RAPPORT
de l’aliment ingéré,
fraîches.
sèches.
Eau.
Substances
sèches.
Grammes.
Grammes.
Grammes.
Grammes.
Grammes.
Viande
Lait
Choux
Petits pois
Carottes
Pommes de terre.
Riz
Pain
Graisse
Graisse
Les troubles de résorption au niveau du gros intestin nous ont montré que la proportion d’eau augmente (93 à 94 p. 100), tandis que le poids des fèces sèches diminue ; tels sont les chiffres que nous avons obtenus chez un chien après exclusion du gros intestin. Par une série d’expériences, que nous avons entreprises chez des chiens auxquels nous arrivions à exclure alternativement le gros intestin en entier ou la presque totalité de l’intestin grêle (1), nous avons pu nous rendre compte que c’est au niveau du gros intestin que se font particulièrement la résorption de
(1) Voir notre thèse, p. 54.
l’eau et la dessiccation des matières fécales. Les troubles de résorption au niveau du gros intestin s’accompagnent en effet d’une augmentation de quantité d’eau par rapport aux substances sèches qui restent en poids absolu dans les chiffres normaux, c’est-à-dire que tout ce qui, dans la transformation des aliments, a pu être absorbé, l’a été en grande partie par l’intestin grêle et que les substances sèches n’en représentent que les déchets inassimilables ; tandis que les troubles de résorption au niveau de l’intestin grêle entraînent d’une part une augmentation considérable de la quantité d’eau par rapport aux substances sèches, mais d’autre part une augmentation notable, eu égard à la normale, des poids respectifs absolus de ces deux éléments. Gela s’explique dans ce dernier cas, par le fait que des particules alimentaires transformées par les sucs digestifs n’ont pu être résorbées, en sorte qu’il y a là un moyen d’interpréter le rôle des divers segments de l'intestin dans le fonctionnement général du tube digestif.
Les modifications dans la sécrétion des sucs digestifs sont encore un facteur de la plus haute importance dans les changements du rapport du poids des substances sèches au poids des substances fraîches, vraisemblablement par les troubles de motricité intestinale qu’elles entraînent; c’est ainsi qu’en cas de suppression de la bile, nous avons trouvé avec retard dans les selles une diminution d’eau de 67 p. 100 et une augmentation de substances sèches de 33 p. 100 en moyenne; en cas de sécrétions biliaire et pancréatique supprimées, avec fréquence desselles, une augmentation d’eau (88 p. 100) et une diminutiondes substances sèches (12p. 100 en moyenne).
4° Couleur. — La couleur des fèces est modifiée également par les différents facteurs que nous avons vus entrer en ligne de compte dans la constitution des fèces. L'ali-
mentation y joue tout d’abord son rôle, si bien que Voit aurait pu dire qu’à la campagne, rien qu’en observant les excréments déposés au bord des chemins, on peut savoir de suite le mode d’alimentation de la population; là où les habitants se nourrissent exclusivement ou spécialement de végétaux, les matières fécales présentent une couleur verdâtre, et là où la viande constitue le principal aliment, les matières fécales prennent une coloration foncée ; le régime lacté enfin donnerait lieu à la formation de fèces blanc grisâtre. Cette variation dans la coloration des matières fécales suivant le mode d’alimentation a du reste été utilisée par certains auteurs, comme nous l’avons vu plus haut, comme un moyen de délimitation des résidus alimentaires correspondant à un repas donné. Cependant Lynch s’élève contre cette assertion presque générale et prétend que ces variétés de coloration avec les différents régimes n’existe que lorsque les résidus alimentaires sont insuffisamment digérés, soit à cause d’une trop grande abondance des ingesta, soit à cause d’une insuffisance du tube digestif.
Chez le nourrisson, la suralimentation lactée peut amener aussi, dans certains cas, des selles blanches des plus caractéristiques; selles spéciales, pâteuses, de consistance mastic, récemment bien étudiées par notre confrère le Dp Juillet (1), qui a bien voulu s’inspirer de nos méthodes de recherches pour en déterminer avec exactitude la cause efficiente .
