‹ Précis de géographie économiqueChapitre 100 sur 182 · hab · texte numérisé non relu

hab

Habilants.

Haïderabad (et faubourg).. . 415.039

Lucknow 273.028

Bénarès 219.467

Llnde coûte au budget de la Grande-Bretagne plus qu'elle ne lui rapporte, mais il ne faut pas en profiter pour dire que cette colonie est ruineuse ; il faut considérer, et nous le verrons dans la suite, combien le commerce anglais profite de sa colonie, c'est là un revenu qui ne prend pas place dans les budgets, et dont l'importance est cependant bien grande (1).

Géographie économique.

La population seule de l'Inde, comprenant plus d'un sixième du genre humain, aussi dense en moyenne que celle de la France — beaucoup plus dans la vallée du Gange — suffirait à lui donner une importance économique extraordinaire, comme pays de consommation. Mais c'est aussi une contrée remarquablement fertile en ressources de toute nature, et en outre un pays de production intense.

A. — AGRICULTURE

Condition générale. — L'agriculture est, dans l'Inde, la principale richesse. La population, en très grande majorité, cultive la terre (2).

Les conditions naturelles de terrain et de climat sont en général excellentes et c'est à elles, comme en Chine, beaucoup plus qu'au travail et à l'industrie des habitants, que l'Inde est redevable de son inépuisable fertilité.

Ce n'est pourtant pas que tout le pays soit apte à la culture; car si le sol lui-même n'oppose nulle part d'obstacles sur des surfaces étendues, les conditions de chaleur et d'humidité ne sont pas partout également favorables au développement des richesses agricoles.

La répartition de l'humidité atmosphérique et des précipitations mérite surtout d'attirer l'attention, car ce sont les pluies tropicales, les pluies des moussons qui donnent à l'Inde cette puissance extraordinaire de végétation, qui en caractérise certaines parties. Or nous avons vu que le désert de Thar, par exemple, est dépourvu à cet égard, et peut tout au

(1) Badget de l'Iode:

Recetles. Dépenses.

1893-94 1 . 132.000.000 fr. 1 . 150.000.000 fr.

1895-96 ( prévisions ^ i.. 211.500. 000 1.210.900.000

Dette de Tlnde anglaise (1804) 2.841 .000.000 fr.

(2) Population agricole (1891):

Cultivateurs 171.735.000 personnes.

Pasteurs * 3.646.000 —

Total 175.481.000 —

Plus de 60 pour 100 de la population totale.

plus rentrer dans la catégorie des steppes, d'autre part, certaines parties particulièrement arrosées de Test (Assam et Sikkim), sont, par cela méme^ très difficilement cultivables. Comme à Bornéo et sur les bords de TAmazone la nature est ici trop riche, trop prodigue et Thomme n*est plus entièrement le maître d'en disposer à son gré. L'exploitation de certaines forêts vierges n offre guère moins d'obstacles que celle de bien des steppes réputées infertiles.

Ces deux extrêmes ne sont sans doute que des exceptions ; mais ils montrent assez que Tlnde doit offrir de grands contrastes de végétation : jungles, savanes, déserts.

Le relief enfin est assez varié et les différences d'altitude assez grandes depuis la plaine basse jusqu'aux régions glacées des montagnes pour permettre à toutes sortes de cultures de s'étager sur les pentes : le Pendjab, les hautes vallées de l'Himalaya sont particulièrement favorables au développement de la végétation des zones tempérées : céréales, arbres fruitiers, p&lu rages.

On ne peut pas diviser Tlnde en régions naturelles au point de vue agricole, les transitions sont très bien ménagées, tout se mêle, se pénètre, suivant les conditions locales d'altitude, d'exposition, et les régions ordinairement distinguées de Tlndus, du Gange, de l'Himalaya, du Dekkan, ne répondent pas à une division réelle du sol.

Bien que la culture, et particulièrement celle des céréales, ait fait dans ces derniers temps d'énormes progrès dans l'Inde, il s'en faut que toute la superficie cultivable du pays soit utilisée; les calculs récents estiment que la partie réellement cultivée n'atteint pas à beaucoup près la moitié de la surface totale (i). Il faut sans doute déduire a priori quelques régions absolument infertiles ou inexploitables dans la montagne (« Bhaver » et « Terai » ) et dans le désert. Mais il y a beaucoup à gagner encore sur les jungles et sur le désert lui-même, par l'aménagement des eaux. LHrrigation est d 'ailleurs un travail que le partage de l'année en deux saisons, sèche et humide, rend nécessaire dans tout le pays et qui a fait de tout temps l'objet des soins des indigènes.

Les parties les plus arrosées même, comme les plaines du Gange, ont besoin d'une canalisation savante et les régions plus sèches ne doivent qu'à une habile distribution des eaux leur fertilité. Le canal du Gange est un des plus célèbres du monde et tout le versant du Dekkan tourné vers le golfe de Bengale est sillonné d'une série de réservoirs très anciens qui n'ont besoin que d'être entretenus ou restaurés (2).

Forêts. — Les forêts de jungles, les forêts tropicales par excellence, ont besoin d'une chaleur, d'une lumière, d'une humidité intenses ; elles ne se développent que là où toutes ces conditions sont réunies. Elles intéressent peu d'ailleurs la géographie économique, car on ne peut les ex-

(1) Superficie cultivée en 1893-9i: 90.668.000 hectares (dans la partie directement gouvernée parrAngleèerre).

