BLESSURES DU CRAÏSE ET DU CERVEAU
Dans le trajet intra-cérébral, la contusion de la substance nerveuse est moins prononcée que dans les perforations de part en part. Le tunnel cérébral ne contient guère d’esquilles; celles qu’il recèle sont petites. Petits ou nuis sont les débris organiques ou vestimentaires entraînés. Quant à la balle, elle s’est arretée en différents points de la substance cérébrale.
Dans quelques cas, la balle s’est fixée contre la paroi intérieure du crâne en un point symétrique de l’entrée, en contusionnant l’os, en le fissurant sur sa table externe ou sur ses deux tables, voire en délimitant un foyer d’esquilles larges qui préparaient sa sortie.
Perforations doubles. — Les perforations doubles ou de part en part sont les plus communes des lésions crâniennes produites par les balles actuelles , mais elles sont rarement observées à l’arrière. Elles présentent des ouvertures d'entrée circulaires ou ovalaires analogues à celles des perforations d’une paroi, c’est-à-dire taillées en biseau aux dépens de la table interne. Quant à l'orifice de sortie il est, sur la première table traversée, c’est-à-dire sur la table interne, arrondi, régulier, taillé à l’emporte-pièce et sur la table externe, la dernière perforée, élargi, en biseau, esquilleux avec esquilles adhérentes ou libres. Le trajet intra-cérébral est contus à faible distance ou à une distance de plusieurs centimètres du trajet, suivant la vitesse du projectile; il contient des esquilles libres semées dans la substance cérébrale si la distance de tir était longue et la vitesse de la balle faible, des esquilles libres projetées dans le cas contraire. A l’entrée, la dure-mère est déchirée et décollée; à la sortie, elle est perforée, non décollée.
Si la vitesse de la balle est excessive, toute la substance cérébrale peut être dilacérée et les fissures irradiées, qui étaient très limitées dans des tirs éloignés, sont ici multipliées et très étendues. L’orifice de sortie est large et laisse écouler une masse cérébrale diffluente. C’est le coup de feu explosif.
La survie n’est possible, avec les perforations doubles, que dans les tirs à longue distance, avec des balles à vitesses affaiblies.
BLESSURES DU CRANE ET DE L’ENCÉPHALE
Perforations tangentieli.es. — C’est une variété de traumatisme crânien dont les guerres récentes ont démontré la fréquence relative. Ce sont des perforations à orifices rapprochés, obliques, précédées d’un sillon et réunies l’une à l’autre par des fissurations multipliées limitant des esquilles courtes, en général adhérentes. La balle dans son trajet a abandonné quelques esquilles libres, des fragments de cheveux et parfois de coiffure. La dilacération cérébrale est plus superficielle, moins sévère que dans les autres perforations. Aussi ces blessés sont-ils susceptibles de guérir. Ce sont eux qui, avec ceux atteints de gouttières, offrent les cas les plus favorables et aussi ceux qui réclament surtout l’action chirurgicale.
Les fissures qui compliquent les perforations tangentielles sont plus ou moins étendues et nombreuses ; elles sont circulaires, linéaires ou radiées et réunissent souvent les deux orifices.
Lésions des gros projectiles. — Les balles de schrapneh produisent des lésions analogues à celles que déterminent les balles de fusil. Les contacts et les perforations uniques sontr avec elles, plus fréquents que les perforations doubles. Très rares sont les gouttières. Les orifices des perforations sont un peu plus étendus que ceux des balles de fusil.
Les gros éclats produisent des contusions, des fissurations, des dépressions , surtout des dilacérations.
Si les caractères généraux des orifices crâniens sont pour ainsi dire toujours les mêmes, il y a lieu, au point de vue de la symptomatologie, comme au point de vue du pronostic, de séparer les perforations de part en part d’après leur siège. Nous en avons tracé plusieurs groupes qu’il y a lieu de conserver et de mieux étudier encore : les perforations antéro-postérieures ou p ostér o~ antérieur es, fronto-occipitales, fronto-temporales, fronto-pariétales, pariéto-occipitales ; les bilatérales , bitemporales. bipariétales, bioccipitales; les perforations suivant *n plan vertical ou blique de la voûte à la base ou vice versa.
