO'^ et dont les solutions rouge pourpre présentent le spectre à deux bandes ligure p. 267.

L'hémochromogène est très avide d*oxygène, qui le transforme en oxybématine ordinaire ; il se combine avec Toxyde de carbone et le bioxyde d'azote (Linossier).

Les réducteurs énergiques donnent, avec l'hémochromogène, un pigment peut-être identique avec Turobiline urinaire.

Quelques auteurs considèrent l'hémochromogène comme le dérivé ferreux d'un composé dont l'hématine serait le dérivé ferrique .

e. Hématoporphyrine. — En chauffant doucement, à l'air, l'hématine avec de l'acide sulfurique un peu concentré, le fer est éliminé, de l'oxygène se fixe, et on obtient Thématoporphyrine.

C32H30Az*FeO3 + SO^H^ -f- 0 = SO^Fe + 2[C^m^^Ai^0^-]

Hématine Hématoporphxrino

A l'acide sulfurique on substitue avec avantage une solution d'acide bromhydrique dans l'acide acétique (Nencei et Sieber).

HeTT\atoporphyrine en solution, acide

HemaropoppKypine en solution alcaline

Fig. 30.

Poudre brunâtre, de formule G^^H^^Az^O^, donnant des solutions brun rouge. Peu soluble dans l'eau, soluble dans les alcalis

et les acides, présentant des caractères spectroscopiques figurés ci-dessus.

L'hématoporphyrine peut donner des sels dont elle est tantôt Tacide, tantôt la base (chlorhydrate, dérivé sodique).

Elle donne la réaction de Gmelin, comme les matières colorantes de la bile. Du reste, si on adopte la formule de Nencki, elle ne diffère de la bilirubine que par H^O en moins.

2G»8H»«Az202 H- 2H20 = C^aH^SAz^Qc

Héniatoporphyrine Bilirubine

C'est encore une preuve des relations étroites qui existent entre les pigments sanguins et les biliaires.

3° Origine de l'hémoglobine. — L'origine des matières colorantes du sang reste entourée d'obscufité. Voici cependant quelques faits intéressants, découverts depuis peu. Les leucocytes, mis au contact d'une solution d'oxyhémoglobine, la transforment rapidement en méthémoglobine, puis la décomposent ; le liquide se décolore complètement. Quelques jours après, les phénomènes se reproduisent suivant un ordre inverse : le liquide se recolore peu à peu, la méthémoglobine apparaît, puis fait place à l'oxyhémoglobine. On obtient plus d'oxyhémoglobine qu'on n'en avait introduit dans la solution primitive, au début de l'expérience ; le bénéfice s'élève, dans certains cas, jusqu'à 64 p. 100. Les leucocytes possèdent donc la faculté de détruire, puis de réédifier la molécule de l'oxyhémoglobine Les cellules de la pulpe splénique manifestent la même propriété; leur pouvoir de destruction et de synthèse est même trois et quatre fois plus considérable. Quant aux cellules du foie, elles décolorent les solutions d'oxyhémoglobine, fixent et détruisent le pigment, mais ne le reproduisent pas (ScHWARTZ, Anthen, FiTz, Hohlein). Dans l'organisme, à l'état physiologique, la rate et la moelle rouge des os sont le siège d'une active formation de globules rouges et, par conséquent, d'oxyhémoglobine. Le foie intervient certainement dans la destruction des hématies, comme nous allons le voir par ce qui va suivre.

4^" Pigments pathologiques dérivés de l'hémoglobine.

— Les globules rouges du sang, en se détruisant, soit dans le sang circulant (anémie paludéenne, par exemple), soit dans certains organes hématolytiques (foie, rate, moelle des os, etc.), soit dans les foyers hémorragiques interstitiels (hémorragie cérébrale, ecchymoses, etc.), donnent naissance à des pigments solides, de forme, de nature et de réactions chimiques très diverses.

a. Vhématoïdine (Virchow), pigment cristallisé, ne contenant pas de fer, se forme au centre des foyers hémorragiques, par simple décomposition chimique, indépendamment de toute intervention vitale des tissus (Neumann).

On a désigné sous le nom d'hématoïdine plusieurs corps différents ; cette appellation n'a donc rien de scientifique.

b. Lasidérine (Qulncke) ou kémosidérine (Neumanx) ou rubigine (AuscHER et Lapigque) est un pigment amorphe, donnant les réactions microchimiques des sels ferriques, c'est-à-dire bleuissant par l'action successive du ferrocyanure de potassium et de l'acide chlorhydrique, noircissant parle sulfure d'ammonium. Ce pigment, très important en anatomie pathologique, a été rencontré d'abord par Virchow dans les foyers hémorragiques et par Pkrls dans les viscères, à la suite de diverses maladies.