(2) Superficie irriguée (1893-94): 10.787.000 hectares.

ploiter. Leur destruction a pour première conséquence de diminuer con« sidérablement Thumidité atmosphérique, qu'elles attiraient et de donner naissance à des savanes, dont la mise en culture n'est pas toujours très rémunératrice.

Les forêts de bois de teck et de santaly beaucoup plus importantes pour la richesse du pays, sont nombreuses encore dans Tlnde, bien qu'elles diminuent beaucoup par suite d'une exploitation trop radicale et trop rapide. Elles ne s'accommodent ni des précipitations excessives de la région des jungles ni de la trop grande sécheresse et sont particulière* ment abondantes sur le revers oriental du Dekkan, dans les hautes vallées du Cavery, à l'abri des vents pluvieux qui frappent la côte de Malabar.

Les essences des zones tempérées, les conifères, couvrent les pentes de THimalaya jusqu'à une grande altitude (1).

Cultures alimentaires. — Le riz était jadis la plante alimentaire par excellence des habitants de Tlnde : quelques poignées de grains suffisaient à leur nourriture journalière; c'était de plus un important article de commerce. Mais l'exportation se maintient toujours à peu près au même niveau; et la consommation locale diminue sensiblement devant la concurrence très sérieuse que lui font d'autres cultures plus faciles, le blé, Torge, le millet, les pommes de terre, les légumes. Cette culture se fait surtout dans le Bengale, et les régions deltaïques du littoral. Ce sont -en effet les terres basses, très arrosées par l'eau du ciel, et très facilement irrigables, qui sont le plus favorables à la culture de cette plante. Le riz donne en général deux récoltes par an. Les champs semés en hiver sont mûrs en juin avant les fortes chaleurs; une seconde moisson se fait en automne.

La culture des céréales ne s'est développée dans l'Inde que depuis 1870, mais elle a pris rapidement des proportions énormes, au point que ce pays joue depuis cette époque sur les grands marchés du monde un rôle considérable comme pays producteur de blé. Les procédés de culture sont encore très élémentaires ; on n'emploie pas d'engrais, et les capitaux manquent pour se procurer des machines. C'est l'irrigation qui est le grand moyen de fertilisation du sol; mais malgré les progrès très rapides accomplis dans ce sens, le rendement reste très faible. Il ne dépasse pas 8 hectolitres à l'hectare en moyenne et n'atteint pas 12 dans les meilleurs cantons, dans TOude par exemple.

L'Inde produit des céréales dans presque toutes ses parties, au nord du 16® de latitude nord, excepté dans les régions tout à fait basses de la côte orientale réservées au riz. L'orge et le millet réussissent de préférence sur les terres médiocrement arrosées des plateaux du centre (Inde centrale, provinces centrales, Haïderabad) ; le blé préfère les régions du nord (le Pendjab, les provinces du nord-ouest et d'Oude, le nord de la prési-

(1) Superficie des forêts réservées par l'État: 18.672.800 hectares.

526 VKSIE.

•dence de Bombay). Sur le Gange, il ne dépasse pas à i'els Benarès (i).

La production du thé a fait dans llnde et à Ceyian des progrès d'une étonnante rapidité. C'est une des grandes ressources d'avenir du pays. L'arbre à thé se piatt dans les régions où les pluies sont abondantes et fréquentes, mais où néanmoins Teau s*écoule vite et ne laisse pas le sol constamment humide. 11 aime particulièrement les pentes d'une altitude moyenne de 600 à 1 ,800 mètres.

11 avait été trouvé dès 1820 dans la province d^Âssam à l'état sauvage : l'idée fut bientôt venue aux Anglais, qui sont les principaux consommateurs de ce produit, d'introduire cette culture dans l'Inde. JLes premières tentatives datent de 1834, et l'exportation a commencé en 1842. Si la culture actuelle ne produit encore que le sixième de la production du monde et le quart de l'exportation de la Chine, les progrès sont très sensibles et permettent de croire que l'Angleterre finira par ne plus consommer que du thé indien ; celui-ci du reste, mieux traité qu'en Chine, n'est pas inférieur au thé chinois.

C'est dans VAssamei à Ceyian que le sol et le climat sont le plus propres à cette culture. L'Assam fournit la moitié de la récolte annuelle et les plantations de thé, qu'on n'a introduites à Ceyian qu'en 1875, sont destinées à y remplacer partout les plantations de café, atteintes de maladies (2).

Le café est un produit de l'Inde méridionale. Introduit dans le pays au XYi* siècle par un pèlerin de la Mecque, il n'a guère été cultivé sérieusement qu'à partir de 1840. En 1870, la production atteignait 500,000 quintaux métriques. Des forêts entières avaient été défrichées et remplacées par cette culture; on avait entrepris des travaux grandioses d'irrigation. La concurrence du Brésil et l'abaissement des prix, non moins que le dépérissement des plantations, ont maintenu la production dans un état stationnaire ; elle a même reculé. A Ceyian, qui fournissait jadis les trois quarts de la récolte annuelle, les caféiers auront bientôt disparu, mais ils sont encore cultivés en grand dans les Niigherries, où ils se trouvent de préférence à l'altitude moyenne de 1,000 mètres.

La culture de la canne à sucre n'a pas pris dans l'Inde le développement qu'on a tenté de lui donner. Elle ne fournit même pas à la consommation locale. Les plantations les plus importantes sont sur la côte de Coromandel.

