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ET DES PRODUITS D EXCRÉTION DE LA MUQUEUSE INTES

TINALE.

A. — Constatations macroscopiques.

1. Mucus. — Parmi les produits provenant de la muqueuse digestive que l’on rencontre fréquemment dans les fèces, il faut citer avant tout le mucus , qui tantôt apparaîtra macroscopiquement sous la forme de véritables glaires, de coloration gris jaunâtre, recouvrant la masse des matières fécales ou plus ou moins intimement mélangées avec elles, et que, pour rendre plus visibles, on peut faire apparaître en triturant les selles avec de l’eau et en laissant écouler ensuite le liquide le long des parois du verre sur lesquelles il laissera sa traînée glaireuse caractéristique.

Dans d’antres cas, ce sont de véritables membranes {fig. 49), des lambeaux d’aspect fibrineux, des filaments cylindroïdes rubanés qu’on a pu confondre avec des débris de tænias; dans certains cas même ils forment de véritables tubes comme des bouts de macaroni.

Ailleurs, on les trouve sous forme de flocons pouvant faire parfois des masses énormes, si bien qu’à la fin, les selles entières ne contiennent que du mucus.

Enfin, on peut encore rencontrer ce mucus sous la forme de petites boulettes jaunâtres, décrites par Nothnagel, de

consistance gélatineuse, analogues à des grains de sagou cuits, intimement mélangées au fèces et qui, bien que considérées par certains auteurs comme des débris d’aliments végétaux, sont en général reconnus, notamment par Kitawaga, comme essentiellement formés de mucus.

Autant que la forme, la consistance et la couleur de ces différentes traces de mucus varient avec les détritus, alimentaires ou autres, qui entrent dans leur composition. Molles à l’état de pureté, leur consistance augmente s’il s’v trouve mélangés des résidus albuminoïdes, des graisses ou des cellules de la muqueuse digestive.

Également transparent à l’état du pureté, le mucus prend une coloration tantôt blanche comme du papier, s’il est mélangé de graisse, et brunâtre s’il est imprégné par l’hydrobilirubine, jaune d’or et verdâtre, par la bilirubine et la biliverdine.

2. Pus. — Éléments épithéliaux; débris de tissus. — Sang. — A côté du mucus, on peut rencontrer dans les matières des débris épithéliaux, quelquefois visibles macroscopiquement; tel est le cas, par exemple, pour les selles lavures de chair de la dysenterie, ou quand il y a élimination d’un véritable lambeau d’anse intestinale comme dans le cas d’invagination. D’autres fois, l’œil nu permet de reconnaître des fragments de tumeurs, dont le microscope seul nous donnera la détermination exacte : ou bien du pus, qu’un examen plus approfondi fera rattacher à sa véritable nature; ou encore du sang*, soit qu’il se montre rutilant, venant des parties inférieures de l’intestin, ou noirâtre, plus ou moins mélangé aux matières, comme du goudron, de la poix, le melæna, en un mot, indices de son séjour prolongé dans l’intestin.

3. Calculs et concrétions. — Sable intestinal. — Par l’examen macroscopique, on peut encore reconnaître les différents calculs ou concrétions qui peuvent exister dans les fèces, soit que ceux-ci y apparaissent nettement sans aucune préparation, soit qu’il faille les mettre en évidence par le tamisage sous un mince filet d’eau courante. Ceux-ci sont des plus variables comme forme et comme origine. L’examen chimique nous permettra plus loin de définir exactement cette dernière; nous n’indiquerons ici que l’aspect extérieur, la coloration, l’aspect sur tranche après section, qui permettent de les distinguer entre eux déjà par un simple examen macroscopique.

AvecFontet, de Bordeaux, nous pourrions diviser les concrétions intestinales en trois grands classes :

« La première embrasserait tous les agrégats de matières étrangères venant du dehors , tels que poils des animaux ou des végétaux ayant résisté au travail de la digestion et s’agglutinant pour former des ægagropiles, corps étrangers,

fruits, noyaux de fruits, terre ou sable, ingérés par les aliénés, biscuits, matières slercorales durcies, c’est-à-dire coprolithes ou copromes, comme veut les désigner le professeur Démons, boules graisseuses, caséeuses, chez les sujets qui suivent le régime lacté.

« La deuxième classe comprendrait tous les calculs formés-dans l'organisme, mais en dehors de l’estomac ou de l’intestin (calculs biliaires les plus fréquents, calculs pancréatiques, calculs amvgdaliens ou bronchiques déglutis, calculs vésicaux ou vaginaux dans le cas de fistules vésico ou vagino-rectales).

« Dans la troisième classe, rentreraient tous les calculs formés dans l’intestin lui-même, entérolithes chez l’homme, bézoards chez les ruminants, résultant les uns et les autres d’un dépôt de matière calcaire fournie par l’intestin.

