‹ Précis de coprologie cliniqueChapitre 20 sur 59 · LABOULBÈNE · texte numérisé non relu

LABOULBÈNE

Ces analyses montrent qu’il existe plusieurs types de calculs intestinaux, les uns à type organique, les autres à type minéral, dont nous apprendrons à connaître plus loin la véritable signification clinique.

8. Enzymes. — La recherche qualitative des ferments digestifs dans les fèces peut se faire de la manière suivante parle procédé de Léo, basé sur la propriété qu’a la fibrine du sang de se charger de ces ferments. Dans ce but, on met dans un petit sac de gaze 2 à 5 grammes de fibrine sang'uine libérée de ses matières colorantes par le lavage à l’eau, et de ses ferments ainsi que des microbes qui s’y peuvent trouver par la cuisson, et l’on place ce petit sac dans des fèces fraîches réduites en pâte liquide par l'adjonction d’eau thymolée. Au bout de vingt-quatre heures, on retire le petit sac, on le vide, on lave la fibrine à laquelle restent adhérents les ferments, et l’on fait la preuve de leur présence par les essais de digestion artificielle. — Plus simplement on peut se contenter d’un extrait glycériné de fèces ou de filtrat de celles-ci mélangées avec de l’eau thymolée.

Pour reconnaître la présence de X amylase , on mélange

dans un tube à réactif le flacon de fibrine ou l’extrait fécal aqueux ou glycériné avec 1 p. 100 de pâte d’amidon; on porte ce tube à l’étuve à 37° et, au bout de quelques heures, on y recherche par la solution iodoiodurée ou par la liqueur de Fehling l’état de digestion de l’amidon, qui renseigne ainsi d’une façon comparative sur la proportion d’amvlase contenue dans les fèces et sur sa valeur digestive.

Pour la trypsine, on mélange l’extrait fécal en parties égales, avec une solution de soude à 1 p. 100 et un peu d’albumine coagulée; on porte à l’éther à 37°, et on recherche ensuite par la réaction classique du biuret comment cette albumine a été transformée en peptone.

On agit de même pour la pepsine, mais au lieu d’une solution de soude, il faut avoir recours à une solution d’HGl à 1 p. 1000.

Pour la recherche de la lactase, on précipite l’extrait thymolé ou chloroformé de fèces par un peu de lessive de soude et d’acétate de plomb neutre, en éloignant le plomb en excès par du sulfate de soude. Puis on ajoute G p. 100 de sucre de lait, et on porte pendant cinq à six heures à l’étuve à 37°; on recherche ensuite par la phénylhydrazine la transformation du lactose.

Pour la recherche de Yinvertine , on agit de même, si ce n’est qu’on ajoute, au lieu de lactose, du sucre de canne dont on recherche ensuite le degré de transformation.

Quant à la mesure quantitative de l’amylase, par exemple, on peut avoir recours à la méthode de diastasimétrie de Roberts, qui consiste dans le procédé suivant : 10 grammes de fèces sont soigneusement mélangés avec 90 centimètres cubes d’eau thymolée, puis filtrées ; on neutralise le filtrat avec une solution décinormale de soude. Puis on mélange 10 centimètres cubes d’une solution de colle d’amidon à 1 p. 10 avec 10 centimètres cubes de l’ex-

trait fécal; le tout est porté à l’étuve à 40°. A l’aide d’une solution iodoiodurée, on examine de temps en temps un petit échantillon de ce mélange au point de vue de son changement de couleur, en déposant, par exemple, à l’aide d’un agitateur en verre, de petites gouttes de l’extrait fécal sur une assiette en porcelaine. On considère la réaction comme terminée quand la solution iodoiodurée ne donne plus de coloration; c’est ce que Roberts appelle le point achromie. On note alors le temps employé, lequel est, jusqu’à un certain point, inversement proportionnel à la quantité de ferment.

Pour mesurer la quantité d’enzymes protéolytiques contenue dans les excréments, on peut se servir, comme pour le suc gastrique, de tubes de Mette d’albumine coagulée, que l'on fait digérer à l’étuve dans la macération aqueuse de fèces, et dont on mesure ensuite avec le microscope, à l’aide d’une lamelle graduée, la quantité d’albumine digérée.

9. Bases xanthiques. — Acide urique. — Weintraud a signalé, le premier, en 1895, la présence d 'acide urique et de bases xanthiques dans les fèces. Il fixe entre 100 et 500 milligrammes par jour chez l’homme la quantité de bases xanthiques éliminées. — Petren fixe l’azote des bases xanthiques à 1,8 p. 100 de l’azote des fèces fraîches, et à 0,15 p. 100 des fèces desséchées.

