GO
Fe203
CaO
MgO
Alcalis
Chlore
Chez un chien de 30 kilogrammes, ing-érant 500 grammes de viande et 200 grammes d’amidon, on peut calculer 78,6 de fèces sèches renfermant 23sr,76 p. 100 de cendres dont la composition centésimale et par jour était la suivante :
INSOLUBLE dans HUI.
Fe203.
CaO.
MgO.
So3.
Alcalis.
Dans 100 de cendres.
Par jour. .
Telles sont les modifications qu’apportent dans la composition des cendres les différentes variétés d’alimentation. Quant à celles qu’apportent les troubles dig-estifs, nous ne possédons sur elles que fort peu de documents. Aussi, à l'heure actuelle, ne saurions-nous tirer grand profit pour des conclusions cliniques de leur plus ou moins grande I abondance dans les fèces. Nous ne ferons que citer ici les | résultats de Muller chez deux chiens présentant une fistule j biliaire.
â28 SUBSTANCES CONSTITUANTES DES FÈCES ÈN PARTICULIER.
Alimentation pour 1300 grammes 1600 grammes
Éléments. de viande. de viande.
Sable 0,71 3,15
Co2 3,99 4,00
Fe2Oy 2,74 2,63
CaO 24,70 20,98
MgO 14,76 14,04
Alcalis » 7,09
Chlore 0,29 0,34
A. — Parasites végétaux.
Dans le chapitre précédent, nous avons exposé les méthodes qui permettent de reconnaître les différentes variétés microbiennes contenues dans les matières fécales; dans le chapitre prochain, nous envisagerons les déductions cliniques que l’on peut tirer de leur présence dans telles et telles conditions ; mais avant il nous faut considérer les causes qui déterminent leur apparition et posséder sur leur rôle utile ou nuisible des indications aussi précises que possible pour en dégager leur véritable signification ; c’est ce que nous allons tenter de faire ici.
La flore bactérienne des fèces est excessivement variée et des plus abondantes; elle change avec de nombreuses causes : l’alimentation, des troubles pathologiques, les climats modifiant les genres et les espèces; et les différentes races animales n’ont point les mômes microbes dans leurs excréments.
1° Des bactéries en général dans l’intestin.
1° Leur rôle physiologique dans la digestion. — Cela
semble indiquer qu’elles ont un rôle particulier à remplir
MICROBES ET PARASITES
dans certaines conditions dans le tube digestif. Pasteur le premier a soulevé le problème et s’est demandé si ces microorganismes n’étaient pas indispensables pour la digestion normale de l’homme et des animaux. Toute une série de travaux inspirés de ces idées ont tenté de les résoudre. Il a été facile de démontrer qu’ils empruntent au contenu intestinal les matériaux nécessaires à leur végétation, en faisant subir aux substances plus ou moins complexes qui le composent une série de mutations qui les transforment en corps de plus en plus simples ; c’est ainsi que les bactéries protéolytiques transforment les matériaux albuminoïdes alimentaires, et que d’autres bacilles agissent sur les substances bydrocarbonées ; quant à la transformation des graisses sous l’influence d’une lipase microbienne dans l’intestin, comme le prétendait Duclaux, elle semble controuvée par l’expérience suivante de Muller, qui mettant en présence de graisses neutres un pancréas frais, à l’abri de l’action des bactéries, à la température du corps, constata que leur dédoublement avait lieu dans la proportion de 65 à 66 p. 100, tandis que dans les mêmes conditions les bactéries n’en dédoublent qu’à peine 9 p. 100.
Cependant Nuttall et Thierfelder ont pu réaliser par des expériences, une digestion absolument stérile des diverses sortes d’aliments. Ils ont pu, extrayant des petits cobayes du ventre de la femelle par une opération césarienne, nourrir ceux-ci avec du lait et des biscuits, et les élever sans grand dommage; ils en ont conclu que de jeunes mammifères peuvent, sans aucun concours de microbes, uniquement grâce à leurs sucs digestifs propres, utiliser les aliments. C’étaient, du reste, les conclusions de Nencki qui avait pu, in vitro, montrer que les sucs digestifs sans participation microbienne peuvent transformer les matières albuminoïdes et les graisses. Cependant des expériences
contradictoires entreprises par Schottelius chez des poussins ont fait voir que des animaux placés dans certaines conditions, exigent le concours des bactéries intestinales pour se développer normalement; il a vu, en effet, que de petits poussins cachectisés par manque de microbes se rétablissaient lorsqu’on leur donnait des cultures, isolées du tube digestif des poussins normaux. Metchnikoff, se livrant à l’élevage du têtard, a pu constater que des têtards aseptiques restaient petits, arriérés et devenaient cachectiques, tandis que leurs témoins parcouraient leur cycle de développement normal. Ces résultats, en apparence contradictoires, s’expliquent peut-être, dit le professeur Metchnikoff, parce que les animaux soumis aux dernières expériences étaient obligés de se nourrir avec des aliments inusités, tels que le pain pour les têtards ou le millet et le blanc d’œuf pour les poussins, d’où la nécessité de l’intervention microbienne pour suppléer à leurs sucs digestifs déficients dans l’acte de décomposition des parties constituantes de ces aliments. Eu variant les conditions d’alimentation, on pourrait peut-être, dit-il, arriver à des résultats tout à fait opposés, c’est-à-dire développer bien des jeunes poussins et des têtards en dehors du concours des microbes, et voir de jeunes cobayes se cachectiser et périr par manque de bactéries.
