STUPEUR LOCALE ET GÉNÉRALE
Stupeur locale et générale. — La stupeur locale se caractérise par l’insensibilité de la plaie. Un blessé peut achever la section de son membre presque séparé sans manifester de souffrance. Nous venons plusieurs fois de relever le fait. La température est abaissée, les chairs sont molles, flasques, sèches, non saignantes, non sécrétantes. Au bout de quelques jours la réaction est franche ou la gangrène survient.
De cette complication presque exclusive des blessures produites par les gros projectiles ou leurs gros éclats, la pathogénie est obscure; la lésion des nerfs joue probablement ici un rôle important. Un fait bien établi, c’est que les interventions chirurgicales graves pratiquées dans des tissus atteints de stupeur locale et sur des blessés frappés de stupeur générale ne réussissent pas. La gangrène est une terminaison fréquente de la stupeur locale.
Le traitement comporte l’emploi des stimulants généraux et locaux, de l’enveloppement ouaté de la plaie et le rejet momentané des antiseptiques.
La stupeur générale résulte d’un ébranlement brusque communiqué à l’axe cérébro-spinal par un choc violent direct ou transmis par les grosses diaphyses gravement fracturées (coups de feu explosifs, abrasions des membres par les volumineux fragments de gros projectiles).
Hébétude, yeux fixes, hagards, pupilles très dilatées, traits immobiles, corps recouvert de sueur froide, respiration lente, suspirieuse, faible; de temps en temps, grands mouvements inspiratoires et expiratoires, pouls petit, irrégulier, vomissements, incontinence fécale et urinaire, abaissement de la température, plaies sèches, insensibilité, intelligence souvent conservée mais lente ou coma ; tels sont les caractères cliniques de la stupeur générale.
La stupeur générale peut se terminer rapidement par la mort; elle peut disparaître ou s’atténuer en quelques heures. On a dit que tout blessé en état de stupeur dont la température est inférieure à 36° est appelé à succomber (Redard).
Toute intervention, hormis la ligature des artères ouvertes, est contre-indiquée. Le chloroforme est dangereux (Grimée). On ura recours à la position horizontale, aux stimulants locaux
(chaleur) et généraux : injections sous-cutanées d’éther, de caféine, d’huile camphrée.
Tétanos. — De fréquence variable mais grande autrefois (12 pour 1 00, 1 pour 79 pendant les guerres du 1er Empire), il ne s’observe plus au Transvaal. Pendant la guerre russojaponaise, Holbeck le relève 1 fois sur 100 blessés. Sur plus de 4 milliers de blessés de cette guerre, nous n’en avions vu d’abord que 3 à 4 cas. Mais le nombre s’en accroît beaucoup.
Les plaies étroites souillées de terre, infectées par les fragments de vêtements, exposées à la suppuration, surtout celles des membres inférieurs; l’exposition du blessé au froid y prédisposent. Théoriquement, le tétanos peut être contagieux; pratiquement il ne l’est pas.
Il peut apparaître quelques instants ou quelques heures après la blessure, ordinairement du 6e au 8e jour, parfois plus tard.
Sa forme suraiguë est mortelle en quelques jours; ses formes chroniques ou légères sont passibles de guérison (31 pour 100).
Rappelons rapidement sa symptomatologie : douleurs, spasmes au niveau de la blessure (4/5 des cas), puis bientôt trismus, raideur de la nuque, dysphagie, rire sardonique, contractures musculaires survenant par crises et provoquées par la moindre excitation. Rémissions alternant avec les crises. Fièvre atypique, intelligence intacte.
Contracture et paralysie faciale dans le tétanos céphalique (plaies de tète).
Dans la forme grave, à apparition rapide (5e jour), on constate le même début, les mêmes crises, mais plus longues et plus violentes. La température est élevée.
Le traitement comporte, à titre préventif : le débridement, l’ablation des corps étrangers (balles de schrapnels et éclats d’obus), le drainage rapide de plaies infectées, la désinfection par l’eau oxygénée, l’iode, les solutions phéniquées. Les conditions du fonctionnement des formations sanitaires du champ de bataille rendent bien difficile et aléatoire la généralisation de l’emploi du sérum antitétanique, même pour ses partisans. L’isolement est une mesure recommandable pour assurer le
GANGRÈNE. SUPPURATIONS. PHLEGMONS.
calme, éviter le trouble des blessés voisins plutôt que comme mesure préventive.