Le cinchonaf ou quinquina, qui s'est acclimaté sur divers points, dans le Bengale, le Mysore, est un fébrifuge précieux dans un pays où les fièvres emportent annuellement 1 million 1/2 d'individus.

(1) Superficie cultivée en céréales:

Blé 8.075.000 hectares.

Riz 11.411.000 —

Autres céréales 30.602.000 —

(2) Culture du thé (1893) 216.000 hectares.

La côte de Malabar fournit toujours le poivre (poivre long et poivre blanc) le gingembre y la muscade, et diverses autres épices ou plantes aromatiques. Le cassia, dont Técorce donne la cannelle^ se plaît dans les terrains sablonneux de la côte occidentale de Geylan. Il couvre plusieurs milliers d'hectares dans les environs de Colombo.

Les arbres fruitiers de nos pays, qui redoutent les excès d'humidité pendant la période de floraison, ne réussissent qu'au delà de la limite climatique des pluies des moussons. On les retrouve en abondance sur les avant-chaines de THimalaya, autour des stations de santé, ou sanatoria, où vont pendant Tété tropical résider les Européens.

Cultures industrielles. — Des plantes industrielles cultivées dans Tlnde, c'est de beaucoup le coton qui est la plus importante. La production a varié toutefois dans des proportions énormes. Dès la fin du siècle dernier, les cotons indiens étaient déjà exportés à Londres en quantités considérables ; mais le marché anglais leur avait été bientôt complètement fermé par la concurrence américaine : le coton des États-Unis était d'une qualité bien supérieure et les frais de transport beaucoup moins considérables. Ce n'est que pendant la guerre de Sécession (1861-64), que l'Inde a retrouvé pour ses produits, dans la métropole, un débouché avantageux ; 3 millions 1/2 d'hectares furent aussitôt mis en culture et la récolte annuelle fut décuplée.

Si depuis cette époque les États-Unis n'ont pas tardé à regagner le terrain perdu, l'Inde a su d'autre pcwt proûter de l'avance qu'elle avait prise ; de grands progrès ont été réalisés dans le choix des plans et dans le mode de culture.

Le coton se plait dans les terrains d'une humidité moyenne. C'est une des plantes qui prospèrent le mieux dans les diverses parties de l'Inde ; mais il évite les régions trop arrosées de la côte occidentale et de la vallée basse du Gange. Les meilleures sortes viennent sur le plateau du Dekkan et dans le Carnatic. Celles du « Doab » dans le Bengale ne sont pas estimées; c'est le Guzerate qui fournit la quantité la plus considérable (1).

Le jute qui sert à la fabrication des tissus grossiers, tant dans l'Inde même qu'en Angleterre, est une spécialité du Bengale. C'est le seul pays du monde qui le récolte en quantités considérables. Cette plante réclame en effet un climat entièrement humide. Depuis la guerre de Crimée, pendant la durée de laquelle il remplaça le chanvre russe, le jute a pris une importance considérable à laquelle a contribué en particulier le développement du commerce des céréales. C'est avec le jute que sont fabriqués en quantités énormes les sacs qui servent au transport des grains (2).

Le fiengale produit encore ïindigo, mais cette culture diminue de plus en plus devant la concurrence que lui font les couleurs minérales (3).

(1) Superficie cultivée en coton (1893): 4.300.000 hectares. \2) Culture du jute ; superficie (1893) : 900.930 hectares. (3) Culture de l'indigo ; superficie (1893) : 273.000 hectares.

Les pavots blancs, dont le suc donne Taptum, couvrent, dans la vallée du Gange et sur le plateau de Malwa, une superficie considérable. La régie bindoue tire de la vente de ce produit un des principaux revenus du budget de Tlnde (1).

Le tabac est abondamment cultivé dans toutes les parties de la péninsule, mais surtout au sud-est; cette culture alimente la consommation considérable du pays (2).

En somme, ilnde produit en abondance toutes les sortes de plantes, alimentaires et industrielles; les premières sufiisent à la consommation et à une exportation considérable, année moyenne ; les autres, et en particulier, les plantes textiles, commencent à alimenter Tindustrie du pays ; cependant, la plus grande partie va encore faire travailler les machines de la métropole.

Les céréales, le thé, le coton, sont des cultures pour lesquelles Tlnde peut rivaliser avec tous les pays, sans en excepter les États-Unis ; en effet, la population est très dense; la vie facile et peu coûteuse comme dans tous les pays chauds, aussi la main-d'œuvre est-elle à vil prix, avantage inappréciable à une époque où la concurrence se manifeste par la baisse des prix.

- Élevage. — Le climat s'oppose à ce que llnde soit un pays d'élevage : rhumidité est soit trop abondante, soit mal répartie . entre les deux saisons sèche et humide ; la température surtout donne naissance à une végétation trop puissante, qui étouffe les herbes, et n*est pas favorable au développement de la vie animale. Seules, les régions élevées de THimalaya ou du Dekkan, jouissant du climat des zones tempérées, possèdent de véritables pâturages. Les bestiaux seront donc rares dans Tlnde. Rien d'étonnant par conséquent dans le fait que les religions hindoues ordonnent le régime végétarien, plus sain du reste sous un pareil climat.

C'est dans les vallées occidentales de l'Himalaya que vivent, en nombre d'ailleurs peu considérable, les chèvres du Tibet ou de Gachemir, dont le précieux duvet, caché sous leurs longs poils, sert à la fabrication des châles.