En dehors de l’alimentation, la présence de certains microbes peut entraîner des variations de couleur des fèces, témoin les selles vertes des nourrissons atteints de cette variété d’entérite bien étudiée par Lesage ; de même quelques médicaments amènent des changements de coloration
(1) Jiillet, Thèse de Paris, 1905.
R. Gaultier. — Précis de Coprologie.
dans les selles, tel le bismuth qui leur donne une coloration noire , ou le calomel, une coloration verte.
A côté de ces premiers faits, les troubles dans le fonctionnement des glandes digestives peuvent à leur tour être cause de changements de coloration dans les fèces. Ainsi l’absence de suc biliaire donne lieu à des selles blanches, argileuses , totalement décolorées; l’absence de suc pancréatique donne lieu à ces selles blanc grisâtre qui constituent la stéarrhée graisseuse ; par contre, une trop grande abondance de pigments biliaires entraîne une coloration vert noirâtre des fèces, comme par exemple dans la maladie de Hanot.
Parmi les causes engendrant des modifications dans la coloration des excréments, il faut encore tenir compte de la durée de leur séjour dans l’intestin, dépendant de la motricité de cet organe ; c’est ainsi que ceux qui y séjournent plus longtemps que la normale y prennent une couleur ocre plus foncée.
Enfin les nombreux troubles pathologiques de la muqueuse influent encore sur cette coloration, c’est ainsi que le sang leur donne ou' une teinte uniformément rouge , s’il provient des parties inférieures du tube digestif, ou noirâtre comme du goudron, comme de la poix, le mælena en un mot, s’il provient des parties supérieures.
Dans toutes ces modifications de la couleur, il faut, pour que l’interprétation clinique ne soit pas entachée d’erreur, écarter les conditions qui pourraient les fausser, telles que f action de Vair et de la lumière qui changent toujours au bout d’un certain temps la coloration des matières fécales, puisque, sous leur actionnes fèces ocre jaunâtre desadultes se foncent au point de devenir noires, et que les fèces jaunes des nourrissons deviennent vertes par oxydation de la bilirubine.
5° Odeur. — Je n’insisterai point sur ce caractère que nous avons, dans le chapitre précédent, essayé de définir
dans son état normal. Nous nous contenterons de dire ici que le seul fait de constater à l’examen des selles d’un nourrisson, par exemple, une odeur intense telle que celle qui se développe par suite des acides de fermentation (butyrique, lactique, acétique) ou des produits aromatiques, skatol par exemple, odeur de pourriture , suffit à orienter le diagnostic vers l’existence de perturbations digestives dont un examen plus complet des fèces nous indiquera la nature. En règle générale, on peut affirmer que cette odeur nauséabonde et si prononcée est souvent due, chez l’enfant comme chez l’adulte, à l’abondance des résidus mal digérés qui fermentent ou se putréfient dans le canal intestinal ; si bien qu’en définitive toutes les causes capables d’entraîner avec elles cette augmentation du nombre des résidus alimentaires mal digérés auront du même coup pour effet de modifier dans le sens de la puanteur l’odeur normale des fèces, par elle-même déjà fort désagréable.
6° Réaction. — La réaction neutre ou très légèrement alcaline qui caractérise les fèces normales peut être modifiée dans différentes circonstances ; elle peut devenir franchement alcaline quand la putréfaction des matières albuminoïdes est exagérée, mais c’est là une constatation plutôt rare et d’une importance clinique bien moindre que la réaction acide que nous allons étudier.
Nous avons déjà dit comment on peut la rechercher qualitativement à l’aide du papier de tournesol ; aussi dans ce chapitre, nous n’indiquerons que la façon de la doser quantitativement.
Analyse quantitative de la réaction acide. — On prélève une petite quantité de la dernière garde-robe, quantité toujours la même en volume si liquide, en poids si solide, que l’on dilue dans une quantité connue d’eau distillée, puis, en présence de la phénolphtaléine, à l’aide d’une
liqueur de soude titrée, on dose par un facile calcul l’acidité pour 1000 des matières fécales; dosage comparatif qui ne donne point les poids réels des acides organiques entrant dans la constitution de cette acidité totale, mais dosage comparatif suffisant en clinique pour permettre d’apprécier le fonctionnement du tube digestif. Si on emploie une solution de soude titrée de telle sorte que 1 centimètre cube sature 0gr,005 d’HCl et si pour 5 grammes de matières fraîches, il a fallu 2 centimètres cubes pour obtenir la saturation de l’acidité, on dira que cette acidité équivaut à 2 grammes pour 1000.
