‹ Précis de coprologie cliniqueChapitre 15 sur 59 · VIANDE · texte numérisé non relu

VIANDE

calculée pour 100 de fèces humides.

Adulte d(

e 26 ans.

Grammes.

Grammes.

Grammes .

Grammes.

Enfant de 5 ans.

Jambon.

Viande.

Enfant de 3 ans.

D’une façon très générale on peut donc dire que le résidu constitué par les fibres musculaires est d’environ 1,2 à 1 p. 100 de la viande introduite.

2. Grains jaunes de Nothnagel. — Peut-être, avec Schmidt et Strassbürg*er, faut-il regarder aussi comme des résidus de fibres musculaires dans un état de digestion incomplète, ces grains jaunes (fi g. 4) décrits par Nothnagel

Fig. 4. — Grains jaunes. Fibres musculaires, débris de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.

comme des grains de mucus, grains jaunes de la grosseur de grains de pavot, d’une tête d’épingle au maximum, de coloration jaune foncée, de consistance molle, différant du mucus, parce que, quand on les écrase sur la lamelle, au lieu de se rétrécir comme les morceaux de mucus, ils se montrent étalés d’une façon homogène sous l’aspect de petits morceaux ressemblant à des débris de glace cassés, et restés les uns à côté des autres, sans structure, contrairement en cela aux grains de mucus, enfin se dissolvant

par la potasse caustique, ne précipitant pas par l'acide acétique, et se colorant en rouge par le réactif de Millon, tous indices qu’il s’agit d’une substance fondamentale albuminoïde colorée en jaune par la bile et qui représente vraisemblablement des débris de fibres musculaires dans un état de digestion très avancée.

3. Coagulums de caséine. — Voisins des corps jaunes comme aspect macroscopique sont les coagulums de caséine (fig. 5) que l’on rencontre fréquemment dans les selles provenant d’un régime lacté exclusif; ils se montrent comme de petits grumeaux composés de corpuscules de lait agglutinés, les uns gros comme une tête d’épingle, les autres, gros comme un petit pois, colorés en jaune à l’extérieur par les matières pigmentaires de la bile, et blancs à l’intérieur, grumeaux qui, comme le dit Lynch, ont l’aspect d’un fromage blanc.

Microscopiquement sans structure particulière, ils se montrent comme des masses blanchâtres crevassées, irrégulières, offrant les réactions microchimiques des substances albuminoïdes, se colorant en rouge par le réactif de Millon, et par les faibles solutions d’éosine, et nettement distinctes des amas blanc jaunâtre que l’on rencontre aussi dans les fèces des nourrissons mal alimentés et qui sont composés de globules de graisse neutre, de cristaux d’acides gras et de savons ; ou encore d’énormes et abondantes cultures pures de microorganismes végétaux. Nothnagel qui les a décrits comme de l’albumine coagulée, dit qu’ils sont solubles dans l’HCl à 5 p. 100, précipités par l’acide acétique en solution alcaline, et encore solubles en excès par le ferrocyanure de potassium.

4. Tissu conjonctif. — Aspect microscopique . — L’aspect du tissu conjonctif dans les fèces peut, dans certains cas, ne pas différer beaucoup de celui qu’il offre à l’état frais ; d’autres fois il est plus ou moins effacé par son mélange avec

les autres substances des fèces qui peuvent le rendre méconnaissable. Les fibres conjonctives se montrent généralement comme des filaments incolores d’une longueur indéterminée, isolés ou réunis en amas à contours plus nets que les filaments de mucus, ne présentant pas l’aspect grillagé des

Fig. 5. — Fibres musculaires. Fibres élastiques. Coagulum de caséine.

débris de fibrine et qu’un œil exercé ne peut confondre avec Jes fibres de plantes ou avec les fibres élastiques dont les sépare leur réaction microchimique.

Réactions microchimiques. — Celles-ci ne sont pas très différentes de celles des fibres musculaires ; car elles offrent à la fois la réaction du biuret et de la xanthoprotéine, mais elles se colorent par l’éosine d’une façon moins intense que les fibres musculaires.

5. Fibres élastiques, — Les fibres élastiques (fig. 5) apparaissent seules ou mélangées aux précédentes sous un aspect de filaments plus gros, à bords nets et parallèles, bifurqués, anastomosés en réseaux, enroulés sur euxmêmes, plus ou moins ondulés ; parfois ils forment de véritables faisceaux facilement reconnaissables.

Leur caractéristique microchimique, par rapport aux précédents, est leur résistance à l’acide acétique et à la potasse caustique.

6. Résidus albuminoïdes provenant de l’alimentation végétale. — Nous avons déjà montré le passag*e dans les fèces de substances végétales reconnaissables macroscopiquement et qui sont plus ou moins riches en substance protéique, suivantleur provenance. L’analyse microscopique, avec l’aide des réactions microchimiques, en démontrera l’existence d'une façon indiscutable, à condition toutefois que les cellules qui contiennent la substance albuminoïde permettent, par une fissure quelconque de leurs parois, le mordançage des réactifs.

7. Aspect microscopique de quelques résidus provenant de nourriture animale usuelle. — Nous décrirons encore ici l’aspect microscopique sous lequel apparaissent très fréquemment dans les fèces les résidus alimentaires provenant de volailles, de viandes de boucherie ou de poissons que l’on utilise habituellement dans nos préparations culinaires; leur connaissance peut en effet, dans certains cas, nous permettre des considérations diagnostiques utiles et, dans tous les cas, des déductions diététiques dont nous ferons ressortir l’importance par ailleurs.

Shilling a consacré, ainsi que Yan Ledden Hulsebochs, une monographie à ce sujet et nous emprunterons à ces deux auteurs une grande part de notre description.

Volailles . — D’une façon constante on retrouve dans les

fèces d’individus s’étant nourris de volailles des débris plus ou moins considérables de peau, reconnaissables à leur structure et à la présence des plumes ou duvets qui les tapissent encore le plus souvent ; ces lambeaux de peau apparaissent d’une couleur gris brunâtre et entraînent avec eux des débris de fibres musculaires et de tissu conjonctif

Fig. 6. — Duvet tapissant la peau de l’oie (ayant passé dans le tube digestif indigéré).

sous-cutané, plus ou moins riches en gouttelettes graisseuses. C’est ainsi qu’après avoir mangé du pigeon, du poulet, du dinde, du canard ou de l’oie, on rencontre dans les fèces de semblables détritus que l’on distingue par la conformation des plumes, ainsi que le montre la figure 6.

Viandes de boucherie. — De même après l’ingestion de veau, on retrouve dans les matières fécales de petits morceaux composés de longues fibres blanchâtres presque totalement dépourvues de graisse ; la cervelle de veau donne souvent lieu dans les fèces à la présence de débris

ressemblant à des feuilles minces, qui ne sont autre que des débris de pie-mère avec ses vaisseaux reconnaissables (fig. 7) . Le rizjie veau abandonne dans les excréments de notables quantités de vaisseaux sanguins et de tissu conjonctif. La viande de bœuf laisse beaucoup de tissu conjonctif, beaucoup de graisse, des cartilages, des vaisseaux, du sang.

Fig. 7. — Débris de cervelle de veau indigérés (fèces d’enfant).

La viande de porc donne lieu à des résidus de longues Fibres blanchâtres avec beaucoup de gouttelettes graisseuses, ce qui en permet une reconnaissance diagnostique aisée.

Poissons. — Quant aux poissons, comme les volailles leurs plumes, fréquemment ils abandonnent dans les fèces des résidus caractéristiques soit par leurs écailles, soit mieux encore par leurs arêtes.