La question de l’utilité de la flore intestinale dans l’acte de digestion n’est donc point résolue par ces diverses expériences, mais les faits que Nenoki a exposés depuis longtemps semblent montrer que ce rôle est de peu d’importance normalement. En effet, les produits que développent les microbes dans l’intestin aux dépens des matières hydrocarbonées, tels que les acides lactique, acétique, succinique, l’acide carbonique, etc., ne servent guère à la nutrition ; et de même la décomposition des
MICROBES ET PARASITES
albuminoïdes prend une marche telle sous leur influence que leurs produits ultimes deviennent impropres à être utilisés par l’organisme.
D’autre part, Klein insiste beaucoup, en signalant sa méthode de numération des bactéries (basée sur la méthode de numération des globules rouges dans le sang), sur ce point que dans les matières fécales de l’homme, 1,1 p. 100 du nombre total des individus microbiens sont seuls vivants, tandis que 98,9 p. 100 de ces organismes des selles sont morts. Il en conclut à l’existence d’une action stérilisante dans l’intestin même, et par suite on en peut déduire que leur présence n’a qu’une signification restreinte pour l’acte digestif. Au reste, dit Frémv, il semble difficile de subordonner un acte physiologique aussi nécessaire que la digestion au hasard des germes venus de l’extérieur.
Enfin des recherches de Macfayden, de Nencki, de Lieber, montrent nettement que l’intestin grêle de l'homme, c’està-dire la partie du tube digestif où s’accomplissent les actes les plus importants de la digestion, présente une flore microbienne moins riche que les autres parties; Kohlbrugge a confirmé ces faits en insistant sur eux, et en prétendant au pouvoir antimicrobien stérilisant de l’intestin grêle. Delezenne et Nicolle ont en effet montré que le suc pancréatique uni au suc intestinal a un pouvoir bactéricide des plus puissants. Aussi Metchnikoff croit-il avec quelque raison que, d’une part, le fait que la flore intestinale est le moins développée dans l’intestin grêle, c’est-à-dire dans cette partie du tube digestif qui accomplit le rôle principal dans la digestion, que, d’autre part, le fait de l’action antiseptique du suc pancréatique associé au suc intestinal, semblent plaider hautement contre la thèse qui soutient que les microbes intestinaux ont une importance considérable dans la vie normale des animaux.
Ainsi donc le rôle de la flore bactérienne dans la digestion, à l’heure actuelle encore discuté, semble être bien secondaire. Mais voici que leur action physiologique va cependant apparaître des plus utiles, si l’on s’en rapporte aux travaux récents des élèves de Metchnikoff et particulièrement d’Henry Tissier. Cet auteur a en effet démontré que certains microbes intestinaux, notamment le Bacillus bifidus, ont une fonction des plus importantes, non pas en favorisant la digestion et l’assimilation, mais en agissant sur les représentants nuisibles de la flore intestinale; ils ont une action empêchante sur les autres microbes et particulièrement sur les microbes de la putréfaction. Nous nous expliquerons plus loin sur ce rôle si particulier de quelques bons microbes vis-à-vis des mauvais microbes dont Tissier a tiré une méthode thérapeutique des plus curieuses; pour l’instant nous ne retiendrons que le fait suivant, à savoir qu’en dehors des microorganismes qui ont une action franchement pathogène bien établie, tels le bacille du choléra, le bacille de la fièvre typhoïde, le bacille de la tuberculose, etc., et partant dont la présence dans les fèces correspond à des affections bien déterminées, il existe d’autres microorganismes qui, inutiles dans des conditions normales, peuvent devenir, par leur abondance globale ou leur prédominance spéciale, des microbes nuisibles, voire même des microbes pathogènes.
