RÉSIDUS ALIMENTAIRES
qu’il s’v présente avec une acidité totale de 1 gr, 50 exprimée en HCl; mais dans sa traversée digestive intestinale, il devient alcalin comme les parois de la muqueuse, grâce aux sécrétions alcalines de ce conduit, glandes propres et glandes annexes, alcalinité qui n’a pas lieu dès le début, comme nous l’avaient affirmé la plupart des physiologistes à la suite de Claude Bernard, mais alcalinité qui ne se produit que progressivement et seulement à partir de la deuxième moitié de l’intestin grêle, comme l’ont bien fait voir, par leurs recherches sur la réaction du contenu et les parois de l’intestin chez les suppliciés, Gley et Lambling.
Si nous insistons ainsi sur cette réaction normale des fèces, c’est qu’au cours des recherches biographiques nombreuses que nous avons faites sur ce sujet, nous avons constaté beaucoup de divergence (1) et que, amené par ce fait à nous faire une opinion personnelle, nous croyons que l’étude de cette réaction, comme le montrera un des chapitres suivants, comporte un enseignement parfois des plus nets pour le diagnostic.
II. — RÉSIDUS ALIMENTAIRES ET PRODUITS QUI EN DÉRI- VENT. SUBSTANCES ACCIDENTELLES ET MÉDICAMENTS INTRODUITS AVEC LES ALIMENTS. MICROBES ET PARA- SITES.
1° Résidus alimentaires.
Dans l’étude des résidus alimentaires (v. planche, p. 48) quenous allons maintenant entreprendre, il nous faut pour guide une classification qui nous permette de nous reconnaître au milieu de leur nombre infini. Dans le choix de celle-ci, nous nous sommes inspiré de leur constitution chimique. Nous n’ignorons pas cependant, comme le fait
(1) Voir notre thèse, p. 59 à 62.
remarquer avec juste raison le Pr Armand Gautier, dans son livre sur l’alimentation et les régimes, que les divers principes protéiques et plastiques ne jouissent pas d’une même valeur nutritive, d’une même assimilabilité, quoique leur composition varie fort peu; que, suivant qu’ils sont d’origine animale ou végétale, nous les utilisons plus ou moins bien, et qu’en conséquence dans la recherche de leurs résidus fécaux, il vaudrait peut-être mieux diviser les substances alimentaires d’après leur origine plutôt que d’après leur constitution. Gela est si vrai que dans les conclusions diététiques que nous chercherons à tirer de l’examen des fèces, nous donnerons plus loin la part la plus large à ces considérations qui ne sont point seulement théoriques, mais qui sont avant tout du domaine de la pratique.
Néanmoins, dans notre énumération didactique (car il ne s’agit dans ce chapitre que d’une simple énumération, dont nous ne tirons aucune conclusion) nous voulons avant tout être clair; et si nous cherchions à classer les résidus alimentaires dans les fèces d’après leur provenance animale ou végétale, nous manquerions à cette tâche, car il nous faudrait sans cesse revenir sur des choses dites. Ainsi, si nous pouvions décrire séparément les fibres musculaires, ou le tissu conjonctif de quelques viandes, et les enveloppes cellulaires ou l’amidon de certaines plantes, où classerions-nous les substances grasses, tantôt résidus d’aliments végétaux, tantôt résidus d’aliments animaux, qui, dans un examen de matières fécales, se confondent dans leur apparition macroscopique, microscopique et chimique.
C’est pour cela que pour le présent, en vue de la commodité de notre description, en vue de la clarté de notre sujet, nous essaierons seulement de grouper les restes de nourriture que l’on rencontre dans les fèces dans une classification d’ordre purement chimique.
A. — Résidus des aliments protéiques.
a. Constatations macroscopiques. — Ces résidus peuvent être de double provenance : nourriture animale ou végétale. Aussi il ne sera pas rare de pouvoir reconnaître macroscopiquement dans les fèces des débris d’os, de cartilages, de tendons (ces derniers faciles à confondre avec des vers intestinaux, pseudo-parasites), des poils de gibier, des plumes de volailles, des arêtes, des écailles de poissons, etc. , tous aliments qui, inattaquables par les sucs digestifs, n’ont subi dans le tractus intestinal que des modifications insensibles. On peut y reconnaître aussi dans certaines circonstances des morceaux de muscles plus ou moins digérés, de débris de tissu conjonctif, des restes de lait sous forme de caséine coagulée en flocons blanchâtres plus ou moins abondants. On peut y voir encore les cellules de gluten des céréales, les tissus de cotylédons des végétaux riches en albuminoïdes dont la coque, non digestible, laisse aussi indigérées les substances protéiques qu’elles contiennent. Nous reparlerons du reste plus en détail de ces constatations macroscopiques de la nourriture de provenance végétale quand nous étudierons les résidus d’aliments hydrocarbonés. Car ce ne sont là vraiment que des constatations trop grossières qui permettent des confusions fréquentes, et il est nécessaire dans ces cas d’avoir le microscope à la main pour rechercher l’existence de ces débris d’aliments, et diagnostiquer leur véritable nature.
b. Constatations microscopiques. — 1. Fibres musculaires. — Aspect microscopique . — Les fibres musculaires se montrent microscopiquement dans les fèces en nombre, dans des formes et dans des dimensions variées
qui permettent par comparaison d’établir jusqu’à un certain point le degré de leurs étapes digestives (fi g. 2 et 3).