Nous renvoyons aux travaux de ces auteurs ainsi qu’à ceux de Parke et de Micko ceux que ces questions intéresseraient ; ils y trouveront signalées la méthode de Krüger- Wulf pour l’extraction de tous les corps xanthiques, et celle de Ludwig-Salkowski pour le dosage de l’acide urique.

10. Urée. — On démontre la présence de Y urée dans les fèces par les méthodes suivantes : une certaine quantité de fèces est traitée par trois à quatre fois sa quantité d’alcool,

filtrée après vingt-quatre heures, puis le précipité est de nouveau lavé sur un filtre avec de l’alcool; ce filtrat est ensuite incorporé et l’alcool distillé. Le résidu est précipité avec l’acide nitrique ; on laisse reposer pendant quelques heures cette bouillie en voie de cristallisation ; on presse entre du papier brouillard la masse cristalline qui s’est formée, on la dissout dans l’eau et on verse dans la solution du carbonate de baryte, jusqu’à formation d’acide carbonique. On évapore ensuite le liquide au bain-marie jusqu’à dessiccation, et on traite le résidu desséché avec de l’alcool à chaud. Pendant l’évaporation, l’urée cristallise en cristaux rhomboïdes, long-s et très minces. Si on a une quantité suffisante de fèces, et si celles-ci sont riches en urée, on pourra faire les réactions suivantes :

1° Un échantillon de cristal est dissous dans une g-outte d’eau sur le porte-objet, traité par une ou deux gouttes d’acide nitrique en concentration moyenne, recouvert d’une lamelle et soumis à l’examen microscopique. On aperçoit alors les tables à quatre côtés caractéristiques du nitrate d’urée.

2° Une solution concentrée déterminée de cristaux est chauffée avec un peu de mercure métallique et une g-outte d’acide nitrique ; on constate alors une production considérable de gaz (CO2 et Az).

3° On chauffe dans un vase à réactif des cristaux desséchés, et on ajoute une trace de soude et une goutte d’une solution diluée de sulfate de cuivre. La formation d’une coloration rouge indique la présencë de l’urée (von Jackhs).

11. Per. — • Chaüx. — Acide phosphorique, etc. — Si nous reparlons ici du fer, de la chaux, de l’acide phosphorique, etc., dont nous avons déjà parlé à propos des résidus minéraux d’origine alimentaire, c’est qu’il apparaît nettement, d’après les travaux récents, que l’intestin est une

voie d’excrétion ordinaire pour ces corps provenant cette fois de nos tissus ; pour le fer, il semble même que ce soit là sa voie d’élimination principale.

Mayer, en effet, a dosé le fer dans les matières fécales de l’homme. Il a trouvé 20 milligrammes par vingt-quatre heures. Stokmann et Grieg donnent un chiffre plus faible. Lapicque conclut, dans sa thèse, que la quantité de fer excrété par le tube digestif de l’homme en vingt-quatre heures est d’environ 20 à 30 milligrammes; et comme preuve que ce fer ne revient qu’en partie au fer ingéré avec les aliments et non absorbé, c’est-à-dire au fer résiduel, mais au contraire pour la plus grande partie au fer excrémentitiel, c’est-à-dire au fer rejeté après assimilation organique, nous avons les expériences de Voit, faites sur des anses intestinales de chiens isolées en anneau, suivant le procédé d’Hermann, nous avons les expériences de Forster faites chez des gens à jeun, enfin les constatations de Guilleminot qui donne le méconium du fœtus comme renfermant toujours du fer (environ 0mm,5). Le fait de l’élimination excrémentitielle du fer par l’intestin est donc un fait hors de doute, et un fait d’une certaine importance qui a permis aux physiologistes modernes de connaître le cycle biologique du fer et, par suite, comme le montre Lambling dans une revue sur la pénétration et la répartition du fer dans l’organisme, d’appliquer les notions scientifiques ainsi acquises aux constatations anciennes de la thérapeutique clinique.

Nous ne pouvons reproduire ici toute la technique employée par Lapicque (1) pour doser le fer dans les matières fécales ; nous nous contenterons de dire ici que ce dosage est fait par le procédé de la colorimétrie après destruction

(1) Nous renvoyons aux pages 28 et suivantes de sa thèse.

de la matière organique non par calcination, mais par traitement par l’acide azotique au sein d’une petite quantité d’acide sulfurique.

Telles sont, énumérées dans les différents paragraphes de ce chapitre, les substances qui peuvent entrer dans la constitution des matières fécales ; nous nous sommes appliqué à les décrire aussi minutieusement que possible, cherchant uniquement à les caractériser par leur aspect macroscopique, microscopique et leur formule chimique.

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