I. — EXPOSÉ DE LA MÉTHODE
Avec cette seconde méthode que l’on pourrait appeler la méthode physiologique , on ne cherche plus, comme dans la méthode précédente, par une analyse minutieuse les divers principes de telle ou telle selle pathologique, mais on examine en bloc en ne considérant que les cendres et les résidus des protéiques, des hydrates de carbone, et des graisses, le rendement digestif de tel ou tel individu dans le but de connaître son mode de nutrition ou de déterminer son coefficient d’absorption intestinale par tel ou tel aliment.
Par cette étude ainsi comprise des fèces, on tient forcément compte d’une part de la qualité des excreta, d’autre part de leur quantité; mais par cette analyse, forcément un peu grossière, on néglige toute la part qui revient, dans la composition des matières fécales, aux produits d’usure ou d’excrétion du tube digestif tout entier. Néanmoins c’est par cette méthode que les Rübner, les Praussnitz,les Von Noor-
MÉTHODE PHYSIOLOGIQUE
den, les Uffelmann, les Atwater, les Armand Gautier, les Albert Robin, etc., ont pu déterminer soit le coefficient d'utilisation intestinale des principes alimentaires , suivant un régime donné, soit le bilan nutritif d’un individu dans une maladie déterminée.
Pour procéder suivant cette méthode, il est nécessaire tout d’abord de calculer pendant trois jours environ la quantité des aliments absorbés, et de recueillir ensuite pendant trois autres jours la quantité des résidus excrétés.
Alors l’analyse des fèces est faite par les procédés suivants :
1° On détermine la quantité d’albuminoïdes en dosant l’azote total, comme il a été indiqué plus haut; il suffit de multiplier le chiffre obtenu par 6,25 pour avoir l’albumine (ce chiffre de 6,25 étant en effet considéré comme la quantité d’azote que contiennent 100 parties de substances protéiques ; ce qui, soit dit en passant, est entaché de grandes causes d’erreur) ;
2° On désigne sous le nom de graisses, tout ce qui passe dans l’éther (ce qui encore n’est pas rigoureusement exact) ;
3° Pour connaître la quantité d’hydrates de carbone, on détermine au préalable les substances sèches et les cendres en portant la masse à 100° et en incinérant. Les hydrates de carbone sont obtenus en soustrayant de la substance l’albumine, les graisses et les cendres.
IL — RÉSULTATS DE LA MÉTHODE
1. Détermination du bilan nutritif. — 1) Bilan nutritif de l’homme a l’état normal. — C’est ainsi qu’on a pu établir à l’état normal la composition des fèces de l’homme.
RÉSULTATS DE LA MÉTHODE
Principes pour 1 000 parties.
Berzélius.
Wehrsorg.
Eau
Matières solides
Sels biliaires
Mucus et résine biliaire
Albumine
Matières extractives
Extrait aqueux
— alcoolique
— éthéré
Reste d’aliments insolubles
Sels divers
Phosphates terreux
2) Bilan nutritif des nourrissons a l’état normal. — C’est aussi à l’aide de cette méthode d’analyse des fèces que Wegscheider un des premiers étudia la nutrition des nourrissons, et qu’à sa suite Ufîelmann, Forster, Camerer, plus récemment Lange, Beudry, Max Rübner, etc., ont pu édifier leurs importants travaux sur l’utilisation des matériaux du lait ou sur les échanges nutritifs des enfants.
Nous ne donnerons ici qu’un résumé succinct de ces notions si importantes pour le médecin qui veut observer des règles rationnelles dans l’établissement de ses régimes diététiques, afin de montrer l’importance d’un examen réglé des fèces dans la pratique infantile.
Nous emprunterons laplupart des données sur ce sujet aux analyses si documentées de Michel, d’Ulmann et de Chahuet.
Voici d’abord, d’après Wegscheider, une analyse des fèces de nourrissons (moyenne de dix analyses) :
Eau 85,13
Mucine. Épithélium. Savons calcaires 5,39
Cholestérine 0,32
Graisses et acides gras 1,44
Extrait alcoolique 0,82
Extrait aqueux 5,35
Sels minéraux 1,36
MÉTHODE PHYSIOLOGIQUE
Michel donne dans le tableau suivant la moyenne de dix analyses de selles desséchées à 100°. Pour 100 grammes de matières sèches :
Extrait éthéré 20,65
Azote total 4,10
Sels minéraux 10,78
Chaux 3,32
Acide phosphorique 0,73
ou, en d’autres termes, 100 parties de fèces séchées à 100° contiennent :
Matières organiques 89,22
Sels minéraux 10,78
Citant toujours Michel, nous montrerons ici comment à l’aide de l’examen des matières fécales, cet auteur a pu établir chez le nourrisson l’utilisation du lait de femme et celle du lait de vache.
