PRÉFACE
Dans la plupart des sociétés industrielles, la comptabilité est encore a l'état amorphe ; c'est une science élastique que chacun pétrit, allonge a sa guise, au hasard de son ignorance ou au gré de ses intérêts personnels. Le niveau intellectuel, la capacité de production du personnel comptable, sont à leur étiage.
Cet état d'infériorité est imputable aux causes suivantes :
a) Faiblesse de l'enseignement de la comptabilité ;
b) Absence de critérium dans le choix du personnel ;
.c) Manque de coordination dans les rouages chargés d'assurer le fonctionnement de la comptabilité industrielle. Examinons ces causes en détail.
a) Faiblesse Ce ne sont pourtant pas les ouvrages sur la matière
de l'enseignement qui font défaut, mais, sauf de rares exceptions, ils de la comptabilité. n'ont guère de cette science que le nom.
Nous sommes heureux de rendre hommage au remarquable ouvrage de MM. Léautey et Guilbault, intitulé La Science des comptes. Les premiers, ces auteurs ont nettement défini la comptabilité et donné un classement
rationnel des comptes. ,
Ceci dit, nous sommes obligés de constater que si la comptabilité na pas su s'adapter à l'industrie, ni la suivre dans son développement, la responsabilité en remonte aux auteurs des programmes scolaires, rédigés par des étrangers à la doctrine et à la pratique de la comptabilité, synthétisant l une et l'autre dans la tenue des livres du commerçant : Brouillard, Journal, Grand-Livre. Les auteurs croient avoir épuisé tout le sujet lorsqu'ils ont
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ratiociné à perte de vue sur la rédaction en articles comptables des transactions sur le sucre, la cannelle et les soieries. Toute leur science roule sur l'emploi outrancier des mots débit et crédit dont le crépitement ininterrompu fatigue et rebute le lecteur qui cherche vainement une relation entre les quadrilles que dansent Dupont et Durand avec leurs denrées coloniales et leurs effets de commerce, et la comptabilisation d'une industrie complexe.
Le niveau de la doctrine n'a pas été relevé par la publication de méthodes dont les auteurs ont recherché le succès en offrant aux chefs de maison des procédés dits secrets, qui permettent, paraît-il, au patron d'être seul à connaître les résultats, à l'insu de son comptable.
Quelle idée se font donc ces braves gens de la comptabilité et des comptables ? Veulent-ils essayer de nous faire croire que la première est un art cabalistique, et les seconds, des personnes contre lesquelles on ne saurait trop prendre de précautions ?
Qu'on nous permette de dire que :
1° Les comptabilités dites secrètes, immorales dans leur conception, sont un mythe quant à leur réalisation pratique ; il n'y a, d'ailleurs, pas plus de raison pour qu'un patron tienne certains comptes qu'il y en a pour qu'il fabrique lui-même les produits de son industrie nécessitant des procédés dits également secrets ;
2° Si un comptable ne présente pas d'absolues garanties aux points de vue des connaissances techniques et de la moralité, il est bien plus simple de ne pas se l'attacher ou de s'en séparer, plutôt que de doubler sa comptabilité par une autre, qui ne se tiendra pas toute seule, quoiqu'en prétendent les marchands de remèdes secrets.
Ceci nous amène naturellement à parler du choix du personnel.
b) Absence Lorsque nous aurons'dit que le recrutement du personnel
de critérium comptable en est encore au régime de l'incohérence,
dans le choix nous l'aurons suffisamment caractérisé. du personnel. \[ s'alimente en majorité aux sources suivantes :
L — Fonctionnaires retraités des administrations publiques, personnes fatiguées, ignorant complètement les conditions de marche d'une industrie et n'ayant plus l'intelligence assez souple pour s'initier aux multiples détails d'une fabrication ;
IL — Gens sans connaissances spéciales, comptant plus sur leurs relations (|ue sur leurs talents pour se créer une situation facile ;
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m. — Gamins entrés dans les bureaux pour faire les courses, dès l'obtention du certificat d'études primaires et qui conquièrent, à l'ancienneté, le droit de s'asseoir devant une table et de collaborer à l'œuvre commune.
