II. - INDOCHINE
Situation et dimension. — Le nom d'Indo-Chine, par lequel on désigne la péninsule sud-orientale de l'Asie, donne une idée très exacte et de sa situation, et de ses principaux caractères. C'est en effet le point de contact entre les natures hindoue et chinoise. Entre le golfe du Bengale et la mer de Chine, entre le détroit de Malacca et le plateau du Thibet, du i*^ au 27<» de latitude nord, et du 90^ au 105<» de longitude est, Tlndo- Chine couvre une superficie de 2.100.000 kilomètres carrés environ.
Composition du sol et relief. — Autant que l'on peut connaître la géologie d'une région encore incomplètement explorée, il semble que le centre du pays, vallée du Mékong, Annam, puis le nord du Tonkin, soit formé de roches anciennes, alors que le cours inférieur des divers fleuves est formé de leurs alluvions (Cochinchine, Cambodge, deltas de la Ménam et du Song-coï).
Le relief indo-chinois est le produit de la désarticulation du haut plateau thibétain en longs systèmes de montagnes ou de plateaux à peu près parallèlement dirigés du nord au sud, qui dessinent les vallées des principaux fleuves et les séparent les unes des autres. Les points cuimi> nants semblent ne pas dépasser 2.300 mètres; au nord-est, une partie du
(1) Mouvement des ports de Pondichéry, Karikal et Mahé (1894) :
Navires. Jauge.
Entrées 493 573.817 tonnes.
Sorties 495 546.408 —
Totaux 988 l.riO.riô —
(î) Établissements portugais daus Tlnde (1887):
Superficie 415.374 hectares.
Population 572. Î90 habitants.
Importations > Goa seule- 11 .360 francs.
Exportations ) ment (1891) 255.600 —
Tonkin est couverte de hauteurs dépendant du massif du sud de la Chine. Quelques passages assez faciles entaillent ces lignes de hauteurs : le plus célèbre est celui de Krà, assez déprimé pour que l'on ait pu penser à y creuser un canal maritime.
Littoral. — On a souvent comparé Tlndo-Chine à la péninsule des Balkans. Elle en a en effet la richesse d'articulation. Encore faut-il faire une distinction entre les côtes qui longent des massifs montagneux et celles qui se développent à l'embouchure des fleuves.
C'est ainsi que, au milieu des côtes découpées du golfe du Bengale, se trouvent les deltas de Tlraouaddy et de la Salouen, que, sur la mer de Chine, le littoral élevé et creusé de golfes de TÂnnam sépare les deltas marécageux du Mékong et du Song-coî. Les ports ont pu trouver place, soit dans des golfes de la côte rocheuse, souvent à Tabri des lies (GeorgetoTvn, Singapour, Tourane), soit sur les bras des fleuves (Rangoun, Maulmeln, Bangkok, Saigon, Halphong, etc.).
Climat. — L'Indo-Chine est tout entière sous l'influence des moussons, son climat en est une conséquence immédiate. Deux saisons. Tune sèche et fraîche, Tautre humide et chaude, se partagent l'année. Dans le sud les variations de température sont faibles, et la chaleur reste presque constante ; dans le nord, au contraire, il y a des variations plus considérables, en même temps qu'apparaissent des saisons de transition comparables à notre printemps et à notre automne (1).
Les pluies, apportées par la mousson du sud-ouest, sont surtout considérables sur la bordure littorale du golfe du Bengale, où elles atteignent 6 ou même 8 mètres, en certains points, avec une moyenne de 2",50 ; à mesure que Ton s'avance vers l'intérieur du pays, les précipitations sont moins considérables, pour atteindre leur minimum dans le bassin moyen du Mékong (1 mètre en moyenne).
Cours d'eau. — - Les fleuves indo-chinois sont nombreux et abondants ; ils descendent presque tous des hauts plateaux du Thibet, puis, le long des vallées dessinées par les chaînes parallèles, traversent la péninsule du nord au sud. Très abondants, ils ne rendent cependant pas à la navigation les services qu'on pourrait attendre, et ce ne sera qu'après de grands travaux qu'on pourra les utiliser : leurs embouchures ou deltas sont souvent envasées, mais surtout leur cours, coupé de cataractes ou de rapides, est ainsi divisé en biefs d'accès difflcile, surtout pendant les maigres. Leur importance est cependant majeure pour la pénétration au Thibet, et surtout dans la Chine sud-occidentale.