Œufs. — Enfin, après l’ingestion d’œufs, on peut trouver dans les matières fécales des débris de la peau qui double la coquille, voire même des petits morceaux de cette coquille avalés par mégarde, dont la présence est significative.

c. Constatations chimiques. — L’analyse chimique des fèces ne peut nous renseigner que d’une façon très limitée sur la part que prennent les résidus alimentaires albuminoïdes dans la constitution des fèces. En effet, la méthode de Kjeldahl, qui permet le dosage de l’azote total des excréments, ne peut nous dire que d’une façon très imparfaite dans quelles proportions les résidus alimentaires ou les microbes, et les sécrétions digestives ouïes produits d’excrétion de la muqueuse intestinale entrent en lig-ne de compte pour la production de cet azote total.

Cette restriction mise à part, nous pouvons cependant, à l’aide de l’analyse chimique, retrouver dans les fèces des substances protéiques, résidus d’aliments, les uns, tels que albuminoïdes , soit albuminoïdes naturelles (albumine de l’œuf, ovalbumine , du lait, lactalbumine , de muscle, myosine , etc.), soit albuminoïdes de transformation, protéoses, groupes de peptones, corps directement assimilables que des circonstances spéciales ont empêchés d’être résorbés, les autres, tels que albumoïdes , gélatine, élastine, kératine, substances indig*estibles qui constituent ce qu’on pourrait appeler les scories de nourriture ; les composés gazeux (acide carbonique, ammoniaque, azote, hydrog-ène sulfuré, méthane, thiol), ou composés volatils , tels que phénol, indol et scatol qui proviennent de la putréfaction que subissent dans l’extrémité inférieure de l’intestin les résidus alimentaires albuminoïdes non dig'érés.

1. Albumine. — Pour ce qui est des albuminoïdes naturelles, provenant des aliments, ovalbumine, lactalbumine, myosine, etc., rien ne permet chimiquement de les séparer des albuminoïdes naturelles provenant du sérum sang-uin, telles que sérine et globuline.

En effet, quelle que soit leur origine, ces albumines présentent des réactions de coag-ulation communes, par la cha-

leur, et des réactions de précipitation communes par les acides minéraux, par le ferrocyanure de potassium acétique, par le sulfate d’ammoniaque dissous à saturation, par l’alcool, le tanin acétique, l’acide phosphotungstique, le réactif de Tanret, etc. Et comme, de plus, il est exceptionnel que ces albumines alimentaires ne soient pas transformées en albuminates ou albumoses sous l’action des sucs digestifs ou des fermentations microbiennes, nous indiquerons seulement en parlant des produits provenant de notre corps la recherche des albumines dans les fèces. Par contre, nous étudierons ici les moyens de reconnaître et au besoin de doser la quantité d’albumoses et de peptones que contiennent les matières fécales.

2. Albumoses. Peptones. — Pour pratiquer la recherche qualitative de ces corps, on peut employer la méthode suivante indiquée par Arthus (1) : les fèces fraîches sont mélangées avec de l’eau jusqu’à ce qu’elles aient pris la consistance d’une bouillie claire, puis elles sont traitées par l'acide acétique et portées à l’ébullition. Les substances albuminoïdes naturelles et la mucine, s’il y en a, sont coagulées. La liqueur filtrée à chaud renferme les protéines. On neutralise cette liqueur, on la sature de sulfate d’ammoniaque à la température d’ébullition. Il se produit un précipité si la liqueur contient des protéoses. On sépare ce précipité et on recherche s’il y a des peptones par la classique épreuve du biuret. Cette dernière réaction s’obtient, comme l’on sait, de la façon suivante : on ajoute dans la solution à examiner quatre à cinq fois son volume d’une solution de lessive de soude caustique à 30 p. 100 et quelques gouttes d’une solution de sulfate de cuivre à 1 p. 100. La liqueur prend une coloration rosée des plus caractéristiques si elle contient des peptones.

(t) Arthus, Éléments de chimie 'physiologique.

3. Caséine. — Si l’on peut reconnaître d’une façon relativement aisée la caséine dans les fèces par l’examen macroscopique ou microscopique, l’examen chimique, par contre, beaucoup plus délicat, donne des renseignements beaucoup moins certains. Aussi, malgré les travaux relativement importants sur ce sujet des médecins d’enfants, entre autres ceux de Biedert, de Micko, de Knôpfelmacher, etc., nous nous abstiendrons de décrire ces méthodes qui, manquant de certitude, ne peuvent avoir une portée pratique.

B. — Produits de décomposition des résidus d'aliments protéiques.

1. Composés gazeux. — Nous n’indiquerons pas ici les appareils plus ou moins compliqués avec lesquels Ruge- Planer, Marchand, Zuntz, etc. ont fait leurs analyses des gaz de l’intestin, sortes de gazomètres reliés à l’anus par une canule percée de nombreux trous ; pas plus que nous n’indiquerons la marche à suivre pour l’analyse des différents gaz ainsi recueillis ; ce sont là des travaux trop spéciaux, pour les recherches de laboratoire, impossibles à utiliser dans la pratique. La bibliographie permettra au lecteur, que ces études peuvent intéresser, de se reporter aux recherches originales.

Toutefois, on peutétudier les composés gazeux des fèces en vase clos ; et on peut en tirer, ainsi que nous l’indiquerons plus loin, des indications intéressantes pour la diététique. Pour faire cette étude des gaz de putréfaction, on aura recours à l’appareil de Schmidt, que nous décrirons quand nous ferons l’étude du dosage quantitatif de l'amidon rési duel des fèces; ou encore au dispositif de Vauthey tel que le professeur Albert Robin l’utilise pour l’étude des fermentations gastriques.

« L’appareil de Vauthey (fig. 8) consiste en un ballon de 150 centimètres cubes de capacité, à la partie inférieure duquel est soudé un petit tube de verre qu’on ferme avec un tube de caoutchouc et une pince de Mohr à vis. On verse dans le ballon une quantité connue de fèces ; en desserrant un peu la pince de Mohr, on laisse couler quelques gouttes du liquide pour exhaler l’air que le tube peutcontenir; on finit de remplir le ballon avec du mercure, on le retourne sur un vase plein de mercure et l’on met à l’étuve l’appareil ainsi préparé . S’il se dé veloppe des gaz, ceux-ci refoulent le mercure dans le vase et viennent s’accumuler à la partie supérieure du ballon où l’on peut les recueillir à l’aide d’un petit dispositif installé parMortz.

On remplit tout l’appareil de mercure par le tube A jusqu’à M, grâce au jeu successif des robinets G et D qui chassent l’air du tube MD par

l’orifice B. Puis on ferme le robinet C, on ouvre la pince de Mohr M et en abaissant le tube A on aspire en B tous les gaz développés dans le ballon et l’on ferme le robinet D au moment où vient y affleurer le liquide contenu dans le ballon. On lit le volume de gaz, en ramenant le mercure au même niveau dans les tubes A et B.

L’analyse sommaire des gaz se pratique de la façon suivante : par l’entonnoir B, on introduit 5 centimètres cubes

Fig. 8. — Appareil de Vauthey.

dune solution de potasse à 50 p. 100 qui absorbe CO2; la différence de volume qui résulte de cette absorption donne la quantité de CO2. Le reste du mélange gazeux, qui contient rarement de l’oxygène et peu d’azote, est chargé d’hvdrogène qui est plus ou moins chargé de carbures d’hydrogène, CH4 méthane en particulier.

L’hydrogène et ses carbures sont inflammables. Quant à l’hydrogène sulfuré H2S, on le reconnaît à l’aide du papier à l’acétate de plomb. »

Comme gaz provenant de la putréfaction des albuminoïdes on pourra ainsi isoler un peu d’azote, de Vacide carbonique qui est également formé par la fermentation des hydrates de carbone, et aussi de Y hydrogène sulfuré ; nous nous expliquerons sur leur signification clinique dans le chapitre suivant.

2. Leucine. — Tyrosine. — Produits de décomposition de substances albuminoïdes, ils constituent ce qu’on pourrait appeler les produits abiurctiques de la digestion pancréatique, c’est-à-dire qu’ils ne fournissent pas la réaction du biuret, tandis que les protéoses et les peptones qui donnent lieu à cette réaction pourraient être appelés des produits biurétiques.