Les moutons, moins difficiles, sont plus nombreux, particulièrement dans le Dekkan. La laine qu'ils fournissent sufût aux besoins de l'industrie nationale et une notable quantité est livrée chaque année à l'exportation.

Les chevaux rendent peu de services et les 6^^e^ à cornes ne sont utilisées que pour les transports; le chameau est la bête de somme des pays de rindus, pays de steppes et de déserts où il retrouve son climat favori; mais c'est Vèléphant qui est l'animal caractéristique de l'Inde. On l'emploie aussi bien pour les travaux agricoles et domestiques que pour les transports; il n'est pas moins utile pour la chasse aux fauves; et il est traditionnel dans la pompe des cérémonies religieuses.

(1) Produit de la régie de ropium (1894-95): 91.5?5.000 francs.

(2) Culture du tabac ; Buperficie (1893): 487.221 hectares.

L'élevage du ver à soie n'est pas prospère; les essais faits en Assam, à Mysore, dans le Pendjab n'ont pas été heureux; il est jusqu'à présent concentré dans le Bengale. Les produits indiens sont d'ailleurs très médiocres et ce n'est qu'à la faveur de maladies qui ont longtemps sévi sur TRurope, qu'ils avaient pris quelque valeur. La culture de la soie semble être aujourd'hui en déclin et la production annuelle est loin de suffire aux besoins très considérables du pays.

La pèche n'est pas non plus une industrie très active chez les Hindous, n)aigré l'étendue des côtes et bien qu'elles soient très poissonneuses. Elle n'a pris quelque développement que sur les côtes de Ceylan et de Carnatic, qui produisent en abondance les huîtres perlUres et la nacre (1). C'est enfin sur les bancs des Laquedives et des Maldives, que Ton récolte les couries pour les exporter en Afrique, où elles servent de menue monnaie.

En résumé, les richesses animales de l'Inde sont peu abondantes et peu précieuses et les habitants n'utilisent pas môme celles qui sont à leur disposition, et qui pourraient servir soit à leur alimentation, soit à l'industrie.

B. — Industrie.

Industries extractives. — La grande ressource de l'Inde réside dans l'agriculture ; elle est de beaucoup moins riche en produits minéraux.

Ce fut pourtant jadis un pays renommé pour l'or et les diamants; le nom de Golconde est resté fameux. Depuis 1871, de nouvelles recherches ont été faites sur le sol aurifère des régions méridiondes, dans le Mysore, la Présidence de Madras, dans l'Haïderabad, mais il ne^ semble pas qu'on soit arrivé à de grands résultats. Les gisements d'or le plus sérieusement exploités sont ceux du Waïnard, au nord des Nilgherrles, dans les Ghâtes occidentales ; les mines diamantifères des environs de Karnoul, sur un affluent de la Krichna, ne rapportent plus que de médiocres revenus (2).

La houUte est plus abondante. Les récentes enquêtes géologiques ont prouvé que le pays peut se suffire pendant des siècles. Le bassin qui est aujourd'hui le plus productif est celui du nord-est, dans le Bengale el l'Assam; les mines les plus riches se trouvent dans les collines de Radjmahal, ï^ur la rive droite du Gange, à quelque distance au nord-ouest de Calcutta.

Le charbon est d'ailleurs de mauvaise qualité et ne fait que difficilement concurrence aux charbons anglais. On peut même douter dès aujourd'hui qu'il réussisse plus tard à rivaliser avec le produit des gisements de Chine, lorsque ces derniers seront exploités avec plus de soin (3).

Le fer s'exploite en petite quantité sur divers points; le sel ne se trouve

(I) Production des perles à Ceylan (1891) : 15.840.000 francs.

(3) Productioo de Tor (1892): 5.127 kilogrammes valant 16.780.000 francs.

(3) Production de la houille (1894): 3.820.000 tonnes.

Géographie économ. 34

que dans le Bengale, à Tembouchure du Gange ; la production est loin du reste de suffire aux besoins de la population (1).

Industries de transformation. — Les Hindous n'ont jamais été un peuple industriel, au sens que Ton attache maintenant à ce mot; quoique les grandes villes ne soient pas rares dans le pays, la majorité de la population vit dans des villages agricoles.

Toutefois si le pays n'est pas manufacturier, les Hindous sont célèbres dans rhistoire des industries de luxe et des travaux artistiques : architecture, sculpture, tissage, broderie, bijouterie, armes. Leur habileté manuelle est très grande et bien que leurs outils soient encore très primitifs, leurs produits, supérieurs à ceux des Anglais, se distinguent par le bon goût, Télégance des formes et des dessins, et sont encore recherchés sur les marchés d'Europe.

Mais les industries de première nécessité, l'industrie du vêtement en particulier, ont été longtemps ruinées par la concurrence anglaise; elles ne se relèvent que depuis peu d'années.

La fabrication des tissus de coton, qui sont les plus appropriés au climat du pays, remonte dans l'Inde à une époque fort reculée. C'est de là qu'elle s'est répandue en Italie, aux Pays-Bas, en Angleterre ; après une longue éclipse, due à l'invasion des tissus de Manchester, l'Inde commence à prendre sa revanche et l'industrie cotonnière y fait de grands progrès. C'est Bombay, que sa situation au centre de la région cotonnière désignait pour devenir le principal centre de cette industrie. C'est toutefois dans le Bengale qui se fabriquent de préférence les tissus fins : les mousse- Unes de Benarès se vendaient autrefois au poids de l'or (2) .

