‹ Précis de chirurgie infantileChapitre 86 sur 135 · ENGELURES · texte numérisé non relu

ENGELURES

Les engelures sont des lésions circonscrites de la peau caractérisées par des élevures peu étendues, plus ou moins nombreuses, indurées, chaudes, accompagnées d'un prurit

pénible, qui se produisent dans la saison froide sur les exlrémilés soumises davantage au refroidissement.

l'' Étiologie. — L'action du froid est la condition nécessaire, mais on ne sait exactement comment il agit sur la peau, s'il exerce son influence sur le système nerveux, sur les vaisseaux en provoquant leur contraction ou en produisant des coagula.

Les lymphatiques à tissu cellulaire abondant et lâche, les scrofuleux, les syphilitiques, le sexe féminin paraissent plus prédisposés. La paralysie infantile, qui amène sur les membres atteints une diminution notable de température, mérite de figurer parmi les causes les plus importantes.

Les doigts à leur face dorsale, surtout au niveau de la première phalange, le pouce moins que les quatre derniers, la face dorsale des mains, les pieds moins que la main à leur face dorsale, surtout sur leur bord externe près des orteils ; le bord libre du pavillon de Toreille, le nez, sont par ordre de fréquence les parties envahies. Au-dessus de la main et du pied, sur l'avant-bras et la jambe, les engelures sont rares, mais on les voit fréquentes sur les jambes des petits sujets atteints de paralysie infantile et elles peuvent être là confondues avec des troubles trophiques qui ne se rencontrent pas dans la myélite de l'enfance.

2^ Symptômes. — Affection essentiellementlocale et presque toujours bénigne, l'engelure se développe avec les caractères d'une inllaniniation véritable. Moinsla phlyclène, elle ressemble à une brûlure ou à l'induration de Térythème noueux.

Elle débute assez brusquement sous l'influence d'un coup de froid, spécialement dans le froid humide. L'nou plusieurs doigts, une i»artie plus ou moins étendue de la main ou du pied présentent une tuméfaction rapide acccompagnée de démangeaisons. La tuméfaction diminue et il reste une ou plusieurs élevures de coloration rosée ou rouge vif, à bords mal définis, de 1 centimètre et demi ou 2 centimètres d'étendue, (pielquefois assez rapprochées pour être confluentes.Le derme seul participe à la lésion : le tissu cellulaire est indemne^

Au pruril, surtout pénible quand la partie s'échauffe Iq soir auprès du feu et pendant le repos de la nuit, s'ajoute une tension douloureuse qui s'oppose notablement à la flexion des doigts et à la marche jusqu'à ce que l'action soutenue ait vaincu peu à peu le premier malaise.

Il n'y a point de phlyctènes sur la petite tumeur, mais seulement une exfolialion épidermique pouvant aller quelquefois jusqu'au léger suintement et produire ainsi dans les parties plus exposées des croûtes jaunâtres ou brunâtres, telles qu'on les voit en particulier sur le pavillon de l'oreille.

Les engelures, suivant les sujets et l'époque de leur développement, entrent souvent en résolution après une durée de quelques jours ou de quelques semaines. Mais pour des raisons de terrain et de température froide trop prolongée elles s'ulcèrent trop souvent. On voit alors l'élevure augmenter, sa rougeur devenir violacée, vers le centre l'épiderme céder en. formant une gerrure. Presque aussitôt, la petite plaie s'agrandit et devient une ulcération sanieuse faiblement bourgeonnante, à fond livide et grisâtre, qui présente l'aspect d'une ulcération scrofuleuse ; mais ses bords irréguliers, déchiquetés, ne sont point décollés.

La promptitude avec laquelle se forme l'ulcération n'a d'égale que Ma rapidité avec laquelle elle disparaît à la fin de la saison froide ou sous l'influence d'une série de journées plus clémentes. On peut observer ainsi chez le même sujet et par conséquent sur une série de sujets plus disposés, dans le milieu des écoles, de véritables épidémies d'engelures auxquelles il serait fâcheux de ne pas prêter attention.

3** Complications. — Si l'engelure est bénigne et rentre presque dans l'ordre médical, il est bon de se souvenir en efl*et que l'ulcération peut devenir une complication véritable. Elle est d'abord susceptible de donner accès aux complications ordinaires des plaies, mais le fait est rare. Chez le lymphatique ou le scrofuleux elle dégénère parfois et ne guérit que ditiicilement. Elle s'étend et peut, en gagnant sur les côtés du

doigt, produire un ulcère circulaire total dont il n*esl pas nécessaire de prouver la gravité. Enfin la douleur persistante, ri m possibilité pour des enfants chétifs de se livrer aux jeux, et l'insistance irréfléchie d'un maître inintelligent ou brutal auprès d'un enfant dont les mains endolories refusent le travail, font trop partie des misères du jeune Age pour que le chirurgien ne s'occupe pas de ces petites lésions vraiment trop négligées.

4'* Diagnostic. — Nous signalerons i'érylhème noueux, les gommes syphilitiques, les gommes tuberculeuses, le spina vent osa, qui peuvent être confondus avec les engelures.

5*^ Traitement. — Hien d'héroïque contre elles : aussi h< remèdes, nous devrions dire : les recelles de commères abondent. La protection des parties menacées par des gants de peau doublés de fourrure, ou des chaussures de môme nature ; les manuluves et les pédiluves chauds ; l'usage quotidien d'un* corps gras aseptique pendant la nuit pour assouplir la peau sont dfs moyens préventifs recommandables.

La multiplicité des engelures, leur volume excessif et la tuméfaction large, douloureuse qui les accompagne réclament du repos, des égards, parce que l'ulcération prochaine peut devenir une complication sérieuse.

II est aussi nécessaire de soutenir l'état général des enfanU exposés plus que d'autres aux engelures : nourriture et médication tonique.

Quant aux pansements des plaies, ils seront régulièrement faits et toujours ascpliciues autant que possible. Les bandelettes de diachylon ou de Vigo nous ont paru préférables à tout autre moyen ; mais dans les ulcérations confluentes ou nombreuses il est indisjiensable de faire des pansenvenls plus importants, secs ou humides, salolés ou simplement stérilisés en immobilisant la partie malade et en s'aidant du nitrate d'argent pour exciter le bourgeonnement quand il se fait mal.

llaremenl, après cicatrisation de ces plaies, ou voit d^s

cicatrices vicieuses ou même apparentes, car il est rare de voir l'ulcération franchir le derme.

Page 1