Populations. — Les populations de la péninsule indo-chinoise, qui atteignent le chiffre d'environ 34 millions d'habitants, ont subi les in-
(I) Températures ;
Saigon : Moyenne 27»,01
Écart entre les extrêmes . . . 2«,85
lianoï : Moyenne 24^
Extrêmes 7<» et 35°.
fluences des pays voisins : tandis que les Annamites du Tonkin, de la côte d'Annam et de la Gochinchine, tiennent de près à la race chinoise, les Barmans, les Siamois, et surtout les Khmer du Cambodge, rappellent les caractères de la race hindoue ; les peuplades sauvages du centre du pays, ou de la péninsule de Malacca ont encore été peu étudiées; enfin les Malais occupent l'extrémité méridionale de la presqu'île à laquelle on a donné leur nom. Très dense dans les deltas, la population est plus clairsemée dans les plateaux de Tintérieur.
Géographie politiqae. — Longtemps occupée par des empires indigènes puissants (Ânnam, Cambodge, Siam, Barmanie), Tlndo-Chine ne devait pas tarder à tenter les peuples colonisateurs de TEurope, et un récent traité (commencement de 1896) semble avoir définitivement partagé le pays entre TÉtat indigène du Siam et les empires coloniaux de la France à l'est, de l'Angleterre à l'ouest.
IndO'Chine française. — Les possessions de la France en Indo-Chine comprennent la colonie de la Cochinchine et les protectorats du Cambodge, de l'Annam et du Tonkin ; elles sont limitées à l'ouest par le cours du Mékong depuis sa sortie de Chine et dépassent même ce fleuve dans sa partie inférieure (1). Tandis que la Cochinchine est sous l'administration directe des agents de la métropole, les autres parties de notre empire indo-chinois ont été laissées à l'administration indigène surveillée de très près, surtout au Tonkin, par les résidents de la France. L'ensemble est placé sous l'autorité d'un gouverneur générai.
Indo-Chine anglaise, — Les possessions anglaises (2) occupent la partie occidentale de la péninsule, et, depuis la Barmanie jusqu'à l'extrémité
(1) Indo-Chine française (1891):
Superâcie. Population. Par kilomètre carré.
Kilomètret carrés. HabUantt.
Annam 230.680 6.000.000 26
Cambodge 104.700 814.754 8
Cochinchine 56.620 1.876.689 33
Tonkin 314.110 14.000.000 34
Total de rindo-Chine française. 705. 110 22.691 .000 32
Villes:
Hanoï 100.000 hab.
Hué 50.000
Saïgon 65.000
Nam-Dinh 50.000 hab.
Hai-Dzuong 50.000
(2) Indo-Chine anglaise : Superficie. Populalion. Par kilomètre carré.
KUomitrc* carrés. Habitaata.
Basse Barmanie 227.799 4.658.627 20
Haute — 216.186 2.946.933 14
Straits Settlements 3.998 534.000 134
Protectorats malais 86 . 000 7 1 0 . 000 8
Villes:
Rangoun 180-000 hab. | Singapour 100.000 hab.
Maulmeïn 55.000
de la presqu'île de Malacca, bordent le golfe du Bengale. La Barnianie, (haute et basse), s'étend dans les bassins de Tlraouaddy et de la Salouen et dépend du gouvernement des Indes ; les autres établissements sont groupés sous le nom de Straits Settlements ou établissements des détroits, et possèdent leur gouverneur particulier. On compte en outre quelques protectorats .
Siam, — Le royaume de Siam ou Muang-Thai sépare les possessions anglaises des possessions françaises. Par le traité de janvier 1896, les deux puissances voisines se sont engagées à garantir au roi de Siam la possession absolue du bassin de la Menaro, avec quelques annexes au nord, atteignant le Mékong ; le reste n'est pas garanti, et se trouve former une zone d'influence pour la France à Test, entre le Mékong et la partie garantie, pour l'Angleterre à l'ouest, et dans la péninsule de Malacca. Le Mékong forme la limite avec l'Indo-Chine française, mais la France a le droit d'établir des postes dans toute l'étendue d'une bande de 25 kilomètres sur la rive droite du fleuve (1).