„ 0er,00S x 1000x2 10
Ex.: ^ = y = 2.
Cette réaction acide que nous pouvons ainsi mesurer est tout d’abord sous l'influence de la nourriture', car, en effet, toutes les fois qu’on augmente l’alimentation hydrocarbonée, soit que, suivant l’opinion courante, il se soit produit des processus de fermentation exagérés, soit encore que l’HCl n’ait pu être neutralisé dans l’estomac par les hydrocarbones, comme il l’est en présence des albuminoïdes et se trouvant libre en plus grande quantité, ait donné lieu à une acidité du contenu intestinal qui se poursuit à travers tout le conduit sans pouvoir être saturée. Également, les fèces d’un régime graisseux peuvent présenter une réaction acide quand une trop grande alimentation en graisses surcharge l’intestin, dont le pouvoir absorbant pour les graisses, cependant bien dédoublées, se trouve débordé ; cette acidité est due dans ce cas à des acides gras qu’il est facile de caractériser par les divers réactifs qui leur sont propres. Mais l’alimentation n’est pas le seul facteur capable de modifier cette réaction acide des matières, c’est ainsi que lorsque l’alimentation est normale, quand il n’existe aucun autre signe capable de faire penser à un défaut des sécrétions
glandulaires de l’intestin, la stagnation des fèces dans cette partie du tube digestif, où se fait encore sentir la réaction de l’estomac, entraîne l’acidité des fèces. Ainsi donc, une motricité intestinale affaiblie , au moins en ce qui concerne l’intestin grêle, peut être cause de cette modification. A leur tour, des troubles de résorption intestinale , toujours en cas de régime normal, peuvent entraîner une réaction acide des fèces. Cette acidité est exagérée quand on donne une alimentation hydro-carbonée; elle se montre encore d’autant plus augmentée que la quantité de graisses alimentaires est plus considérable, trahissant ainsi le fait d’une décomposition des graisses neutres dont les acides gras sont incomplètement résorbés. Cette acidité des matières, variant avec les troubles de résorption, nous apparaît nettement dans le tableau suivant où, en face des affections ntestinales présentant des altérations marquées de la muqueuse résorbante, se trouve inscrit le taux de la réaction acide que présentaient les selles, dans ces divers cas.
Taux de l’acidité
Maladies. pour 1000.
Cholérine 11,20
Tuberculose intestinale ... 3,30
Maladie mitrale avec congestion veineuse
des parois intestinales 1,60
Cirrhose atrophique avec congestion veineuse des parois intestinales 6,20
Péritonite tuberculeuse 2,50
Fièvre typhoïde 1,10
Un quatrième facteur est encore capable de modifier la réaction des fèces : c’est l'insuffisance des sécrétions glandulaires. On sait en effet que, normalement, le chyme
franchissant le pylore se présente avec une acidité de 1&1‘,80 environ, il est donc facile de concevoir que l’absence ou seulement la diminution d’une sécrétion biliaire alcaline qui, normalement, doit aider à neutraliser cette acidité due à la sécrétion gastrique, peut entraîner l’acidité des matières, d’autant plus facilement que les processus de fermentation intestinale viennent surajouter leur action à la cause première de l’acidité intestinale qui est, nous le savons, sous la dépendance de l’acidité gastrique. L’absence de sécrétion pancréatique, pour les mêmes raisons, semble devoir, a priori, entraîner la présence d’une réaction acide des fèces; au contraire, elle entraîne le plus souvent une réaction alcaline ou ne modifie pas la réaction, soit que les processus de putréfaction des albuminoïdes incomplètement digérés s’accomplissant dans le gros intestin entraînent une réaction alcaline, soit que les processus de fermentation des hydrates de carbone à leur tour mal digérés déterminent une acidité du contenu intestinal que les premiers compensent, entraînant dans leur résultante une réaction neutre. Ce rôle de l’insuffisance des sécrétions glandulaires comme facteur de l’acidité des matières fécales nous est prouvé dans le tableau suivant où le taux de la réaction se trouve mis en face d’alfections où existait ce défaut ou cette insuffisance de la sécrétion des glandes intestinales.