Pour les extraire des matières fécales, voici comment on peut procéder : on fait bouillir deux parties de fèces avec huit parties d’acide sulfurique étendu de 13 fois son poids d’eau. On prolonge l’ébullition pendant environ 36 heures, en remplaçant constamment l’eau qui s’évapore.

On sursature par un lait de chaux et on fait encore bouillir pendant plusieurs heures. On passe à travers un linge et on précipite l’excès de chaux par l’acide sulfurique. On filtre et on évapore.

Il se dépose d’abord de la tyrosine, beaucoup moins soluble que la leucine dans l’eau. On recueille les cristaux de

tyrosine et on évapore de nouveau. La leucine se dépose. On la purifie par cristallisation en rejetant les premiers produits qui contiennent de la tyrosine.

Pour caractériser ces deux produits, on peut avoir recours pour la leucine à la réaction de Schérer : on évapore avec précaution de la leucine sur une lame de platine, avec de l’acide azotique; il reste un résidu incolore, presque invisible. Chauffé avec quelques g'outtes d’une solution de soude, le résidu se colore en jaune. Si l’on concentre avec précaution, le liquide se réunit, au bout de peu de temps, en une goutte oléagineuse, ne mouillant pas la lame de platine et roulant sur elle.

Pour caractériser la tyrosine, on emploie la réaction de Piria : on la chauffe avec un peu d’acide sulfurique concentré, et elle se dissout en prenant une teinte rouge passagère. Il se forme dans ce cas un acide sulfo-conjugué. On neutralise par du carbonate de calcium et on filtre. La liqueur filtrée donne avec les sels ferriques une belle coloration violette; on peut employer encore la réaction d’Hoffmann : on traite par la tyrosine mise en suspension dans un peu d’eau par quelques gouttes de nitrate merc urique et d’acide nitrique fumant et on fait bouillir pendant quelques instants. On obtient une belle coloration rose qui plus tard se transforme en un précipité rouge.

3. Phénol. — Indol. — Scatol. — On les retire des fèces de la façon suivante : on dilue les matières fécales dans l’eau; puis on les traite avec de l’acide sulfurique et on distille. Dans le produit de distillation, se trouvent les acides gras avec du phénol, de l’indol et du scatol. On neutralise alors le produit distillé avec du carbonate de soude et on distille de nouveau ; l’indol, le scatol et le phénol se décomposent, tandis que les sels de soude des acides gras restent.

Phénol . — Après la séparation des acides gras et des

sels de soude, le phénol passe pendant la distillation dans le produit distillé.

Pour séparer le phénol du scatol et de l’indol, on rend alcalin le produit de distillation avec la potasse caustique, et on distille de nouveau. Le phénol reste et on le nettoie par distillation avec l’acide sulfurique. Dans le produit distillé, on obtiendra une coloration violette avec le perchlorure de fer et une coloration rouge avec le réactif de Millon.

Indol et scatol. — Pour les isoler du phénol, on distille les matières fécales comme il est dit ci-dessus; on traite par les alcalis et on distille de nouveau; ces corps se transforment alors pendant l’évaporation. L’indol forme des petites feuilles incolores semblables à l’acide benzoïque. Il se dissout dans l’eau chaude et légèrement dans l’alcool ; on le décompose en le traitant par une lessive de potasse concentrée.

Le scatol, par contre, se dissout beaucoup plus difficilement dans l’eau; il cristallise également en feuilles incolores et possède une odeur piquante, désagréable. Il n’est pas décomposé par les lessives de potasse modérément concentrées.

Pour séparer ces deux corps, on utilise de préférence le faible pouvoir dissolvant du scatol dans l’eau, puis on constate sa présence en le traitant avec la lessive de potasse. L’indol a la propriété de donner une coloration rouge facilement reconnaissable avec les nitrates contenant de l’acide nitrique; en solutions concentrées, il donne un précipité rouge; en solution alcoolique, il colore en peu de temps en rouge un copeau de pain imbibé d’HCl. Le scatol ne donne pas la réaction ci-dessus mentionnée. La première analyse est trouble, ainsi que la deuxième; ces corps sont donc faciles à différencier.

1° Constatations macroscopiques. — Il n’est pas rare de retrouver dans les fèces, visibles macroscopiquement, des débris plus ou moins reconnaissables des aliments végétaux auxquels nous empruntons la plupart des hydrocar bonés de notre nourriture ; ce sont des restes de légumes crus, tels que les divers restes de salade, les radis, etc., des grains de fruits, pépins de poire, de groseille, de framboise, des enveloppes de noix, des débris de tiges, des peaux d’orange, des fibres d’asperget ces dernières pouvant être prises pour des tænias, des coques de haricots, des petits pois, des lentilles, des morceaux de champignons.

Ce sont là toutes constatations macroscopiques grossières dont l’énumération pourrait être encore longue, et qu'il nous semble inutile de prolonger.

2° Constatations microscopiques. — Microscopiquement il est plus difficile de reconnaître les débris de substance végétale. Il faut cependant, dans certains cas, savoir les caractériser, et pour cela posséder quelques notions d’histologie botanique.

Dans le livre de Van Ledden Hulsebochs on trouvera une description minutieuse de nombreuses substances végégétales qu’on peut avoir à déterminer et qui changent avec l’alimentation ordinaire si variée de nos cuisines modernes. Ici, nous n’en indiquerons que quelques-unes, que, plus couramment que d’autres, on peut y rencontrer en raison de la coutume fréquente que l'on a de les faire entrer dans notre alimentation, et qui par suite méritent d’être connues pour surveiller par exemple le régime des personnes qui les consomment.

Mais au préalable, nous énumérerons avec quelques dé- R. Gaultier. — Précis de Coprologie. 5

tails les formes variées sous lesquelles peuvent se rencontrer les parties constituantes de ces résidus alimentaires végétaux, c’est-à-dire l’amidon, la cellulose, la pectine, la cutine, etc., toutes substances ternaires dont nous allons étudier les caractères microchimiques.

1° Grains d’amidon. — L’amidon dans les fèces peut se montrer sous l’aspect de grains bien formés ou seulement

Fig. 9. — Grains d’amidon de pomme de terre inchangés.

à peine modifiés par les sucs digestifs ; c’est le cas de l’amidon cru. On reconnaît ces grains à leur coloration habituelle, à leur stratification bien particulière, autour d’un point situé le plus souvent à l’une des extrémités; mais s’ils ont déjà subi quelques transformations digestives, ils sont plus ternes, présentant des cassures, des fentes radiaires, avec des vestiges à peine visibles de cette stratification caractéristique qui les distingue.

Variables de grandeur, suivant leur provenance, tantôt ils sont arrondis comme les grains d’amidon du blé, tantôt

ovalaires comme ceux de la pomme de terre (fig. 9) ; tantôt ls se montrent comme des résidus informes à particules isolées ou encore renfermées dans l’intérieur des cellules.

S'il s'agit, au contraire, d’amidon cuit, ce n’est plus sous forme de grains ou de fragments de grains brisés, mais sous forme de colle d’amidon qu’il apparaît collé aux débris de cellules avec ou sans traces d’érythrodextrine ou d’acroo-dextrine.

Les réactions microchimiques de ces restes d’amidon les font reconnaître facilement; l’iode en effet les colore en bleu, surtout si l’on a soin d’écraser au préalable les particules de fèces qu’on examine et où l’on suppose les trouver, tandis que les débris d’érythrodextrine prennent, sous l’influence de l’iode, une coloration rouge vineux.