Le mécanisme de la formation de ce pigment dans les foyers hémorragiques, aux dépens de l'hémoglobine des globules rouges, a été élucidé par de nombreuses recherches, surtout expérimentales. Confirmant l'opinion ancienne de Langhans et les recherches de Quincke, Neumann a démontré, en d 888, que l'intervention des éléments cellulaires de l'organisme, et particulièrement des leucocytes, est nécessaire pour transformer l'hémoglobine en hémosidérine ; l'hémosidérine n'apparaît qu'à la périphérie des foyers hémorragiques, au contact des tissus, tandis qu'au centre des caillots il se forme de l'hématoïdine. Les transformations de la matière colorante peuvent être plus profondes encore, et Sghmidt a démontré qu'un pigment amorphe ne donnant pas les réactions des sels de fer se rencontre, à côté de l'hémosidérine, parfois dans la même cellule, à la périphérie des épanchements hémorragiques.

A la suite de nombreux états pathologiques, tous caractérisés par une destruction globulaire intense et rapide, Thématolyse intravasculaire s'accompagne de la mise en liberté de l'hémoglobine ; cette hémoglobine, — qui, dans les conditions normales de destruction et de néoformation sanguines physiologiques, ou bien sert à reconstituer de nouveaux glpbules rouges, ou bien est éliminée sous forme de pigments solubles par la bile et Furine, — cette hémoglobine en excès est reprise par. les cellules de certains tissus ou organes et transformée en pigment ferrugineux. On trouve alors de Thémosidérine en quantité plus ou moins considérable dans le foie, le pancréas, la rate, la moelle osseuse, les ganglions lymphatiques, les reins, les glandes salivaires et sudoripares, le cœur, etc. On donne à cet état anatomo-pathologique le nom dViemosidérqse. Le foie est toujours l'organe le plus surchargé de pigment ferrugineux ; ses lésions (dégénérescence graisseuse, cirrhose) jouent incontestablement un rôle favorisant, pour le dépôt de la sidérine dans les cellules hépatiques.

Parmi les nombreuses cachexies au décours desquelles les viscères peuvent se surcharger de pigment ferrique, il faut signaler l'anémie pernicieuse (Qulncke), le diabète (Haxot et Chauffard), le paludisme chronique (Kelsch et Kiener), les cirrhoses du foie, la phtisie pulmonaire, le cancer, etc., etc., maladies qui s'accompagnent toutes de destruction des globules rouges, et souvent de lésions de la cellule hépatique *.

Expérimentalement, Qulncke, en 1880, a reproduit la sidérose viscérale en rendant des chiens pléthoriques par injection intra-veineuse de sang de chien défibriné, ou bien en leur faisant des transfusions péri ton éales, démontrant ainsi

* La sidérose viscérale, très bien connue des Alleitiands, et considérée par eux comme un épiphénomène sans grande importance clinique, a fait l'objet de travaux français conçus dans un esprit tout à fait différent et probablement faux. On a créé, en effet, de véritables entités morbides caractérisées par Texistence, dans les organes, du pigment ferrugineux : le diabète bronzé (Hanoi et Chauffard), la cirrhose hyper Irophique pigmentaire (Letulle) n'ont pas, en réalité, d'existence anatomo-cl inique (voyez Cl. Regaud, Th. de Lyon, 1897).

la pathogénie exacte de la surcharge pigmentaire viscérale.

MiNKOwsiLi et Naunyn, KiE.NER et Engel, d'autres auteurs encore sont arrivés au même résultat expérimental, en se servant de poisons destructeurs des hématies (hydrogène arsénié, sulfure de carbone, toluylène-diamine, etc.).

Au point de vue chimique, on sait, depuis les recherches de KuNCKEL, que la sidérine est un hydrate d'oxyde ferrique. Mais, il est vraisemblable que cet hydrate ferrique n'est pas à l'état libre ; il est à l'état de combinaison plus ou moins stable avec des substances albuminoïdes. Zaleski, Schmiedeberg, Franz Vay, etc., ont isolé du foie normal et pathologique et étudié des composés ferri-albumineux auxquels ils ont donné les noms d'hépatine et de ferratine.

c. A côté de la sidérine, dont l'origine hémoglobique est directement démontrée, il faut placer un certain nombre d'autres pigments moins bien connus, mais qui proviennent aussi de la matière colorante du sang. Tels sont Vhémofuscine, que Reckllnghausen a trouvée, en 1889, dans les fibres musculaires lisses, le pigment des fibres cardiaquesy le pigment mélanémique des paludéens, enfin la mélanine des tumeurs mélaniques.

L'origine hématique des pigments normaux (pigment cutané, pigment choroïdien) n'est pas démontrée. Il en est de même du pigment de la maladie d'Addison.

§ 5. — Les gaz du sang, oxygénation des tissus

Dans le vide de la pompe à mercure, le sang abandonne des gaz : l'oxygène, l'acide carbonique et l'azote. La proportion de ces divers éléments, rapportée à 100 centimètres cubes de sang, est la suivante, chez le chien :

Sang artériel. Sang veineux.

0 19 à 25 ce. 4 à 10 ce.

CO* 32 à 40 20 à 46

Az là 3cc,5 1 à 3«,5

Si la solubilité suffit à expliquer la teneur du sang en acide carbonique et en azote, il n'en est pas de même de l'oxygène.

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