PAQUET DE PANSEMENT INDIVIDUEL DU SOLDAT FRANÇAIS
Quand on veut désinfecter le pourtour de la plaie avec l’iode, pratique excellente, en honneur dans la pratique chirurgicale de toutes les armées, l’application se fait à sec , sans lavage préalable au savon, à l’eau, à l’alcool, à l’éther, etc.
Une seule couche suffit. Plusieurs couches sont inutiles et pourraient être nuisibles. Il faut éviter toute friction.
Sur les joues, les paupières, les organes génitaux, on emploiera la teinture d’iode dédoublée ; sur toutes les autres régions, la teinture d’iode pure.
Les accidents auxquels donne parfois lieu la teinture d’iode (érythèmes, vésications, excoriations, ulcérations) sont surtout le fait d’applications trop larges, multipliées, de frictions, de réactions d’antiseptiques, mais aussi d’applications de teinture vieillie.
Le service de santé est doté de teinture d’iode inaltérable (Courtot), d’un transport facile grâce à son incorporation dans des comprimés (Pellerin). Ces comprimés se dissolvent instantanément dans l’alcool à 95° et sont dosés de façon à donner une solution au 1 /20e qui n’est pas caustique.
Robert et Carrière ont renfermé l’iode sublimé dans des ampoules de verre. On brise l’ampoule et on en verse le contenu dans un tube qui lui est annexé et qui renferme une quantité d’alcool à 95° pour obtenir de la teinture d’iode.
La teinture d'iode est actuellement le meilleur et le plus sûr désinfectant à utiliser dans la pratique de la chirurgie de guerre aussi bien dans les formations de lavant qu'à l'arrière.
Le bichlorure de mercure et l’acide phénique dont sont imprégnés les paquets individuels, ancien modèle, comme la plupart des pansements individuels des diverses armées, exposent, quand on emploie la teinture d'iode, antiseptique aujourd’hui préféré pour le traitement primitif des plaies, à des accidents d’irritation qu’on ne constate que rarement avec un pansement aseptique.
Au cours de la guerre de Mandchourie, cette action irritante fut si marquée que les Russes et les Japonais qui se servaient de pansements bichlorurés, durent renoncer à l’emploi de la teinture d’iode pour la désinfection des plaies.
Nous venons de constater, sur des blessés de la guerre ac-
BLESSURES DES DIFFÉRENTS TISSUS
tuelle, les irritations cutanées signalées par les chirurgiens russes. On pourrait tourner la difficulté et éviter ces inconvénients en appliquant au préalable au-dessous de chaque pansement un petit carré de gaze repliée et cela aux postes de recueil ou de secours.
La contention temporaire du premier pansement est le plus souvent assurée par la bande qu’il renferme. On peut la parfaire par l’application supplémentaire d’une nouvelle bande.
Dans les formations de l’arrière où le matériel n’a plus la fixité qu’il a à l’avant, on a conseillé comme moyen d’assujettissement du pansement, les sparadraps caoutchoutés adhésifs du type leucoplaste, vulvoplaste, etc., etc. Nous n’avons pas été satisfait de l’usage que nous en avons vu faire.
Il est contre-indiqué de multiplier les pansements des plaies des parties molles produites par les balles, lésions minimes et qui présentent des conditions déjà si favorables pour leur guérison spontanée.
Les plaies produites par les balles ricochées sont, nous l’avons vu, sujettes à des complications suppuratives, d’apparition rapide. Les incisions faites, on pansera avec les topiques usuels. L’eau oxygénée est ici particulièrement recommandable pour le premier pansement consécutif. Les solutions phéniquées fortes, les attouchements de chlorure de zinc en solution au 1/1 0e, l’iode en instillations ou en simples attouchements, l’éther en instillations, etc., etc., sont fort utiles. On n’oubliera pas que ces plaies sont souvent compliquées de corps étrangers vestimentaires et de la présence de la balle, et dans ces cas le topique à employer doit être unique : c’est à l’eau oxygénée qu'il faut recourir . Ces plaies en effet sont de celles qui sont menacées de tétanos et de gangrène gazeuse, et l’eau oxygénée est un toxique pour les microbes anaérobies qui provoquent ces complications.
Le pansement des plaies larges des parties molles par les balles de schrapnels et les éclats d’obus relève des mêmes principes et comporte les mêmes pratiques. Nous n’y insistons pas davantage ici, devant y revenir à propos des complications.