Ces errements sont dûs, en grande partie, à l'idée fausse que se font, souvent de très bonne foi, les chefs d'entreprise quant à l'exécution des
travaux de comptabilité.
Tout le monde est d'accord que dans les professions manuelles il y a des degrés d'habileté et qu'un ouvrier médiocre n'est pas l'égal d'un ouvrier habile ; mais, lorsqu'il s'agit de comptabilité, toutes ces nuances s'effacent pour se fondre en une grisaille uniforme, voilant toutes les qualités personnelles. • • j»
On en trouve une preuve remarquable lorsqu'une société est saisie d une demande d'emploi concernant une personne n'ayant aucune connaissance spéciale et à laquelle des raisons étrangères à la marche de l'usine obligent
à donner satisfaction.
La direction se gardera bien de mettre le postulant dans un bureau d'études ou dans un emploi technique, jugeant avec raison qu'il n'y rendrait aucun service, mais le place à la comptabilité où, dit-on pour se donner un semblant de justification, on en tirera toujours parti.
Vraiment ? Et pourquoi la comptabilité en tirera-t-elle parti plutôt que la fabrication ou le bureau d'études ? S'imagine-t-on qu'il suffise de savoir lire, écrire, compter sur ses doigts et avoir oublié d'apprendre un métier, pour déblayer la masse de chiffres qu'exige la comptabilisation d'une industrie ?
La direction, qui sait faire la discrimination entre un ouvrier habile et un manœuvre, ne réfléchit pas que le rendement dans le travail de bureau est soumis aux mêmes lois que le rendement du travail d'atelier et qu'on n'improvise pas plus un employé comptable qu'un outilleur, un opérateur de convertisseur Bessemer ou un sténo-dactylographe.
Le résultat de ces errements ?
Des employés additionnant pesamment des colonnes de chiffres qui supportent malaisément la vérification, incapables d'additionner horizontalement ou de combiner l'addition et la soustraction ;
Mettant une journée pour établir les décomptes d'une feuille de paye qu'un professionnel, aidé d'une règle à calculs, effectue en une demi-heure ;
Des livres malpropres, des chiffres mal faits, des totaux au crayon témoignant de l'incertitude et de la pusillanimité de leurs auteurs, des inscriptions au grand-livre flagellées de crayon bleu, traces de pointages interminables effectués par deux employés, dont l'un appelle les nombres
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pendant que l'autre larde le registre de coups de crayon, travail fastidieux et même soporifique s'il n'était heureusement interrompu par de fréquentes conversations particulières auxquelles se prête cette division du travail ;
Une comptabilité ratatinée à quelques comptes généraux, amalgames de valeurs hétérogènes où l'observateur cherche vainement des éléments d'appréciation, et cela, pour éviter un travail qu'on ne peut ni ne veut faire ;
Des balances annuelles en rupture d'équilibre, que l'on qualifie par euphémisme d'à peu près justes, et que la direction accepte bénévolement ;
Enfin, un résultat piteux, misérable, digne fruit de la conception que se font encore malheureusement trop de personnes de la comptabilité.
c) Manque Examinons ce qui se passe dans la majorité des
de coordination sociétés industrielles.
dans les La comptabilité a pour attribution : l'établis-
rouages comptables. sèment des factures de vente, des effets de commerce, le règlement des fournisseurs et du personnel. Elle ne peut s'immiscer dans les services techniques parce que les chefs de service s'y opposeraient.
Ajoutons que le chef comptable ne possède souvent aucune instruction technique et se soucie peu d'aller se mêler des écritures des fabrications, n'ayant rien à y gagner. Il est persuadé, ainsi que les administrateurs, que le rôle de la comptabilité se borne aux opérations indiquées ci-dessus et à l'établissement du bilan annuel à l'aide de l'inventaire remis par les services
techniques.
Chaque chef de fabrication dispose de quelques employés chargés d'enregistrer les commandes, de les mettre en fabrication, de tenir attachement des expéditions, de faire la feuille de paie des ouvriers, enfin, de tenir les écritures qu'il juge à propos d'avoir pour sa gouverne.
La division du travail étant si bien conçue, passons au fonctionnement des divers organes de l'usine.