2° Leur rôle pathologique dans les maladies. — On est encore peu fixé sur le rôle exact de ceux-ci, et de nombreuses contradictions s’élèvent quand on vient à parler d’entérites spécifiques à colibacilles, à streptocoques, etc. ; nous indiquerons cependant à propos de chacun d’eux l’importance qu’on doit leur accorder dans la pathogénie de certaines entérites. Mais ce qui semble bien évident à l’heure actuelle, c’est que, dans certaines conditions, telles
MICROBES ET PARASITES
qu’une alimentation trop abondante laissant de nombreux résidus fécaux, ou tels que des troubles dans le fonctionnement du tube digestif entraînant une insuffisante transformation et résorption des matières alimentaires, la pullulation des espèces microbiennes devient si considérable d’une part, et d’autre part, du moins chez le nourrisson, leurs formes habituelles se modifient tellement que la simple constatation de ces changements par frottis sur lamelle ou après extraction des bactéries par le procédé de Strassbürger, suffit pour indiquer une anomalie ayant le plus souvent des conséquences nuisibles. Si ensuite, par un long et minutieux travail de laboratoire, on peut isoler une espèce prédominante qui, injectée aux animaux, entraîne la mort plus ou moins rapidement, on pourra peutêtre conclure à la spécificité de cette espèce. Mais pour rester clinique, la simple indication ci-dessus mentionnée est la seule utilisable en pratique. Nous reviendrons sur ces différents points lors des conclusions diagnostiques ; ce que nous voulions établir ici, c’est, en regard du rôle physiologique des bactéries intestinales, le rôle pathologique qu’elles peuvent acquérir dans certaines circonstances.
Il semble, en effet, aujourd’hui démontré, chez le nourrisson du moins où ces faits ont été le mieux étudiés, que les infections digestives ne sont point le fait d’un germe spécifique comparable au bacille d’Eberth ou au vibrion cholérique, mais qu’elles sont causées pour la plupart par des bactéries banales qui normalement vivent côte à côte sans s’influencer réciproquement, ou tout au moins sans que, de cette influence réciproque, résulte un dommage pour l’individu qui les héberge, et qui, dans certaines conditions au contraire, s’associent au lieu de simplement coexister pour augmenter leur virulence et acquérir alors un pouvoir pathogène (Nobécourt).
Quelques auteurs vont même plus loin et, niant toute action utile des bactéries, soit action physiologique dans la digestion des aliments, opinion soutenue par Albü, Schotellius et autres, soit action empêchante dans le développement des espèces nuisibles, opinion défendue par Metchnikoff et Henry Tissier, ces auteurs prétendent que, quelle que soit leur nature, elles sont toutes pathogènes, à des degrés divers, il est vrai, par les toxines qu’elles sécrètent et aussi par les produits toxiques qu’elles fabriquent dans les résidus alimentaires. Ainsi, avec ces auteurs, les bactéries ne sont point seulement pathogènes par leur action propre spécifique, ou par leur association, mais par le mécanisme plus complexe et encore mal élucidé des autointoxications intestinales dont elles sont l’unique cause. Ricardo Lynch s’est fait récemment l’ardent défenseur de cette dernière opinion, et c’est à ses écrits que nous en emprunterons la description.
« Il définit tout d’abord l’auto-intoxication d’origine intestinale comme un empoisonnement général de l’organisme dû à l’absorption des substances toxiques formées anormalement dans le tube digestif par suite de la multiplication des microbes, de la fermentation et de la putréfaction du résidu alimentaire mal digéré sous l’action saccharifiante et protéolytique des bactéries préexistantes dans l’intestin; empoisonnement endogène qu’il rapproche, pour l’opposer, de l’empoisonnement exogène dû à l’ingestion d’aliments contenant des substances toxiques produites par les bactéries. Pour lui, la digestion par les zymases ou ferments digestifs est la seule vraiment physiologique et utile à l’organisme, parce qu’elle ne donne pas lieu à la formation de substances toxiques; les zymases, comme dit Combe (de Lausanne), se bornent à décomposer les substances digérables et utilisables en une série de produits plus aptes à être
absorbés et assimilés, sans enlever à tous les produits de la digestion leur valeur dynamique et alimentaire, ni la faculté de s'oxyder dans l’organisme et de se transformer en eau, acide carbonique et urée ; au contraire, la digestion des aliments par l’action dissolvante et de dédoublement des bactéries protéolytiques et saccharifiantes, aérobies ou anaérobies, anormalement développées dans l’intestin, est une digestion irrégulière ajoutée ou intercalée inutilement et au détriment de la digestion physiologique par l’action des ferments. La digestion bactérienne profite plus aux microbes qu'à V organisme qui les héberge ou plutôt aux dépens duquel ils vivent ; bien plus, elle lui devient préjudiciable, soit directement par leur action propre, soit indirectement par l’action des toxines ou des poisons qu’ils sécrètent ou qui se forment au moment de la fermentation et de la putréfaction des aliments. Ces toxines et ces poisons, une fois en contact avec les organes de la digestion, les troublent d’abord dans leurs fonctions et les empêchent d’exercer toute leur action digestive physiologique sur les aliments et finissent ensuite parles enflammer et les altérer dans leur texture histologique; de plus, quand les substances toxiques intestinales sont absorbées et passent dans la circulation générale, quand elles arrivent à être en contact avec les cellules, les tissus et les organes, alors tout l’organisme, comme tout à l’heure l’appareil digestif, sera troublé dans ses fonctions d’abord, enflammé et altéré dans sa texture histologique ensuite, si les auto-intoxications sont intenses et se répètent souvent. Ainsi, suivant les idées de Metchnikoff, l’individu vit-il sans cesse empoisonné par les toxines microbiennes qui se forment dans l’intestin sans pouvoir atteindre une vieillesse physiologique et le terme fatal de l’existence humaine fixé par la nature à des âges plus avancés. De tout ceci Lynch arrive à conclure que \eà
bactéries intestinales sont, suivant leur quantité, ouinoffen sives ou très nuisibles , en tous cas jamais utiles à l'organisme.