Le tissage de la soie n'est pas géographiquement localisé dans telle ou telle partie de l'Inde. Il est actif cependant dans le Bengale et le Pendjab. Bombay traite directement une partie de la matière première importée.

Le jute était récemment encore exporté à l'état brut et travaillé à Dundee en Ecosse ; mais plusieurs manufactures se sont établies à Calcutta, au centre même de la région productive, et les ouvriers indigènes deviennent si habiles que les produits indiens défient désormais entièrement la concurrence écossaise (3).

(1) Production du fer (1892) 23.500 tonnes.

— du sel (1892) 915.000 —

(2) Industrie cotonnière (1894) :

Établissements 136

Métiers 29.362

Broches 3 .538 .577

Ouvriers, 130.570

Capital 162.500.000

(3) Industrie du jute (1894) :

Établissements... 27 plus 1 établissement traitant le chanvre.

Métiers •. 9.590

• Broches 192.688

Ouvriers 69.179

L'industrie de la laine n'a jamais été très active dans ce pays tropical, mais les châles du Cachemir et du Pendjab sont renommés dans le monde entier, pour Tharmonieuse richesse de leurs nuances et le moelleux de leur tissu (1).

Quelques autres industries de luxe occupent encore de nombreux artisans dans le Bengale, mais elles intéressent peu la géographie économique et n*ont pas d'importance commerciale. Les principales sont: la fabrication des broderies d'or et d'argent, des velours, des tapis, l'orfèvrerie et la bijouterie, la céramique, l'ébénisterie. C'est dans le travail de tous ces objets que les Hindous font particulièrement preuve de la patience et de la dextérité qui les caractérisent.

Mais ce sont justement ces industries de luxe qui sont le plus en déca- . dence, malgré l'accroissement du bien-être général et de la richesse publique, ou plutôt en raison même de ce phénomène. L'exemple de l'Inde n'est pas d'ailleurs un cas isolé, il rentre dans une loi tout à fait générale ; mais c'est un des pays qui ont le plus eu à souffrir de cette évolution économique. Jadis tous ces objets de luxe, fabriqués en petit nombre, et avec grand soin, ne trouvaient acheteurs que chez les princes et les possesseurs de grandes fortunes qui les payaient très cher. L'industrie en était donc lucrative et tout au moins rémunératrice. Les progrès de l'aisance dans les classes moyennes ayant augmenté les besoins de luxe, l'industrie européenne, moins soucieuse de l'art que du bon marché, s'est mise à produire tous ces objets en grande abondance. La concurrence a' fait baisser les prix et aura pour conséquence inévitable, dans un avenir plus ou moins prochain, la ruine de toutes les petites industries artistiques, qui exigent beaucoup de temps et de main-d'ceuvre. La fabrication des châles de Cachemir et des tapis est déjà bien déchue. Le tissage à la main ne peut plus rivaliser avec les machines de l'Occident.

Mais en même temps que toute cette branche d'industrie, jadis si prospère, tombe en décadence, une autre, ruinée longtemps, elle aussi, par la concurrence des machines européennes, se relève rapidement en adoptant les instruments mêmes des pays rivaux : le tissage mécanique a ses grandes manufactures. Les peuples de l'Inde ne sont plus entièrement à la merci du tissage anglais, ils ont déjà des usines, qui satisfont chaque année dans des proportions plus considérables aux demandes de la consommation indigène. L'Inde, si riche en matières premières, ne peut manquer de devenir un grand pays d'industrie textile. Le combustible ne lui manque pas et les débouchés lui sont assurés.

(1} Industrie de la laine (1893):

Établissements 5

Métiers 526

Broches 17.326

Voies de communication. — Les voies de communication sont la condition première des progrès de la richesse agricole et de l'activité commerciale. Créés surtout dans un intérêt stratégique, pour prévenir ou réprimer rapidement les révoltes, pour transporter aisément les troupes vers les frontières, les chemins de fer ont eu la plus heureuse influence au point de vue économique: ils ont permis de porter remède aux épouvantables famines qui décimaient presque périodiquement le pays; puis, en offrant des débouchés faciles aux produits, ils ont excité la production : on cite le u Great Indian peninsular Railway » sur tout le parcours duquel la culture du blé a pris, en peu d'années, d'immenses proportions.

On peut donc dire que la question des voies de communication est poar l'Inde une question vitale, aussi les Anglais font-ils de grands sacrifices d'argent pour doter l'Inde de cet élément de prospérité. Les Indes sont encore loin de rivaliser à cet égard avec les États-Unis, mais le progrès est constant.

Les voies navigables ne comprennent guère que le réseau naturel du Gange et du Brahmapoutra. Le Bengale et l'Assam sont au reste, sans contredit, les provinces les plus riches de la péninsule, comme elles sont aussi les plus peuplées ; les canaux de Doab, le grand canal de Hardwar à Cawnpour, destinés surtout à l'irrigation, rendent en outre de grands services aux transports. II en est de même dans le Pendjab, mais l'indus n'est navigable que jusqu'à Haïderabad; son embouchure est ensablée. Sur les cours d'eau du Dekkan la navigation est difficile : ce sont des fleuves de plateaux qui descendent d'étage en étage ; la batellerie n'est active que dans les deltas (Godavery, Krichna, Kavery).

La construction des routes présente dans llnde de grands obstacles : les pluies tropicales détrempent et ravinent le sol pendant une bonne partie de l'année. Aussi les divers maîtres de l'Inde qui se sont tous préoccupés à si juste titre des voies d'irrigation, n'ont-ils rien fait pour les routes avant l'époque actuelle. Ce sont les Anglais qui ont les premiers entrepris la construction de routes à l'européenne, macadamisées ou pavées.