Les commandes de matières premières sont généralement faites par les fabrications sans que la comptabilité en soit avisée. La marchandise arrive et est remise à l'intéressé qui la reçoit sans se préoccuper de la facture. De son côté, la comptabilité reçoit la facture et en règle le montant sans la faire vérifier par le destinataire, car la comptabilité n'ignore pas que si elle envoyait les factures dans les services techniques, ceux-ci se garderaient bien de les lui Tetourner.
La comptabilité règle les factures et en débite le compte pot-bouille Marchandises générales ou Fabrication générale.
Dans les grandes sociétés, les services techniques établissent eux-mêmes les prix de revient par mois ou par trimestre.
Chaque chef de fabrication dresse un état de ses consommations et productions. Ajoutons que les consommations sont toujours revues et diminuées, et que l'on omet de signaler les rebuts ; il faudrait n'avoir jamais vu d'usine pour croire qu'il puisse en être autrement. Les dépenses d'entretien, qui font l'objet des critiques les plus acerbes dans les usines, lorsque les réparations sont confiées à un service spécial, ne sont pas indiquées pour leur montant réel, mais bien pour celui qui, d'après le chef de fabrication, existerait si le service d'entretien était mieux organisé. Les frais généraux ne sont généralement pas compris dans les prix de revient, attendu que la comptabilité ne tient pas de statistique de ce compte et se soucie peu de répartir des sommes hvpothétiques entre les fabrications, lesquelles se soucient encore bien moins d'aller les réclamer. Cette question est d'ailleurs réglée très élégamment par certaines sociétés, qui retranchent les frais généraux des bénéfices.
Voilà donc comment chaque fabrication établit ses prix de revient : elle les applique aux produits livrés à d'autres services ou à l'extérieur ; elle décompte également ces produits aux prix d'abonnements (1) fixés pour la vente et elle fait la différence qui donne le bénéfice. Nous disons bien : le bénéfice, car un chef de fabrication ne saurait admettre que sa fabrication
se solde en perte.
Avec cette façon de procéder, que se produit-il au règlement de l'exercice .
La comptabilité arrête péniblement ses comptes en s'aidant de l'inventaire annuel qui, au reste, est toujours inexact parce qu'on ne dispose d'aucun moyen de contrôle quant aux quantités et que les prix à appliquer sont choisis arbitrairement, et elle établit le bénéfice ou la perte, globalement pour l'ensemble de l'usine.
Chaque chef de fabrication dresse un état récapitulatif de ses consommations, productions, bénéfices, et on constate immédiatement un déficit énorme entre les résultats annoncés par les fabrications et ceux accusés par la comptabilité. Il ne saurait en être autrement : il faut être bien naïf pour demander à un chef de fabrication de se contrôler lui-même, de lui demander, en un mot, de donner des verges pour se faire fouetter.
En présence de cet amas de renseignements erronés, la comptabilité
(1) L'explication des prix d'abonnemenl sera donnée 2* partie, chapitre XI.
fait une cote mal taillée entre les fabrications pour arriver à son total, à elle, ce qui n'est pas plus absurde que le reste.
En résumé, on a occupé, pendant une année entière, un personnel d'employés à faire un travail, considérable souvent, déprimant toujours, parce que fait sans méthode et sans but, et tout cela pour arriver à un résultat nul.
En vérité, il faut que les chefs d'entreprise se pénétrent de cette idée que la comptabilité n'a de raison d'être qu'autant que les comptes qu'elle tient et les résultats qu'elle indique sont exacts ; sinon, il vaut mieux ne rien faire du tout, on économisera les appointements du personnel et les frais de bureau.
Tant que l'entreprise réalise des bénéfices assez élevés, les administrateurs et directeurs n'approfondissent pas les comptes, mais lorsque, pour une raison quelconque, concurrence par exemple, les bénéfices diminuent ou même se changent en perte, c'est alors que se font sentir les inconvénients de cette façon de concevoir et de pratiquer la comptabilité. Il s'agit d'établir les responsabilités ; chaque chef de fabrication soutient que son service marche bien et que ce sont ses voisins qui perdent de l'argent. Il ne manque pas d'ajouter avec raison que les dépenses qui lui sont imputées par la comptabilité sont inexactes, attendu qu'on ne lui en a pas communiqué les éléments en temps voulu, afin qu'il puisse les discuter. La question se trouve vite déplacée du terrain économique pour dégénérer en personnalités, et, finalement, ce sont les plus faibles qui en subissent les conséquences.