« Sans doute, dit-il, parmi l’immense quantité de bactéries intestinales, il y en a quelques-unes qui sont plus nuisibles que d’autres, soit qu’elles agissent directement, ou par l’intermédiaire de leurs produits toxiques, soit par l’intermédiaire des substances irritantes qui se forment sous l’action putréfiante ou fermentescible des microbes sur les aliments, mais toutes, en plus ou en moins, agissent d’une façon défavorable sur les fonctions digestives et la santé générale de l’individu et représentent par conséquent pour lui des causes efficientes de maladie et même de mort. Souvent, le tableau clinique et les troubles de la nutrition sont les mêmes dans toutes les maladies de la digestion, qu’elles soient produites par les bactéries nommées pathogènes ou par les bactéries nommées saprophytes, mais, même dans ces cas, leur manière d’agir, les modalités qu’elles impriment au processus de la maladie qu’elles provoquent, etc., sont très différentes.
De même les conditions d’existence des bactéries étant très différentes, il existe aussi des différences entre les toxines qu’elles fabriquent et entre les substances irritantes qu’elles fournissent lors de la fermentation et de la putréfaction des divers aliments.
Les bactéries exclusivement saprophytes sont des êtres incapables de se développer dans les tissus et les organes des êtres vivants; par conséquent, il ne faut pas s’étonner si elles sont incapables de les infecter et de produire dans leur texture des lésions à types déterminés, comme cela s’observe avec les bactéries nommées pathogènes.
Les bactéries saprophytes ne se multiplient pas dans les tissus de l’homme, ni n’infectent son organisme à l’instar
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des bactéries pathogènes, parce que les premières sont des êtres d’une race spéciale qui trouvent leurs moyens de subsistance uniquement dans les substances mortes qui renferment des albuminoïdes, des graisses et des hydrocarbones. Dès qu’on les met en présence des cellules et des tissus vivants du corps humain, en les injectant par voie hypodermique ou autrement, il s’ensuit que non seulement ils ne se multiplient pas, mais qu’au contraire, ils sont rapidement détruits grâce aux moyens de défense naturelle de l’organisme. Sommes-nous pour cela autorisé à admettre que les bactéries saprophytes ne peuvent endommager l’organisme et le rendre malade ?
En aucune façon, elles troublent les digestions et portent préjudice à l’organisme autant ou plus que les bactéries nommées pathogènes, mais par des procédés différents, à leur façon, à condition cependant qu’elles se trouvent dans un milieu approprié et propice à leur développement. Si les bactéries saprophytes ne peuvent vivre ni pulluler dans les tissus vivants, ni exercer une action pathogène bien évidente sur l’organisme lorsqu’on les injecte par la voie hypodermique, elles peuvent, par contre, vivre et se multiplier dans le canal digestif lorsqu’elles y trouvent une grande quantité de substances organiques, nécessaires à leur subsistance, et dès lors, elles peuvent causer des dommages qu’auparavant on n’aurait pu observer.
C’est que, dans un milieu favorable et approprié à leur développement, les bactéries saprophytes se multiplient rapidement et produisent, d’une part, d’abondantes toxines, produits directs de ces changements organiques et, d’autre part, une quantité variable d’autres substances toxiques telles que gaz (hydrogène sulfuré, méthane, etc.), des corps de la série aromatique (phénol, indol, scatol, etc.), des corps de la série des graisses (acétones, acides butyrique,
lactique, caproïque, etc.), lesquels introduits dans les voies digestives simultanément avec les aliments pourris ou fermentés par l’action bactérienne (crus ou même cuits ou rôtis) produisent, comme on le sait, de fortes indigestions et de forts empoisonnements de tout l’organisme, conséquences de leur absorption rapide (intoxications alimentaires).