2° Poils, vaisseaux, fibres, pellicules et membranes épidermiques. — On retrouve fréquemment au microscope dans les fèces des résidus de tissus végétaux de toutes sortes, les uns non digestibles, les autres seulement non digérés, tantôt sous la forme de vaisseaux, tantôt sous la forme de poils, ou encore sous la forme d’enveloppes cellulaires, variables dans leur aspect, suivant leur provenance, mais toujours facilement reconnaissables à leur réaction microchimique.

Tantôt, en effet, ce sont des vaisseaux provenant, par exemple, de salades ou d’épinards, ou de choux, etc., et qui se montrent les uns enroulés en spirales, les autres en anneaux unis ou disloqués, d’autres encore rayés ou ponctués, les uns gros et durs, les autres fins et délicats, formant des paquets ou des fibres que l’examen macroscopique peut faire confondre, à cause de leur largeur et de leur épaisseur, avec le trichocéphale, mais que l’examen microscopique permet de rattacher à leur origine végétale.

Tantôt encore ce sont des poils d’aspect vitreux, incolores, intacts ou plus ou moins brisés (fig. 10) ; ou ce sont

encore des cellules polyédriques, sphériques, fusiformes, étoilées, en palissade suivant la provenance, débris de pellicules ou de tissus épidermiques qui peuvent se montrer

Fig. 10. — Aspect microscopique de différentes espèces d’aliments végétaux apparaissant dans les fèces. (Cellules végétales. Poils de végétaux. Grains d’amidon.)

isolés ou enclavés dans un tissu réticulé à mailles plus ou moins lâches ou serrées (fig. 10).

Ces diverses particules, dont le microscope permet de reconnaître avec la forme l'origine végétale, présentent des réactions microchimiques variées suivant leur teneur en cellulose, pectine, lignine, cutine ou subérine. En effet, la cellulose se colore en bleu par l’iode après l’action de l’acide sulfurique ou du chlorure de zinc iodé qui la ramènent à l’état

d’amidon ; la pectine se colore en bleu violet par le bleu de méthylène ; la lignine se colore en jaune par l’iode ou le chlorure de zinc iodé, en rose par la fuchsine, en rouge par la phloroglucine additionnée d’acide chlorhydrique ; enfin la cutine ou subérine se colore en jaune par l’iode ou le chlorure de zinc iodé, en rose par la fuchsine.

3° Aspect microscopique de quelques résidus provenant de nourriture végétale usuelle. — Comme nous l’avons fait précédemment en ce qui concerne les résidus alimentaires provenant d’une nourriture animale usuelle, nous exposerons maintenant ici l’aspect microscopique de quelques résidus fécaux d’alimentation végétale courante, dont la connaissance peut être utile pour la surveillance d’un régime ou plus simplement pour éviter une erreur de diagnostic. Ceux que le sujet intéresse particulièrement trouveront dans le livre déjà cité de Van Ledden Hulsebochs une description minutieuse de ces divers résidus.

Haricots. — Outre les pellicules extérieures du grain de haricot qui repassent fréquemment inchangées dans les fèces, on peut voir des couches de cellules en palissade, de cellules de parenchyme spongieux du hile en forme de corne, ou encore des cellules remplies de colle d’amidon provenant du parenchyme des cotylédons (fig. 11).

Petits pois. — L’aspect de la figure vaut mieux que toute description; on peut cependant constater les cellules du parenchyme des cotylédons qui contiennent de la farine d’amidon avec leurs formes originelles plus ou moins rondes comme un œuf et les contours de grains d’amidon à peine changés (fig. 12).

Pommes de terre. — Outre les cellules parenchymateuses des parties nutritives de la pomme de terre remplies d’amidon que l’on peut reconnaître à leur figure spéciale (fig. 9), on peut rencontrer de petits débris de peau que l’on distin-

70 SUBSTANCES CONSTITUANTES DES FÈCES EN GÉNÉRAL, guera à leur double couche cellulaire : l’extérieure composée

Fig. 12. — Débris de petits pois dans les fèces.

de quelques cellules de liège de couleur foncée; l’intérieure composée de cellules parenchymateuses minces qui ont

pour caractéristique de contenir un petit cristal d’oxalate de chaux.

Carottes. — On retrouve toujours dans les fèces après une nourriture de carottes des petits grains de couleur orange, tantôt encore inclus dans les cellules, tantôt en petits bâtons essaimés, ce qui nous montre la résistance de la matière colorante toute particulière à ce légume.

Salades (laitue). — On reconnaîtra des résidus microscopiques de laitue aux petits poils pourvus de glandes que

l’on peut voir sur les bords de l’épiderme de la feuille; aux parois ondulées des cellules qui composent cet épiderme, aux nombreux stomates qu’elle présente (fîg. 13).

Asperges. — Déjà, à l’examen microscopique, nous avons appris à reconnaître la présence de débris d’asperges comme de longs fils analogues à des fausses membranes, longs parfois de 10 à 12 millimètres; l’examen microscopique montre la constitution de ces bandes par de nombreuses pelotes

72 SUBSTANCES CONSTITUANTES DES FÈCES EN GÉNÉRAL, de filasses formées d’une mince paroi de cellules (fig. 14).

Fig. 15. — Débris d’épinards dans les fèces.

Épinards. — On rencontre dans les cellules provenant

des débris de feuilles d’épinards des cristaux d’oxalate de chaux, ainsi que le montre la figure 15.

Champignons. — On reconnaîtra facilement dans les fèces des résidus provenant des champignons à l’aspect caractéristique des fils de mycélium qui les constituent.

Truffes . — Souvent, dans les matières fécales, de petits

Fig. 16. — Débris de truffes dans les fèces.

morceaux noirs, tous analogues aux fruits dont ils proviennent, indiquent l’ingestion detrulfes; au microscope on pourra, du reste, percevoir de nombreuses spores en forme de boules elliptiques de coloration brune et pourvues d’une quantité de piquants (fig. 16).

Poires . — Les cellules pierreuses de la poire sont assez caractéristiques pour qu’on en diagnostique la provenance (fig. 17).

Melons. — Raisins. — Pour toute description nous renvoyons aux figures 18 et 19.

Riz . — Outre les cellules de l’endosperme remplies d’une

Fig. 17. — Cellules pierreuses de la poire dans les fèces.

colle d’amidon informe, on peut reconnaître, après une

nourriture de riz, la coque des grains de riz qui présentent

Fig. 20. — Débris de riz dans les fèces.

à considérer les cellules propres à la coque des graminées aux parois onduleuses et garnies de poils nombreux (fig. 20).

Pain blanc. — Les résidus fécaux de pain blanc (fi g’. 21) ne se présentent point sous le même aspect, que le pain ait ou non été bluté. Quand il y a eu blutage, les pellicules sont éloignées, et seul l’endosperme qui contient la farine d’amidon écrasée en poudre est resté ; dans l’autre cas, c’està-dire en l’absence de blutage, la farine est mélangée avec la coque du grain de ferment tout entier. C’est un fait bien

Fig. 21. — Débris de pain blanc.

connu que les différentes matières nutritives ne sont pas partagées régulièrement dans la totalité du grain, mais que l’amidon est tassé dans la partie centrale, tandis que les matières d’albumine se trouvent à la périphérie. Dans le blutage, une grande partie de ces dernières est enlevée avec la coque ; d’où ce fait que le pain blanc est moins nutritif que le pain gris, mais, par contre, d’une digestion beaucoup plus facile. Dans les excréments on retrouve, malgré le blutage avec la poudre fine de froment, des poils

uniceliulaires ayant une paroi épaisse et une base élargie en forme de massue.

En cas de nourriture avec le pain gris ou pain grossier, on remarque dans les fèces le son, c’est-à-dire des peaux en grand nombre formées microscopiquement de la façon suivante : 1° un épiderme composé dè cellules allongées

Fig. 22. — Débris de pain de seigle.

avec une couronne de poils; 2° une couche de cellules rectangulaires avec des parois épaissies par places en forme de chapelet; 3° une couche intérieure de cellules allongées en forme de tuyaux qui recouvrent les cellules rectangulaires; 4° enfin, la couche des cellules de gluten (fig. 22).