La plus longue, qui était aussi la plus importante avant la construction des voies ferrées, est le « Great Trunk », de Calcutta à Peichawer (2,500 kilomètres). Les routes bien entretenues ne s'étendent guère que sur une longueur de 55,000 kilomètres, mais on compte près d'un million de kilomètres d'anciens chemins, décorés du nom pompeux de routes postales, et fort peu fréquentés aujourd'hui (1).

(1) Routes entretenues par rautorité publique:

Routes empierrées 55.000 kilom.

— non empierrées 204 . 343 —

Le système des chemins defei^de l'Inde a été imaginé par lord Dalhousîe en 1850, mais la première ligne, de Bombay à File Salsette, ne date que de 1857. La construction a été surtout activée à deux reprises: en 1857 avec une intention stratégique, après la révolte des Cipayes, et dans ces dernières années, pour faciliter la production et le commerce des céréales. À ce dernier égard, la fonction des voies ferrées de Tlnde est surtout de rapprocher les principaux centres de production des ports. On peut remarquer en effet que Calcutta, Bombay, Madras, sont autant de centres, où aboutissent de tous les points de Thorizon les lignes ferrées. Karatchi est le port d'attache du chemin de Tlndus. En dehors de ces traits caractéristiques du réseau indien il n'y a guère à citer que la ligne du Grand Tronc, parallèle à la route déjà citée, et qui conduit du Bengale aux portes de l'Afghanistan, servant en quelque sorte de base atout le reste du système.

Les voies ferrées de Tlnde ne se prolongent actuellement au delà des frontières du pays que sur un seul point. C'est par la ligne qui, se détachant de celle de Tlndus à Sakkar, gagne Kwatah, pour relier Kandahar à Karatchi, en attendant qu'elle soit prolongée sur Hérat, l'objectif bien certainement visé. Les travaux ont d'ailleurs été suspendus et l'entreprise reste inachevée. A l'est, on a travaillé très activement dans ces dernières années aux lignes de l'Assam ; elles ne sont que le point de départ des voies projetées vers la frontière de Chine et le Yunnan en particulier ; on dira plus loin, à propos de l'Indo-Chine, quels obstacles s'opposent à la réalisation de ces plans.

Quoi qu'il en soit, il est peu de chemins de fer en Europe, qui puissent se comparer à ceux de l'Inde, pour le rôle qu'ils ont joué dans le développement de la richesse publique. C'est à eux surtout que l'agriculture, le commerce, et l'industrie elle-même (pour le transport des charbons), doivent les progrès si merveilleux accomplis dans ces dernières années (1).

Commerce proprement dit. — Le commerce intérieur de l'Inde n'est pas aussi considérable que pourrait le faire d'abord supposer son immense

(1) Exploitation des chemins de fer hindous (31 décembre 1892) :

Longueur exploitée 28.595 kil. (30.836 en 1895).

Capital d'établissement environ . 2 . 756 . 000 . 000 fr .

Effectif roulant :

Locomotives 3.789

Voitures à voyageurs 9.421

Autres voitures 71.107

Mouvement :

Voyageurs à toutes distances.. 127.456.900 voyageurs.

— 1 kilomètre 8 . 479 . 834 . 800 voyageurs-kilométriques.

.Marchandises à toutes distances. 26 . 956 . 800 tonnes.

— 1 kilomètre 6.812.841.400 tonnes kilométriques.

Recettes totales brutes 290.305.000 francs.

Dépenses totales 136.250.000 —

Produit net total 154.115.000 —

population : le sol étant partout très fertile, chaque région consomme ses propres produits et se suffit à elle-même, sauf les cas de sécheresse : nous avons déjà vu tous les progrès qui ont été réalisés dans ces dernières années pour faciliter, lors des dangers de famine, Tapprovisionnement des régions menacées. Le commerce se fait à Tintérieur par eau et par caravanes ; les foires sont encore nombreuses et actives.

Le commerce extérieur se fait surtout par mer; 4/6 seulement des marchandises emploie les routes de terre. Les Hindous ne sont pourtant pas un peuple de marins ; ils sont restés toujours enfermés chez eux et ils ont laissé jadis les Arabes et les Chinois drainer tout le commerce de rOcéan Indien, comme ils laissent aujourd'hui les Anglais maîtres de tout le trafic que leur pays fait avec Tétranger. Cela tient évidemment à ce que leurs côtes ne sont pas en général hospitalières; les échancrures y sont rares et les bons ports peu nombreux.

Les nécessités du commerce moderne, les grands travaux exécutés dans les ports, le développement des voies de communication ont enlevé sans doute à ces désavantages une partie de leur importance d^autrefois; mais malgré tout, Tlnde n'a pas encore de port comparable à ceux d'Europe.

Bombat/y qui est le meilleur de tous et le plus actif, est en effet le débouché naturel des régions du lœss, les plus fertiles de l'Inde : c'est le grand port d'exportation (céréales, coton, opium), comme Calcutta, au centre d'un pays surpeuplé, est le premier port d'importation ; mais Bombay n'a pas de houille, il lui faut la chercher à près de 1,500 kilomètres. H rachète, il est vrai, ce défaut par sa situation si heureuse sur le chemin d'Europe ; c'est aussi le centre de tout le cabotage du golfe Persique.

