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A L'AIDE DE PRIX D'ABONNEMENT

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Quelques sociétés industrielles établissent leurs prix de revient non d'après les dépenses réelles mais d'après des coefficients dits prix d'abonnement. Voici en quoi consiste ce procédé :

Au début de chaque exercice, on établit, en se basant sur le cours du jour ou sur les marchés passés, des prix théoriques pour toutes les matières premières, en cherchant à se rapprocher autant que possible de la réalité.

Chaque chef de fabrication, se basant sur l'expérience acquise, fixe les mises au mille des consommations, houille, rebuts, etc. , pour chacun des produits qu'il fabrique. Ou applique les prix d'abonnement des matières premières à ces quantités, on y ajoute une somme de main d'œuvre, d'entretien, de services, de frais généraux, qui est la moyenne de l'année précédente; on obtient ainsi un prix de revient théorique qui constitue le prix d'abonnement du produit considéré et qui entre en ligne, tel quel ou avec une majoration fixée, pour décompter ce produit partout où il est consommé.

Les prix d'abonnement ainsi établis restent invariables peudant tout l'exercice.

Nous avons donc un ensemble de prix d'abonnement pour tous les produits ache tés et vendus par l'usine. Le bénéfice ou la perte sur la vente est donné par la diflérence entre le prix de vente et les prix d abonnement des produits vendus appliqués aux quantités vendues.

On comprend que, en réalité, il y a des différences souvent assez considérables entre les prix de revient réls et les prix de revient théoriques; ces difîéreces consti-

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tuent des bénéfices ou des pertes sur les fabrications, lesquels vont directement au compte profits et pertes concourir au résultat de l'exercice. Dans ces conditions, le compte profits et j^ertes est formé :

i" Des perles ou bénéfices réalisés sur la vente ; 2" Des pertes ou bénelices faits sur les fabrications.

Les promoteurs de celte Ibéorie lui donnent connue raison un argument (|ui sem- J)le à première vue assez juste.

« Si, disent ils, nous achetions au dehors notre fonte au lieu de la fabriquer au haut-fourneau, il faudrait la payer au cours du jour. De même, notre haut fourneau vend la même fonte au dehors et aux fabrications, il doit donc la vendre au même prix quel que soit le réceptionnaire.

« En outre, afin de déterminer nettement la marche de chaque fabrication, il faut assurer un prix de consommation constant aux matières premières. De cette façon, nous saurons perlinemnient que les variations du prix de revient ne proviennent que du fait de la fabrication (augmentation de rebuts, par.exemple, ou production trop faible). »

Ces théories paraissent séduisantes au premier abord, mais elles ne résistent pas à l'analyse ainsi (|ue nous allons le démontrer :

1" Il n'est pas possible de soutenir la théorie de l'application au cours du jours ou de tout autre prix analogue aux produits cédés par une fabrication à une autre.

En effet, considérons la fonte de 1^*^ fusion. Si le haut fourneau, dit-on, vendait sa fonte au commerce au lieu <le la vendre à 1 aciérie, il la vendrait à un prix supérieur au prix de revient. Peut être, à moins qu'il ne la vende pas du tout; il ne faut pas perdre de vue (|ue, pour vendre, il faut un acheteur. S'il s agit de fonle OM, par exemple, la vente de celle f«)nle à l'extérieur ne sera qu exceptionnelle, car une usine qui voudra transformer celte fonte par le procédé^ Thomas devra la refondre; cette opération très onéreuse, ne peut être pratiquée (|ue dans une période de prospérité ou momentanément pendant l'arrêt d un fourneau. Comme notre haut fourneau est obligé d avoir une marche continue et (|ue sa clientèle extérieure n'est qu intermit lente, il ne pourrait fabrif|uer la fonle économiquement sans l'aciérie qui lui prend toute sa production.

De même, et pour les raisons que nous venons d'exposer, l'aciérie ne pourrait, en dehors des épo(|ues de prospérité, ré;iliser des bénéfices si elle était obligée de payer la fonte au même prix (|u'une aciérie concurrente dans le besoin. Pour se rattraper, elle sera obligée de facturer 1 acier aux laminoirs en se basant sur des cours de demiproduits établis par les comptoirs dont le but n'est certainement pas de favoriser les petits laminoirs obligés de passer sous leurs fourches caudines.

F^es laminoirs de noire usine, obligés à leur tour de payer les matières premières à des prix trop élevés, courront le risque de se trouver en perte, ne pouvant se rattraper sur une autre fabrication, étant bien obligés, eux, de vendre à l'extérieur toute la

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production. Sans doute, on vend le plus cher qu'on peut, mais, suivant lélat du marché, on est bien obligé de faire des concessions.

F)ans l'hypothèse d'une perte aux laminoirs, si l'on juge que cet échafaudage de prix d un service à l'autre est autre chose qu'un vain simulacre, que les bases sur lesquelles il est établi sont une réalité et non un trompe l'œil, il n'y a qu'à tirer les conclusions de la méthode en arrêtant les laminoirs pour vendre l'acier en lingots ou en blooms.

Mais comme les cours résultent toujours de la relation entre l'offre et la demande, le lancement sur le marché d'un tonnage considérable de ëemi produits aurait pour coflséquence d'amener la baisse, ce qui fait que le but poursuivi serait manqué.

En continuant le même raisonnement entre l'aciérie el le haut-fourneau on arriverait à la même conclusion.

On serait donc obligé de modifier les prix d'un service à I autre pour que la perle, si perte il y a, soit supportée par toutes les fabrications.