Taux de l’acidité
Maladies. pour 1000.
Lithiase biliaire 2,50
Cirrhose atrophique 6,20
— hypertrophique 9,50
Cancer de la tête du pancréas 4,30
Kyste hydatique du foie avec cirrhose . . . 2,20
Hépatite aiguë avec pancréatite 5,60
Ictère catarrhal 2,20
Gomme nous le verrons dans un autre chapitre, c’est cette notion bien établie qui nous a permis d'envisager l’étude d’une variété de diarrhée dite idiopathique, assez fréquente chez l’adulte, qui est, comme nous l’avons démontré, sous la dépendance de la chlorhydrie stomacale. L’HCl, en se combinant avec les bases rencontrées dans l’intestin, empêche la saturation des acides de fermentation qui donnent en dernière analyse aux matières leur réaction acide.
II. — RÉSIDUS ALIMENTAIRES, MICROBES ET PARASITES INTRODUITS ACCIDENTELLEMENT AVEC LES ALIMENTS DANS LE TUBE DIGESTIF.
1° Résidus alimentaires.
A. — Résidus provenant des aliments protéiques.
a) Constatations microscopiques. — i. Fibres musculaires. — On rencontre constamment des fibres musculaires dans les selles normales d’individus se nourrissant de viande, mais, comme l’a déjà fait remarquer Nothnagel, celles-ci n’y sont jamais qu’en très petite quantité ; Lynch prétend même qu’on ne doit jamais les y trouver, mais, par contre, elles peuvent s’y rencontrer dans des proportions plus ou moins considérables, soit que les aliments dont elles proviennent aient subi une préparation culinaire insuflisante, soit que ces aliments aient été introduits dans le tube digestif en trop grande quantité, soit encore que ce dernier, par un des appareils destinés à les transformer, soit devenu inapte à cette préparation. Il semble prouvé, d’après les recherches de Schorlemmer, effectuées après repas d’épreuve, que l’apparition des
fibres musculaires dans les fèces en plus grande quantité qu’à l’état normal n’est nullement sous Vinfluence d’un trouble stomacal , mais est plutôt le fait d’un trouble intestinal au sens le plus large du mot, plus particulièrement d’un trouble de l'intestin grêle , car passé la valvule de Bauhin, l’ensemble des processus protéolytiques est sinon nul, du moins beaucoup amoindri. Ainsi peut-on dire que la grande abondance de fibres musculaires dans les matières fécales, quand l’alimentation est réglée de façon à ne point excéder la capacité digestive, est l’indice d’un trouble dans le fonctionnement intestinal. Mais il faut ajouter que si une motricité exagérée peut contribuer à cette anomalie ou si un trouble d’absorption peut parfois en être la cause, c’est plutôt à un trouble sécrétoire et principalement à un amoindrissement de la fonction pancréatique que semble dû ce syndrome. D’après Lynch, on pourrait, jusqu’à un certain point, vérifier par le seul examen microscopique si la digestion incomplète de ces fibres musculaires est due à la mauvaise qualité de la viande, si le sujet a mal mastiqué, ou s’il a ingéré une quantité d'aliments excessive.
Dans le premier cas, on observerait les résidus de fibres musculaires épaisses et dures dont l’aspect et l’épaisseur même permettent de voir qu’elles sont difficilement digérables.
Dans le deuxième cas, on trouverait plus particulièrement des résidus musculaires de grande dimension, sous la forme de fibres longues, bien conservées ou en partie seulement, à peine digérées.
Dans le troisième cas, même quand la viande provient d’un animal jeune, même quand elle est facile à digérer et qu’elle a été bien mastiquée, si elle a été ingérée en quantité excessive eu égard à la capacité digestive individuelle.
les résidas musculaires apparaîtraient dans les fèces en très grande quantité et spécialement en petits fragments plus ou moins altérés sous l’influence des sucs digestifs, les uns bien striés, les autres sans strie ou à peine striés, de forme variable, ovale, ronde, rectangulaire ou quadrangulaire, faciles à confondre sans les réactions microchimiques avec les savons jaunes de calcium.