Karatchi n'est qu'une dépendance de Bombay, où . il envoie pour être expédiées en Europe les marchandises qui lui arrivent par la voie de Tindus. il n'a donc d'importance que pour le commerce de cabotage et de transit.

Colombo est le port d'exportation de Ceylan, c'est aussi là que rel&chent, pour y renouveler leurs provisions d'eau et de charbon, les paquebots qui font le service de l'Extrême-Orient.

La côte orientale n'a pas de ports. La rade de Pondichéry est encore la meilleure et il serait facile de lui donner une grande importance, moyennant quelques travaux. Le port de Madras est très dangereux, c'est néanmoins jusqu'à présent le centre de tout le commerce de la côte de Coromandel.

Calcutta, situé sur Tllougly, à 150 kilomètres de fembouchure, est le second port de» l'Inde ; son commerce n'est guère inférieur à celui de Bombay. C'est là que débarquent les cotonnades anglaises et la plupart des marchandises européennes. Les principaux objets d'exportation sont l'opium et l'indigo. A l'intérieur il y a peu de grandes cités commerçantes : Djabalpoury dans les provinces centrales, est le principal entrepôt des céréales destinées à l'exportation.

Le mouvement des ports de Tlade est au total d'environ 8 millions de lonneaux. Les relations avec TËurope sont assurées surtout par le service anglais de la « Peninsular and oriental steam navigation Company » et par la Compagnie française des Messageries; les autres compagnies de navigation» Uoyd autrichien de Trieste, Nationale italiennef Allemande de Brème font aussi escale dans linde, de même que les navires hollandais se rendant en Malaisie (1).

Le commerce de Tlnde est en accroissement presque constant depuis le commencement du siècle: de 179 millions de francs en 1835» il s'est élevé à 2,503 millions en 1895. L'exportation tient le premier rang, et s accroît de plus en plus, alors que l'importation subit par moments des mouvements de baisse assez accentués.

Les importations portent naturellement surtout sur les objets manufacturés que, malgré ses progrès, l'Inde ne peut encore produire en assez grande quantité pour sa consommation : cotonnades, objets en métal, soieries, machines, houilles.

A Vexportationy les produits agricoles tiennent par contre la première place : graines oléagineuses, riz, jute, opium, coton, thé, peaux, etc. ; il est à remarquer cependant que l'exportation des cotonnades commence à compter pour une certaine quantité dans le commerce hindou. Ces progrès de l'industrie hindoue commencent à inquiéter beaucoup les industriels métropolitains (2).

(1) Mouvement des ports de l'Inde (1894-95):

Entrées.

Sorties.

Nombre.

Navires anglais 2.?09

— anglo-indiens. 997

— étrangers 618

— indigènes .... t. 485

Jauge.

ToDDMax.

Totaux 5.309 4.156.386

Nombre.

Jauge.

Tonne» ax.

Total des entrées et sorties : 10.577 navires jaugeant 8.255.822 tonneaux. (2) Commerce de l'Inde anglaise (1894-95) :

Importations : 1 . 038 . 87 7 . 000 f r.

Francs.

Cotonnades 408.419.000

Objets en métal 79.319.000

Soie et soieries 28.92i.000

Sucres 38.9:J9.000

Machines 30.529.000

Francs.

Huiles 27.764.000

Laines et Lainages.. 19.269.000 Matériel de chemins

de fer 19.461.000

Houille 18.423.000

Exportations: 1.464.237.000 francs,

Francs.

Graines oléagineuses. I75. 519.000

Riz 172.587.000

Jute brut 132.190.000

Jute manufacturé. . . . 52.034 .000

Opium 113.307.000

Coton brut 108.891.000

Coton manufacturé.

Thé

Peaux et cuirs

Indigo

Blé

Café

Francs.

C'est au percement du canal de Suez, qui abrégeait de moitié la distance entre la métropole et sa colonie, que Tlnde a dû Taccroissement prodigieux qu'a pris son commerce pendant ces vingt dernières années. Mais c'est naturellement V Angleterre qui en a le plus profité. En 1872, elle entrait encore pour 80 p. iOO dans le trafic total de Tlnde, il est vrai que depuis cette époque la part du pavillon anglais a sensiblement baissé, elle n'est plus que d'environ 60 p. 100.

L'Angleterre achète à l'Inde la totalité des thés et la presque totalité des matières premières textiles. Elle entre pour une part bien moins considérable dans le commerce des céréales et des autres matières alimentaires. Les importations consistent surtout en cotonnades. Importations et exportations se balancent.

Il est loin d'en être ainsi de la France, qui achète pour une centaine de millions de produits indiens et ne vend que pour une valeur dix fois moindre de produits de luxe.

Les relations de l'Inde avec les autres pays de VOcdan Indien s'étendent tous les jours. Elle exporte son riz à iM aurice et jusqu'en Amérique, partout où il y a des coulies; l'Arabie en reçoit du café, pour mélanger avec son « moka ». Aden et Zanzibar y envoient les produits africains; Maurice son sucre; rinde a beaucoup profité du développement de V Australie^ à laquelle elle expédie déjà thé, riz, café ; elle y achète des bestiaux et des minerais, des cuivres et même de la houille. Elle trouve enfin dans Tlndo- Chine à s'approvisionner abondamment de riz lors des mauvaises récoltes.