Le pays a subi, depuis quelques années, les premières atteintes de la civilisation occidentale, mais il est encore loin de pouvoir jouer un rôle sérieux; le traité de 1896, conséquence des prétentions rivales de la France et de l'Angleterre l'a seul empêché de tomber déjà sous la domination d'une des puissances européennes. Le roi peut disposer d'environ 50 millions de francs tous les ans, et a une armée de 10 000 hommes —sur le papier.
Géographie économique.
Condition générale et situation.— La péninsule indo-chinoise, qui participe à la fois, comme son nom l'indique, des natures de l'Inde et de la Chine, forme au point de vue économique la transition entre les deux pays. Elle leur sert à tous deux de grenier. C'est là qu'ils viennent s'approvisionner dans les années de disette, et chercher le surplus des aliments nécessaires à la subsistance de leur nombreuse population. Mais malgré les avantages de son chaud climat, malgré la vigueur de la végétation tropicale et la fécondité naturelle de son sol,rindo-Chine ne constitue pas un grand centre par elle-même. On a pu dire assez justement que « ce n'est pas la terre qui y manque aux habitants, mais que ce sont les hommes qui font défaut ». La population y a toujours été très peu dense et répartie entre quatre ou cinq groupes isolés qui ne pouvaient avoir les uns avec les autres, gr&ce à la disposition du relief, que des rapports difficiles. Ce sont là des conditions naturelles qui n'étaient pas de nature à solliciter la production, à faire naître le commerce et l'industrie. Mais c'est par contre
(1) Siam :
Superficie.... 633.600 kilomètres carrés / „^«.^ •„«^5 PopuIaUon. . . 5.000.000 habitants. i approximatives.
Bangkok (capitale) 200.000 habitants.
une situation qui favorise au plus haut degré la colonisation européenne. Llndo-Ghine est encore un pays vierge sur une grande partie de son étendue. II ne faut sans doute pas se bercer de Tespoir qu'il atteigne jamais à la prospérité de ses deux voisins de Touest et du nord-est. Le climat s'oppose à l'exploitation du sol parles Européens eux-mêmes, etia population indigène ne pourra s'accoitre que lentement et dans des proportions relativement restreintes. Mais nul doute cependant que les ressources précieuses que renferme en tout genre ce pays ne décuplent de valeur^ quand les nations de TOccident y auront introduit leurs instruments et leurs méthodes. Llndo-Ghine peut suffire en un mot à la compétition de deux grands pays comme la France et l'Angleterre. Elle est enûn une des principales voies d'accès vers l'intérieur de la Chine, vers le plateau du Yunnan et le cours moyen du Fleuve Bleu.
A. — Agriculture.
Aptitude générale. — L'indo-Ghine est, comme la Chine et l'Inde, un pays agricole par excellence : la chaleur humide des tropiques et l'alternance harmonieuse des moussons en ont fait un des terroirs les plus féconds du globe. Mais on n*y rencontre pas ces grandes vallées alluviales, comme les plaines du Gange et du Yang-tse-Kiang, qui font la richesse de l'Inde et de la Chine et où ont pu se développer à l'aise les plus grandes agglomérations d'hommes de toute la terre. Il n'y a guère en Indo-Chine que des deltas, d'une étendue relativement restreinte, souvent marécageux et insalubres: deltas de l'Iraouaddy, du Mékong, du Song-Goï. cours inférieur de la Ménam : c'est dans ces contrées deltaïques que se sont groupés, en agglomérations compactes, les indigènes et les Chinois immigrés. Les uns et les autres ne s'occupent et ne vivent que de lagriculture. La série de ces terres basses et la lisière du littoral constituent en effet la région la plus riche de toute la péninsule, ou du moins la plus connue et la mieux exploitée. C'est à peine si l'on peut établir une distinction entre la côte occidentale et la côte orientale ; la première est soumise à des précipitations beaucoup plus abondantes ; les cultures qui redoutent l'humidité excessive, comme le coton, n'y donnent que des produits médiocres. Mais c'est le pays d'élection du riz.
