‹ Précis de chirurgie de guerreChapitre 25 sur 96 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CORPS ÉTRANGERS

Les corps étrangers qui compliquent très souvent les plaies d’armes cà feu sont de nature diverse : 1° c’est le projectile entier; 2° des objets détachés par lui des pièces d’habillement, d’équipement, d’armement (boutons, fragments de vêtements, clous, cuir des chaussures); 5° des objets portés par le blessé (lunettes, pièces de monnaie, etc. ; 4° des fragments séparés pendant la course du projectile ou son éclatement (terres, pierres, bois; 5° des parties provenant de l’équipement, ou même du squelette de soldats voisins.

De ces corps étrangers si divers, c’est le projectile, ce sont des fragments de vêtement qu'on trouve le plus souvent dans les blessures. On les rencontre d’ordinaire dans les plaies en cul-de-sac, mais ils compliquent aussi les sétons.

Le projectile est entier ou subdivisé, régulier ou déformé (contact du squelette ou du sol). Ses déformations et divisions doivent être bien connues. Elles diffèrent suivant que la balle est de plomb mou, qu’elle est cuirassée ou faite d’un seul lingot.

Balles de plomb mou. — Les balles de plomb mou représentées encore par les balles des schrapnels et des boîtes à mitraille, s’étalaient irrégulièrement au contact du sol et pénétraient les tissus peu profondément par un orifice agrandi, parfois plus large que haut. Au contact des os, elles subissaient des déformations typiques que nous avons distinguées en : 1 0 déformations latérales; *2° déformations antéro-postérieures; o° fragmentations.

Les premières consistaient en une abrasion très régulière, continue, d’une parcelle du diamètre.

CORPS ETRANGERS

Les secondes représentaient des rebroussements de la pointe avec étalement plus ou moins prononcé, étalement tantôt régulièrement réparti à partir du centre, tantôt déjeté d’un côté.

Au degré extrême, la balle , complètement tassée , aplatie, s’étalait en marguerite; le culot constituait le centre de la fleur. C’était surtout dans ces fragmentations extrêmes que le projectile se subdivisait en menus fragments.

Balles cuirassées. — Dans nos tirs d’expériences cadavériques, nous avons étudié avec le Professeur Chavasse et nous avons décrit avec soin les déformations des balles cuirassées, de la balle M Lebel dont la balle allemande Mauser était l’analogue comme l’est la balle autrichienne actuelle du Mannlicher L

Pour moins fréquents que fussent et les déformations et les arrêts de la balle cuirassée comparée à la balle de plomb mou, nous avions constaté, et la chose a encore aujourd’hui son importance :

a) qu’on observait les fragmentations d'autant plus facilement et quelles étaient d'autant plus considérables que la vitesse de cette balle était plus grande et l'os frappé plus résistant;

b) que les balles, fait alors contesté, s arrêtaient dans les tissus , même dans des tirs exécutés à des distances moyennes;

c) que ces balles donnaient lieu à une fragmentation spéciale due à leur constitution.

Les déformations de ces projectiles cuirassés sont : 1° des déformations de pointe; 2° des déformations latérales; 5 0 des séparations partielles de l' enveloppe avec déformation antéropostérieure du projectile; 4° des fragmentations avec séparation complète du noyau de plomb et de l'enveloppe. Le plus souvent isolées, ces déformations peuvent être combinées sur la même

balle.

lu Les déformations de pointe consistent en une dépression en cupule du méplat ou des parties voisines. A un degré plus avancé toute la partie conique du projectile a subi un étale-

1. E. Delorme. Traité de Chirurgie de Guerre, t. IL p. OG fit sui\ antes .

BALLES CUIRASSEES.

ment latéral, à bords arrondis, plus ou moins concave, le plus souvent avec fissures de l’enveloppe.

2° Les dépressions latérales , habituellement légères, se constatent sur n'importe quel point de la surface cylindrique de la

balle.

5° La balle, arrivant en plein sur un corps résistant, avec Déformations des balles qui ont frappé des os.

Fig. 5. — Balles de plomb mou

Déformations de contact. Déformations

de perforations.

Fig. 6. — Balles a enveloppes

Déformations Déformations Séparations du noyau

de contact. de perforations. et de l’enveloppe.

une grande force vive, subit un tassement qui élargit sa partie antérieure ; Y enveloppe éclate au niveau de la partie étalée.

La déformation consiste d’autres fois en une inclinaison latérale, hélicoïdale ou directe, avec ou sans rupture de la chemise.

4° Fragmentation avec séparation du noyau et de V enveloppe. — La déhiscence de l’enveloppe rend facile sa séparation d’avec le noyau. Cette séparation est complète ou incomplète. Quand elle est complète, chaque fragment suit un trajet différent plus ou moins étendu.

CORPS ÉTRANGERS

Il est des fragmentations et séparations assez régulières; d’autres fois, l’enveloppe est subdivisée en menues lamelles contournées, tranchantes, le noyau est en poussière, en petits fragments. Le tout a été projeté en gerbe, a explosé. Mais, même dans ces cas extrêmes, le noyau est représenté par un fragment plus volumineux. Ce serait folie que de rechercher semblablesprojectiles.il faudrait taillader tout le membre pour le faire et on ne parviendrait pas encore à les trouver. La radiographie montre ces semis divergents.

Ces déformations et segmentations fortes se produisent au contact des diaphyses, mais elles se présentent aussi lorsque la balle, avant d’atteindre le corps, a touché un sol dur. L’agent vulnérant qui va devenir corps étranger est alors un ou de multiples fragments irréguliers d’enveloppe et de noyau.

Pendant la guerre de Cuba, les balles ricochées et très divisées produisaient d’affreux traumatismes. A Saint-Pétersbourg, dans une émeute où, dans un but humanitaire, l’ordre avait été donné de tirer sur le sol, les balles ricochant sur les pavés déterminèrent des blessures exceptionnellement graves. Nous avions observé le même fait à Fourmies.

Ces fragmentations sont fonction de la force vive de la balle cuirassée. Avec des vitesses élevées, la lutte entre la puissance et la résistance est à la fois si instantanée et si vive que le plus souvent la balle est subdivisée en menus fragments. Avec des vitesses plus faibles elle traverse au contraire les diaphyses sans subir de déformation notable ou même sans déformation.

Balle D . — Les déformations que la balle 1), formée d'un seul lingot de laiton, subit au contact du sol dans ses ricochets, contre les pièces métalliques de l’équipement ou contre les parties dures du corps humain (os), sont beaucoup moins fréquentes et moins prononcées que celles des autres balles. Déformées par un contact avec un soc pierreux, elles ne gardent que peu de force de pénétration et après avoir pénétré les tissus par un orifice élargi, se logent à peu de distance de la peau.

Les déformations moyennes consistent le plus souvent en rebroussements de la pomte, qui s’incurve plus ou moins, parfois se coude. Celles de la base sont représentées par des apla-

Page 1