Aux personnes qui nous accuseraient d'exagération ou de pessimisme, nous répondrons que nous ne généralisons pas sur l'extension abusive d'un cas particulier, nous avons vu suffisamment d'usines pour nous former une opinion ; nos critiques sont volontairement adoucies ; nous pourrions citer une foule de cas concrets à l'appui de nos assertions, mais nous n'écrivons pas pour faire rire.
Au surplus, nous n'avons pas la prétention de réformer tous les errements signalés, l'apostolat étant un rôle trop ingrat ; nous voulons simplement éclairer les personnes de bonne foi qui se forment une opinion sur la comptabilité d'après ce qu'elle est et non d'après ce qu'elle devrait être. Appartenant à une corporation, nous revendiquons simplement le droit de signaler ses tares en vue d'y remédier dans la mesure de nos moyens.
Il est aisé de déterminer les conditions nécessaires à une bonne organisation comptable et à son fonctionnement.
a) Sélection D'abord, le chef de comptabilité doit avoir une connais-
du Personnel, sance générale des fabrications : cette condition est indispensable pour lui permettre d'établir des comptes d'une façon rationnelle et de pouvoir juger d'un coup d'œil du degré d'authenticité des éléments de dépenses visant les diverses opérations industrielles.
L'exécution du travail de bureau ne nécessite pas le concours de machines et n'exige aucune force physique; seules, les facultés intellectuelles entrent en jeu dans la sélection du personnel. Le travail est relativement simple et demande surtout de l'agilité d'esprit; aussi, quelques épreuves convenablement choisies sur le degré de sensibilité des réflexes constitueront un critérium satisfaisant. .
Il n'est pas indifférent de signaler que la rapidité d'écriture et de chiffrage sont fonction de la vivacité des impressions réflexes qu'un employé qui écrit et chiffre bien produit généralement beaucoup plus de travail qu'un employé
écrivant mal.
Pour que l'apprentissage soit fructueux, on recherchera des jeunes gens intelligents, pourvus d'une bonne instruction générale. Après un dégrossissage dans les bureaux, on les fera passer dans les ateliers (bureaux de répartition et d'enregistrement du travail, magasins) ; ils pourront revenir ensuite à la comptabilité occuper utilement des emplois de plus en plus importants.
Cette méthode a l'avantage de donner aux agents comptables l'instruction technique nécessaire pour dégager les résultats des fabrications, assure la liaison entre la comptabilité et les services techniques en donnant un caractère plus personnel aux rapports entre agents qui s'estimeront à mesure que chacun pourra mieux apprécier le travail et les efforts de tous les organes de l'entreprise, car contrôle ne signifie pas lutte sournoise, mais discussion libre et éclairée des meilleurs moyens pour la réalisation du but commun : la prospérité de la société.
Exécution du travail. — Le dressage des employés visera à l'uniformisation des chiffres ; ceux-ci seront petits, droits, posés sur les traits verticaux à ce destinés. On séparera dans les nombres les tranches de trois chiffres par un point; les centimes seront séparés des francs par un point sans recourir à la cloison dont s'adornent encore trop de registres.
Tous les traits seront tirés à faide d'une règle ; on supprimera radicalement l'usage du crayon, prodrome de la surcharge à l'encre, sur tous les registres, l'erreur, chez un employé exercé, étant exceptionnelle.
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Lorsque la balance donne lieu à pointage, celui-ci est effectué par un seul agent, le rendement d'un employé travaillant seul étant au moins égal à celui obtenu par la collaboration verbale de deux agents. Le récolement des nombres sera constaté par un point au crayon, à droite du nombre
coUationné.
A titre de renseignement, un bon employé comptable doit pouvoir :
Additionner juste 30 nombres de 6 chiffres, disposés verticalement, en une minute ;
En se servant de la règle à calculs : faire 6 à 8 décomptes de salaires de la forme 243 X 0.45 en une minute; une répartition genre (chapitre V, maind'œuvre, modèle n" 2) en une minute.