2. Coagulums de gaséine. — Ceux-ci ne se rencontrent que dans les fèces de gens nourris exclusivement de lait, par conséquent surtout dans les fèces de nourrisson. Quand on les voit en grand nombre et sous l’aspect de vrais coagulums, ils sont l’indice de conditions anormales, le plus souvent de troubles pathologiques de l’intestin.
3. Tissu conjonctif. — ün ne trouve point, à l’état normal, dans les fèces d’individus sains ou nourris rationnellement, de débris de tissu conjonctif. Leur apparition est sous la dépendance de la qualité de la viande ; c’est ainsi que la viande crue ou fumée laisse plus de débris de tissu conjonctif, à proportions égales, que la viande cuite. Aussi peut-on dire qu’en l’absence de troubles digestifs, la crudité de la viande et son insuffisance de mastication sont cause de la présence en abondance de fibres de tissu conjonctif. En effet, Schmidt a pu se rendre compte qu’après un repas d’épreuve composé de 100 grammes de viande de bœuf écrasée à la machine et très légèrement rôtie (bœuf saignant) le tissu conjonctif est totalement absorbé et ne laisse aucun résidu, et comme d’autre part il a constaté, avec Boas, avec Sweig et d’autres que le suc pancréatique est incapable de digérer le tissu conjonctif non cuit, on peut, par l’examen ci-dessus, faire jusqu’à un certain point un diagnostic différentiel entre un trouble stomacal et un trouble pancréatique; la présence en abondance de tissus conjonctifs dans les fèces ayant la signification d’un trouble
stomacal accusé. Lynch se refuse à se ranger à ce dernier avis et pense que la présence de grandes quantités de débris de tissu conjonctif dans les fèces se montre quand il y a à la fois des perturbations de la digestion gastrique et de la digestion intestinale, ce qui est souvent la règle, étant donnée la solidarité fonctionnelle du tractus digestif. 11 ajoute que cette diminution de la capacité digestive individuelle en ce qui concerne le tissu conjonctif est plus accentuée encore quand les perturbations ci-dessus décrites s’accompagnent d’intenses fermentations et putréfactions intestinales, ainsi que d’une insuffisance marquée dans la sécrétion des sucs digestifs.
4. Fibres élastiques. — En général, dans toutes les fèces, qu’elles soient pathologiques ou normales, on rencontre des fibres élastiques, car celles-ci se digèrent très lentement et très difficilement. Leur nombre variera naturellement avec la variété de nourriture ; c’est ainsi que des parties de viande contenant beaucoup d’aponévroses, de ligaments, de tendons, d’artères, etc., c’est-à-dire dans la viande de boucherie ce que l’on appelle vulgairement les bas morceaux, laissent beaucoup de résidus de fibres élastiques. Par contre, les gens qui mâchent convenablement leurs aliments, mangent lentement et ingèrent des quantités modérées de tissu élastique, digèrent et utilisent toutes les fibres qu’il contient, dont on ne retrouve plus que de faibles traces dans les fèces. En dehors des conditions d’alimentation, des troubles de la digestion sont également capables de provoquer leur apparition en grand nombre dans les déjections; c’est ainsi que l’insuffisance de sécrétion des sucs gastrique et intestinaux, chargés de digérer le tissu conjonctif qui réunit ces fibres élastiques, intervient pour sa part dans fabondançe de leurs résidus fécaux.
b) Constatations chimiques. — 1. Azote total. — Nous avons déjà dit plus haut que l’azote que l’on dose dans les excréments et que l’on exprime souvent dans les recherches sur la digestibilité des aliments en albumine non absorbée est représenté d’une part, au point de vue physiologique, non seulement par l’azote des aliments, mais encore par l’azote des éléments usés du tractus digestif; d’autre part, qu’au point de vue chimique, comme Lambling le fait ajuste raison remarquer, cet azote ne provient pas seulement des albuminoïdes non absorbés, mais encore presque toujours soit de matériaux azotés plus simples (leucine, tyrosine, acide choloïdique, etc.), soit des substances azotées non digestibles (telles que nucléine, mucine, substance cornée, etc.).
