CHAPITRE III
Comme nous l’avons vu dans la définition des fèces que nous avons donnée au début de ce travail, rien n’est plus complexe ni plus variable que la composition des matières fécales. Dans ce chapitre nous n’aurons d’autre prétention que d’énumérer avec le plus de précision possible les différentes parties qui entrent dans leur constitution, en donnant, à propos de chacune d’elles, les moyens de les reconnaître et de les caractériser, soit macroscopiquement, soit microscopiquement, soit chimiquement, soit bactériologiquement, soit encore par les méthodes de physiologie expérimentale dont les procédés généraux nous sont maintenant connus. Et nous grouperons cette énumération, suivant que nous l’indiquent les lois physiologiques qui président à la formation des fèces, sous deux chefs :
1° Résidus alimentaires, microbes et parasites , substances accidentelles et médicaments introduits avec les aliments :
2° Restes des sécrétions digestives; déchets de la muqueuse intestinale ; produits d’ excrétion normaux ou anormaux;
Mais nous dirons auparavant quelques mots sur :
Les caractères physiques généraux des matières fé^
cales.
1° Quantité des fèces fraîches. — Il est difficile de parler de la quantité des matières fécales sans empiéter sur le chapitre suivant, c’est-à-dire sans indiquer les conditions physiologiques anormales ou les conditions pathologiques qui peuvent les faire varier. Seules pourraient être données comme susceptibles de peu de changements, la quantité des fèces excrétées par les nouveau-nés, c’est-à-dire le méconium, et la quantité des fèces excrétées par les jeûneurs. Dans le premier cas on pourrait calculer approximativement 80 à 100 grammes, en selles isolées de 5-15 à 30 grammes; dans le deuxième cas, 20 à 25 grammes, ex. Cetti, d’après Muller. Nous ajouterons que si l’on peut parler de la quantité de ces matières avec certitude, c’est que celles-ci ne sont constituées que par les résidus provenant des organes digestifs qui, chez des individus sains, ne varient que dans de très petites proportions individuelles. Par contre, pour fixer chez l’enfant ou chez l’adulte la quantité de fèces évacuées par jour alors que dans leur composition entre le second facteur, résidu alimentaire , trop de conditions sont en présence pour les modifier pour que nous puissions nous en tenir à autre chose qu’à des généralités, en disant qu’en moyenne un adulte sain excrète 130 à 150 grammes de fèces fraîches par jour.
2° Consistance, forme, cohérence. — On peut distinguer, au point de vue de la consistance, les matières fécales en trois types fondamentaux : formées , liées et liquides.
La consistance formée , c’est-à-dire une colonne cylindrique de fèces à grosse extrémité sortie la première, à petite extrémité évacuée la dernière (ces détails peuvent avoir leur importance pour les recherches macroscopiques
ou microscopiques suivant les différents points de la selle) caractérise les matières fécales vraiment normales des adultes, quelle que soit leur alimentation, lactée, animale ou végétale, mixte ou exclusive.
La consistance liée est propre aux fèces des nourrissons, que ce soit le lait maternel, le lait de vache ou les deux à la fois qui constituent leur alimentation.
Quant à la consistance liquide , toujours anormale, nous en reparlerons au chapitre suivant.
A ces trois variétés de consistance que nous venons de décrire, on pourrait ajouter encore la consistance muqueuse ou gélatineuse, caractéristique du méconium.
Avec la consistance, il nous faut aussi citer au moins le terme de cohérence des matières fécales, car cette qualité, qui est la règle dans l’état normal, peut varier beaucoup dans l’état de maladie ou quand un individu sain se nourrit sans règle ni mesure.
3° Quantité des fèces sèches. — Dans les matières fécales vraiment normales, c’est la quantité d’eau qu’elles contiennent qui influe d’une façon indiscutable sur leur consistance; la quantité des fèces sèches est donc une donnée des plus intéressantes à connaître, car le rapport de leur poids à celui des fèces fraîches constitue un des éléments qui permet de mesurer le degTé de ce qu’on appelle communément l’état de constipation ou de diarrhée. Nous verrons plus loin qu’il y a lieu, dans les cas pathologiques, de faire entrer en ligne de compte dans les changements de consistance des fèces, outre leur contenance en eau, leur contenance en graisse, en mucus, sérum et autres produits pathologiques.