Ces résultats ne sont pas ceux d'un instant, mais ceux d'une allure qui doit être soutenue pendant deux à trois heures.
Choix des registres. — On s'attachera à réduire les formats le plus possible ; le nombre des feuillets sera prévu de façon à conserver au registre sa maniabilité; en aucun cas un registre ne devra avoir une durée supérieure
à un exercice.
Il y aura intérêt à prévoir des dimensions coïncidant avec les formats usités en imprimerie; l'économie qui en résulte ne saurait être négligée.
On donnera une forme didactique aux nombreux brouillons, cahiers de notes que tiennent beaucoup d'employés. Si ces renseignements de transition sont nécessaires, on leur donnera une existence officielle ; dans le cas contraire, on les supprimera.
L'organisation étant faite par le chef de comptabilité après des études minutieuses, discussion et examen de tous les cas, les employés ne doivent pas créer de nouvelles écritures, ainsi que nous l'avons constaté dans des sociétés où la comptabilité industrielle était à l'état embryonnaire. Il arrivait même que des employés, tout en tenant les écritures que nous avions organisées, cherchaient à continuer les anciennes.
On ne négligera aucune occasion de faire comprendre à l'employé le but des changements que l'on apporte dans l'organisation.
Exactitude des écritures. — Nous appelons l'attention des administrateurs, directeurs, ingénieurs sur leur tendance à ne demander ou à ne se contenter que de comptes approximatifs, de balances à peu près justes. suivant une locution qui nous est devenue familière pour l'avoir souvent entendue dans les usines et maisons de commerce.
Cette disposition d'esprit provient d'une assimilation fausse entre les travaux comptables et les opérations d'enregistrement du travail ou les
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calculs mathématiques. On conçoit que des opérations effectuées avec des appareils de mesure soit entachées d'erreurs, mais on a eu soin de fixer même les limites de ces erreurs en fonction de l'imperfectibilité des instruments et de l'œil de l'observateur ; ces opérations sont en outre soumises à leur balance qui est la fermeture sur un point connu, et, lorsque la vérification fait apparaître une erreur supérieure à celle tolérée, la reprise de l'opération s'impose. On conçoit également que les calculs effectués sur des nombres incommensurables soient entachés d'erreurs ; toutefois, ces erreurs n'échappent pas au calcul qui peut a priori déterminer leur importance.
Mais lorsque les nombres résultant des observations sont transportés dans le domaine comptable et ne sont plus soumis qu'à des additions et à des reports, il ne saurait plus y avoir de tolérance. L'exactitude est «de rigueur, et, quelle que soit la valeur infime de l'eireur globale, elle doit être recherchée, car il est rare qu'elle ne soit pas la somme d'erreurs plus ou moins considérables qui agissent en sens contraire sur les comptes.
Nous faisons appel à tout le bon sens des intéressés pour qu'ils se pénètrent de ces axiomes :
\ En comptabilité, il n'y a pas de limite dans l'erreur ; un compte qui n'est pas rigoureusement exact est faux, sans qu'il soit possible de lui assigner un degré dans V erreur.
II, — Un compte ne doit jamais être un document extra-comptable ; il n'a de valeur qu'autant qu'il fait partie intégrante d'une comptabilité vérifiée par une balance.
III. — Un comptable qui ne peut établir une balance rigoureusement exacte ne mérite ni son titre ni la place qu'il occupe.
Cet exposé, outre l'avantage qu'il a d'effectuer une mise au point nécessaire, nous dispense de formuler une appréciation séparée sur certains ouvrages dont les auteurs, qui ont la prétention de traiter de la comptabilité, n'ont pas craint non seulement de tolérer l'existence d'erreurs dans les comptes, mais ont tenté de leur donner un droit de cité en cherchant à les comptabiliser !
b) Relations Tout le service comptable du service central et
de la comptabilité des ateliers, les pointeurs, magasiniers, doivent
avec les ressortir exclusivement de l'autorité du chef de
services techniques. comptabilité, sinon le contrôle est illusoire.