Mais c'est la Chine qui est, après l'Angleterre, la principale cliente de rinde; celle-ci s'y fournit de thé, de riz, mais y vend surtout l'opium. Toutefois, le commerce de cette denrée, rendu libre après des événements bien connus, décroit rapidement, au grand détriment du budget indien qui en retirait encore, en 1879, 350 millions de francs contre 250 au plus en 1887 et 95 en 1894-95. Les Chinois se sont décidés à semer le pavot, la culture en est déjà très répandue dans les provinces du sud, et Hong-Kong, qui était jadis le grand entrepôt de ce trafic, a dû céder la place à Chang- Haï, situé beaucoup plus au nord, dans une région qui ne produit pas encore ce précieux narcotique. Cette diminution des exportations d'opium peut avoir pour l'Inde des conséquences graves; les revenus annuels en sont déjà singulièrement diminués et la construction des grands travaux d'amélioration matérielle et morale, qui ont été entrepris, peut devenir de ce chef très précaire (1).

(1) Principaux États en relation avec les Iodes Anglaises (1894-95) :

Importations. EiporUtions. Totaux.

Francs. Francs. Franc»

Royauine-Uni C26.3il.000 409.937.000 1.036.258 000

Chine 33.281 .000 156.858.000 190. 144.000

France 10.755.000 H»8.257.000 119.012.000

Allemagne 21 .642.000 90. 485. 000 1 18.127.00 1

États-Unis 13.830.000 72.980.000 86.810.000

Italie 4.275.000 37.257.000 41.532.000

Belgique 23.328.000 47.329.000 70.657.000

Mais ce ne serait dans tous les cas qu'une crise transitoire, car il s'en faut que llnde soit arrivée au ternie de son développement économique. Elle n'est menacée à l'extérieur par aucun ennemi, pas même par les Russes, qui songent à tout autre chose qu'à l'envahir; à l'intérieur, les maîtres actuels ont su maintenir une paix relative et assurer la sécurité.

Rien ne s'oppose à de nouveaux progrès : la population est très dense, le pays très fertile, l'agriculture surtout peut prendre un merveilleux essor. Le blé joue un rôle de plus en plus considérable dans l'alimentation européenne, et les populations qui s'en nourrissent deviennent tous les jours plus nombreuses. Quand l'Allemagne et la Russie l'auront substitué aux céréales inférieures, comme l'a déjà fait la France, les Ëtats-Unis et la Russie, qui sont aujourd'hui les seuls pays de production sérieux, seront entièrement inhabiles à sufQre aux demandes. On calcule même que, dès aujourd'hui, il suffirait d'une série de deux ou trois mauvaises récoltes pour amener la disette. D'autres pays devront prochainement entrer en scène et l'Inde, qui a déjà fait ses preuves, est désignée en première ligne. La culture du blé sera sans doute une de ses grandes richesses d'avenir.

Mais l'Inde, pays producteur par excellence, absorbe de ce fait chaque année des quantités énormes de métaux précieux, qui répandent peu à peu dans toutes les classes le bien-être et la fortune. Les besoins de la population ne cesseront de croître et ce n'est pas avant de longues années que l'industrie indigène, malgré ses progrès, pourra la satisfaire; l'Inde reste donc largement ouverte aux produits de l'Europe, et elle offre un inépuisable débouché, non seulement aux objets de première nécessité, aux cotonnades grossières que recherche la population pauvre et que fournit la métropole, mais encore aux articles de luxe, où la France excelle; il y aurait là pour notre industrie une ressource considérable, si nous savions l'exploiter.

Enfin, llnde n'a pas seulement des relations avec l'Europe ; en réalité elle est bien plutôt tournée vers l'Extrême-Orient, elle touche à la Chine et se prolonge déjà sur une moitié de la péninsule indo-chinoise. Les Anglais cherchent activement à relier, par une voie directe, leurs possessions avec les pays si peuplés et si fertiles du Yang-tsé-Kiang et du Hoang-Ho ; il est facile de prévoir tout ce que la réalisation de ces plans gigantesques pourrait ajouter dans l'avenir à la prospérité de l'Inde.

Colonies françaises et portugaises dans l'Inde. — Le Portugal et la France possèdent, dans la péninsule indo-gangétique quelques faibles vestiges de leur antique empire indien. L'importance de ces établissements est beaucoup plus historique et politique qu'économique.

Les établissements français de Pondichéry, Karikal, Chandernagor, Mahé, Yanaon et les quelques petites dépendances qui s'y rattachent, couvrent une superficie de 50.803 hectares, morcelée en centaines de parcelles. Les habitants sont au nombre de 279.597, sur lesquels il n'y a pas 1000 Européens. Représentées au Parlement par un sénateur et un

député, ces dépendances ont un budget d'environ 1.700.000 francs.

Les considérations que nous avons déjà exposées au sujet de Tagriculture, de Tindustrie de Tlnde anglaise expliquent que le commerce de la France avec ces colonies soit à peu près nul. Sur le million de tonnes qui passent par les ports de Pondichéry, Karikal et Mahé, c'est à peine si une centaine vient de France ou y va (1).

En somme, quand on examine Tétat économique de nos colonies de rinde, on ne peut s'empêcher de penser que M. de Talleyrand s'est plus préoccupé des souvenirs glorieux que la France a laissés dans Tlnde que de ses intérêts quand il a échangé ces cinq comptoirs sans avenir contre l'admirable Ile de France I

Les établissements du Portugal dans l'Inde, bien qu'un peu plus étendus et plus peuplés que ceux de la France, n'ont guère plus d'importance économique (2).

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