Les plateaux intérieurs, qu'on peut comprendre sous le nom général de Laos, sont peu abordables ; la population parait y être très clairsemée, la forêt vierge en recouvre encore la plus grande étendue et les communications seront très difficiles à établir, par suite de l'enchevêtrement des chaînes de montagnes et des vallées. Les études et les explorations n'ont pas d'ailleurs nettement indiqué encore les ressources que ces régions peuvent offrir à la culture,
La partie méridionale de Tlndo-Chine, qu'il serait beaucoup plus rationnel de relier aux lies Malaises, si elle n'était rattachée au reste de la péninsule par un isthme étroit, présente en effet tous les caractères des terres voisines de Sumatra et de Java, Elle est encore peu connue, mais
il ne lui manque sans doute que la présence des Européens et les méthodes d'exploitation modernes pour devenir ce que les Hollandais ont su faire de certaines de leurs colonies.
Forôts. -.- On vient de voir que les forêts vierges couvrent encore une bonne partie de Tlndo-Chine, particulièrement dans le haut pays ; elles renferment en quantités presque inépuisables des bois de construction de toutes sortes, des essences précieuses pouvant servir à Tébénisterie, à la teinturerie ; mais on ne s*est encore attaqué qu'à la lisière pour ainsi dire de la zone boisée et l'exploitation ne fera pas de grands progrès, tant que des routes ne pénétreront pas plus avant dans l'intérieur du pays. L'industrie et le commerce ont déjà su tirer parti du bambou, dont le travail est facile et rémunérateur, mais c'est le bois de ^ecA; qui a jusqu'à présent attiré le plus l'attention des Européens. Il réussit dans l'Indo-Ghine mieux encore que dans l'Inde et se plaît de préférence sous les latitudes moyennes, à la descente du plateau. Les forêts les plus abondantes, qui sont aussi les plus dévastées, se trouvent dans le Pégou et sur la frontière siamoise, à la hauteur du parallèle de Maulmein. Le teck se prête à merveille aux constructions navales ; son bois, plus léger que le chêne, est en même temps plus résistant et plus durable. Les Anglais s'occupent activement de porter remède aux ravages causés par une exploitation trop bàtive.
Cnltnres. — Parmi les cultures alimentaires , il faut citer en première ligne le riz, qui est la principale ressource du pays. On le cultive aussi bien sur les vastes terres alluviales des deltas, dans le Pégou, le Cambodge, le Tonkin, que dans les cuvettes et dans les fonds de vallées de la région montagneuse. Le sol des terrains bas, régulièrement fertilisé par le limon des fleuves, abondamment arrosé par les pluies et les canaux d'irrigation, le produit presque sans culture et donne même en certains endroits deux récoltes annuelles. Il reste pourtant bien des hectares encore à consacrer à cette culture, après les travaux de drainage et d'assèchement, et il est en outre nécessaire que les colons européens, tant anglais que français, s'appliquent à rendre meilleures les méthodes des indigènes. L'Indo-Chine produit, année moyenne, beaucoup plus de riz que la consommation des habitants n'en réclame, et un excédent considérable reste chaque année disponible pour l'exportation en Chine, dans l'Inde et en Europe. Les possessions anglaises, la Cochinchine et le Cambodge tirent déjà de grands revenus de ce commerce. Le Tonkin, plus peuplé, ne produit encore que la quantité nécessaire à l'alimentation du pays ; mais il n'est pas douteux qu'il ne devienne prochainement luimême pays d'exportation.