A l'appui de cette assertion, citons une seule anecdote entre mille. Nous
causions avec un ingénieur, chef de service dans une grande société allemande, où la comptabilité industrielle avait été très bien organisée, mais les employés comptables de chaque service avaient été maintenus sous les ordres du chef de fabrication. Après nous avoir montré les prix de revient détaillés de son service, il ajouta : « Bien entendu, je conserve ces prix de revient pour moi ; ceux que j'envoie à l'administration sont corrigés de façon à présenter toujours les mêmes résultats. » Evidemment !
11 semble pourtant que les deux propositions suivantes ne devraient pas avoir besoin de démonstration :
1° Toute opération doit être contrôlée ;
2° Le contrôle ne doit pas être effectué par l'individu qui a exécuté cette opération.
Si ces deux axiomes étaient bien compris par les industriels et commerçants, on ne verrait plus les fonctions de comptable et de caissier entre les mains de la même personne.
MM. Léautey et Guilbault se sont élevés avec éloquence contre cet errement, mais il ne parait pas que jusqu'ici leurs efforts aient été couronnés de succès, ainsi qu'en témoignent fréquemment les faits divers des journaux.
La raison qui commande la séparation des deux fonctions est non moins impérieuse dans l'industrie, car si dans le premier cas il y a des détournements d'espèces possibles, dans le second il y a des gaspillages de matières et de main-d'œuvre qui ruinent une entreprise plus sûrement que la soustraction d'une somme quelconque.
Le chef de comptabilité organisera donc les écritures de détail de chaque atelier ; il déterminera les éléments qui devront être fournis par le service technique, ainsi que le délai de leur remise, lequel devra être le plus bref possible. Ces éléments seront réunis par le personnel comptable de l'atelier qui les dépouillera suivant les divers comptes. Ces éléments et les comptes des valeurs engagées doivent être assez clairs pour pouvoir être consultés par le chef de fabrication, afin que celui-ci ne puisse exciper ultérieurement de l'ignorance dans laquelle on l'aurait tenu des écritures enregistrant les opérations engagées par son service.
A la fin de chaque mois, les prix de revient sont établis par le bureau central de la comptabilité et communiqués aux chefs de fabrication, chacun en ce qui le concerne, avec tous éclaircissements utiles.
C'est seulement en prenant pour base les principes que nous venons d'exposer que la comptabilité industrielle pourra fonctionner normalement et présenter des résultats exacts.
A ce propos, nous tenons à réfuter l'argument suivant qui nous a été opposé dans différentes usines, lesquelles, entre parenthèses, marchaient fort mal : la connaissance du prix de revient exact n'a qu'une importance secondaire, attendu que ce n'est pas cela qui fera vendre les produits plus cher.
A cette conception simpliste de la comptabilité, nous répondrons :
V Généralement, oui, le prix de revient n'influe pas sur le prix de vente, mais sa connaissance aura au moins pour résultat de provoquer deS recherches sur les moyens de diminuer ce prix de revient ou de faire cesser la fabrication d'un produit si elle est une source de pertes pour la Société ;
2" Le rôle de la comptabilité industrielle a une autre portée que celui d'établir des prix de revient Par le contrôle permanent qu'elle exerce sur toutes les dépenses, elle rend impossible les coulages et les détournements de matières et de produits usinés ; par là, elle a une influence moralisatrice incontestable dans les entreprises qui savent s'en servir.
En effet, dans nos grandes usines, aux rouages si complexes, où la division du travail est poussée à l'extrême, les directeurs ou administrateurs ne peuvent prétendre tout voir par eux-mêmes. La comptabilité industrielle, avec ses comptes de matières, d'entretien, d'outillage, etc., et ses moyens de contrôle, porte partout ses investigations, fouille tous les recoins de l'entreprise, met à nu les points faibles des fabrications que les services techniques ont souvent tendance à dissimuler. Elle est « l'œil » des directeurs d'usines. Une comptabilité bien organisée est un appareil enregistreur ; les chefs d'entreprise ayant le sentiment de leur responsabilité envers leurs bailleurs de fonds sauront la consulter utilement, en tirer les enseignements qu'elle comporte et les mettre en pratique.
Tendariceâ Nous nous sommes attaché à donner à cet ouvrage un
de cet ouvrage, caractère éminemment pratique ; nous n'avons édifié de théories que dans la mesure où elles étaient susceptibles d'applications
immédiates.