Il est donc difficile de tirer une indication diagnostique de la constatation globale de l’azote total des fèces comparé à l’azote des aliments. Néanmoins nous verrons plus loin comment on peut utiliser cette notion, d’une part pour établir le bilan nutritif complet d’un individu quelconque; d’autre part, pour connaître le fonctionnement digestif de tel ou tel malade ; aussi donneronsnous ici quelques chiffres qui représentent la quantité d’azote total contenue dans les fèces d’un sujet normal et signalerons-nous les quelques conditions relevant soit de l’alimentation, soit de troubles pathologiques qui la font varier.
Pour interpréter la présence de l’azote total dans les fèces, il faut d’abord bien savoir que les résidus alimentaires, ainsi que nous nous sommes déjà expliqué sur ce point dans l'introduction de ce précis, constituent une très petite partie des fèces, et que, quelle que soit la quantité de substances albuminoïdes ingérées, quand les fonctions digestives se font normalement, l’azote total varie peu, ainsi
i 88 SUBSTANCES CONSTITUANTES DES FÈCES EN PARTICULIER.
qu’en témoignent les tableaux suivants; le premier tableau ne considérant que la quantité de V alimentation.
Matières fécales
Azote p. 100
Viande ingérée.
sèches par jour
dans les fèces.
Grammes.
Grammes.
Grammes.
Le deuxième tableau envisageant la qualité de l'ali
ment.
Azote dans les
Aliments aliments secs.
Fèces
Azote dans les fèces sèches
Aliments. :
secs. p. 100.
sèches.
Viande
OEufs
Lait
Pois
Pain
Nouille
Macaroni
Pain bis
Maïs
Riz
Pommes de terre.
Carottes
Il résulte de ces tableaux que, dans des conditions normales, la variation de la nourriture fait peu changer la quantité d’azote total des fèces qui reste en moyenne au-
tour de 5 à 6 p. 100 de l’azote alimentaire. Aussi les variations que l’on pourra observer pourraient avoir une certaine importance pour l’interprétation du fonctionnement du tube digestif, si, comme nous l'avons déjà dit, il n’était impossible dans ces cas de savoir la part qui revient aux résidus alimentaires digérés et celle qui revient aux produits de sécrétion ou d’excrétion de la muqueuse intestinale. C’est ainsi que l’on pourra constater une plus grande proportion d’azote dans les fèces en cas d’insuffisance hépatique ou pancréatique puisque, en cas de fistule biliaire chez des animaux, on peut trouver 13 à 17 p. 100; qu’en cas de fistule pancréatique nous avons, dans nos recherches, rencontré 26 à 33 p. 100, tandis qu’Abelmann, chez des chiens dépancréatés, a pu constater 44 p. 100 et Sandmeyer et Rosenberg 52 à 65 p. 100. Enfin, des troubles de résorption intestinale entraînent une proportion de 30 à 35 p. 100, suivant les quelques cas que nous avons pu examiner.
Nous verrons dans le prochain chapitre l’intérêt diagnostic que l’on peut tirer de ces formules coprologiques.
2. Albumine. — Albumoses. — Peptones. — La présence de ces différents corps albuminoïdes fait défaut absolument dans le méconium et dans les fèces du jeûneur. On en peut donc conclure que, chez un individu normal, leur existence ne peut être liée qu’à l’excès de nourriture, entravant la marche régulière de leur résorption. Et, en effet, chez l’adulte bien portant, on n’en trouve jamais trace. Par contre, chez le nourrisson, Wegscheider, Uffelmann et Blauberg considèrent qu’ils y sont d’une façon constante, peut-être en plus grande abondance dans les garde-robes de nourrissons élevés avec du lait de vache que dans celles d’enfants nourris au sein, fait qui s’explique parce que la quantité de ces dernières est elle-même plus considérable.
