CUBITUS VALGUS, CUBITUS VARUS
On désigne sous cette dénomination des difformités du membre supérieur, caractérisées par la projection de Tavantbras en dehors avec saillie du coude en dedans (cubitus valgus) ou la projection de Tavant-bras en dedans avec saillie du coude en dehors (cubitus varus). Dans la majorité des cas, cette déformation coïncide avec l'intégrité des mouvements deâ articulations huméro-cubitale et radio-cubitale.
1<» Etiologie. —Comme toutes les difformités du squelette, le cubitus valgus ou varus peut être congénital ou acquis. Cependant les cas de malformation congénitale du coude sont plus connus ; par analogie avec les autres articulations on est en droit d'admettre leur existence et d'attribuer leur production au rachitisme fœtal.
I^ rareté des difformités acquises est plus apparente que réelle. Cela tient ù l'absence de troubles fonctionnels et il est probable qu'une recherche méthodique des cas augmenterait beaucoup le nombre des observations.
Deux causes sont surtout connues : le rachiiisme et les traumatismes.
a. Cubitus varus ou valgus rachitique, — Constituent des des déformations bien moins fréquentes que les mêmes lésions des membres inférieurs : genu valgum ou varum : la différence fonctionnelle en est cause. La prédominance du genu valgum qui n'est que l'exagération de la disposition normale des segments osseux du membre inférieur s'explique facilement. Au coude, au contraire, la déformation se produit tantôt dans un sens, tantôt dans un autre et le cubitus valgus est moins fréquent que le cubitus varus.
b. Cubitus vatnis ou valgus traumatique seraient, d'après certains auteurs la conséquence des fractures du coude si fréquentes chez les enfants.
c. Autres causes. — D'autres causes peuvent aussi arriver au m^me résultat : déjettement du coude en dehors ou en dedans de sa situation physiologique produit par des affections locales telles que l'ostéo-myélite de Textrémité inférieure deThumcrus, la nécrose d'une des extrémités articulaires, les arthrites et arthropathies du coude.
Ce dernier groupe doit être distrait des difformités que nous étudions ; aussi le désignerons-nous sous le nom de /Wiijr cubitus vm*us ou valgus,
2^ Anatomie pathologique. — Dans les cas où le rachitisme est en cause, Tincurvation pathologique ne se produit pas constamment aux dépens de la même partie de l'humérus ; tantôt c'est la diaphyse, tantôt c'est Tépiphyse qui sont plus particulièrement intéressées ; quoique les déviations rachi tiques de l'humérus se produisent plus fréquemment dans le. plan antéro-postérieur, il n'en est pas moins vrai que les déviations latérales s'observent aussi produisant le cubitus varus si la courbure est à convexité externe ; le cubitus valgus, si la concavité regarde en dehors.
Dans ces cas de déformations rachitiques, il est presque de règle que les deux coudes soient déformés; d'un côté la difformité peut être plus accusée que de l'autre ; mais il ne semble pas que la déviation soit plus accentuée à droite qu'à gauche, ainsi qu'on pourrait le penser en raison de l'inégalité fonctionnelle qui existe en faveur du côté droit.
Le rachitisme peut produire les difformités que nous étudions, de deux manières : 1° par incm^alion diaphysaire (Mic- KULiz), nous venons de le voir; 2" par déformation épiphysaire à la suite d'un trouble dans l'évolution du cartilage jugal ayant amené un accroissement inégal des deux condyles de l'humérus. Dans ce dernier cas, la direction de l'interligne n'est plus transversale ou à peu près, mais très oblique, et c'est cette obliquité même qui produit le cubitus varus ou valgus.
suivant que Taxe articulaire est oblique en bas et en dehors ou en bas et en dedans.
Dans quelques cas le cubitus est à la fois diaphysaire et épiphysaire ; c'est lorsque l'une et Tautre partie de l'os participent à la déformation.
Quoi qu'il en soit, dans les cas où le rachitisme est en cause, on trouve sur le même sujet d'autres stigmates : nouures, chapelet, cyphose, etc. Comment se produit la déformation, le ramollissementosseu^d'originerachitique étant admis et quelle est la cause de la fréquence du cubitus varus? Telle est hi ijuestion qui se présente tout de suite à l'esprit et que les auteurs se sont en vain efforcés d'élucider. L'action musculaire ne saurait expliquer le fait qui nous occupe ; il paraît ressortir des observations connues que le sens de la déviation esl bien plutôt sous la dépendance de causes mécaniques extrinsè(|ues : tel le cas de Karewski relatif à une enfant de sept ans atteinte de double cubitus varus produit par l'usage prolongé d'un chariot roulant sur lequel l'enfant appuyait ses coudes tléchis en essayant de marcher. C'est par une recherche attentive des attitudes, des jeux et des travaux du sujet porteur d'un cubitus varus ou valgus qu'on peut arriver à connaître sous quelle influence la difformité s'est produite. Le problème serait ainsi simplifié.