Avec le riz, Vigname, la patate, le mais, le millel contribuent aussi à l'alimentation. Les légumes d'Europe s'acclimatent particulièrement au Tonkin, dont le climat à saisons tranchées se prête bien à cette culture. C'est aussi sur la côte orientale que les fruits mûrissent le mieux et entrent pour une part plus grande dans la nourriture des indigènes : amandes, ananas, figues, goyaves, grenades, fruits de larbre à pain,
pommes-cannelles, prunes, etc. Un certain nombre de ces fruits sont sans doute originaires de la péninsule même; mais, à l'état sauvage, ils sont en général trop doux, aqueux; ils ne deviennent mangeables que par la culture, qui permet aux sucs de mieux se distiller. Le bananier qui exige encore plus d'humidité que de chaleur, croit de préférence sur la côte occidentale. On a tenté récemment d'introduire la vigne au Tonkin, mais il n'est pas sûr quelle y prospère. Les produits de Tarare à thé et de la canne à sucre sont en général de médiocre qualité, mais cela tient sans doute beaucoup plus au mode actuel de culture qu'aux conditions du sol et du climat. La culture du thé a été introduite avec succès en Barmanie par les Anglais. Les plantations qu'ils ont créées ne sont en réalité qu'un prolongement des « Jardins » si prospères de l'Assam. La môme plante se trouve à l'état sauvage dans nos possessions ; toutpermetdoncde supposer qu'elle y prospérera autant et même plus que dans l'Inde même.
Les épices, qui n'ont pas encore fait l'objet d'une exploitation active, pourront être cultivées avec profit, surtout dans les régions méridionales et dans la péninsule de Malacca où les conditions climatiques ne diffèrent pas sensiblement de celles qui font la prospérité des lies si fameuses de la Malaisie. On récolte déjà le poivre, la muscade, le girofle, la c-annelle.
Le tabac vient bien, et la culture, sollicitée par la consommation locale très considérable, s'en répand vite. Les meilleures feuilles sont fournies par la vallée basse de la Salouen. Le bétel du Cambodge est très estimé. Parmi les plantes plus spécialement industtHelleSy le coton, dont la culture est tout à fait primitive, se récolte un peu partout, mais spécialement dans la zone orientale; il est d'ailleurs peu estimé dans le commerce; la production ne dépasse pas les besoins du pays, mais elle pourrait, le cas échéant, prendre de grandes proportions. Les autres cultures industrielles sont celles de VindigOy du chanvrCy de Varachide, On recueille aussi un grand nombre de plantes pharmaceutiques.
Productions animales. — Vélevage est plus développé dans l'Indo-Chine que dans l'inde et cela tient évidemment aux conditions différentes du relief. Les montagnes occupent dans le premier de ces deux pays une superficie bien plus considérable que dans le second et les précipitations atmosphériques s'y déversent d'autre part avec moins d'abondance. Les pâturages sont meilleurs et plus nombreux ; ils nourrissent dïmmenses troupeaux, particulièrement de gros bétail, bœufs et buffles. Mais ce climat est encore trop humide pour les moutons et les chèvres.
Les Européens tentent du reste patiemment d'améliorer les races d'animaux domestiques.
Les bœufs indo-chinois, et en particulier ceux du Cambodge et de la Cochinchine sont estimés pour le trait en même temps que pour la boucherie ; les bœufs trotteurs de ces pays rendent les mêmes services que les chevaux chez nous. Les buffles du Laos servent aussi de bêtes de somme.
Les petits chevaux de Barmanie, de l'Annam et du Tonkin sont esti-
mes, surtout les premiers, par les Anglais, qui les exportent en grand nombre. Des croisements avec des animaux de race européenne ont été tentés dans la région tonkinoise de Langson.
L'élevage du porc est une des grandes industries agricoles de llndo- Chine entière, qui exporte un nombre considérable de ces animaux en Malaisie et en Chine.
IlA volaille abonde aussi, mais la région orientale, moins humide, à saisons mieux partagées, lui est plus favorable ; c'est une des richesses des colonies françaises, et en particulier du Tonkin.
La principale production animale industrielle est la soie. L'élevage du ver à soie pourra prendre dans llndo-Chine une grande extension ; le mû«rier réussit partout et d'autres plantes pourront le suppléer ; c'est le Siam qui tient, pour le moment, le premier rang.
La faune sauvage est très largement représentée dans ce pays par les éléphants, rhinocéros, tigres, panthères, sangliers, oiseaux de passage, etc. La chasse de tous ces animaux est une branche d'industrie prospère. Mais la pêche a beaucoup plus d'importance; sur toutes les côtes, on prend et on conserve le poisson, même le requin, dont les ailerons sont un mets apprécié en Chine. Des multitudes de pêcheurs vivent sur les bords des grands fleuves; le Tonlé Sap ou Grand Lac du Cambodge est une sorte de vivier presque inépuisable.