En comptabilité, ce ne sont pas les principes qui sont ardus, la pierre d'achoppement réside dans leur application à la comptabilité des grandes entreprises. Nous avons donc multiplié les exemples et indiqué des modèles de registres appropriés aux divers cas que l'on peut rencontrer.
Notre œuvre n'a évidemment pas le caractère doctrinaire d'ouvrages qui discutent longuement sur le rang que doit occuper la science des comptes
dans la classification des connaissances humaines en évoquant Auguste Comte, Spencer, Aristote et beaucoup d'autres gens gu'on ne s'attendait pas à voir en cette affaire.
Sans méconnaître la valeur de tels concepts, on est bien obligé de convenir qu'ils viennent au secours de problèmes déjà résolus par la pratique et les raisonnements les plus subtils n'ont fait que consolider la façon de tenir un compte, telle qu'elle existe depuis plusieurs siècles.
Les conclusions des ouvrages de ce genre que nous avons lus n'ont pas laissé de nous causer quelque satisfaction, car leurs auteurs auraient fort bien pu jeter en bas l'édifice que nous nous efforçons de consolider et d'agrandir pour l'adapter aux besoins actuels de l'industrie, et alors, qu'en
serait-il advenu ?
Est-ce à dire que les théories dont nous parlons n'ont qu'une valeur spéculative ? Nullement. Elles donnent aux praticiens la certitude que leurs travaux reposent sur une base rationnelle, les encourageant ainsi à persévérer dans leurs recherches.
C'est ainsi que lorsque l'avion a réussi à quitter le sol, des mathématiciens ont démontré que cet événement n'avait rien d'anormal, que de tout temps il était en puissance dans des formules. Un autre mathématicien connu n'a-t-il pas démontré qu'un chat lancé en l'air devait forcément retomber sur ses pattes ? Les deux méritent notre admiration, et le chat qui a osé se lancer sans avoir calculé comment se terminerait l'aventure, et le savant qui a réussi à expliquer ce phénomène.
C'est pourquoi nous sommes assuré que, si nous réussissons, nous trouverons toujours des ahstracteurs de guintescence, comme les appelle maître François, qui prouveront que les choses sont ainsi parce qu'elles ne pouvaient pas être autrement ; et si, à ce moment, grâce à eux, on a enfin pu déterminer que la comptabilité est une science abstraite et non concrète, nous nous trouverons ainsi avoir fait depuis longtemps des sciences abstraites sans le savoir, tout l'avantage sera pour nous.
Nous appelons également l'attention du lecteur sur le soin que nous avons apporté à n'employer que des termes usités dans le langage courant. Il est si tentant pour un auteur de viser à la profondeur par un style emphatique et obscur que nous avons un certain mérite à chercher à éviter cet écueil. Nous aussi aurions pu dire comme d'autres : Nous transfrétons la Séquane du dilucule au crépuscule, nous déambulons par les compiles et quadrivies de l'urbe, nous despumons la verbocination latiale, etc., plutôt que : Nous traversons la Seine matin et soir, nous nous promenons par les places et carrefours de la ville, etc.
XVIt
Mais, suivant les sages conseils de maître François (1), nous avons simplement cherché à être compris facilement. Puissions-nous avoir réussi.
En terminant cette préface, nous nous faisons un devoir d'exprimer nos sentiments de profonde reconnaissance envers MM. Schneider et C'% dans les établissements desquels nous avons pu voir fonctionner une comptabilité remarquable par son organisation méthodique et sa précision.
Nous nous sommes inspiré des principes du Creusot pour rédiger la plupart des chapitres de cette étude, notamment ceux relatifs à la comptabilisation des valeurs engagées.
(1) Rabelais, livre II, chapitre VI.
Procédés mécaniques de calcul
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Le « CALCUL CÉRÉBRAL » est encore le seul en usage dans la presque totalité des maisons de commerce et des usines ; quelle que soit l'habileté des calculateurs, le rendement est assez faible et, plutùt que d accroître le personnel, on préfère sabslenir des développements de la complabilité industrielle qui entraîneraient à des opérations arithmétiques. C'est ainsi qu'il ne faut pas chercher ailleurs que dans le désir d'économiser sur le personnel comptable la cause de l'usage encore trop restreint des mises au mille dans les usines.