Diagnostic. — Le diagnostic des blessures cranio-encéphaliques ouvertes produites par les projectiles est d’ordinaire facile. L’ écoulement du liquide céphalo-rachidien, la perte de
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substance crânienne sensible au doigt, parfois visible, Y issue de matière cérébrale par V orifice de sortie ou par celui d'entrée , la direction suivie par le projectile, les troubles cérébraux de déficit ou à' excitation méningo-encéphalique sont les signes généraux des perforations de part en part, des perforations uniques, des gouttières intéressant toute l’épaisseur de la paroi crânienne et accompagnés de déchirure de la dure-mère.
Les sillons peu profonds se reconnaissent à une dépression crânienne étendue, à bords tranchants.
La douleur réveillée par la pression du doigt le long des fissures au début, un soulèvement péri-crânien accusent la présence et la direction des fissures.
Les contusions, les fêlures et fissures avec ou sans dépression de la table interne sont de diagnostic délicat, incertain. Les dernières sont soupçonnées lorsque le doigt réveille une douleur à distance de la blessure et l’irritation méningée fera penser à une dépression de la table interne ( douleurs et contractures du côté correspondant à la lésion). En principe, dans ces traumatismes Y exploration directe doit être proscrite. — En cas de doute on se comportera comme si la lésion soupçonnée existait. Dans des conditions d’asepsie absolue, on pourra se permettre d’explorer la blessure, en s’aidant d’une incision ou d’un débridement des téguments.
Par contre dans les autres variétés de lésions, en particulier dans les sillons, les gouttières, les perforations d’une paroi, les perforations tangentielles, les perforations doubles, où l’exploration sert à affirmer un diagnostic auquel peut être lié une intervention, V exploration aseptique est licite et souvent nécessaire.
Beaucoup de traumatisés cranio-cérébraux qui franchissent la zone des formations sanitaires de première ligne étonnent par l’absence ou l’atténuation des symptômes qu’ils présentent. Sous une petite plaie à bords déjà adhérents ou peu suppurante qu’on pourrait prendre pour une plaie simple des parties molles, le crâne est gougé ou perforé et sous la plaie on trouve de la bouillie cérébrale. Cette plaie est-elle légèrement soulevée, c’est par une petite hernie. Ces hommes ont marché souvent à grande distance ; rien dans leur habitus ne pourrait
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les faire croire atteints d’une lésion grave ; ils causent, mangent, se placent d’eux-mêmes et allègrement sur la table de pansement. Cependant, si l’on est averti, chez certains on découvre un certain degré d’indifférence ; chez d’autres un peu d’hébétude. L’absence de signes, la facilité avec laquelle on confond leurs traumatismes cranio-cérébraux avec des plaies simples rend, en grande partie, compte du transport qu’on leur a imposé à grande distance. Nous en avons vu déjà beaucoup de ces malheureux. Le pronostic, si bénin au début, nous a trompé comme l’avait fait leur diagnostic.
La lésion des zones cérébrales neutres (région frontale) peut ne se révéler par aucun symptôme. En général cependant, dans les perforations frontales transversales, on observe de la cécité, l’anosmie, le strabisme.
Dans les perforations pariétales et temporales on constate des troubles de la motilité des membres et de la face, l’aphasie, la cécité, les troubles visuels. Mais ces signes peuvent manquer ou être très peu accusés.
Les perforations occipitales peuvent donner lieu à des troubles de la vue, de l’équilibre, à des vertiges, au priapisme.
Les perforations antéro-postérieures ont souvent des signes très imprécis. Les perforations verticales sont le plus souvent et rapidement mortelles.
Si dans un grand nombre de blessures, on observe des signes de commotion cérébrale , les troubles de l’ouïe, de la vue, de la sensibilité et de la motilité qu’on observe sont passagers. La commotion moyenne ou grave est surtout liée au choc produit sur le crâne par des éclats d’obus.
Les signes de compression : troubles de sensibilité, de la motilité, des organes des sens, la perte de la sensibilité de la cornée, la mydriase, la respiration stertoreuse, le coma, ne s’observent que dans des fractures déprimées par éclats de gros projectiles. Dans nos lésions crâniennes, le plus souvent ouvertes, ils ne sont pour ainsi dire point liés à l'hémorragie, contrairement à ce qui a lieu dans la pratique commune.
Les signes de la contusion sont des signes de déficit. Ils peuvent être très accusés ou presque nuis.
Cette campagne ouvre aux neurologistes comme aux phvsio-