3° Constatations chimiques. — 1. Amidon. — Analyse qualitative. — La recherche de l’amidon dans les matières fécales peut se faire de la manière suivante (procédé de Von Jacks) : on fait bouillir les fèces avec de l’eau, on filtre et le résidu est chauffé au bain-marie avec une solution iodo-iodurée qui colore en bleu l’amidon.

Analyse quantitative . — On peut rechercher la quantité d’amidon contenu dans les fèces, soit par la méthode de saccharification, soit par la méthode de fermentation.

1° Méthode de saccharification. — On fait bouillir une quantité donnée de fèces dans une solution d’HGl à 2 p. 100, de façon à transformer les hydrates de carbone en glycose et dans cette solution on dose le glycose par une liqueur de Fehling ferrocyanurée (dans 100 centimètres cubes de liqueur de Fehling’, 2 grammes de ferrocyanure de potassium) titrée de telle sorte que 10 centimètres cubes de liqueur soient réduits par 0gr,05 de glycose.

Exemple : Si pour réduire 10 centimètres cubes de cette liqueur, il faut employer 40 centimètres cubes de la solution à analyser, on dira que ces 40 centimètres cubes contiennent 0,05 centigrammes de glycose ou que 100 con-

tiennent 0,05 X j-- = 0gp,125.

2° Méthode de fermentation. — On prend une quantité donnée de fèces que l’on triture dans l’eau et que l’on place ensuite dans un récipient supportant un appareil composé de deux tubes en U (fig. 23) ; l’un de ces tubes, fermé à son extrémité supérieure, est rempli d’eau et mis en communication, d’une part, avec le récipient qui contient les selles à examiner; d’autre part, avec le second tube, lequel, vide, est percé d’un orifice à son extrémité supérieure. La disposition de cet appareil est telle que lorsque des fermentations vont se produire dans les fèces du récipient, si l’on porte l’appareil à l’étuve à 37° pendant vingt-quatre heures, des gaz vont se dégager à la partie supérieure du premier tube et refouler l’eau qui est chassée du tube fermé dans le tube ouvert. On peut lire ainsi facilement la quantité de gaz dégagée.

Le principe de la méthode reposant en effet sur ce fait

que des fèces abandonuées à l’étuve pendant vingt-quatre heures présentent une fermentation précoce avec acidification de leur masse en rapport avec la proportion d’hydrates de carbone, et surtout d’amidon qu’elles contiennent, on peut, en quelque sorte, d’après la constatation de cette fermentation, doser comparativement les hydrates de carbone des fèces.

2. Sucre. — Si nous parlons ici du sucre dans les fèces, c’est parce que quelques auteurs, comme Blauberg, ont signalé sa présence dans les selles normales des nourrissons, et que Callomon, Pusch,

Lenge et Berend en ont rencontré dans les selles pathologiques.

Pour notre part, dans les multiples essais d’utilisation que nous avons faits chez les adultes, et dans quelques recherches sur les nourrissons, nous n’avons jamais pu constater sa présence ; vraisemblablement parce que le sucre est une substance très dialysable, d'une facile résorption, quelle que

soit la quantité dans laquelle il ait été ingéré, quel que soit l’état de la surface absorbante de la muqueuse digestive. Nous sommes en cela d’accord avec la majorité des auteurs, avec Wegscheider pour le nourrisson, avec Schmidt et Strassbürger pour l’adulte.

Pour rechercher sa présence, on se sert de la liqueur réductrice de Fehling, après avoir eu soin, d’une part, de rendre la solution de matières fécales, sur laquelle on

Fig. 23. — Appareil employé pour la mesure des hydrates de carbone par la méthode de fermentation.

opère, transparente, et, d’autre part, d'éloigner, avec l’eau acidulée par exemple, les matières albumineuses qui, en présence de l’alcali caustique de la liqueur de Fehling, pourraient donner de l’ammoniaque qui troublerait les résultats.

S’il s’agit d’enfants nourris purement au lait, c’est-àdire n’ayant point d’autres hydrocarbures dans leur alimentation que le sucre du lait, on peut également recourir, pour apprécier sa présence, à l’appareil de fermentation cité plus haut à propos de l’amidon (Schmidt).

3. Cellulose. — Comme nous le verrons dans le chapitre suivant, la cellulose traverse le tube digestif sans subir grandes modifications ; aussi peut-on constater sa présence dans les matières fécales en plus ou moins grande abondance, suivant la proportion d’aliments végétaux dans l’alimentation.

On peut facilement en connaître la quantité en procédant delà manière suivante : 10 grammes de fèces sont mélangés avec trois ou quatre fois leur volume de potasse caustique pure et 30 à 40 centimètres cubes d’eau distillée. Le tout est placé dans une cornue de verre solide, que l’on ferme à l’aide d’un bouchon et l’on porte à l’ébullition; on débarrasse ensuite le résidu des substances autres que la cellulose et qui peuvent le souiller, en épuisant successivement par l’eau de chlore, l’acide acétique, l’alcool, l’éther et l'eau. — Le résidu sec ainsi obtenu est pesé, puis incinéré, et la soustraction du poids des cendres du poids total du produit précédemment obtenu indique le contenu en cellulose des fèces examinées.

D. — Produits de décomposition des résidus d’aliments hydrocarbonés.

1. Composés gazeux. — Ce que nous avons dit sur les composés gazeux provenant de la putréfaction des albuminoïdes nous permettra d’être bref sur la recherche des gaz dus à la fermentation des hydrocarbonés. Les mêmes principes sont en effet ici applicables ; seules diffèrent la qualité et la quantité des g'az que l’on peut rencontrer.

L’acide carbonique se montre en effet en grande abondance après un régime végétarien. L’hydrogène également est produit en quantité considérable par la fermentation butyrique des hydrates de carbone (glucose, lactose, saccharose, amidon, cellulose), ainsi que l’indiquent les formules ci-jointes :

CGH‘206 = C4H802 + 2C02 + H4

Glucose. Acide

butyrique.

Clayon + H20 = 2C4H802 + 4C02 + H8

Lactose.

Saccharose.

(C6H10O5)* + A'H20 = .rC4H802 + 2*C02 + xW.

Amidon.

Enfin nous signalerons encore le méthane ou gaz des marais qui se dégage des fèces où fermente la cellulose, il est par conséquent très abondant après une alimentation de légumes secs.

Mais nous n’insisterons pas davantage ici sur ces composés gazeux dont nous dirons, dans la seconde partie de cet ouvrage, la signification clinique.

2. Acides acétique, butyrique et lactique. — Pour re- R. Gaultier. — Précis de Coprologie. 6

tirer des fèces ces divers acides, on peut opérer suivant la méthode d’Hoppe-Seyler. On dilue les matières fécales dans l’eau, on les traite avec de l’acide phosphorique et on les distille. Dans le produit de distillation se trouventlesacides gras, avec de l’indol, du phénol et du scatol. On neutralise alors le produit distillé, avec du carbonate de soude, et on distille de nouveau; l’indol, le scatol et le phénol se décomposent, tandis que les sels de soude des acides gras restent. Ils sont alors évaporés au bain-marie jusqu’à dessiccation; le résidu est ensuite traité par l’alcool, dissous de nouveau dans l’eau après évaporation de l’alcool, et la solution examinée au point de vue de la recherche des acides. La séparation de ceux-ci, dans le cas où ils sont en grande quantité, peut être obtenue par distillation fractionnée. Nous pouvons également obtenir une séparation partielle en précipitant par l’éther les sels de soude (Y. Jaksch). Si on possède les matériaux suffisants, on peut transformer les acides en leurs sels d’argent ou de baryte, et utiliser pour les isoler, leur solubilité différente dans l’eau. La détermination de la proportion d’argent, de baryum ou de sodium contenue dans ces sels est rendue possible au moyen des réactions indiquées ci-dessous.

