‹ Précis de géographie économiqueChapitre 114 sur 182 · cigares · texte numérisé non relu

cigares

portance locale. Mais les Philippines produisent une espèce de chanvre, l'abaca, ou cfianvre de Manille^ remarquable à la fois par la solidité et la flexibilité de ses fibres ; la culture en est facile et simple. Pourtant celte matière se prête difficilement au travail industriel; on ne la jusqu'à présent utilisée que pour la fabrication des étoffes grossières, des sacs et des cordages (i).

Vindigo a résisté vigoureusement à la concurrence des couleurs minérales dérivées de la houille. C'est Java qui en produit encore la plus grande quantité après llnde (2).

ÉleTage. — L'élevage ne rencontre pas dans llnsulinde un champ beaucoup plus favorable que dans l'Inde même. Les habitants n'entretiennent que le bétail nécessaire aux cultures ou aux transports ; mais la population peu dense réclame beaucoup plus qu'en Chine le secours des bétes de trait. Les pâturages sont déjà plus abondants dans les iles de Test, qui touchent à l'Australie (3).

La pèche qui occupe, tant sur les côtes et les cours d'eau que dans les rizières elles-mêmes, des milliers d individus, ne fournit qu'à la consommation locale ; seuls quelques mollusques et les nids de salanganes sont exportés en Chine ; la récolte de ces derniers est très fructueuse dans les grottes des côtes méridionales de Java ou de Sumatra. Oa recueille aux Philippines les perles et la nacre.

B. — Industrie.

Ce sont les productions agricoles qui font la richesse de l'insulinde comme de la plupart des pays tropicaux. Les ressources minérales et l'iudusttie n'ont qu'une importance tout à fait secondaire.

Plusieurs iles sont pourtant riches en minerais. L'or et les diamanis se rencontrent à Bornéo, dans la concession de la Compagnie anglaise; mais les gisements ne sont pas exploités.

Cette môme lie, ainsi que Luçon et Sumatra, renferment d'abondantes provisions de houiHCy qui ne sont pas davantage utilisées. Les Anglais ont à peu près abandonné les mines de l'Ilot de Labouan, dont rexploitation était devenue très précaire; les charbons de llnsulinde feront difficilement concurrence à ceux de la Chine et de llnde.

(1) Production du chanvre de Manille (189.3) :

Philippines 97.000 tonnes.

(2) Production de Tindigo (1893) :

Colonies hollandaises 685 . 984 kilogr.

Philippines 940 quintaux.

(3) Élevage à Java (189î) :

Buffles 2.653.000

Bœufs et vaches 2.415.800

Chevaux 533. 100

Uétain seul constitue jusqu'à ce jour pour Tarchipel une véritable richesse minière ; les lies de Banca et de fiilliion sont célèbres comme pays producteurs de ce métal (i).

Les sources thermales sont naturellement nombreuses dans ces pays volcaniques, et des marais salants, échelonnés en divers points du littoral, fournissent à la population le sel dont elle a besoin.

L'industrie proprement dite est fort peu active ; elle est entièrement subordonnée à la production agricole du pays. De grandes usines bien outillées extraient le sucre de canne, à Java et dans les Philippines ; dans <!es dernières lies, la fabrication des cigares et des tissus de chanvre occupe de nombreux ouvriers. Enfin la richesse des Iles hollandaises en bois durs a développé Tart des constructions navales. .

Voies de communication. — Dans ce pays d'Iles, où presque nulle part on ne perd de vue la côte, c'est bien entendu la mer qui est la grande voie de communication. Tout le trafic a lieu par cabotage, alors même qu'il faut faire par mer de grands détours pour unir deux localités très voisines Tune de l'autre. Au reste, l'intérieur des grandes lies comme Sumatra et Bornéo est très facilement pénétrabie, grâce aux longs fleuves navigables qui les sillonnent. Quelques-uns d'entre eux, le Djamb à Sumatra, le Baritto, le Mahakkam à Bornéo, sont accessibles aux vapeurs sur près d'un millier de kilomètres.

