‹ Précis de chirurgie infantileChapitre 94 sur 135 · MAIN BOTE · texte numérisé non relu

MAIN BOTE

Analogue du pied bot, la main bote représente une attitude fixe anormale de la main sur l'avant-bras.

10 Division, variétés. — Congénitale ou acquise, uni ou bilatérale, la main bote offre des variétés d'attitude qui représentent l'exagération des mouvements normaux de la main, extension (main dorsale), flexion (main palmaire), adduction

(main cubitale), abduction (main radiale). Mais la main bote dorsale est une rareté, tandis que la main palmaire représente les cas ordinaires. Toutefois la flexion forcée et directe est encore exceptionnelle et il s'agit presque toujours des deux types radio-palmaire ou cuhito-pahnaire,

2*^ Causes, pathogénie. — La main bote congénitale seule nous occupera; les attitudes vicieuses consécutives aux Iraumatismes, aux arthrites, aux ulcérations accidentelles ont une pathologie qui, dans cet article, ne saurait trouver sa place.

Les causes de la main bote sont celles du pied bot : attitudes dans le sein maternel, hérédité quelquefois prouvée, lésions nerveuses centrales (on connaît des faits de paralysie congénitale). Mais le rôle principal appartient probablement aux lésions amniotiques telles que rétrécissement de la cavité et adhérences. Celles-ci s'opposent au régulier développement, coiiimo elles produisent les hémi et ectromélies ou les amputations congénitales auxquelles la main bote est du reste quehiuefois associée.

La disposition même de l'articulation du poignet explique en partie les attitudes variées de la main bote. Sur une articulation saine on voit que le renversement de la main en arrière est, au delà d'une certaine limite, pénible (rareté de la main dorsale), que la flexion forcée arrive au contraire à une inclinaison prononcée de la main sur la face antérieure de l'avant-bras (fréquence relative de la main palmaire), que l'adduction est toujours supérieure à Tabduction à cause de la saillie moins prononcée du cubitus en dedans (la maiu bote palmaire s'incline plus souvent du côté du cubitus : main cubilo-palmaire).

Tout ceci est vrai pour la main bote sans arrêt de développement des os. Or on constate que cette affection congénitale est trop souvent liée à des anomalies des os de l'avant-bras el que l'absence totale ou partielle du cubilus ou du radius est accompagnée d'une altitude en rapport exact avec elle. I^a main s'incline du côté de l'os atrophié, comme à l'état sain, elle s'incline du côté du cubitus, qui est Tos le plus court (fré-

MEMHRE SUPKIIIEUR

(}iience do la main boto cubito-palmaire quand les os" sont iV'giiliè*remont développas). •

Fi^. iil.

Main bote cubito-palnmire simple.

3^ Anatomie pathologique. — I/inté^rité des os dans la main bote est assez rare ; nou^ pouvons cependant rapprocber nos observations personnelles de celles de Kirmisson, qui Jans huit observations l'a quatre fois constatée.

Dans les cas plus fréquents où le s(iuelelle est incomplètement développé, c'est du coté du radius que Tanoma-

lie s'est produite, amenant une main bote radio-palmaire. L'absencf* du radius est totale le plus souvent, rarement partielle, et elle entraîne des modifications sérieuses du côté df riium('*rus enlier, dont la tète irrégulière se prête peu aux mouvements de l'épaule, dont l'extrémité inférieure manquant

Fig. i42.

Maiu b<»tc avec arK't de développement des deux os de lavanl-bras.

de condyle est plus petite et plus globuleuse. Les os externe> des deux rangées du carpe manquent encore ainsi que les deux premiers métacarpiens. Toute la zone radiale du membre supérieur est donc frappée d'un arrôt de développement que les muscles suivent parallèlement : longue portion du biceps, radiaux et supinateurs, muscles thénar n'existent pas, et leur absence enlraine également de grandes irrégularités dans ranatoniie d^s troncs nerveux. A défaut d'autopsies telles que

MEMBRE SUPÉRIEIU 581

lésa faites Kirmisson chez deux sujets, nous avons pu constater par l'examen électrique les désordres de la musculature même dans un cas d'arrêt de développement de la moitié inférieure du radius.