Acide acétique. — L’acide acétique est un liquide à odeur forte et piquante, qui bout à 119° G. et cristallise à 0° C. En présence d’une solution de chlorure de fer, ses sels donnent une coloration rouge sang qui disparaît à la cuisson et en même temps il se produit un précipité de couleur de rouille. Le nitrate d’argent donne dans une solution neutre d’acétates un précipité qui est soluble dans l’eau chaude sans réduction.

Acide butyrique. — A l’état pur, l’acide butyrique est un liquide huileux, à odeur repoussante, qui bout à 130° C. ; il est soluble dans l’alcool et l’éther, en proportion déter-

minée. Ses sels, additionnés d’acides minéraux, dégagent l’odeur repoussante d’acide butyrique. Les solutions de chlorure de fer ne forment avec eux aucune coloration rougeâtre. Dans ces solutions, le nitrate d’argent produit un précipité cristallisé, insoluble dans l’eau froide.

Acide lactique. — Quant à l’acide lactique, on décèle sa présence par laréaction d’Ulfelmann.

Il possède, en effet, la propriété de décolorer la liqueur violette obtenue en mélangeant une solution aqueuse très étendue de perchlorure de fer et une solution étendue de phénol.

E. — Résidus des aliments gras.

1° Constatations macroscopiques. — L’apparition des graisses dans les fèces peut quelquefois être reconnue par la simple inspection macroscopique. Il est rare, cependant, qu’elles s’v montrent sous forme de résidus alimentaires caractéristiques de leur provenance, comme, par exemple, sous forme de morceaux de beurre ou de morceaux de lard ; e plus souvent, quand elles s’y montrent, elles imprègnent la selle qu’elles enrobent d’une couche de consistance molle, analogue à celle du suif qui se durcit à l’air, formant une sorte de coque aux matières. Dans certains cas plus manifestes, connus sous le nom de stéarrhées , les selles sont argileuses, décolorées; tantôt pâteuses comme certains cosmétiques, pommadeuses pourrait-on dire, elles sont parsemées de petites boulettes de graisse, grosses comme un pois ou une noisette, conglomérat de couleur blanchâtre^ doux au toucher, soluble dans l’éther; tantôt diarrhéiques, laissent surnager les graisses à leur surface comme une couche d’huile liquide qui se fixe en durcissant sur les parois du vase.

2° Constatations microscopiques. — Au microscope, il

est facile de reconnaître leur présence et de déterminer leur nature (fig. 24 et 25). — En effet, les graisses neutres se montrent sous forme de goutelettes de coloration blanchâtre, d’aspect sombre, de tailles des plus variées; ou, parfois, écrasées sous le microscope, réunies les unes aux autres, elles prennent un aspect découpé en jeu de patience ou de carte géographique ; dans d’autres cas, et cela dépend

Fig. 24. — Gouttelettes de graisse et nombreux détritus.

de leur point de fusion, elles se montrent sous la forme de bouts irréguliers non transparents, incolores, ou plus ou moins colorés en jaune par la bilirubine, voire même par leur couleur propre.

Au reste, leurs réactions chimiques sont assez particulières pour qu’on les puisse reconnaître facilement; se liquéfiant par la chaleur pour celles qui, à cause de leur point de fusion trop élevé, ne se rencontrent point en gouttelettes liquides, elles se redurcissent par le refroidissement; insolubles dans l’eau, légèrement dans l’alcool à

froid, elles se dissolvent facilement par l’alcool à chaud, l’éther et le chloroforme ; elles se colorent en noir par l’acide osmique d’une façon plus ou moins intense, suivant les proportions d’oléine qu’elles contiennent, car, d’après Starke, la palmitine et la stéarine ne réduisent point l’acide osmique.

Les acides gras libres se montrent, eux, le plus souvent

Fig. 25. — Aspect microscopique des graisses sous leurs divers états dans les fèces (graisses neutres GN; acides gras AG; savon S).

sous la forme de cristaux aciculés, d’aiguilles finement recourbées, disposées par amas ou encore sous forme de cristaux arborescents et radiés, effilés vers leurs bords ; quelquefois, certains d’entre eux forment de petites plaques lancéolées, se rapprochant des placards de savon que nous allons

étudier plus loin ; habituellement incolores, transparents, on peut les colorer de la même façon que les graisses neutres par l’acide osmique ; leurs réactions microchimiques sont très analogues, elles ne diffèrent des premières que par leur dissolution facile dans l’alcool à froid et dans la potasse.

Toutefois, récemment Jean Camus et Pagniez (1) ont montré que les acides gras se colorent par le liquide de Ziehl ou par le violet de gentiane aniliné, et ne se décolorent plus par les acides forts étendus, à l’encontre des graisses neutres, et Jacobson (2) a utilisé cette pratique dans l’exploration des fonctions digestives. Elle nous semble des plus recommandables en raison de sa simplicité.

Quant aux savons , ils se montrent dans les fèces, soit amorphes, soit sous forme de cristaux ; ils sont moins brillants que les graisses neutres et les acides, ils ont des contours plus nets, ils sont plutôt polygonaux qu’arrondis. Tantôt ce sont des sels de chaux jaunes avec des bords irrég'uliers, parfois ovalaires, fractionnés par des scissures plus ou moins profondes ; tantôt ce sont des aiguilles plus massives que celles des acides gras, aiguilles courtes et larges, ou encore des corpuscules arrondis, radiés, semblables, dit Lynch, à des œufs de tænia ou à des grains d’amidon, indemnes ou fissurés (savon de magnésie).

Solubles dans l’eau chaude et l’alcool, leurs réactions microchimiques particulières permettent de les distinguer ; c’est ainsi que pour les savons de chaux généralement colorés en jaune, on peut, comme l’a fait Nothnagel, après avoir ajouté une goutte d’acide sulfurique, chauffer légèrement la préparation et, immédiatement, on voit les savons

(1) Jean Camus et Pagniez. Propriétés acido-résistantes des acides gras ( C . R. de la Soc. de Biologie, 23 déc. 1905).

(2) Grégoire Jacobson. Coprologie clinique. Sur une réaction colorante des acides gras [P cesse médicale , 7 mars 1906).

se dissoudre pour laisser à leur place des cristaux de gypse reconnaissables. Il est, en effet, nécessaire d’ajouter une goutte d’acide quelconque avant de faire chauffer la préparation pour voir ces savons entrer en fusion, ce qui permet de les distinguer ainsi aisément des acides gras correspondants.

3° Constatations chimiques. — Il est très facile, chimiquement, de reconnaître d’une façon grossière la présence des graisses dans les matières. Il suffit en effet de triturer une petite portion de fèces avec de l’éther et de tremper dans cet extrait un papier buvard qui devient translucide comme une tache d’huile, quand il y a des graisses.

Analyse quantitative. — Où l’opération se complique, c’est quand il s’agit de faire le dosage de ces dernières ainsi constatées. Il est avant tout de première nécessité d’opérer sur des matières au préalable complètement desséchées ; après quoi, on pratique l’extraction totale des graisses par l’éther. Ayant donc prélevé une certaine quantité de fèces sèches, on les triture dans un mortier avec des morceaux de sable fin, au préalable bien lavé, puis, on les place dans un filtre spécial de l’appareil à épuisement de Soxhlet d’où l’on extrait le plus simplement du monde toutes les graisses par l’éther. L’extrait éthéré total, après dessiccation absolue, est pesé et son poids donne en conséquence la quantité de graisses contenues dans les fèces examinées.

Analyse qualitative. — Pour ce qui est de la détermination des graisses neutres, des acides gras et des savons, nous nous réservons, dans une autre partie de ce volume, de décrire notre mode de procéder ; nous indiquerons, ici, la méthode employée par le professeur Dastre, et celle décrite par Arthus.