Il n'existe de routes carrossables qu'à Java, qui possède, il est vrai, un réseau complet de chemins excellents; les autres lies, et même Luçon, n'ont que de mauvais sentiers.

Depuis qu'un régime de liberté plus grande a prévalu, les chemins de fer se sont rapidement développés dans les colonies hollandaises (2).

Commerce proprement dit. — Le commerce intérieury qui ne se fait que par cabotage, consiste surtout à transporter les produits des diverses lies aux deux grands ports de Batavia et de Manille. 11 n'est donc qu'une <iépendance, un prolongement du commerce extérieur.

Dans les divers pays de M alaisie, les exportations dépassent en général les importations, et sont surtout alimentées par les produits du sol ; les importations sont au contraire représentées par les produits industriels.

Gr&ce à la tradition créée par le système des monopoles et à l'existence <d'une puissante compagnie de commerce : Spoonveg maatschappij , la

(1) Production minérale (1893-94) :

Étain (Bornéo et Billiton) 11 .886 tonnes.

Houille (Bruneî et Sarawak] : exportation (1894) 14. 707 —

(2) Chemins de fer (1893):

• Colonies hollandaises 1 . 547 kilomètres exploités.

Philippines (Luçon) 112 —

Hollande a réussi à conserver la part la plus active dans le commerce de ses colonies. Plus de la moitié en valeur des marchandises sont importées sous pavillon national ou destinées aux marchés de la métropole ; mais TAngleterre et TAllemagne font à la Hollande une concurrence toujours plus menaçante.

Aux Philippines, ce sont les Anglais et les Américains qui viennent au premier rang : ils font à eux seuls les deux tiers du trafic, la métropole n'y participe que pour un dixième. La France ne joue qu'un rôle insignifiant dans Tarchipel.

La plus grande part de ce commerce est monopolisée dans deux ports, qui sont tous deux sur le revers intérieur de l'archipel tourné vers TAsie : Batavia et Manille. Le plus important des deux, mais non le meilleur, est le port hollandais ; Sœrabaya, Macassar et Padang méritent aussi d'être cités (i).

Conclusion. — Les lies Malaises sont avant tout un pays d'exploitation agricole. C'est aux produits si précieux et si spéciaux de leur sol qu'elles

(1) Commerce de l'Insulinde :

A. Colonies hollandaises.

Mouvement des ports (1893) :

Navires. Jauge.

Entrés 3. 134 1.329.624 tonneaux.

Commerce proprement dit :

Imporlalioos. Exportations. Total.

1893 372.449.700 fr. 404.105.100 fr. 776.554.800 fr.

B. Iles Philippines,

Mouvement des ports (1893) :

Navires. Jauge.

Entrés 359 392.373 tonneaux.

Sortis 355 405.682 —

Total 714 788.055 —

Commerce proprement dit :

Importations. Exportations. Total.

1893 127 .500.000 fr. 155.550.000 fp. 288.050.000 fr.

Dont de ou pour l'Espagne 22.686.681 20. 796.076 42.482.757

C Colonies anglaises.

Mouvement des ports. North^orneo C» (1893) :

Entrés 50.623 tonneaux.

Sortis 49.019 —

Total 99.642 —

Commerce proprement dit :

Importations. Exportations. Total.

North Bornéo Co 5.694.000 fr. 8.081.000 fr. 18.775.000 fr.

Bruneï et Sarawak 15.412.000 15. 218.000 30.630.000

ont dû dans le passé leur renom légendaire, et ce sont sans contredit les mêmes ressources qui continueront de faire leur richesse dans Tavenir.

Toutefois cette région subit depuis plusieurs années une crise redoutable. La dépréciation des principales denrées coloniales sur les marchés d'Europe, et particulièrement du sucre et du café, a rendu leur culture très précaire et peu rémunératrice. Beaucoup de planteurs se sont vus obligés de les abandonner, pour tenter d autres cultures d*un rapport plus certain. Le tabac semble être une de celles qui ont actuellement le plus de chances d'avenir.