Contre le tétanos confirmé : Incision large, lavages avec les antiseptiques, en particulier avec l’eau oxygénée, ablation des corps étrangers, repos, opium, chloral et bromure de potassium à hautes doses, sudorifiques, bains très prolongés. La sérothérapie antitétanique sous-cutanée ou intra-rachidienne n’a pas donné de résultats probants. Les injections intra-rachidiennes de 2 à 6 cc. de solution de sulfate de magnésie à 25 pour 100, tous les jours pendant 5 à 6 jours, sont sédatives; elles agissent surtout contre les contractures douloureuses. On a conseillé de combiner ces injections avec celles de sérum à haute dose.
Pourriture d’hôpital. — Complication autrefois fréquente, presque disparue. Très contagieuse, épidémique, produite par le bacille de Vincent, susceptible d’envahir toute plaie récente ou ancienne.
Dans la forme légère, véritable diphtérie des plaies , sur des bourgeons charnus de mauvais aspect se développe une membrane grise, opaline ou une couenne sèche analogue à celle qui recouvre parfois les plaies traitées par l’iodoforme. Douleurs vives, marche envahissante, phagédénique. Pas de fièvre.
Dans la forme grave , pulpeuse : couenne épaisse, putrilagineuse, pultacéc, de couleur de mastic de vitrier. Douleurs très vives, fièvre, œdème dur. Sécrétion abondante d’ichor fétide. Phagédénisme suraigu. Nous avons vu, en 1870, des régions de la fesse et du creux poplité sphacélés en quelques heures.
Le pronostic était très grave autrefois. Dans la forme légère, attouchements au jus de citron, à l’iode (Italie, Guerre de 1870-71), bains de permanganate de potasse à 1/1000, pansements à l’eau oxygénée avec la liqueur de Labarraque.
Dans la forme grave, attouchements au perchlorure de fer, très douloureux, mais très efficace. Cautérisations ignées en surface.
Isolement rapide et absolu des blessés auxquels on attachera un personnel spécial.
Suppurations. Phlegmons. — Très fréquentes sont les suppurations abondantes à la suite des blessures par balles déviées, par
balles de sehrapnels ou d’éclats d’obus, dans les plaies compliquées de fragments de vêtement. Aussi faut-il examiner toujours les pièces de vêtement , rechercher les pertes de substance aux orifices d’entrée et tout particulièrement dans les fractures.
Quand les pertes de substance vestimentaires sont étendues il est prudent de débrider préventivement l’orifice de la plaie. 11 l’est davantage encore de rechercher immédiatement le projectile qui souvent s’opposerait à l’issue des parcelles de vêtement, source de l’infection.
Dès qu’on assiste au développement de la suppuration, on pratique des incisions, on nettoie le foyer avec l’eau chaude, on attouche la paroi abcédée avec l’iode, le permanganate de potasse au 1/1000 ou on pratique des lavages à l'eau phéniquée forte (5 pour 100) ou à l’eau oxygénée. Cette dernière est excellente. Elle n’est pas irritante et nettoie bien les cavités (30 à 50 c. c. par séance). Le permanganate et Veau oxygénée doivent toujours être employés dans les plaies souillées de terre .
L’eau oxygénée en même temps qu’elle est le topique spécifique de la gangrène gazeuse, est l’antiseptique désigné pour le traitement de la streptococcie (phlegmons, lymphangites, érysipèle) et des infections putrides.
Erysipèle chirurgical. — Fréquent autrefois, on le note pendant la guerre de Sécession sur 0,4 pour 100 des blessés, dans la proportion de 0,9 pour 100 pendant la guerre Russo-Turque, rarement dans la guerre de Mandchourie, souvent pendant la campagne de Thrace. Les pansements agressifs, l’occlusion des plaies par le tamponnement en favorisent l’apparition; les explorations malencontreuses ouvrent la voie au streptocoque.
La plaie se dessèche pendant que la lymphangite progresse. 11 y a de la fièvre, l’état général est mauvais. Les phlegmons diffus, les hémorragies secondaires, le sphacèle en sont des conséquences.
Pansements doux, humides, boriqués; badigeonnage iodé (Ferraton). Quinine, alcool à l’intérieur. Le sérum est peu pratique; il expose à des accidents. Isolement.
Dans les cas de lymphangites et d’érysipèles, Souligoux lave le membre, le brosse, enlève le savon à l’alcool et applique