II. — RÉSULTATS DE LA MÉTHODE
1. Indications générales fournies par les selles dans quelques états pathologiques de l’intestin. — Voici comment à l’aide de ces méthodes on définit quelques états pathologiques de l’intestin :
Selles diarrhéiques. — On donne le nom général de selles diarrhéiques aux excrétions qui n’ont pas la consistance habituelle et qui doivent à une augmentation anormale de la proportion d’eau une fluidité toute particulière.
a. Le flux diarrhéique peut être stercoral et formé de matières fécales délayées et dissociées par des liquides de transsudation et d’hypersécrétion intêstinale ( entérite simple, deuxième période de la fièvre jaune, début du mal de Bright). f
Chez les enfants, les selles prennent un aspect spécial, du à la digestion du lait. Elles sont formées d’un liquide acide, de couleur jaune ou jaune verdâtre, dans lequel nagent des flocons blancs de caséine coagulée ; quelquefois on dirait du petit-lait. Le microscope décèle des débris amorphes, des globules gras, des microorganismes très abondants, on y trouve du pigment biliaire, des acides gras en abondance, très peu de chlorure de sodium, ni albumine, ni sucre [catarrhe intestinal infantile à forme typhoïde).
p. Les selles diarrhéiques séreuses sont le résultat d’une transsudation aqueuse extrêmement abondante sur toute la surface de la muqueuse gastro-intestinale et imputable à la paralysie généralisée des vaisseaux intestinaux. Caractérisées par une abondance extrême, ces selles sont liquides et incolores et renferment généralement de l’albumine
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( choléra nostras, choléra infantile , fièvre pernicieuse cholériforme).
Dans le mal de Bright, on observe quelquefois au début ou après une diarrhée stercorale, un flux séreux, constitué, d’après Treitz, par un liquide faiblement acide, neutre ou alcalin, contenant du carbonate d’ammoniaque qui provient de la décomposition de l’urée, et souvent aussi de l’albumine (Jaccoud).
y. Il est inutile d’insister sur les selles muqueuses caractéristiques de l’ entérotyplilocolite muco-membraneuse.
o. Les selles séro-muqueuses qui tiennent des deux variétés précédentes ont perdu également le caractère fécal. Elles sont demi-liquides ou liquides, constituées par une transsudation séreuse teinte en jaune ou en vert par la bile, et épaissies par les produits muqueux de la sécrétion glandulaire. On y trouve avec des débris alimentaires non digérés, de l’épithélium, beaucoup de chlorure de sodium et de phosphate ammoniaco-magnésien, des traces d’albumine. Elles sont d’autant moins colorées qu’elles sont plus abondantes; leur réaction est d’ordinaire alcaline, mais peut devenir acide et provoquer dès lors une sensation de brûlure de la région anale (catarrhe intestinal aigu, et à forme typhoïde chez l’adulte).
s. Quand aux altérations fonctionnelles de l’intestin viennent se joindre des ulcérations, on trouve du sang mélangé aux divers liquides qui viennent d’être énumérés; de là alors, les diarrhées sanguinolentes de la terminaison fatale de l’entérite chronique, du cancer de l’intestin, de la fièvre typhoïde, de l’infection paludéenne, le flux muco-sanguinolent de l’entérocolite qui accompagne la typhlite.
ç. Il existe encore une autre forme de diarrhée qui se manifeste dans le catarrhe intestinal chronique sur lequel vient se greffer plus tard le catarrhe chronique de l’estomac.
Les matières alimentaires ingérées arrivent dans l’intestin sans avoir pu être convenablement élaborées par l’estomac, irritent ses parois et sont presque aussitôt expulsées, de sorte qu’elles sont reconnaissables dans les selles; c’est la diarrhée lientérique ou lientérie.
Dans les cas de diarrhée, quand les selles se suivent rapidement, elles s’appauvrissent en matières solides; cependant le poids absolu de celles-ci est d’autant plus grand que l’excrétion est plus abondante dans un laps de temps déterminé. On ne trouverait pas de skatol dans les déjections diarrhéiques.
Telle est la description de Garnier et Schlagenhaufen. Voici, d’autre part, pour montrer les indications que peut fournir cette méthode d’examen, l’état des matières fécales dans quelques maladies intestinales, d’après Von Jackhs.
1. Catarrhe aigu de l’intestin. — La quantité des selles est très variable suivant l’intensité du catarrhe; elles sont ordinairement sous forme de bouillie, fortement colorées en jaune brun, et ont une odeur extrêmement désagréable. Leur réaction est alcaline, elles n’ont une réaction acide que dans l’entérite catarrhale aiguë des enfants. Ces excréments renferment toujours beaucoup de mucosités.