Gomme exemple de l’action grandement préjudiciable des poisons formés dans les aliments en décomposition, sous l’influence des bactéries saprophytes, on peut citer les cas plus connus à cause de leur fréquence : le botulisme ou empoisonnement grave par suite de l’ingestion de saucisses passées, les empoisonnements parfois très intenses dus au poisson pourri, l’empoisonnement par le lait vieilli, ainsi que par les choux fermentés et les pommes de terre avariées.
Eh bien ! de même que les bactéries saprophytes font pourrir et fermenter les aliments, à l’air libre et fabriquent d’abondantes toxines et d’autres substances vénéneuses qui, ingérées, occasionnent désintoxications et des indigestions, de même, les bactéries saprophytes de l’intestin font pourrir et fermenter les résidus alimentaires mal digérés, fabriquent des toxines, des gaz, des substances vénéneuses déjà énumérées qui occasionnent également des intoxications et des troubles digestifs si, à mesure de leur production, elles sont absorbées par les parois intestinales (auto-intoxications).
Entre les auto-intoxications et les intoxications alimentaires, il y a seulement une différence de degré tenant à ce que les poisons n’agissent pas et ne sont pas absorbés de la même façon.
Dans les intoxications alimentaires, les poisons sont introduits d’une seule fois dans les voies digestives et la quantité absorbée est très grande et très rapide.
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Ceci nous explique la violence des indigestions et l’intensité des symptômes d’empoisonnement, consécutivement à l’ingestion d’aliments pourris et fermentés.
Dans les auto-intoxications dues à la pullulation excessive des bactéries intestinales, les poisons sont absorbés en quantités variables, mais d’une façon plus suivie et plus fréquente, si le sujet ne s’alimente pas convenablement et sans dépasser les mesures de sa capacité digestive.
En résumé, Lynch dit que toutes les bactéries intestinales — les bactéries exclusivement saprophytes comme les pathogènes, qui vivent à l’instar des saprophytes dans le tube intestinal — jouent un rôle très important en pathologie, et spécialement dans l’étiologie et la pathogénie de la grande majorité des affections gastro-intestinales de l’homme à toutes les époques de sa vie depuis sa naissance jusqu’à sa mort. En effet, d’accord avec les résultats de ses études et de ses recherches microscopiques des matières fécales de milliers de sujets sains et malades de tout âge, il n’hésite pas à admettre que les bactéries intestinales, purement saprophytes, et les pathogènes qui mènent dans l’intestin une vie de saprophytes, sont les causes de dyspepsies à type chronique chez les enfants et les adultes, les causes des troubles digestifs qui précèdent, accompagnent et suivent les entérocolites aiguës toxi-infectieuses, les causes des diarrhées des enfants nourris exclusivement au sein, de la plus grande partie des indigestions et des affections purement catarrhales avec ou sans diarrhée des enfants et des adultes; ce sont elles qui, parleur action continue, empoisonnent à tout moment l’organisme humain, produisent des dommages qui restent latents en se manifestant peu à peu, et font que l’homme est souvent en instance de maladie, que beaucoup d’eux pendant toute leur vie éprouvent des sensations désagréables, quoique mal définies et
difficiles à expliquer, même par le médecin (douleurs de tête, abattement général, nervosisme exagéré, inappétence, etc ). »
Tel peut se résumer, nous semble-t-il, dans une vue d’ensemble, l’opinion générale des divers auteurs sur le rôle physiologique ou pathologique des bactéries. Quand nous reprendrons une à une chacune des espèces que nous avons décrites au chapitre précédent pour tâcher d’en connaître la signification clinique, nous verrons à nouveau sur quel ensemble de conditions il nous faudra nous appuyer pour préciser leur rôle particulier dans les infections gastrointestinales. Avant d’aborder ce paragraphe, nous voudrions encore indiquer d’une façon générale les modifications que font subir à la flore intestinale les divers genres d’alimentation, ou certains troubles digestifs bien caractérisés, tels que les diarrhées infantiles.
3° Variations de la flore intestinale suivant l’alimentation. — a) Chez l’adulte. — La flore intestinale de l'adulte est à peine connue.