« Parmi ceux-ci, Fontet distingue deux catégories : d’un côté, ceux constitués par un dépôt de matières sécrétées parla muqueuse intestinale autour d’un noyau comme centre d’origâne, et ceux qui sont produits de toutes pièces par une sorte de catarrhe lithogène de l’intestin. »

Ainsi, d’après cette classification, il faudra tout d’abord savoir distinguer tous les corps étrangers qui peuvent simuler un calcul : particules siliceuses ingérées avec les aliments, noyaux de fruits, pépins de raisin, grains pierreux que l’on rencontre dans les poires, dans les fraises, ou particules végétales non digérées que nous avons déjà signalées avec les résidus alimentaires.

La consistance en est ordinairement plus dure et le microscope permet d’y reconnaître des cellules végétales ou des fragment végétaux. C’est encore avec le microscope qu’on reconnaîtra l’existence de concrétions caséeuses ou graisseuses, que l’acide osmique différencie mieux encore. A l’examen macroscopique, elles sont blanches, molles,

fusibles, combustibles, avec odeur de graisse brûlée. Il faudra encore distinguer d’un calcul tous les corps étrangers venus du dehors, tels les ægagropiles, caractérisés par la présence de poils, de laine, de filaments ligneux formant une espèce de feutrage.

Nous ne citons que pour mémoire, les nombreux objets avalés par mégarde tels que dents, débris de râtelier, morceaux de terre, de sable, de verre, chez les aliénés, les bateleurs, les enfants en bas âge.

Dans cette liste, il faut encore faire rentrer les concrétions que peuvent former certains médicaments, pris trop longtemps ou en trop grande quantité, tels que bismuth ou magnésie, comme en signalent des observations de Blondeau et de Gloquet.

Mais avant tout, dans cette catégorie de

concrétions, la distinction est surtout à faire Flg> 50‘ — • 1,1, i Coproli-

entre un véritable calcul et un coprolithe ou the

coprome, formé de matières fécales durcies,

noirâtres (fig. 50), qui se distinguent par leur consistance

pâteuse et la facilité avec laquelle ils se dissolvent dans l’eau.

Quant aux calculs déversés dans V intestin par des organes communiquant normalement avec lui tels que les calculs biliaires (cholélithes) et les calculs pancréatiques, ou communiquant avec lui d’une façon anormale tels que les calculs vésicaux ou vaginaux, on les distinguera de la façon suivante : les premiers, les cholélithes (fig. 51), variables de dimensions depuis le sable et la gravelle jusqu’aux calculs plus volumineux qu’une noix ou qu’un œuf, tantôt quand ils sont solitaires, se présentent piriformes, tantôt quand ils sont multiples, se montrent py- R. Gaultier. — Précis de Goprologie. 10

ramidaux ou taillés à facettes par frottement et pression des calculs voisins. Ils ont en général une coloration brune, jaune verdâtre ou noirâtre, quelquefois même blanchâtre, suivant la plus ou moins grande abondance de pigments biliaires. Déterminée par le mode d’arrangement des parties élémentaires, la structure des calculs biliaires tantôt striée, tantôt lamelleuse présente un noyau central entouré de zones plus ou moins épaisses et d’une écorce enveloppante extérieure. Le noyau, ordinairementunique, peut être double ou même quadruple, parfois excentrique; le plus souvent formé de biliverdine ou de bilirubine combinée à la chaux, il est coloré et, dans quelques cas, fendillé avec dépôt de cristaux de cholestérine au niveau des fentes ; par exception, ce noyau est un corps étranger. La couche moyenne est composée en général de cristaux de cholestérine qui affectent une disposition radiée et sont tantôt purs, tantôt mélangés de pigment; cette zone est le plus souvent revêtue d’une écorce plus ou moins épaisse nettement distincte par sa couleur, son mode de stratification et sa dureté, caractère qu’elle doit à la présence de carbonate et de cholate de chaux (Lancereaux).

Les calculs pancréatiques très rares, de teinte blanche ou noire, en général, peuvent offrir des teintes des plus variées; leur forme est sphérique, ovoïde ou cylindrique; plus rarement ils présentent des granulations, des aspérités ou des arborescences ; leur volume, très variable, oscille depuis celui d’une tête d’épingle, d’un pois ou d’une lentille, jusqu’à celui d’une noisette. Rarement homogènes à la coupe, ils offrent moins souvent que les calculs hépatiques, un noyau central et se laissent difficilement écraser sous les doigts.