Un produit spécial à Tlndo-Chine est fourni par les nidg comestibles d'hirondeUes salanganes. La récolte, très pénible, s'en fait surtout dans les anfractuosités des rochers de l'archipel Mergui, le long de la côte du Tenasserim. Ce sont encore les Chinois qui sont les plus friands de ce metSy dont le kilogramme se paye jusqu'à 3,000 francs.
B. — Industrie.
L'indo-Chine, bien dotée pour l'agriculture, l'est aussi pour l'industrie, quoique dans une moindre mesure ; elle pourra devenir un pays industriel, et, cela, sous l'influence de deux causes : l'abondance des matières premières, et surtout de la houille, puis l'habileté traditionnelle des habitants, leur patience et leur goût.
Les richesses minérales en particulier sont très nombreuses, et célèbres depuis l'antiquité. Rien n'empêche en effet de voir dans l'Indo-Chine la Chersonèse d'Or de Ptolémée ; il est vrai que les métaux précieux n'y sont plus aussi abondants qu'ils l'étaient autrefois, s'il faut en croire la légende : mais on en trouve encore des gisements disséminés en divers endroits ; ceux du Pégou et de la Barmanie semblent être les plus riches. Pourtant il est douteux qu'ils vaillent les frais de l'exploitation. On dit cependant que 10,000 ouvriers y travaillent aux mines de rubis, de saphir et de jade.
La houille existe en assez grande quantité dans la presqu'île de Malacca, en Annam et surtout au Tonkin où les bassins houillers sont en exploitation active à Yen-Bay (sur le Fleuve Rouge), à Hon-Gay et surtout Géographie économ. 35
dansTile de Kébao. La houille y est d'excellente qualité, et, depuis quelques années, non seulement alimente Tindustrie du pays et approvisionne les navires, mais s'exporte jusqu'à Hong-Kong où elle est fort appréciée. Tant que les mines de Chine ne seront pas mieux exploitées, le Tonkin pourra compter sur un revenu assez important de ce chef.
La presqu^ile de Malacca est un des principaux pays producteurs de Vétain , les mines du Wellesley et surtout du district de Malacca sont entre les mains des Chinois et pourraient doubler leur production, importante déjà. De puissants dépôts de fer^ de cuivrey de plomb, de zinc, existent en Barmanie, au Cambodge, et surtout au Tonkin, mais ne pourront être véritablement exploités que quand la tranquillité régnera complètement dans ces pays. Il faut encore mentionner d'abondantes sources de pétrole en Barmanie, non loin de Pagan, sur i'iraouaddy. D'assez riches salines existent sur le littoral d'Arrakan.
Des carrières nombreuses formées de roches de granit, de grès, de calcaires pourront fournir d'abondants matériaux aux constructions européennes et aux travaux publics. L'argile, le kaolin ont été signalés et exciteront de plus en plus Tindustrie indigène, si apte aux travaux de la céramique.
L'industrie proprement dite est encore entièrement dans Tenfance, bien que les indigènes paraissent avoir pour les travaux industriels des aptitudes plus grandes peut-être que les habitants de l'Inde. Dans toute Tlndo- Chine la population montre, en particulier, une habileté remarquable aux travaux d'extraction et de mise en œuvre des métaux. L'industrie métallurgique, si délaissée dans la péninsule du Gange, semble donc appelée à prendre dans l'Indo-Chine un grand développement.
Quant aux autres industries, les traditions d'habileté manuelle se sont admirablement conservées dans les districts de Test, où l'agriculture n'a pas absorbé toutes les préoccupations ; le Tonkin et l'Annam ont à ce point de vue une réputation méritée.
Les principales industries indo-chinoises sont : la fabrication d'objets de céramique, tuiles, briques, poteries, la construction des barques et des jonques, l'incrustation de meubles de luxe, le tissage des nattes, le travail du bronze pour la fabrication des cloches de pagodes, la sculpture sur bois et ivoire, le décorticage du riz, etc., etc. La plus grande partie de l'or et de l'argent importés chaque année en payement des exportations est enfin transformée en bijoux et en ornements de toute nature, particulièrement en Barmanie.