Les variétés de colonies microbiennes sont si nombreuses, aérobies ou anaérobies, queles auteurs ont du màl à les isoler et à les définir. On y décrit cependant le bacterium coli commune , le bacterium lactis aerogenes d’Escherich, 1 e bacillus subtilis, le bacillus mesentericus , vulgatus , des staphylocoques, des streptocoques, de l’entérocoque, leproteus vulgaris , le bacillus putri ficus coli de Bienstock,le bacillus amylobacter , des bacilles fluorescents, le bacille pyocyanique, des spirilles non cultivables, des levures (levure rouge, levure encapsulée d’Escherich), des torulas : la torula de Pasteur ; de nombreux microbes anaérobies encore mal déterminés, mais parmi lesquels peuvent se retrouver le bacille et les spores du tétanos, et les spores du vibrion septique (Bezançon).
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Si l’on connaît encore mal chez l’adulte l'influence de l’alimentation sur la présence de telle ou telle espèce microbienne dans les fèces, par contre, les recherches de Gilbert et Dominici ont bien établi l’action du régime lacté sur la quantité globale de ces microbes. Ces auteurs ont soumis un homme adulte normal, dont les fèces renfermaient dans les conditions de l’alimentation ordinaire, 67 000 germes par milligramme à l’alimentation lactée intégrale pendant cinq jours (2 litres et demi par vingt-quatre heures). Au bout de deux jours, les fèces ne contenaient plus que 14000 microbes; au bout de trois jours, 5000; après quatre jours, 4 000 ; après 5 jours, 2 250.
Le poidsdu bol fécal qui, chez ce sujet soumis à la nourriture habituelle, atteignait 175 grammes, s’était réduit à 73 grammes, et ainsi le nombre des microbes quotidiennement éliminés par la voie intestinale était tombé de 11 725000000 à 164250 000. Bref, le régime lacté avait eu pour effet de réduire le microbisme des fèces à l/71me du taux physiologique.
Contentons-nous pour l’instant d’enregistrer ce fait des plus intéressants qui, comme le disent Gilbert et Dominici, n’est pas dû à l’action antiseptique du lait; nous verrons dans le chapitre prochain l’indication thérapeutique qui semble s’en dégager nettement, surtout si on le rapproche des autres faits signalés par Lynch, que nous rappelions précédemment, à savoir que le nombre des colonies microbiennes marchait pour ainsi dire de pair avec l’abondance des résidus alimentaires dans les fèces.
b) Chez le nourrisson. — Quant à la flore intestinale du nourrisson, bien étudiée par Escherich en 1885, reprise depuis en France par Tissier, elle nous est aujourd’hui en grande partie connue. Voici comment, d’après ce dernier auteur, on peut la considérer :
R. Gaultieh. — Précis de Coprologie.
A. Selles de V enfant nourri au sein. — « La selle de lait, avant de s’établir d’une façon définitive, est précédée par l’apparition de selles épaisses, d’un noir verdâtre, appelées méconium, possédant des caractères spéciaux. Cette période de préparation comporte en réalité trois phases :
1° Une phase aseptique;
2° Une phase d’infection croissante ;
3° Une phase de transformation graduelle qui finit par aboutir à l’établissement d’un aspect microbien définitif, qui est celui de la selle de lait.
1° Phase aseptique. — Le tube digestif est d’abord stérile.
Fig. 55. — Selle de méconium typique (cellules épithéliales : bacillus perfringens).
Ce n’est que vers la dixième ou la vingtième heure que commencent à apparaître les premières bactéries (fig. 55). Cette période aseptique varie, comme l’a vu Escherich, avec le milieu extérieur et les saisons.
2° Phase d'infection croissante. — L’apparition des mi-
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crobes dans le tube digestif se produit avant même tout essai d’alimentation. Elle est précédée ou accompagnée d’une sorte de débâcle de cellules épithéliales d’origine buccale. On voit d’abord de petits cocci fins à grains réguliers, disposés par 2 ou par 4 en amas (staphylocoques blancs), rares et disséminés dans les préparations microscopiques.
A côté d’eux, on peut ensuite voir des coccobacilles déco-
Fig. 56. — Phase d’infection croissante (apparition des protéolytiques, le bacillus perfringens).
lorés par la méthode de Gram ( Bact . coli , variété commune), également très peu nombreux. Vers la vingt-quatrième heure, au moment où se font d’ordinaire les premiers essais d’alimentation, apparaissent des formes bacillaires (fig. 56) : gros bâtonnets épais, longs, rarement incurvés ( bacillus perfringens ), et bacilles minces, grêles, rigides, à extrémités arrondies, souvent disposés par paires (bacilles III de Rodella).
Puis progressivement, on note dans les préparations des
diplo-cocco-bacilles, décolorés par la méthode de Gram (cocco-bacillus profœteus, bacterium lactis aerogenes), de petits diplocoques, quelquefois disposés en courtes chainettes, gardant la coloration de Gram (entérocoques), et de gros cocci disposés en tétrades ou en paquets (sarcines).