190 SUBSTANCES CONSTITUANTES DES FÈCES EN PARTICULIEH.
En dehors de cette cause capable de les faire ainsi apparaître dans les fèces, je veux dire la surcharge alimentaire , les corps ci-dessus nommés peuvent s’y rencontrer encore dans de nombreuses circonstances pathologiques ; on les a signalés dans les diarrhées, la fièvre typhoïde, l’ictère, etc. ; nous-même avons pu constater leur présence dans des cas où la surface résorbante de l’intestin était fortement altérée par des lésions de nature variée, trois cas de tuberculose intestinale, trois cas de fièvre typhoïde et un cas de catarrhe intestinal aigu. Aussi croyons-nous que, sauf chez le nourrisson où il semble que leur présence en petite quantité n’ait point de signification diagnostique, nous pouvons utilement de leur constatation tirer chez l’adulte quelques indications soit pour la diététique, soit pour la confirmation d’un diagnostic pathogénique, puisqu’ils ne se rencontrent que dans les cas d’une alimentation d’albuminoïdes trop abondants, ou dans des cas de résorption intestinale insuffisante.
3. Caséine. — Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, les difficultés de la recherche chimique de la caséine rendent l’utilisation de ces méthodes trop impraticable pour qu’on ait pu avoir des notions très précises sur la signification clinique de l’apparition de la caséine en plus ou moins grande abondance dans les fèces de gens soumis au régime lacté, adultes ou nourrissons. Aussi n’insisteronsnous pas davantage sur ce point, renvoyant pour plus de détail aux travaux de Biedert et de ses élèves.
B. — Produits de décomposition des résidus d'aliments protéiques.
1. Composés gazeux. — Nous avons déjà vu que l’on pouvait faire un rapprochement très exact entre les gaz
du gros intestin évacués par l’anus, dans l’intervalle des garde-robes, et ceux qui se dégagent des selles par putréfaction lente; parce qu’il est vrai que de nombreux gaz, produits de fermentations intestinales anormales, peuvent être résorbés par la muqueuse, il est un fait également constant que ceux-ci, par l’irritation qu’ils déterminent, entraînent des évacuations plus rapides dans lesquelles la recherche des gaz permet de mesurer l’intensité des processus qui les occasionnent. Ainsi par les méthodes que nous avons indiquées, peut-on se rendre compte de l’influence de la nourriture dans leur apparition, ainsi que des troubles des organes digestifs.
D’autre part, nous apprenons que ces fermentations sont liées à la présence de microorg'anismes particuliers, bactéries de diverses espèces qui pénètrent avec les aliments dans le tube digestif et y pullulent.
Les expériences de Hüfner et Nencki ont, en effet, démontré que la digestion pancréatique des matières albuminoïdes, même au contact de la bile, ne s’accompagne d’aucun dégagement de gaz et s’arrête à la deuxième phase, production de leucine, de tyrosine, avec peptones prédominantes, quand elle s’effectue à l’abri complet des germes de l’air; par contre, quand on laisse arriver l’air et les germes qu’il renferme, on voit apparaître immédiatement l’hydrogène et l’hydrogène protocarboné, ainsi que des produits identiques à ceux de la putréfaction. D’ailleurs dans la vie fœtale, où ces organismes ne peuvent arriver au contact du fœtus, l’intestin ne renferme jamais de gaz, ni de produits odorants ; au contraire, dès que le nouveau-né a respiré et que les mouvements de succion ont permis l’introduction de l’air avec la salive ou le lait dans le tube digestif, les fermentations se produisent et les gaz apparaissent, fabriqués par des processus de réduction qui se
portent sur tous les aliments, quelle que soit l’espèce à laquelle ils appartiennent.
Ainsi l 'intensité des dégagements gazeux et leur variété dépendent de multiples facteurs, tels que quantité et qualité de la nourriture , troubles fonctionnels des organes digestifs et enfin pullulation microbienne anormale.
Nous venons de signaler l’influence des microbes d’après les expériences d’Hüfner et de Nencki; l’influence de Y alimentation nous est également prouvée par les recherches de Marchand et de Ruge.
C’est ainsi que, d’après ces auteurs, on constate qu’une alimentation animale donne beaucoup d’azote, peu d’acide carbonique et d’hydrogène et une assez forte proportion de protocarbure d’hydrogène, tandis que dans le régime lacté, c’est l’hydrogène qui prédomine à côté d’une proportion d’azote assez forte, de peu d’acide carbonique et de traces seulement d’hydrogène protocarboné.