Ce sont naturellement les vieilles puissances coloniales, la Hollande et TEspagne, qui ont le plus à souffrir de cette situation si précaire. Au reste, elles ont bien un peu contribué au mal par leur mauvaise administration, leur négligence, la fréquence des guerres. La Hollande subira longtemps encore le contre-coup du bouleversement qu'elle est obligée d'apporter dans le vieux mécanisme de son système d'exploitation coloniale; et les luttes interminables à Sumatra, qui absorbent une partie des ressources budgétaires, ne sont pas faites pour rendre au pays la prospérité.

L'Espagne n'est elle-même délivrée du mécanisme des monopoles que depuis un petit nombre d'années.

Des symptômes récents annoncent pourtant une sorte de renaissance. Pour pouvoir lutter contre l'Amérique, les colons de Java et de Luçon ont développé beaucoup dans ces derniers temps leur outillage agricole et industriel, et l'importation des machines en grand nombre est un indice certain de ce mouvement.

Mais c'est un autre peuple qui, s'attaquant à des terres plus jeunes, fait actuellement les plus grands progrès. Établis au centre même de l'insu- Jinde, les Anglais exploitent activement leurs nouvelles colonies, qui ne peuvent manquer de prendre entre leurs mains une haute valeur. Leurs succès si rapides s'expliquent d'ailleurs par la position même de leurs établissements, à proximité tout à la fois de l'Australie et des Indes. Le voisinage de la Chiné leur offre aussi un magnifique débouché, notamment pour les bois.

Notons enfin que la France ne doit à aucun prix se désintéresser de la lutte économique dans cette partie du monde. Ne possédons-nous pas les rives opposées de cette mer de Chine, vers laquelle sont penchées la plupart des terres de l'insulinde? et ne de vous- nous pas espérer qu'aujourd'hui, où toutes nos colonies indo-chinoises sont pacifiées et sérieusement mises en rapport, nous pourrons trouver dans leur voisinage l'élément d'un trafic important?

Valeur économiqae de l'Asie. — 11 n'est peut-être aucune partie du monde qui soit moins homogène que l'Asie. Au nord se développe l'empire russe, sur des régions de climat rigoureux; de cette vaste étendue quelques zones privilégiées ont seules une grande valeur économique et promettent un bel avenir à la colonisation moscovite. Au centre s'étendent des plateaux et des massifs montagneux où les ressources sont

encore plus médiocres. La vie sédentaire n'y a pris racine que par exception et en des régions d'étendue fort restreinte. Mongolie, Thibet, Pamir forment une large muraille de séparation entre les riches contrées de l'Asie orientale et méridionale d'une part, le domaine moscovite de colonisation de l'autre.

C'est bien l'Asie des moussons, Inde, Indo-Chine, Chine et Japon, qui contient les populations les plus nombreuses et les ressources les plus capables de faire vivre un grand commerce. Le voisinage des admirables pays de l'Australie en accroît encore la valeur. Si grands que soient les besoins des populations très denses qui habitent l'Inde péninsulaire et •orientale, comme l'Australasie, ces terres fécondes produisent assez pour alimenter une exportation énorme. Leurs habitants, graduellement civilisés, au contact de la colonisation européenne ou des échanges commerciaux, deviennent pour nos industries des clients moins réfractaires. Toutefois, on se ferait illusion en croyant que le mouvement de renaissance industrielle de l'Inde est près de prendre fin et ne menace point les importations de la métropole. 11 ne convient pas davantage d'escompter trop vile les bénéfices de l'ouverture de la Chine au commerce étranger. S'il est évident que le taux actuel des échanges ne donne pas une idée jusle de l'aptitude de cet empire si peuplé à acheter nos produits manufacturés, on fera bien de ne pas oublier que, d'une part, un peuple vivant d'agriculture très localisée et d'industrie familiale est en général mauvais client ; que, d'autre part, la prodigieuse richesse de la Chine en houille la prédestine à réagir promptement, en devenant industrielle à son tour. Enfin, le Japon est déjà un rival dangereux pour les Européens comme pour les Américains ; et quand l'Australie aura une industrie plus autonome et plus puissante, nul doute qu'elle ne s'applique à jouer un rôle sur les grands marchés d'Asie.

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