Toutes ces bactéries, rares d’abord, pullulent et sont très nombreuses au commencement du troisième jour. De nouvelles espèces peuvent même encore faire leur apparition bacilles de grosseurs différentes ( bact . mesentericus, bact. acidophilis) ou diplobacilles à extrémités effilées {bact. bifides). Mais déjà le milieu semble se modifier car les espèces sporogènes prennent des formes de résistance. Les bac. perfringéns montrent de grosses spores à leurs extrémités ou vers leur milieu, et les bacilles III de Rodella en présentent à une de leurs extrémités, prenant alors cet aspect en tête de clou des bacilles du tétanos ou du B. bifldus de Bienstock. Cette période d’infection croissante est à son apogée vers le milieu du troisième jour.
3° Phase de transformation de la flore. — A partir de cette époque, cette flore si variée tend à se simplifier. Un diplobacille à extrémités effilées, surtout coloré par la méthode de Gram [B. bifidus ), apparu un des derniers, se développe rapidement et ne tarde pas à pulluler. Les autres bactéries disparaissent alors graduellement dans un ordre assez constant. Ce sont d’abord les gros bacilles sporulés, puis les bacilles grêles, les cocco-bacilles en fuseau, et, en dernier lieu, les différents cocci, et la flore intestinale ne semble plus composée que de ce diplobacille (fig. 57).
Cette période de transformation dure de douze à vingtquatre heures. Tantôt elle commence au début du deuxième jour et se termine au début du troisième jour. Tantôt elle commence plus tard, à la fin du troisième jour, et se termine dans le courant ou à la fin du quatrième jour. Il est très rare
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qu’elle dépasse cette limite. Ces bactéries si variées de la
Fig. 57. — Phase de transformation de la flore. (Le bac. bifîdus presque pur a chassé tous les protéolytiques.)
Fig. 58. — Selle normale du nourrisson au sein (le bac. bifîdus à l’état
de pureté).
période méconiale pénètrent par la voie buccale, et leurdisparition semble en rapport direct avec l’apparition du Bacillus bifidus. A partir du troisième, quatrième jour, jusqu’au sevrage, tant que l’alimentation restera la même, la flore intestinale gardera le même aspect. Elle correspond à un type invariable et constant. Elle ne semble constituée, à l’examen microscopique, que d’une seule espèce, le Bacillus bifidus , bactérie, anaérobie stricte (fig. 58). Cette constance de la flore est liée au mode d’alimentation. Le moindre écart de régime, la moindre faute contre l’hygiène pourront se répercuter sur la flore et devenir apparents à l’examen bactériologique, alors qu’un examen rigoureux du poids ou de l’habitus extérieur de l’enfant ne pourra les révéler.
B. Selles de l'enfant au biberon. — Chez le nourrisson au biberon, comme chez celui au sein, la période qui précède l’établissement de la flore normale habituelle se divise entrois phases. Mais la phase d'infection croissante est bien plus longue; elle atteint son apogée vers le quatrième jour. On rencontre, en outre, des formes microbiennes, inconnues ou fort rares, chez l’enfant au sein, comme des levures et certaines variétés de sarcines. La phase de transformation présente également un aspect différent : elle est longue, traînante, se prolonge indéfiniment, et nous avons des cas où, quinze jours après la naissance, on trouvait encore au milieu des microbes de la flore habituelle, quelques échantillons de B. per fr ingens et de B. III de Rodella (fig. 59).
Quant à la flore habituelle de ces nourrissons, elle ne paraît être qu’une sorte de continuation de la phase d’infection croissante. A part quelques espèces qui finalement disparaissent, la plupart semblent persister, ce qui donne à cette flore un aspect bien spécial et fort différent de celle
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de l’enfant au sein. Les bactéries y sont en effet très variées ; il semble même qu’elles puissent varier chez le même enfant, d’une selle à l’autre. Ce n’est qu’en faisant de nombreux examens qu’on peut se rendre compte qu’il existe
Fig. 59. — Selle d’enfant au biberon (microbes variés).
une sorte de constance dans la présence de certaines espèces.
Les ensemencements montrent que cette flore habituelle est ainsi constituée : à côté du Bac. bifidus , du Bac. coli (variété commune), de l’entérocoque, il existe un nombre égal de Bac. acidophilis , Bac. exilis , plus rarement le staphylocoque blanc, des sarcines, le Bac. lactis aerogenes , la levure blanche et quelquefois le Bac. III de Rodella et le Bac. coli (variété typhimorphe).