Au microscope on constate une quantité considérable de bactéries d’espèces les plus différentes, beaucoup de cellules épithéliales de l’intestin et des leucocytes isolés.
2. Catarrhe intestinal chronique. — Relativement à la localisation du catarrhe chronique, idiopathique, Nothnagel établit les règles suivantes :
a. Quand le gros intestin est exclusivement intéressé, il n’y a ordinairement qu’une évacuation de matières fécales dans l’espace de vingt-quatre heures; parfois il y a des diarrhées qui reparaissent à des intervalles déterminés.
b. Quand le catarrhe est exclusivement localisé dans
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l’intestin grêle, il y a de la nonchalance dans l’évacuation des fèces.
c. Quand le catarrhe est dans l’intestin grêle et le g-ros intestin, il n’y a pas de diarrhée.
d. Dans le catarrhe de la partie supérieure du gros intestin, on trouve des grumeaux de mucus, hyalins, seulement visibles au microscope, avec des matières excrémentitielles dures ou en bouillie et des mucosités visibles à l’œil nu.
e. La présence du pigment biliaire dans les fèces peut être constatée par l’analyse de Gmelin ; elle indique toujours une affection catarrhale de l’iléon et du jéjunum. On trouve dans ce cas des cellules épithéliales colorées en jaune et des mucosités colorées ordinairement en jaune intense couleur de bile.
3. Entérite ulcéreuse (abcès intestinal). — La diagnose des ulcérations de l’intestin présente toujours une très g’rande difficulté ; fréquemment, mais pas toujours cependant, il y a diarrhée. Si, dans les cas qui, par leurs symptômes cliniques, font supposer l’entérite ulcéreuse, on trouve du sang dans les selles, on a certainement affaire à un abcès de l’intestin ; mais nous ne possédons aucun point de repère certain pour formuler ce diagnostic, ni dans l’analyse chimique, ni dans l’examen physique des selles.
Par contre, on pourra reconnaître facilement certaines formes spécifiques d’abcès par l’examen des fèces et la constatation, d’après les méthodes indiquées, de la présence de certains microorganismes pathogènes déterminés.
4. Typhus abdominal. — Le plus souvent il y a, dans cette affection, des évacuations alvines abondantes, de la couleur d’une purée de pois à odeur extrêmement fétide, et qui, par la grande quantité des matières colorantes de la bile qu’elles contiennent, indiquent clairement qu’on a
affaire à un catarrhe de l’intestin grêle. D’après Nothnagel, l’odeur extrêmement fétide qu’elles dégagent est spécifique. La réaction de ces selles est toujours alcaline. A l’examen microscopique, on constate que les fèces renferment beaucoup de cellules épithéliales de la couleur de la bile, quelques globules blancs, de très grandes quantités de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien et une énorme quantité de bactéries. A un degré plus avancé du typhus, les selles peuvent présenter des signes analogues à ceux décrits dans l’ulcération intestinale ; dans le cas d’hémorragie intestinale à la suite d’abcès du typhus, les fèces ont une coloration noire et présentent toutes les réactions caractéristiques de la matière colorante du sang’, de l’hématine.
5. Dysenterie. — Les évacuations alvines présentent dans cette affection des aspects passablement différents : mentionnons d’abord ceux qu’on trouve le plus souvent dans les cas de dysenterie. Les fèces sont riches en mucine et contiennent un peu d’albumine, du sang et beaucoup de pepsine.
L’examen microscopique montre que les fèces sont très riches en leucocytes, en cellules épithéliales de l’intestin et en bactéries. On trouve aussi parfois une assez grande quantité de globules rouges bien conformés; l’examen microscopique présente dans bien des cas presque toujours les mêmes caractères, seulement les globules du sang sont en quantité plus ou moins variable.
Mais à l’examen macroscopique, on constate des différences considérables : Heubner les différencie ainsi :
a) Selles muqueuses et muco-sanguinolentes : mais teintées de sang d’un jaune pâle, visqueuses avec ou sans excréments.
b) Selles sanguinolentes et purulentes : liquide jaunâtre ou rougeâtre dans lequel nagent quelques parcelles ou
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fragments de la forme d’un pois à celle d’un haricot. L’aspect de ces selles ressemble à de la viande hachée.
c) Selles purement sanguinolentes : elles ont lieu quand des abcès dysentériques ont déterminé l’érosion d’un vaisseau.
d) Selles purement purulentes : elles se composent seulement de leucocytes et ne se trouvent que dans les stades anciens de cette maladie.
e) Selles gangreneuses : elles répandent une odeur de gangrène, et leur coloration, qui provient de l’altération de la matière colorante du sang, varie du rouge brun au brun noir. Ces selles indiquent qu’il y a un processus gangreneux étendu dans la muqueuse intestinale.
f) Sont encore à mentionner dans la dysenterie la présence de boules de mucosités semblables au frai de grenouille que Nothnagel a vues dans d’autres affections intestinales; elles n’ont aucune importance spéciale.