En réalité, au point de vue de l économie industrielle, ces subdivisions d usine en haut fourneau, aciérie, laminoirs, sont factices; il n y a qu'une seule chose qui doive être envisagée, cesl le résultat final.

Dans une même société, si toutes les installations sont conçues d'après les mêmes principes, il est inadmissible que l'une gagne de l'argent el que l'autre en perde. Si ces installations constituaient autant d'usines indépendantes, l'usine de laminage, qui ne saurait travailler à perte, devrait adopter une des trois solutions suivantes :

a) Mettre l'aciérie en demeure de lui livrer des lingots à meilleur marché;

b) Ou installer une aciérie;

c) Ou fermer.

Avec celle théoi ie, il n'y aurait pas de raison pour que le service d entretien ne se taille pas aussi sa petite part de bénéfices sur les réparations qu'il exécute, sous prétexte que si les réparations él;nent exécutées par un constructeur étranger, celui ci prélève rail un bénéfice.

II faudrait également faire entrer en ligne de compte le service commercial dont linHuence peut être considérable sur les résultats; avec ce système déchange, le .service connnercial, afin de faire ressortir sou habileté, devrait prendre la production à un prix d abonnement el lâcher de la vendre plus cher.

Dans une société comprenant des fabrications aussi intimement liées que le sont les hauts-fourneaux, aciéries, laminoirs, il n'est pas écrit que chacune d'elles doive apporter aq compte profits et pertes, un chiflre minimum de bénéfices à partir duquel le chef de fabrication aura droit à sa tranquillité el ne sera plus tenu de surveiller aussi attentivement ses dépenses.

Les prix de revient peuvent être influencés par les variations de prix des matières premières, de même que les prix de ventes peuvent varier par suite de la concurrence, mais toutes ces variations ne sauraient influer sur la marche des services techniques dont l'objectif doit être de fabriquer le plus économiquement possible, avec le concours de la comptabilité pour éclairer la lanterne.

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C'est la seule conclusion à tirer de cette question de prix qui est si souvent soulevée dans les usines.

2" Le chef de fabrication, chargé de l'établissement des prix d'abonnement, a soin de se ménager une marge, afin de ne pas être en perte, ce qui est facile, les prévisions n étant soumises à aucune vérification ;

3« En rendant fixes les prix des matières, les imputations d'entretien, et les frais généraux, la main dœuvre ne variant guère si elle est tarifiée, on obtient un prix de revient en fonction des rebuts et de la production par jour; cette comparaison pourrait tout aussi bien se faire sans attribuer des prix fixes aux consommations; il n'y a qu'à comparer les mises au mille des consommations et les productions par jour , *

4° L'entretien se payant par voie d'abonnement, ce compte se solde aussi par un bénéfice ou par une perte. Par ce système, il est impossible de vérifier les frais de fabrication ; il peut même se produire le cas suivant :

Comme certains frais d entretien sont proportionnels à la production, si celle-ci dépasse la normale, le prix de revient obtenu par notre système d'abonnements donnera un bénéfice, notamment parce qu'on lui aura impute un abonnement d'entretien d'une production normale et par conséquent trop faible.

Bien entendu, dans ce cas, les dépenses d'entretien étant plus fortes que l'abonne ment, ce dernier compte se soldera en perte. Il faudra se livrer à de laborieuses recherches pour retrouver les causes de ces variations incompréhensibles, alors que si l'on avait appliqué les dépenses réelles, le prix de revient serait demeuré fixe ce qui doit être pour le cas considéré.

.')« Les prix de revient sont faussés, ainsi que nous en avons donné un exemple cidessus, mais généralisons la question. Si nous considérons une usine métallurgique qui extrait ses matières premières, les traite pour vendre le métal à l'état de barres ou tôles, nous avons autant de prix d'abonnement qu'il y aura de variétés de matières et produits (minerai, coke, fontes, acier en lingots, blooms, rails, etc.). Comme chaque fabrication, l'entretien, les frais généraux, perdent ou gagnent sur leurs prix d'abonnement, on peut arriver à un écart considérable entre le prix de revient réel d'un produit marchand et son prix d abonnement. Nous pouvons citer comme exemple que, dans une usine métallurgique, sur une moyenne de six mois, nous avons constaté un écart approximatif de 20 francs par tonne entre l'ensemble des dépenses réelles et des dépenses passées par abonnement, ce qui est énorme, car souvent ce chiffre de. 20 francs représente tout le bénéfice.

Dans le cas d'une adjudication, comment fera t-on pour avoir le prix de revient réel d'un produite fournir (rail, par exemple) ?

Il faudra refaire tous les prix de revient des produits intermédiaires avec les dépenses réelles, ce qui donnera un travail considérable qu'il sera impossible de vérifier. On sera exposé à soumissionner avec des renseignements inexacts, ce qui peut avoir de fâcheuses conséquences.

6» Le compie profits et perten, avons-nous dit, se compose :

1" Du résultat des ventes ;

2" Du résultat des fabrication.s.

Si l'on a fabriqué plus qu'où a vendu et que ces fabrications aient donné du bénéfice sur les prix d'abonnement, notre compte profits et pertes sera satisfaisant, alors (|u'en réalité on aura i»eu vendu. On empiétera sur l'exercice suivant, en ayant en stock des produits intermédiaires à un prix qui peut être exagéré.

Les partisans du système répondent bien qu'au moment de linventaire on évalue les matières en stock au conrs du jour et que la différence avec les prix dabounemenl est passée au compte profits et pertes.

Parfaitement ; mais, en opérant ainsi, on se met en contradiction avec le principe fondamental de la comptabilité qui est la permanence des valeurs déchange à leur prix de revient, on retombe dans l'empirisme et dans l'arbitraire.

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