G. Selles de l'enfant à V alimentation mixte . — L’aspect microbien de ces sortes de selles varie avec l’âg'e où l’enfant est mis à ce régime. Quand le nourrisson prend
dès la naissance du lait de vache, la flore se rapproche de celle de l’enfant au biberon. Quand il en prend plus tard, vers six ou huit mois par exemple, l’aspect est peu différent de celui de l’enfant au sein.. II. est bien évident aussi que cet aspect dépend de la quantité relative de chacun des deux aliments donnés, »
4° Variations de la flore intestinale dans les cas de troubles digestifs. — a) Chez l’adulte. — Elle est, dans ces cas, encore mal étudiée; cependant, dans l’ouvrage de Combe (de Lausanne) sur l’Entérite muco-membraneuse, on peut trouver certaines indications sur cette flore anormale dans deux cas : la constipation chronique, et l’entérite muco-membraneuse.
« Dans la constipation chronique, grâce à la sécheresse des matières, on trouve, d’après les préparations d’Amann, des entérocoques et des microcoques protéolytiques en grand nombre ; dans l’entérite muco-membraneuse, un gros bacille protéolytique et le bacillus putrificus » (1).
b) Chez le nourrisson. — Chez le nourrisson, nous trouvons des indications plus précises sur cette flore microbienne en cas de troubles pathologiques de l’intestin. C’est ainsi que Tissier décrit, entre autres, la modification diarrhéique qui caractérise certains de ces troubles de la façon suivante :
« En examinant au microscope une parcelle des matières fécales, il est facile de voir que la flore intestinale est, dans les cas d’entérite, tout à fait différente de la flore normale. Au lieu de diplobacilles à extrémités effilées, rangés les uns à côté des autres « en palissade » en nombre si considérable qu’ils semblent provenir d’une culture pure et de
(1) Combe. Traitement de l’Entérite muco-membraneuse. Paris, 1906 (Voy. pl. I et pl. II).
MICROBES ET PARASITES
quelques coccobacilles et diplocoques disséminés dans les préparations, on trouve un aspect bactérien tout autre. Les coccobacilles et les diplocoques sont très nombreux; ils sonen nombre prédominant (fig. 60). Cette pullulation des anaérobies facultatifs normaux est une conséquence du changement d’état du milieu intestinal, elle existe dans toutes les
Fig. 60. — Modification diarrhéique habituelle, phase de début (amoindrissement du bacil. bifidus, apparition du colibacille, de tous les cocci, etc.).
diarrhées, qu’elles soient d’origine toxique ou d’origine infectieuse : c’est la modification diarrhéique habituelle de la flore. Elle semble dans ce cas toujours très intense caron ne trouve plus de formes rappelant celles du B . bifidus. Mais, fait très important, à côté des bactéries que nous venons de signaler, il existe toujours un grand nombre des espèces anormales : gros bacilles à bouts carrés, bacilles trapus à extrémités arrondies, renflés sur leur milieu quand ils possèdent une spore et se colorant en bleu par l’iode, bacilles
grêles, rigides ou incurvés présentant une spore ronde à une de leurs extrémités, coccobacilles en forme de navette, très fins cocci réunis en amas. La coloration par la méthode de Gram a montré que seules les formes bacillaires et quelques cocci restent colorés.
Si on essaie d’isoler ces différents microorganismes au moyen de la méthode de Veillon par exemple, on trouve,
Fig. 61. — Modification diarrhéique habituelle, phase plus avancée (apparition du pcrfringens, nombreux microbes).
à côté de nombreuses colonies (fig. 61 et 62) de Bac. coli et d'entéroques, d’autres formées par le Bac. perfringens , le Bac. saccharobutyricus de Klecki (variété acétique), le bacille III de Rodella, le coccobacillus anaerobius perfœtens (fig. 63) (H. Tissier), le staphylococcus parvulus (Veillon et Zuber), le Bac. minutus (fig. 64).
Quand les troubles d’entérite s’amendent, une à une les espèces anormales survenues disparaissent : les gros ba-
cilles butyriques d’abord, puis les coccobacilles en navettes,
Fig. 62. — Selle de choléra infantile.
Fig. 63. — Coccobacillus anaerobius perfætens.
les fins cocci et enfin les bacilles grêles. La réaction diarrhéique s’atténue prog ressivement. Dans les derniers jours de cette période, on note quelques formes bifurquées de B. bifidus. C’est l’annonce de la g-uérison. Huit ou douze heures après, l’aspect bactérien est complètement trans-
Fig. 64. — Bacillus minutus.
formé. La flore intestinale a repris le type normal et les selles redeviennent ce qu’elles étaient avant la maladie. On ne trouve plus d’espèces anormales. »
Nous verrons dans le prochain chapitre J’importance diagnostique de ces constatations faites par Tissier, et quelle méthode thérapeutique cet auteur en fait découler.
MICROBES ET PARASITES
2° Des espèces bactériennes prises en particulier et