6. Choléra. — Dans les diarrhées qui surviennent pendant une épidémie de choléra, sans que les symptômes cliniques du choléra se soient déclarés, les selles ne présentent ordinairement aucune altération caractéristique; cependant il est nécessaire, surtout dans les cas suspects, d’examiner les selles au point de vue de la recherche du bacille du choléra.
Tout autre est l’aspect des selles dans les cas de choléra manifeste. Elles sont liquides, incolores et inodores ; elles sont désignées sous le nom de selles « semblables à l’eau de riz ». Au microscope on voit qu’elles sont riches en cellules épithéliales et en leucocytes. Mais le critérium le plus important est la présence du bacille en virgule. La démonstration de ce bacille ne sera efficace que si, isolé des matières fécales, on peut le cultiver ; il s’agit alors sûrement d’un cas de choléra asiatique. Les selles semblables à l’eau
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de riz ne caractérisent pas par elles-mêmes le choléra; on peut les constater dans les coups de chaleur et dans l’empoisonnement par l’arsenic. Les évacuations alvines sont toujours, comme les selles du choléra, très riches en cellules épithéliales de l’intestin. Relativement à leur composition chimique, on peut encore ajouter qu’elles contiennent du sérumalbumine et beaucoup de mucine.
Selles sanguinolentes. — Elles arrivent dans l’engorgement veineux provenant de l’intestin, dans les abcès typhiques, tuberculeux et dysentériques de l’intestin et de l’estomac; dans l’ulcus duodénal et stomacal. Relativement à leur importance, il faut faire remarquer qu’elles indiquent toujours une affection intestinale grave. Le sang même est profondément altéré. Dans les hémorragies des parties les plus inférieures de l’intestin (S iliaque, rectum), le sang rouge clair peut être évacué sans altération.
Selles acholiques. — Elles ont lieu dans l’obstruction des canaux biliaires, dans l’ictère et même en dehors de ces affections.
Elles sont caractérisées : 1° par leur coloration; 2Ü par leur richesse en graisse ; 3° par la grande quantité de cristaux de graisse (probablement savon de chaux et savon de magnésie) qu’on y trouve. Leur présence dans l’ictère indique toujours qu’il y a obstacle à la sécrétion de la bile, obstacle dû à une obstruction des canaux biliaires. Jusqu’à présent il n’est pas établi d’une façon certaine que ces selles soient constatées alors que les canaux biliaires ne sont pas obstrués. Il n’y a que des probabilités. Tantôt la matière colorante de la bile est tellement altérée dans l’intestin qu’on ne peut en obtenir le produit de réduction, ou la sécrétion de la bile est si faible (acholie) qu’il n’y a pas une quantité suffisante de matière colorante de la bile pour former
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l’urobiline, ou encore il y a des produits de décomposition incolores de bilirubine.
Gomme preuves à l’appui de cette dernière opinion, Von Jackhs cite de fréquentes observations où on a obtenu des quantités considérables d’urobiline, en traitant les fèces acholiques par l'alcool acidulé.
On peut voir des fèces acholiques sans ictère, dans les processus les plus divers, tels que tuberculose intestinale, néphrite chronique et chlorose.
C’est pourquoi on ne peut tirer aucune conclusion clinique des fèces de cette nature, avec absence d’ictère de la peau. Quand il y a ictère., si les fèces sont incolores, cela indique toujours une obstruction des canaux biliaires.
Ainsi ce mode d’analyse des fèces donne des résultats généraux sur certains états intestinaux, mais il est incapable de fournir un résultat précis dont on puisse tirer une déduction utile pour le diagnostic. Il ajoute au syndrome clinique un nouveau symptôme, mais un symptôme trop variable en raison même du principe de la méthode pour qu’on puisse sur lui baser une indication certaine.