Le cubitus varus ou valgus traumatique est caractérisé par l'absence de signes rachitiques et Tanamnèse d'un traumatisme du coude. La variété varus la plus souvent observée est caractérisée anatomiquement par la déformation du condyle humerai qui semble allongé et est plus volumineux qu'à l'état normal ; son bord inférieur est abaissé par rapport au bord inférieur de la trochlée.
L'épicondyle est plus saillant, il est aussi abaissé par rapport il Tépitrochlée et la ligne qui réunit ces deux saillies, de transversale est devenue oblique, suivant en cela l'orientation nouvelle des surfaces articulaires. La trace du traumatisme se trouve dans l'augmentation de volume de l'extrémité inférieure de l'humérus perceptible à la palpation et surtout à Taide de la radiographie. .
Les OS de Tavant-bras ne présentent que quelques légères modifications ; les ligaments et les muscles conservent leur résistance et leur vigueur.
ScHWARTZ et Jalaguier ont décrit et étudié la luxation habituelle ou intermittente qui se produit dans certains cubitus varus. Dans ces cas, on sent en dedans de l'épitroçhlée un cordon dur et sensible qu'on peut refouler dans la gouttière épilrochléo-olécranienne et qui est susceptible de se luxer de nouveau dans les mouvements spontanés ou provoqués.
La difformité produite par un traumatisme n'apparaît souvent que quelque temps après l'accident ; elle est la conséquence d'un arrêt de la prolifération et de l'évolution des cellules cartilagineuses qui ne subissent plus le processus régu lier de l'ossification (Ollier), fait observé quand le trait de fracture a intéressé le cartilage de conjugaison.
S^ Symptômes, marche, pronostic. — Quelle que soit la variété à laquelle on a affaire : rachitique ou traumatique, le cubitus varus ou valgus se caractérise surtout par la disposition anormale du bras et de l'avant-bras. Prenons le cubitus varus, le plus fréquent, comme exemple : Tavant-bras étant en extension et en supination, on constate que l'axe du bras prolongé passe en dehors de l'axe de l'avant-bras ; ces deux axes forment à leur rencontre, au niveau du coude, un angle ouvert en dedans. C'est en somme l'inverse de la disposition normale, puisque le coude est habituellement en valgus léger, dont le valgus pathologique est la simple exagération.
La prouation efface ou atténue la malformation. Celle-ci disparaît complètement dans la flexion de l'avant-bras sur le bras : c'est là un fait à rapprocher de ce qui se produit dans le genu valgum.
Le fonctionnement du coude ne présente rien de particulier. Tous les mouvements sont normaux et il n'y a jamais de douleurs.
Pour mesurer la difformité, il suffit de prolonger Taxe de l'huméruSv et d'établir la distance qui le sépare, au niveau du poignet, du bord interne ou externe de l'avant-bras.
Les cubitus varus et valgus s'atténuent souvent avec Vàge; mais toujours leur pronostic est sans gravité.
4P Diagnostic. — En présence d'une attitude anormale du coude, il no faut pas porter immédiatement le diagnostic de cubitus varus ou valgus. Il faut d'abord éliminer les cals vicieux, les pseudarthroses, les ostéomyélites et nécroses, les arthrites du coude, etc., etc., qui sont susceptibles de produire des faux cubitus varus ou valgus. Ceci fait, on recherchera à quelle variété, rachitique ou Iraumatique, se rapporte le cas qu'on étudie.
50 Traitement. — Avant de songer au traitement on fera la radiographie du coude afin de confirmer les données de la clinique. S'il s'agit d'un sujet jeune, ou bien on laissera la difformité disparaître d'elle-même ; ou bien on fera quelques légers essais de redressement afin d'en hdter la disparition.
Si l'on a affaire à un adolescent et que dans un but esthétique on soit forcé d'intervenir, ce sera à l'ostéotomie au-dessus des condyles de l'humérus abordé par son côté externe en ayant soin d'éviter le radial, qu'il faudra avoir recours, plutôt qu'à l'ostéoclasie, qui doit être rejetée en raison des nombreux organes vasculo-nerveux de la région. L'arlhrectomie et la résection ne peuvent s'adresser qu'à des cas tout à fail exceptionnels.
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