L'absence incomplète du radius est beaucoup plus rare, mais toujours accompagnée dans une proportion variable des mémos désordres des muscles et du squelette que l'absence complète. Comme Kirmisso.x, nous avons à signaler la soudure des deux os de l'avant-bras vers leur extrémité supérieure.

Plus rares encore sont les arrêts de développement du cubitus, complets ou incomplets : avec eux la soudure des os est signalée, ainsi que les anomalies identiques à celles dont il est précédemment question. C'est la zone cubitale qui est frappée tout entière, dans le squelette, les muscles, les nerfs. 1^ moitié interne de la main subit ainsi des pertes plus ou moins grandes dont l'ectrodactylie est l'expression, comme dans l'arrêt de développement du radius.

Signalons dans la main bote d'autres malformations voisines ou éloignées : présence de sillons congénitaux près de la main déviée, sur les membres inférieurs ou sur le tronc, pieds bots, becs de lièvre, etc..

4^ Symptômes. — Main dorsale ou main palmaire sans lésions osseuses bien nettes, avec un développement relativement complet se réduisant à une situation vicieuse accompagnée d'une saillie de la première rangée du carpe. La réduction est ordinairement facile, mais l'attitude défectueuse se reproduit aussitôt sollicitée par les ligaments et les tendons raccourcis.

\ji main cubito-palmaire, qu'on voit encore dans les cas d'intégrité du squelette, est une variété de la main palmaire et les signes, à part une saillie de l'extrémité du radius en dehors, sont à peu près les mêmes.

Avec les arrêts de développement ou l'absence du cubitus ou du radius, les caractères de la malformation s'accentuent. Le membre est souvent tellement déformé et réduit qu'avec l'absence de certains doigts, le raccourcissement de l'avant-

bras, sa déviation, sa diminution de volume il rappelle Thémimélie. Sur un enfant dont nous montrons ici le dessin les deux os, cubitus et radius, réduits de longueur et de volume, donnent Texpression générale de cette difformité (fig. i42).

Dans l'un ou Tautre cas, main radio-palmaire ou cubilopalmaire, la saillie de Textrémité du cubitus ou du radius est quelquefois considérable et la peau est fixée sur elles par des adhérences, résultat probable de compressions subies dans le sein maternel. A de tels déplacements et arrêts de développement correspondent des trouble^ fonctionnels sérieux qui peuvent aller jusqu'à l'impotence complète de Tavant-bras et de la main. Dans les cas moins avancés il est souvent difficile ou même impossible de ramener la maiT\ dans une bituation voisine de la normale. ' . •:

5^ Diagnostic. — La main bote congénitale ne peut être méconnue. Les commémoratifs et l'examen électrique feront toujours reconnaître une main paralytique. La radiographie est utile pour préciser les altérations du squelette.

6** Traitement. — La main bote avec intégrité du squelette doit être de bonne heure traitée par le massage aidé de la section des tendons grand et petit palmaires, radiaux s'il y a lieu. Nous repoussons absolument la section des fléchisseurs ou des extenseurs des doigts. Nous avons par le massage obtenu de très bons résultats.

Cerl^iines mains botes avec absence étendue du squelette, peuvent par les nombreuses malformations et impotences fonctionnelles qu'elles entraînent mettre en discussion l'opportunité d'une opération radicale : mais avant d'accepter cet aveu d'impuissance, il faut examiner avec soin si plus lard il ne serait pas possible d'utiliser la main, un ou plusieurs doigts. Nous pensons que l'amputation peut tonjoui-s être évitée.

Quel([ues cas bien étudiés nous semblent ne pas être au-dessus des ressources de l'art, avec l'aide de résections osseuses dans la continuité du radius et du cubitus, ou mieux

MEMBRE SUPERIEIR 583

vers leurs extrémités de manière à diminuer Tos le plus long ; mais ils sont rares. Avec Fabsence totale soit du radius soit du cubitus on peut penser à l'ankylose de l'articulatiou radio-carpienne. Les résultats ont été douteux, la technique opératoire est peu connue et la question reste ù l'élude. Pour ces derniers cas et ceux qui, moins graves, résistent cependant à Torthopédie manuelle, on a toujours la ressource des appareils.

ARTICLE IX

Page 1