2. Indications diagnostiques et d’hygiène prophylactique fournies par les constatations microbiologiques. — Toutefois, ce mode d’analyse peut être des plus utiles dans deux cas : c’est quand il s’applique non plus aux constatations chimiques ou microscopiques des substances des fèces provenant des sécrétions digestives et des produits d’excrétion de la muqueuse intestinale, mais quand il s’applique aux résidus de provenance alimentaire ainsi qu’aux produits intestinaux, vers, insectes ou bactéries.
Dans ces deux derniers cas, ce mode d’analyse trouve son application et présente une utilité incontestable. Point n’est besoin en effet de donner aux individus un repas d’épreuve logiquement composé et mesuré d’après une
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capacité digestive normale pour rechercher la présence des parasites intestinaux, et il est inutile d’insister sur l’importance de ces constatations pour qu’on en comprenne immédiatement tout l’intérêt. En effet, on a pu voir dans le chapitre précédent quellesconclusionsdiag’nostiquesdu plus haut intérêt en découlent, et, partant, certaines règles thérapeutiques. Elles peuvent encore avoir un autre but, c’est celui d’indiquer au médecin certains principes prophylactiques. La présence des bactéries dans les fèces rend celles-ci infectantes pour d’autres individus, d’où la nécessité de détruire les garde-robes de certains malades, et de prendre certaines précautions pour éviter ainsi les contagions possibles. Ces faits sont bien connus, entre autres, pour la fièvre typhoïde, et il semblerait superflu d’y insister si la chose n’apparaissait pas un peu nouvelle pour d’autres variétés microbiennes pour lesquelles on ne soupçonnait pas, il y a quelque temps encore, le mode possible de contagion; je veux parler du bacille de Koch. En effet, von Behring pense que la tuberculose pulmonaire ne se contracte pas par inhalation, mais par ingestion de poussières ou de produits bacillifères, qu’elle a pour origine la pénétration de bacilles tuberculeux virulents par le tube digestif, opinion que partage le DrCalmette, de Lille. Il est donc essentiel, ditcet auteur : l°de surveiller avec la plus grande attention par des examens bactériologiques fréquemmentrépétés, le moment où un malade présentant une lésion de tuberculose pulmonaire à son début commence à évacuer des bacilles; 2° d’apprendre au tuberculeux à expectorer ses crachatsetànejamaislesavaler; 3° comme règle d’hygiène générale, de détruire les matières fécales des tuberculeux comme on détruit les crachats puisque la présence de bacilles tuberculeux dans les selles peut devenir la source d’une infection digestive, ainsi que l’ont démontré les recherches d’Englade et Chocraux. On R. Gaultier. — Précis de Coprologie. 19
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pourrait multiplier ainsi les faits de prophylaxie qu'ont inspirés ces examens bactériologiques ou parasitologiques des fèces; on pourrait, dans ce dernier ordre d’idées, signaler l’ankylostome duodénal, facteur causal de l’anémie des mineurs; mais je crois que ces exemples suffisent pour montrer l’utilité de cette méthode spéciale d’examen des fèces pour le diagnostic étiologique de certaines affections et l’établissement de certaines règles d’hygiène générale.
3. Indications diététiques fournies par les constatations microscopiques. — Toujours au point de vue hygiénique, mais dans un autre ordre d’idées, non plus dans un but prophylactique, mais dans un but diététique, les constatations chimiques, moins que les constatations macroscopiques et surtout microscopiques des résidus fécaux de provenance alimentaire, faites par ce mode d’examen permettent de constater, chez l’adulte comme chez l’enfant, la façon dont chaque sujet digère et utilise les aliments et ainsi de posséder des bases rationnelles pour prescrire le régime alimentaire approprié à chaque cas.
Mais nous n’insisterons pas sur ce dernier point car notre méthode d’examen que nous exposons un peu plus loin, méthode qui ne s’applique qu’après un repas d’épreuve déterminé, nous semble plus apte que celles que nous décrivons actuellement pour répondre à ce dernier but.
Bibliographie. — Hoppe-Seyler. Chimie physiologique. — Nothnagel. Beitrage £ur Physiologie und Pathologie der Darmes, Berlin, 1884. — Boas. Diagnostic und Thérapie der Magen und Darmkrankheitcn. — Von Jackhs. Diagnostic des maladies internes.
— Eichhorst. Traite de diagnostic médical. — Garnier et Schlagenhaufen, in Encyclopédie chimique de Frémy. — Schmidt et Strassburger. Die Eâces des Menschen im Normalen und krankhaften Zustande. — Legendre, in Traité de pathologie générale de Bouchard.
— Mathieü. Traité des maladies de l’estomac et de l’intestin. — Besançon, in Manuel de diagnostic de Debove et Achard.