Méthode d’examen. — Pour établir le rapport du poids des substances sèches au poids des substances fraîches, voici comment on peut procéder : on prélève une petite
quantité des fèces à examiner, que l’on pèse dans une capsule de porcelaine au préalable tarée ; on obtient ainsi le poids des substances fraîches à examiner. Il est préférable de prendre une petite quantité parce qu’on est plus sûr d’obtenir ainsi une dessiccation parfaite de toutes les parties, sinon il se fait une sorte de croûte qui entrave l’action de la
chaleur dans la profondeur; cela est surtout vrai quand on fait dessécher les matières fécales riches en graisse ; on peut encore, dans ce cas, les triturer au préalable avec du sable (lavé à l’HCl, puis à l’eau et séché), de façon à mettre à l’air toutes les parties constituantes des matières; il est bon encore de les remuer de temps à autre pour bien faire pénétrer partout l’action de la chaleur. Cette dessiccation se fait lentement dans une étuve au bain-marie à 96 ou 97 degrés (fig\ 1); quand on juge la dessiccation terminée, on pèse de nouveau la capsule et, par différence, on obtient le poids des substances sèches; pour être sûr que cette dessic-
cation est bien complète, on reporte la capsule à l’étuve, puis on la pèse à nouveau et cela jusqu’à ce que, à la suite de deux pesées successives, les chiffres obtenus restent constants. (Il est certain qu’en opérant ainsi on n’a pas fait une dessiccation absolue, mais en agissant de cette façon en toute circonstance on obtient des chiffres comparatifs largement suffisants pour la pratique.)
Rapport a l’état normal. — Par ce procédé, le rapport à l’état normal chez l’homme nous a paru être de 78 p. 100 d’eau, et de 22 p. 100 de substances sèches.
Nous verrons plus loin dans quelles circonstances il varie.
4° Couleur. — La couleur normale des fèces du nouveauné, c’est-à-dire du méconium, est vert noirâtre. Chez les enfants nourris à la mamelle, la coloration jaune d’or ou jaune d’œuf est la couleur habituelle et caractéristique des fèces; chez ceux nourris au lait de vache, les fèces sont d’un jaune plus clair, d’un jaune serin.
Chez l’enfant et chez l’adulte ayant un régime mixte, régulier, la coloration des fèces est couleur ocre ou ocre jaunâtre.
Ces différences de coloration sont dues à la présence des pigments biliaires différents chez les nourrissons d’une part, chez les enfants et les adultes d'autre part, bilirubine dans le premier cas, hydrobilirubine dans le second.
5° Odeur. — L’odeur du méconium et celle des fèces de jeûneurs est insipide.
Chez les nourrissons élevés à la mamelle comme chez ceux qui prennent du lait de vache, l’odeur normale est semblable à celle du petit-lait légèrement aigre ou à celle du savon.
L’odeur des fèces normales d’enfants plus âgés et d’adultes peut être dite sui generis et ne saurait être définie ;
cependant il y a une telle différence parfois entre cette odeur et celle des fèces pathologiques que par cette seule constatation on peut être orienté vers un diagnostic de troubles digestifs.
6° Réaction. — Analyse qualitative de la réaction. — Le
moyen le plus simple pour reconnaître la réaction des fèces est de les essayer au moyen du papier de tournesol, en opérant toujours sur des fèces fraîches que, liquides ou solides, on dilue avec de l’eau distillée pour bien mélanger toutes leurs parties, ayant au préalable éliminé les causes d’erreur pouvant tenir à la présence du sang ou du pus.
Réaction a l’état normal. — Examinée dans ces conditions, la réaction à l’état normal se présente comme il suit :
La réaction du méconium, déjection normale du nouveau-né, est généralement acide.
La réaction des matières fécales des nourrissons élevés au sein est toujours faiblement acide.
Celle des matières fécales des nourrissons élevés avec du lait de vache est voisine de l’état neutre ou faiblement alcaline.
Enfin, celle des matières fécales des enfants et des adultes ayant un régime mixte rationnel présente des changements oscillant entre des limites s’éloignant peu de l’état neutre, c’est-à-dire qu’elles peuvent être faiblement alcalines, neutres ou faiblement acides.
On peut donc dire d’une façon générale que la réaction neutre est la caractéristique de la réaction des fèces normales.
A priori, en tenant compte des données physiologiques, il en doit être logiquement ainsi. En effet, comment se présente, à l’état normal, le bol alimentaire au sortir de l’estomac quand il vient de franchir le pylore? Nous savons