Laissant de côté les calculs urinaires, les calculs vaginaux, les calculs amygdaliens, les calculs salivaires, les broncholithesetles rhinolithes, véritables raretés dans l’examen des fèces, nous ne décrirons plus que les calculs intestinaux

proprement dits, c’est-à-dire les entérolithes,, le sable intestinal et les calculs appendiculaires que les travaux de Laboulbène, de Dieulafoy, de Fontet et de Rochaz, ont particulièrement mis en évidence.

Les eiitérolithes sont des concrétions du volume d’un pois ou d’une noix, constituées soit par un corps étranger central, autour duquel se sont déposés en couches concentriques des sels minéraux, soit encore complètement homogènes, sans noyau central, de couleur variable, allant du jaune clair au gris noirâtre, le plus souvent grisâtre, d’un gris terne (fig. 52).

Ces concrétions, généralement multiples, sont friables et cassantes, tantôt arrondies, tantôt lisses, tantôt granuleuses ou hérissées dépiquants. Leur volume est des plus variables et, entre les calculs intestinaux et les graviers^ on peut trouver tous les intermédiaires. Peut-être peut-on leur rattacher ces formations microscopiques de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésiens que nous décrirons plus loin.

A cette description, il nous faut joindre encore celle des calculs appendiculaires (fig. 53), calculs formés dans l’appendice lui-

même, de forme allongée, de coloration ordinairement brunâtre, de consistance presque aussi souvent dure que molle ; à la section, on leur reconnaît le plus souvent une disposition en couches stratifiées englobant un noyau plus clair que l’enveloppe, rarement formé par un corps étranger.

CA. f>.

Fig. 53. — Calculs appendiculaires.

Tels sont les différents calculs ou concrétions que l’on peut rencontrer dans un examen macroscopique des fèces; l’examen chimique nous permettra de les mieux différencier encore et de les rattacher à leur véritable origine, ce que nous étudierons dans un chapitre ultérieur.

B. — Constatations microscopiques.

1. Mucus. — L’examen microscopique montre que le mucus (fig. 54) est formé d’une substance homogène, gra-

Fig. 54. — Mucus.

nuleuse ou diversement striée, striation qui s’accentue davantage quand on traite la préparation par l’acide acétique, et qui la montre alors comme formée de lamelles blanchâtres, opalines, s’entrecroisant, s’enchevêtrant pour former un réseau de mailles plus ou moins serrées dans lesquelles se montrent des cellules épithéliales plus ou moins dégénérées, des cellules de pus, des globules rouges du sang,

des bacilles, des globules d’air, toutes sortes de débris alimentaires, des détritus, des cristaux, etc.

Les couleurs telles que l’éosine, la safranine, le picrocarmin ou l’hématoxyline colorent les éléments contenus dans le mucus suivant leurs affinités particulières, tandis que lui-même apparaît comme une substance gris jaunâtre plus ou moins incolore. Le réactif d’Hoyer à base de thionine est le seul qui donne une coloration élective pour le mucus : c’est la teinte rose violet. Voici comment, d’après cet auteur, il faut s’en servir : on place tout d’abord la parcelle de mucus à examiner dans une solution aqueuse de sublimé à 5 p. 100 où on la laisse de deux à huit heures, selon son épaisseur et sa consistance. S’il s’agit de véritables membranes dont on veut connaître la structure, on le trempe dans de l’alcool à 80° pendant plusieurs jours, on déshydrate avec de l’alcool absolu, puis la coupe est incluse dans la paraffine après imbibition de xylol; on l’étale ensuite sur une lame, on dissout la paraffine par le xylol, puis on traite par le chloroforme une à deux minutes, on passe dans l’alcool à 90°; enfin, on laisse agir la solution de thionine dix à quinze minutes, on lave à l’alcool, on monte dans le baume.

Ainsi traité, le mucus apparaît coloré en violet, tandis que les autres parties qu’il renferme prennent une teinte bleue.

Avec le triacide d’Ehrlich, le mucus au contraire se teint en vert, tandis que les autres parties prennent une teinte rougeâtre.

2. Pus. — Éléments épithéliaux. — Débris de tissus. — L’examen microscopique des débris de tissus ou des éléments de pus est, nous l’avons vu, une chose obligatoire, pour la détermination de leur véritable nature. Si la recherche des cellules épithéliales peut être faite en n’im-

porte quel point de la selle, il est préférable cependant, étant donnée la fréquence de leur présence au sein du mucus, de faire cette recherche plus particulièrement dans les parties muqueuses de la selle. Cependant on pourra, en raison de la cause mécanique qui les en arrache, reconnaître quelquefois à la surface même des selles volumineuses, des cellules épithéliales pavimenteuses provenant de l’orifice anal.