Méthode du Professeur Dastre. — « Les matières grasses

qui sont contenues dans les excréments, y sont sous quatre états : 1° les graisses neutres; 2° les acides gras libres; 3° les savons alcalins solubles dans l’éther; 4° les savons de chaux et de magnésie en quantité très faible, qui restent avec le résidu dans l’appareil Soxhlet, parce qu’ils ne sont point solubles dans l’éther.

« L’extrait éthéré sec au préalable obtenu comme précédemment est redissous dans l’éther et cette solution est partagée en trois lots égaux destinés à la recherche des trois premières espèces de corps gras que seul l’éther a pu extraire.

« On recherche tout d’abord les savons alcalins. Pour ce faire, on additionne l’extrait éthéré d’un égal volume d’eau; on agite, on décante après repos la couche inférieure aqueuse qui contient les savons alcalins; après plusieurs décantations successives, ces eaux sont traitées par le chlorure de baryum qui précipite les savons alcalins sous forme de savon de baryte insoluble qu’on pèsera à l’état sec et d’où l’on remontera aux acides gras évalués en acides stéarique et palmitique.

« Ensuite, on recherche les acides gras suivant le procédé d’Hoppe-Seyler, c’est-à-dire qu’on traite la solution éthérée par une solution alcoolique aqueuse (1/5 d’alcool) de carbonate de soude pour neutraliser les acides gras sans saponifier les graisses neutres; on a ainsi deux couches, une supérieure formée par l’extrait alcoolique éthéré contenant les graisses neutres; une couche inférieure contenant les savons de soude. On ajoute de l’eau, on agite, on décante trois fois. La liqueur aqueuse contenant les savons de soude est traitée par HCl qui décompose les savons et met les acides gras en liberté; on filtre sur un papier préalablement taré, on lave à l’eau et dessèche, on pèse et on obtient le poids des acides gras.

« Enfin, on recherche les graisses neutres de la façon suivante. On prépare d’abord de l’éthylate de sodium, en jetant un morceau de sodium dans l’alcool éthylique, on verse dans l’extrait éthéré; les graisses neutres se décomposent à froid, et les acides gras s’unissent à la soude en formant un précipité de savons de soude.

« On additionne d’eau et de chlorure de baryum ; on agite, on décante le précipité de savons de baryte et l’eau. On filtre la bouillie, on lave le filtre pour chasser l’excès de baryte, les savons restent sur le filtre ; on le dessèche, on le pèse, on remonte aux acides gras et de là aux graisses neutres.

« Restent encore à déterminer les savons alcali no-terreux, savons de chaux et de magnésie, ainsi que les savons acides insolubles dans l’éther qui sont restés avec le résidu sec dans l’appareil à épuisemenl.

« Pour cela, on reprend ce dernier par l’eau additionnée d’HGl à 2 p. 100; le tout est porté à l’ébullition. Les savons acides de soude, les savons de chaux et de magnésie sont décomposés et les acides gras mis en liberté. On filtre, on reporte dans l’appareil à épuisement la partie insoluble et l’on épuise par l’éther. On obtient ainsi les acides gras correspondants aux sels en question ; on évapore, on dessèche, on pèse. On a ainsi en acides gras la quantité de graisses qui avaient échappé à la première analyse. »

Méthode d'Arthus. — « On commence par épuiser par l’éther humide les matières à analyser, préalablement desséchées à 110° et broyées au besoin avec du sable fin; on dissout les graisses neutres, les acides gras libres et les savons d’alcalis ; on laisse dans le résidu les savons alcalinoterreux (savons calciques). On agite la solution éthérée avec de l’eau distillée : l’eau dissout les savons d’alcalis ; l’éther retient les graisses neutres et les acides gras libres inso-

lubies dans l’eau. La solution aqueuse de savons d’alcalis est précipitée par le chlorure de baryum et les savons barytiques insolubles, séparés par le filtre, sont lavés à l’eau, desséchés et pesés. — La solution éthérée, débarrassée des savons d’alcalis, ne contient plus que les graisses neutres et les acides gras libres : elle est agitée avec une solution aqueuse de carbonate de soude : les acides gras libres passent à l’état de savons sodiques et se dissolvent dans beau ; les graisses neutres ne sont pas altérées et restent en solution dans l’éther.

« La solution aqueuse de savons sodiques peut, après neutralisation de l’excès de carbonate de soude qu’elle contient, être précipitée par le chlorure de baryum et les savons barytiques insolubles sont séparés par le filtre, lavés, desséchés et pesés. Mais cette façon de procéder est fort délicate : dans la neutralisation, en effet, il faut ajouter une quantité d’acide suffisante pour neutraliser rigoureusement la totalité du carbonate de soude, sous peine de faire ensuite du carbonate de baryte qui souillerait le précipité des savons de baryte ; — il faut, d’autre part, éviter d’ajouter un excès d’acide, sous peine de précipiter une partie des acides gras des savons et de diminuer d’autant le précipité des savons de baryte. Aussi a-t-on avantage à procéder de la façon suivante : les acides gras de la solution des savons sont précipités par un excès d’HGI, jetés sur un filtre, lavés, dissous par la soude ; la solution est précipitée par le chlorure de baryum et les savons de baryte sont lavés, desséchés et pesés.

« La solution éthérée, débarrassée des savons d’alcalis et des acides gras libres, ne contient plus que des graisses neutres : elle est saponifiée par la soude caustique.

« Les savons sodiques produits sont dissous dans l’eau, précipités par le chlorure de sodium et les savons barytiques

produits, séparés par le filtre, sont lavés, desséchés et pesés.

« Le résidu des matières épuisées par l’éther renferme encore les savons alcalino-terreux. On traite ce résidu par une liqueur acide, une solution chlorhydrique étendue, par exemple, les savons alcalino-terreux sont décomposés : les acides sont mis en liberté. On peut, par conséquent, après dessiccation de la masse, les extraire par l’éther, agiter la solution éthérée avec une solution aqueuse de carbonate de soude et obtenir des savons d’alcalis en solution dans la liqueur carbonatée, neutraliser cette dernière, précipiter les savons d’alcalis par le chlorure de baryum, séparer par filtration les savons barytiques, les laver à l’eau, les dessécher et les peser.

« On a ainsi isolé les quatre groupes de substances grasses qu’on a ramenées à l’état de savons barytiques. »

Méthode de Denigès-Castets. — Pour doser la totalité des matières grasses contenues dans les fèces, le procédé plus simple de Denigès-Castets repose sur ce principe que, dans la destruction des matières organiques par l’acide azotique en présence du permanganate de potasse, les substances graisseuses sont intégralement respectées. Les graisses sont reprises par l’éther et pesées.

Pour doser les acides gras et les graisses saponifiées, on prend une portion aliquote des matières grasses précédemment obtenues, on neutralise par l’acide phosphorique, on dessèche et on épuise par l’alcool. La solution alcoolique filtrée est évaporée pour chasser l’alcool, reprise par l’eau pour enlever l’excès d’acide minéral, filtrée et lavée ; le résidu du filtre lavé à l’alcool lui cède ses acides gras qu’on titre acidimétriquement en présence de la phtaléine du phénol, comme il a été dit plus haut.

Telles sont les constatations dont nous devons nous contenter dans ce chapitre, nous réservant, dans la seconde

partie de cet ouvrage, de faire connaître les causes qui font varier la proportion relative de ces différents corps gras dans les fèces.