L'emploi de barèmes n'apporte à cettesituation qu'une faible amélioration, limitée d'ailleurs à des cas particuliers.
Aussi, nous croyons nécessaire d'appeler l'attention des chefs d'entreprise sur les moyens d'augmenter considérablement le rendement de leurs employés par l'adjonction de moyens mécaniques dans l'établissement des calculs arithmétiques.
Machines à Ces machines, dont il existe divers types, effectuent la multiplication oaiouler. gj jg division; elles ne nécessitent aucun apprentissage, leur préci-
sion est absolue; mais leur emploi, quoique très intéressant, est forcément limité à des calculs portant sur des nombres considérables (facteurs de o à 6 chiffres).
Leur précision est inutile dans l'établissement de la plupart des décomptes inté- ' rieurs ; enfin, ces machines sont assez lourdes, encombrantes et d'un pri.x élevé (oOO à 900 francs).
Nous ne mentionnerons que pour mémoire les machines à additionner encore plus lourdes et plus encombrantes que les précédentes et dont les applications sont limitées à quelques maisons de commerce faisant la vente au détail.
Règles A oalouls Cette règle n'est autre chose qu'une représentation graphique logarithmiques. ^es logarithmes et substitue le calcul logarithmique au calcul
arithmétique. La multiplication et la division sont effectuées presque instantanément en ajoutant ou retranchant les longueurs représentant les logarithmes des facteurs.
Il n'existe, à notre Connaissance, que les établissements Schneider où la règle à calculs soit utilisée par la comptabilité. (Que Ion nous permette d'excepter également
artv
quelques usines où nous avons organisé la complabilUé industrielle et formé des
adeptes.)
On rencontre bien dans les bureaux d'études, ateliers, des règles entre les mains d'ingénieurs et d'agents Iccliuiques, mais leur emploi est limité à ((uelques opérations sommaires d'où la précision est exclue, failes sur le cbantier généralement et en vue de l'obtention de renseignements approxiuialifs. C'est m«^me cet usage particulier de la règle qui a accrédité dans ces milieux lopinion que la règle à calculs est imprécise.
11 n'en est rien. Les résultats donnés par la règle sont entachés des erreurs relatives suivantes :
1/900 environ, pour la règle de 2o c/m.
j/20()() — — 50 — simplitiée.
On peut les réduire au dixième et même arriver à l'exactitude presque absolue à l'aide d'artifices de calculs très simples pour l'étude desquels nous renvoyons le lecteur à la notice que nous avons publiée sur l'emploi de la règle à calculs.
Les règles à calculs existant jusqu'à ce jour dans le commerce ont été conçues uniquement en vue de répondre au desiderata de l'art de l'ingénieur. Elles ont été l'objet, sous couleur de perfectionnements, de complications dont le curseur marque lapogée, introduites par divers auteurs plus ingénieux que pratiques. Le perfectionnement que prétend réaliser le curseur est à peu près du même ordre que celui qui consisterait à écrire sur les touches d'un piano le nom des notes quelles représentent.
Elles coùKMil fissoz cher du fait de leur complication et leur aspect rébarbatif est une des causes de la répugnance qu'éprouvent en s'en servir beaucoup d'employés comptables pourvus d'un bagage scientilique restreint.
Ces deux inconvénients ne laissaient pas (|ue d'en rendre ardue la vulgarisation, l'un soulevé par la direction, trouvant le prix trop élevé pour doter chaque employé d une règle ; l'autre, sinon formulé ouvertement par les employés, tout au moins manifeste dans ses effets.
Nous avons donc été amené à étudier une règle ù calculs simplifiée. L'élagage d'une quantité de valeurs inutiles en comptabilité a permis d'abaisser de plus de moitié le i»rix de ces règles ; les lectures des nombres sont plus faciles : le néophyte saisit beaucoup plus rapidement le mécanisme et l'apprentissage est diminué d'autant.
On peut comparer avec justesse la règle à calculs ù la sténographie ; l'une est au comi)lable ce que l'autre est au reporter ou au secrétaire. La théorie de chacune est simple; toute la diiTicullé est dans la pratique, difficulté surmontée en quelques jours par des employés de bonne volonté.
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