Dans une première série d’expériences il pesait la quantité de lait de femme ingérée par l’enfant; les garde-robes étaient recueillies sur des toiles caoutchoutées. A l’analyse, elles contenaient 80 p. 100 d’eau. Après dessiccation, leur composition moyenne était la suivante :
Matières organiques 89,22 p, 100
Sels minéraux 10,78 —
dans les 89,22 parties de matières organiques, il y avait :
Graisses 20,65 p. 100
Matières albuminoïdes. 27,68 —
Ingesta et excreta étant ainsi mesurés, restait seulement à faire le calcul d’utilisation du lait; c’est ce calcul que donne pour un nouveau-né entre le cinquième et le quinzième jour de la vie, pesant 3 400 grammes et faisant des gains de poids journaliers de 25 à 30 grammes, le tableau suivant:
RÉSULTATS DE LA MÉTHODE. 295
Matériaux alimentaires totaux ou extraitsecde lait 96,11
Beurre 96,35
Matières albuminoïdes 96,30
Sels minéraux 78,26
Chaux 59,42
Acide phosphorique 91,63
autrement dit, chez lui, l’utilisation du lait de femme est presque totale ; l’utilisation des substances minérales et en particulier de la chaux est assez imparfaite.
Chez l’enfant nourri au lait de vache , des analyses faites dans les mêmes condititions ont donné les résultats suivants :
Fraîches 83 p. 100 d’eau.
Après dessiccation :
Azote 4 p. 100 d’eau.
(Environ 26 grammes de matières albuminoïdes.)
Graisses 14,00
Sels minéraux 21,80
Dont: chaux 11,80
Acide phosphorique 5,57
Rapportant ces différents chiffres à ceux que donne l’analyse des ingesta, Michel montre que l’utilisation du lait de vache chez le nourrisson sain ne se fait que dans la proportion de 93 p. 100, tandis que celle du lait de femme se fait dans la proportion de 97 p. 100; que l’utilisation des graisses est à peu près la même dans les deux laits, soit 96 p. 100 environ, que l’utilisation du lactose est totale dans les modes d’alimentation naturelle ou artificielle ; qu’enfin l’utilisation des albuminoïdes, des substances minérales et en particulier de la chaux et de l’acide phosphorique est plus parfaite dans l’alimentation naturelle que dans l’artificielle.
Si l’on veut bien retenir ces chiffres differents d'un nour-
MÉTHODE PHYSIOLOGIQUE
risson normal , on peut ensuite facilement en tirer des déductions pratiques pour V étude de son état de santé, ou la détermination de la valeur alimentaire du lait qu'il absorbe par la simple observation des modifications apportées dans les chiffres mêmes ci-dessus énumérés. Nous n’insisterons point davantage sur les résultats que peut fournir l’examen des fèces fait dans les conditions que nous venons d’indiquer pour connaître le bilan nutritif du nourrisson, ce serait sortir du cadre de ce précis, qui n’a d’autre but que de montrer l’intérêt clinique des analyses de matières fécales, et nous renvoyons le lecteur aux travaux ci-dessus désignés ainsi qu’aux publications de Blauberg(l), de Marfan (2), de Ghahuet (3).
3) Bilan nutritif dans quelques états pathologiques chez l’adulte. — Pour terminer ce chapitre, nous indiquerons cependant encore les résultats fournis par ce mode particulier d’examen des fèces dans l’étude du bilan nutritif au cours de certains états pathologiques chez l’adulte.
a) Dyspepsie hyper sthénique permanente et sténose du pylore. — Nous citerons d’abord les instructifs travaux que notre maître le Profr Albert Robin a consignés dans son livre sur les Maladies de la nutrition, « Maladies de l’estomac » et ceux encore inédits qu’il nous a fait l’honneur de nous confier.
Après avoir vidé l’intestin à l’aide d’un lavement, et 30 grammes d'huile de ricin, le Profr Albert Robin met le malade pendant trois jours à la ration suivante :
(1) Blauberg, Sur l’étucle expérimentale et critique des fèces du nourrisson dans V alimentation naturelle et artificielle.
(2) Marfan, Traité de l’allaitement.
(3) Ghahuet, Recherches sur l’absorption des graisses chez les enfants à l’état normal et à l’état, pathologique , où la bibliographie sur ce sujet est faite avec le plus grand soin.
Viande rôtie 300 grammes.
Pain rassis 300 —
Œufs à la coque 2
Bouillon avec 50 grammes de pain trempé 1 litre.
Alimentation qui renferme :
Azote... 25sr,680
Matières inorganiques 23sr,578
Les garde-robes sont recueillies pendant trois jours, analysées en bloc et les chiffres obtenus divisés par 3.
Dyspepsie.
État
En plus dans
Désignation des caractères.
hypersthénique.
normal.
l’hypersthénie.
Gr.
Gr.
Quantité totale des fèces. .
Eau
Résidu solide à 100°
Matières organiques
Matières inorganiques....
Azote total
Les traits essentiels de ce tableau sont que dans la dyspepsie hvpersthénique permanente sans spasme pvlorique continu, il y a :
1° Augmentation des résidus organiques et inorganiques non utilisés ;
2° Augmentation de l’azote alimentaire non utilisé.
Le rapport entre l’azote et les principes inorganiques des fèces et des ingesta s’est montré le suivant :
État sec.
Contenance en Az.
Contenance en principes inorganiques.
Aliments et boissons ingérés.
374 gr.
Fèces
Pourcentage de la perte totale par les fèces