Généralement reconnaissables à leur coloration jaunâtre, jaune brunâtre par la bile, et les stries transversales dont elles sont parcourues, on peut en distinguer sinon quatre
Fig. 2. — Fibres musculaires. Gr. 400d.
variétés comme Syldowski, avec Schmitt et Strassbürgcr. avec Lynch, trois sortes d’aspect différent.
Les unes sont des résidus de fibres épaisses et dures avec une striation transversale et longitudinale très nette, qui nous les montrent comme des débris de faisceaux musculaires à peine attaqués par les sucs digestifs, de dimensions plus ou moins grandes, pouvant dans certains cas recouvrir tout le champ du microscope.
Les autres, plus petites, se montrent sous l’aspect de morceaux plus ou moins arrondis, dans lesquels la striation longitudinale et transversale se reconnaît encore ; enfin d’autres se montrent en petits fragments plus ou moins
Gaultier, Coprologie clinique.
Page 48.
1. Débris de pain indigéré. — 2. Grains d’amidon de pomme de terre déformés et teintés par le carmin du repas d’épreuve. — 3. Cellules végétales (probablement, débris de figues). — 4. Grain jaune de Nothnagel. — 5. Particule de charbon de bois — 6. Fibres élastiques en faisceaux mal digérées. — 7. Poil yégétal . — 8. Résidus de cacao. — 9 et 10. Fibres musculaires striées à des stades divers de digestion et plus ou moins imprégnée de pigments biliaires. — 11. Grains jaunes de Nothnagel un peu teintés en brun par le carmin du repas d’épreuve. — 12. Fibres musculaires striées. — 13. Grains de la poudre de carmin qui sert à la délimitation des fèces. — 14. Fibre musculaire striée indigérée.
altérés sous l’influence des sucs digestifs, les uns bien striés, les autres sans stries et de formes des plus variées, ovales, rondes, rectangulaires ou même quadrangulaires, parfois faciles à confondre sans l’emploi de forts grossissements avec les savons jaunes de calcium.
Ainsi la disparition des stries transversales ou longitudinales pourrait être un indice microscopique de la mesure
Fig. 3. — * Fibre musculaire striée, Gr. 800d.
dans laquelle ont été attaquées les fibres musculaires par les sucs digestifs ; d’après Rawitz, l’absence ou la présence de noyaux en serait encore une indication; nous devons dire que pour notre part, d’accord en cela avec la majorité des auteurs, nous n’avons rencontré que dans des cas exceptionnels de lientérie très grave des éléments musculaires avec leurs noyaux nettement reconnaissables.
Réactions microchimiques. — Imprégnées plus ou moins fortement par la bile qui leur donne leur coloration jaunâtre, elles répondent mal aux réactifs microchimiques; cepen- R. Gaultier. — Précis de Coprologie. 4
dant si l’on fait disparaître l’hydrobilirubine ou la bilirubine par l’alcool ou le chloroforme, on peut les colorer en rouge avec le réactif de Millon, en jaune avec l’acide picrique, en roug-e avec une solution faible d’éosine aqueuse; l’acide acétique fait g-onfler la fibre et apparaître la striation plus distincte, la potasse caustique les dissout et si on ajoute en même temps un peu de sulfate de cuivre, on obtient sur les bords la réaction violette du biuret ; l’acide nitrique en chauffant donne une coloration jaune caractéristique de la xanthoprotéine ; l’acide chlorhydrique, avec une solution de pepsine ou de trypsine, les dissout plus ou moins facilement.
Numération des fibres musculaires . — S’il est de la plus haute importance de savoir reconnaître la présence de fibres musculaires dans les fèces et l’état de dig-estion dans lequel elles s’y trouvent, il est non moins intéressant, comme nous l’apprendrons par la suite, de calculer dans quelle proportion elles entrent dans la constitution des résidus alimentaires. Kermanner a proposé une méthode, pour ce dernier objet dont nous donnons ici, d’après Nicloux, le principe.
On examine aü microscope et sur une fraction connue la quantité de fibres correspondant par exemple à 5 grammes de matières fécales étendues d’un certain volume d’eau. On fait la même étude dans des conditions absolument identiques, après avoir ajouté à 5 grammes de matières fécales, 0gr,05 de viande, traitée dans des conditions telles que les fibres musculaires soient bien dissociées.
Soit N le nombre de fibres dans le 1er cas.
Soit N' — — 2e cas.
N — N' représente le nombre de fibres correspondant à 0gr,05 de viande, de sorte que l’on aura en désignant par x la quantité de viande cherchée en grammes :
SI
La proportion
Gomme le fait remarquer l’auteur lui-même, ce n’est pas une méthode de détermination absolue ; mais, employée par le même expérimentateur, elle donne des résultats qui, d’après les expériences d’épreuve, sont comparables. Elle est donc pleinement justifiée.
Avec cette méthode il a pu déterminer dans des conditions d’alimentation ordinaire chez des individus sains la quantité de viande éliminée par rapport à celle ing’érée. Les résultats sont consignés dans le tableau suivant :
QUANTITÉ de viande ingérée.
POIDS
des fèces humides.
QUANTITÉ de viande contenue dans les fèces.