‹ Précis de chirurgie de guerreChapitre 34 sur 96 · PRONOSTIC, MARCHE. ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PRONOSTIC, MARCHE. ÉVOLUTION

Corps étrangers vestimentaires. — Le diagnostic des corps étrangers vestimentaires est assuré par l’inspection des vêtements qui, à l'orifice d'entrée , font constater des pertes de substance et traduisent le nombre et les dimensions des éléments du gâteau vestimentaire. Jamais le chirurgien ne doit oublier de faire cette inspection. Les aspects agrandis des orifices d'entrée fixent seuls sur la probabilité du séjour de ces corps infectants dans le foyer; d’un autre côté l’agrandissement des orifces de sortie sert de signe de présomption d'une lésion osseuse.

Pronostic, Marche , Évolution. — L’une des données les plus précises en même temps que les plus réconfortantes que nous aient fournies les guerres de la fin du dernier siècle et du commencement de celui-ci, c’est la grande atténuation de pronostic des fractures. La mortalité oscillait de 1/5 à 1/2 et l’amputation était traitement usuel. Le plus faible diamètre des balles, l’infection moins fréquente constatée avec des orifices moins ouverts et des parcelles vestimentaires plus rarement transportées, des soins plus rapides, les pansements modernes ont non seulement modifié le pronostic, mais aussi la marche et les résultats de nos fractures. À Karbine sur 2845 fractures, il s’est produit 59 décès.

Avec les balles pointues non déviées, la marche est aseptique ou peu septique.

Certaines fractures peuvent guérir comme des fractures communes fermées. Le cas est rare.

Beaucoup guérissent après une suppuration insignifiante, sans que l’utilité de la conservation des esquilles libres, dont l’ablation était tout récemment encore un dogme, puisse être mise en doute.

Dans un grand nombre de cas, c’est après une suppuration rapide, peu abondante, et l’ablation de ces esquilles réellement intolérées que la guérison s’obtient.

L’os conserve sa longueur, et sa forme se rétablit vite; les articulations reprennent rapidement leur mobilité. Les cals difformes traduisent le défaut de compétence de ceux qui ont donné des soins aux fracturés. C’est là la marche la plus ordi-

DES LESIONS OSSEUSES DES DIAPHYSES.

naire de ces traumatismes, cette réaction légère, non tapageuse, vite jugulée dans les cas de fractures par balles pointues .

Des foyers de fractures à type très comminutif, celles produites par des balles déviées , des balles de schrapnels, ou des éclats d'obus , foyers primitivement infectés, renfermant des débris de vêtements, réserves infectieuses au premier chef; ces foyers de fractures subissent des réactions plus vives, ils présentent des suppurations plus abondantes et compliquées de fusées purulentes. Le sacrifice des esquilles libres devient dès lors rapidement nécessaire et son utilité est affirmée par la diminution des accidents dès que leur ablation est effectuée et que le foyer est soigneusement désinfecté, en particulier par l’eau oxygénée, les solutions phéniquées à 5 pour 100, chlorurées à 10 pour 100, permanganatées, mais surtout par f eau oxygénée pure. Puis tout rentre dans l’ordre si le blessé est entre les mains d’un chirurgien de carrière.

Mais ce tableau ne pourrait nous faire oublier que des pansements tardifs, la présence de corps étrangers ignorés, des soins peu entendus exposent le blessé aux suppurations graves. Les suppurations périphériques sont dès lors étendues; elles se propagent au foyer, aux fissures, aux décollements multiples sous-périostés ; les esquilles libres jouent le rôle de corps étrangers, des esquilles adhérentes deviennent libres et si le blessé ne succombe pas rapidement à la suppuration diffuse ou à l’ostéo-myélite, les unes et les autres, comme les extrémités fragmentaires devenues séquestres, entretiennent des fistules persistantes et des suppurations longues.

C'est surtout des fracturés qu'on pourrait dire que leur sort dépend de la valeur de ceux qui les soignent.

Ils devraient toujours recevoir les soins de chirurgiens de carrière.

Les fractures du type le plus comminutif ne sont pas, en général, plus graves ni de traitement plus difficile que les fractures de types moins complexes, contrairement aux prévisions qu’en l’absence d’observations précises tard venues, on pouvait admettre. Nous avons même constaté ce fait d’apparence paradoxale, c’est que les fractures du type comminutif, c’est-à-dire

Page 1