F. — Résidus alimentaires d’origine minérale et substances médicamenteuses introduites avec les aliments.

1° Constatations microscopiques. — 1° Sels de chaux. — On peut rencontrer dans les fèces toutes les variétés

Fig. 26. — Aspect microscopique de mucus et de différents cristaux dans les fèces (cristaux de cholestérine, cristaux de phosphate de chaux, cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien).

possibles de sels de chaux , depuis les carbonates , sous forme de granulations amorphes qui se dissolvent dans

RÉSIDUS DES ALIMENTS MINÉRAUX

l’acide acétique avec dégagement de gaz, les lactates de chaux, en bouquets d’aiguilles radiaires, les sulfates de chaux, dont les beaux cristaux de gypse sont faciles à reconnaître jusqu’à Yoxalate de chaux en forme d’enveloppe de lettre, que ne dissout pas l’acide nitrique, mais que transforme en cristaux de gypse l’acide sulfurique dilué. Signalons encore la présence des phosphates de chaux, qui se dissolvent comme les précédents dans les acides, mais qui s’en distinguent parce qu’ils sont détruits par l’ammoniaque (fig. 26).

2° Phosphate ammoniaco-magnésien. — Ces cristaux

Fig, 27, — Cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.

peuvent se rencontrer sous toutes les formes possibles (fig. 27) : tantôt réguliers avec leur aspect caractéristique en couvercle de cercueil, tantôt plus petits, irréguliers, pouvant donner le change avec les cristaux d’oxalate de chaux en forme d’enveloppes de lettres, parfois minces, déchirés, déchiquetés, cassés, voire même déposés en masse sous la

forme de longs placards les uns à côté des autres; ils offrent ainsi des aspects variés suivant les préparations, ou seulement suivant plusieurs points d’une même préparation dans lesquels on peut cependant les reconnaître par leur forme de passage et leur réaction microchimique. Ils se dissolvent en effet dans l’acide acétique légèrement dilué, et recristallisent dans leur forme caractéristique, quand on ajoute après une solution d’ammoniaque.

3° Bismuth. — Les cristaux noirs de bismuth se reconnaissent assez facilement dans les fèces ; ils n’ont pas de forme caractéristique, mais, comme le dit Strassbürger, leur aspect nettement cristallin suffit à les distinguer des petites particules noirâtres de charbon.

2° Constatations chimiques. — Il nous faut ici faire l’étude des cendres des matières fécales, et de même que nous avons été obligé au paragraphe des substances protéiques, quand nous avons abordé leur dosage par la méthode de Kjeldahl, de confondre momentanément dans une même description l’azote provenant des résidus alimentaires et l’azote provenant des déchets de la muqueuse digestive, de même ici, force nous sera d’étudier du même coup les cendres provenant de la nourriture et celles provenant de l’usure des tissus, nous réservant, dans des chapitres isolés, de rappeler ensuite l’attention suivant leur origine sur telles ou telles parties constituantes de ces cendres ainsi examinées dans leur ensemble, comme nous l’avons fait du reste pour les substances protéiques analysées séparément.

1° Gendres en général. — Pour faire le dosage totac des cendres, on commence par dessécher la matière autant que faire se peut, et on la met dans une capsule de platine, où on la calcine jusqu’à ce que le résidu ne renferme plus aucune trace visible de charbon ; on pèse

RÉSIDUS DES ALIMENTS MINÉRAUX

alors, et en retranchant du poids trouvé celui de la capsule vide on en déduit le poids cherché des cendres.

La calcination doit être faite à une température aussi peu élevée que possible, de manière à éviter les pertes qui pourraient provenir de la volatilisation des matières minérales, de manière aussi à éviter leur fusion, qui empêcherait l’accès de l’air et rendrait la combustion des dernières particules charbonneuses extrêmement difficile. — Il est bon également, en raison des substances albuminoïdes que contiennent les matières fécales^ substances qui éclatent et décrépitent à la chaleur, de couvrir la capsule aussi longtemps que la décrépitation se fait entendre, et de n’enlever le couvercle que quand le bruit cesse totalement.

2° Gendres en particulier. — Ensuite, pour faire V analyse qualitative des cendres, suivant la méthode classique, on épuise celles-ci par l’eau et l’on examine la réaction du liquide au papier de tournesol. Dans la plupart des cas, elle est alcaline et provient soit de carbonates, soit de phosphates alcalins.

Les carbonates sont décelés par l’effervescence produite après l’addition de quelques gouttes d’HGl à la liqueur.

S’il y a des sulfates dans cette eau de lavage, on les y décèle en ajoutant une petite quantité de chlorure de baryum et en acidulant d’HGl; on obtient de la sorte un précipité finement pulvérulent, insoluble dans l’eau aiguisée d’HGl.

En ajoutant à l’eau de lavage du nitrate d’argent, on obtient un précipité blanc soluble dans l’ammoniaque et insoluble dans l’acide azotique, si elle contient des chlorures alcalins.

La présence de phosphates se révèle par la réaction

suivante: on ajoute à une autre portion de l’eau de lavage du chlorure d’ammonium et de l’ammoniaque; on agite, et l’on verse dans le mélange, goutte à goutte, une solution de sulfate de magnésie, qui fait apparaître, en cas d’acide phosphorique, un précipité immédiat.

L’ammoniaque et l’oxalate d’ammonium servent à déceler la présence de la chaux.

Les sels de potassium donnent un précipité jaune cristallin, quand on ajoute, à l’eau de lavage qui les renferme, de l’alcool, de l’HGl et du chlorure de platine.

Enfin, si l’on évapore à siccité le restant des eaux de lavage ; qu’on y plonge un fil de platine, que l’on porte ensuite dans la partie la plus chaude de la flamme d’un bec Bunsen, la présence de la soude nous est révélée par une coloration jaune vif de cette flamme.

Quant à la partie des cendres insoluble dans l’eau, on la traite par l’HCl et on ajoute à la liqueur claire filtrée un excès d’ammoniaque.

On précipite la chaux au moyen de l’oxalate d’ammoniaque, sous la forme d’oxalate calcique insoluble dans l’eau, insoluble dans l’eau acidulée par l’acide acétique, soluble dans l’eau acidulée par l’HCl.

Dans la solution chlorhydrique des cendres, rendue alcaline par addition d’ammoniaque et débarrassée des sels de chaux par l’oxalate d’ammoniaque, les sels de magnésie sont séparés à l’état de phosphates ammoniacomagnésiens par addition d’ammoniaque en excès et de phosphate de soude.

On reconnaît dans un extrait chlorhydrique de cendres la présence d’un sel de fer au moyen des réactions suivantes : 1° la potasse ou l'ammoniaque déterminent la formation d’un précipité floconneux rouge brun d’hydrate de fer; 2° le ferrocyanure de potassium donne un préci-

RÉSIDUS DES ALIMENTS MINÉRAUX. 97

pité de bleu de Prusse ; 3° le sulfocyanure de potassium donne une coloration rouge-sang' ; le tanin colore la solution en noir.

C’est assez, croyons-nous, d’avoir indiqué ici en quelques mots les méthodes de dosage général des cendres, et l’analyse qualitative des éléments qu’elles contiennent; nous ne pouvons insister sur le dosage même de ces éléments dont on peut du reste trouver la méthode dans tout livre de chimie analytique. Nous contentant des quelques données précédentes, nous allons maintenant indiquer, d’après les recherches de quelques auteurs, les différentes variétés de substances minérales que l’on peut rencontrer dans les fèces, dans des circonstances normales, nous réservant plus loin, dans un autre chapitre, de définir les causes qui font varier leurs proportions relatives, d’où nous pourrons déduire certaines considérations diagnostiques.

Voici, d’après Zweifel, la composition en cendres du méconium, résumée dans le tableau ci-dessous :

ÉLÉMENTS

Insolubles dans HCl. . .

Fe203

CaO

MgO

Alcahs S Na'.:::::::::

D’autre part, on trouvera dans le tableau suivant, d’après Muller, la composition des cendres des fèces des jeûneurs Getti et Breithaupt.

R. Gaultier. — Précis de Goprologie. 7

ÉLÉMENTS

CETTI .

BREITHAUPT .

Pour 100.

Pour 100.

Insoluble dans HCl

Fe

Ga

Mg

Alcalis (K et Na)

HCl .

Page 1