Les cellules épithéliales que l’on peut ainsi discerner sous le microscope sont plus ou moins déformées; tantôt, le cas est plus rare, on peut voir des cellules cylindriques incolores ou pigmentées en jaune, ordinairement isolées, rarement réunies en groupe, aux bords mal estompés, cependant nettement reconnaissables, à côte de cellules caliciformes bien formées; — tantôt, le cas est plus fréquent, elles apparaissent volumineuses, du double des formes normales, remplies de gouttelettes graisseuses. — On rencontre aussi d’autres cellules que Nothnagel décrit comme des cellules « qui se désagrègent » ; elles ont un aspect fusiforme, elles sont plus petites que les cellules normales, leur substance granulée se perd, leur noyau est moins distinct ; dans les formes les plus prononcées, les cellules épithéliales représentent un petit fuseau sans noyau, entièrement homogène, d’aspect mat, prenant à peine les colorants protoplasmiques et plus du tout les colorants nucléaires.

Plus rarement que les cellules épithéliales, on peut trouver dans les fèces, mélangés également au mucus, des leucocytes isolés ou en amas; les uns bien conservés avec leur protoplasma granuleux, leurs noyaux uniques ou multilobés, d’autres sous la forme de grandes cellules vacuolaires, — d’autres encore plus ou moins dégénérés et dont le noyau parfois a totalement disparu.

3. Sang, cristaux d’hématoidine. — Plus difficiles sont encore à reconnaître les globules rouges du sang qui s’y trouvent exceptionnellement, mais le plus souvent à l’état de débris méconnaissables. Ce que l’on peut voir, par exemple, ce sont des'icristaux d’hématoïdine, en forme de tablettes rhomboïdales ou en prismes obliques à base rhomboïdale, rouge jaune. Ils sont parfois en forme d’aiguilles, tantôt libres, dit von Jackhs, tantôt enfermés dans une niasse analogue à la mucine, d’un aspect mat. Pour les voir aisément, il est bon d’employer un petit diaphragme qui laissant passer un faisceau de lumière assez fort pour rendre transparents les autres éléments de la préparation, fait ressortir leurs cristaux rouges ou jaunes. On peut ajouter qu’au point de vue microchimique, insolubles dans la lessive de soude et de potasse, ils se dissolvent dans l’ammoniaque, en laissant à leur place une teinte rouge qui passe au jaune safran ou au brun ; qu’enfm l’acide nitrique les colore en bleu.

4. Bilirubine. — La bilirubine peut se rencontrer sous forme de cristaux très analogues à ceux d’hématoïdine dans les matières fécales. Leur réaction microchimique les distingue des précédents : ils sont en effet solubles dans la lessive de soude et de potasse et se transforment après addition d’une goutte d’acide nitrique en une auréole multicolore avec prédominance marquée pour le vert (Lynch).

5. Cholestérine. — Rares dans les fèces, les cristaux de cholestérine peuvent s’y montrer sous la forme de tablettes transparentes rhomboïdales, de grandeur variable, aux bords découpés, parfois comme les marches d’un escalier; leur grandeur et leur épaisseur varient dans de très grandes limites ; tantôt ils se présentent comme des lamelles très délicates et quasi-transparentes fqui se dé-

tachent peu du fond de la préparation, tantôt comme des lamelles épaisses, dures, souvent fendillées avec un aspect mat, qui peuvent, dans certains cas, être assez épaisses pour qu’on puisse les voir très facilement.

Solubles dans l’alcool, l’éther et le chloroforme, ils sont insolubles dans l’eau, les acides, et les alcalis étendus. Traités par l’acide sulfurique dilué et l’iode, ils passent successivement du bleu violet au vert et au rouge.

6. Cristaux de Charcot- Leyden. — Parmi les déchets de la muqueuse intestinale, nous ferons encore prendre place aux cristaux de Gharcot-Leyden. Ils sont, dit Lynch, très difficiles à voir, à cause de leur petitesse et de leur transparence, ce qui fait qu’ils ne se détachent point du fond de la préparation. Aussi, est-il bon d’employer des objectifs de 3 ou 400 diamètres et de les rechercher dans les parties de la préparation où ils se peuvent le mieux voir, c’est-à-dire sur les bords, là où la couche des fèces est plus mince, ou encore dans les fentes et rigoles qui la traversent et où s’observe un courant liquide. Us se montrent alors sous forme d’octaèdres incolores, taillés en pointe, mélangés plus ou moins intimement aux débris de mucus ou aux cellules épithéliales desquamées de la muqueuse; insolubles dans l’eau froide, l’éther, l’alcool et le chloroforme, il sont solubles dans les alcalis, les acides minéraux, l’eau chaude, l’ammoniaque et l’acide acétique : tels sont leurs caractères microchimiques qui les distinguent des grosses aiguilles d’acides gras avec lesquelles ils se peuvent confondre.

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