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CHAPITRE PREMIER

Les industries dérivées du règne minéral peuvent être divisées en deux classes. Dans la première on place celles qui consistent seulement en un travail assez rudimentaire d*ex traction ; dans la seconde, celles qui mettent en œuvre d'une manière plus ou moins savante et perfectionnée les matériaux extraits. On saisit aisément les différences géographiques qui séparent ces deux classes d'industries. Les unes, extractives, ont fatalement leur place assignée par la nature, sont attachées au sol comme les cultures; les autres se développent souvent loin du centre de production des matières premières, la plupart du temps à portée des grands marchés maritimes, et s'approvisionnent chez Tétranger de matériaux que le sol français fournit en trop petite quantité ou à des prix trop élevés. Dans ce second cas c'est le commerce qui agit sur l'industrie plutôt que l'industrie sur le commerce ; ou, pour mieux dire, l'industrie n'existe sur le sol national que d'une manière factice, en s'alimentant des produits de l'étranger. Elle devient une pure manifestation de l'activité humaine en dehors de l'influence exclusive de la terre; et son étude détaillée n'est plus absolument du ressort de la géographie.

§ I. — Extraction des matières minérales.

Les ressources minérales que la nature a données à notre pays ne sont pas très considérables. Ce n'est pas que le sous- sol français soit dépourvu de minerais; mais notre pauvreté en combustible minéral ne nous permet pas de lutter aisément contre nos voisins, Anglais, Belges, Allemands; et si notre sous-sol est riche en fer, les autres métaux y sont, par contre, assez rares.

La houille. — Les mines de houille occupent en France une surface de 557000 hectares répartie entre 636 concessions; mais on doit remarquer que la moitié seulement des concessionnaires se livrent à l'exploitation régulière et permanente (1). Combien ce domaine exploitable est restreint si on le compare aux énormes gisements de l'Empire Chinois et des Ëtats-

(1) Concessions et superficies : Nombre des concessions. 636 dont 298 exploitées 47 p. 100

Superficie 557.885 hectares dont 354.815 — 64 p. 100

Vnis d'Amérique, pays auprès desquels la Grande-Breta^e est pauvre «n combustible ! En outre, nos mines de houille, peu nombreuses et d'un contenu médiocre, sont souvent d'une exploitation difficile. Une tonne de charbon de terre tirée d'Allemagne revient à 8 francs; elle dépasse le prix de 1 1 francs à la sortie de plus d'une raine de notre pays.

Nous n'avons pas à rapporter ici l'histoire de la formation des houillères; c'est l'office du géologue et non celui du géographe. Rappelons seulement que les houilles extraites des gisements de notre pays appartiennent en majeure partie à la catégorie des houilles grasses caractérisées par leur combustion avec longues flammes. Enfin on y recueille ïanthracite et les lignites; les poussières, recueillies et agglomérées, sont débitées sous forme de briquettes.

Les plus riches bassins sont ceux du Nord ou de Valenciennes, extrémité de la longue et épaisse couche houillère qui se développe dans les vallées de la Sambre et de l'Escaul. Toutefois les divers lits de houille de cette région sont loin de présenter une forme régulière; ils ont été plissés par les mouvements du sol au cours des âges géologiques. De plus, circonstance désavantageuse pour les exploitations françaises, le terrain houiller que l'on rencontre à une faible profondeur sur la frontière franco-belge s'enfonce graduellement vers l'ouest, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais.

Aussi les mines voisines de la Belgique, celles du groupe d'Anzin, puis celles de Denain, Somain et Aniche sont- elles restées les plus productives. Sur 25 millions de tonnes que livre annuellement le sol français, plus de 13,500,000 tonnes proviennent des houillères du Nord et du Pas^ de-Calais (1). Les mines les plus connues de cette région sont celles dWminj d' Aniche j de Lens, de VEscar pelle.

L'ensemble des bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais représente une superficie exploitable d'environ 125,000 hectares. Cette zone est bien située pour fournir de combustible les régions les plus peuplées et les plus prospères de la France, assez proche de la mer pour exporter ses produits, bien munie de canaux pour les expédier dans nos provinces du nord et du centre. Malheureusement ces houillères, si riches et si bien placées qu'elles soient, sont encore dans une condition inférieure à celle des mines d'Angleterre, de Belgique et d'Allemagne : ce voisinage leur fait tort sur le marché français, et leur ferme presque tout débouché à l'extérieur.

liy a plus de 160 ans (en 1731) que les premiers travaux pour l'extraction de la houille furent entrepris en Flandre, à Anzin. Les puits des régions de Douai, de Denain et d'Aniche ne furent creusés que dans la première moitié du dix-neuvième siècle ; les exploitations du Pas-de- Calais ne datent guère que d'une quarantaine d'années.

.Après les bassins houillers de la Flandre et de l'Artois, les plus favorisés sont ceux qui forment le groupe du Centre. Sous ce nom on comprend

j Production du bassin du Nord et du Pas-de-Calais (1893) : 13.886.820 tonnes.

toutes les exploitations de couches houillères situées soit à rintérîear du Massif Central, soit sur sa bordure.

Le bassin de la Loire est sans contredit le plus important de cette grande région. 11 se développe entre Firminy et Givors sur une superficie de 28,400 hectares où sont accumulées des masses de houilles représentant plus de 600 millions de tonnes ; encore faut-il dire que lexploralion scientifique de toutes les couches n'est pas achevée.

Mais, si les gisements du bassin de la Loire sont riches, ils sont situé:^ à une profondeur considérable qui rend l'extraction sensiblement plus coûteuse que dans le Nord. La tonne de houille tirée de la mine revient dans le groupe d'Ânzin à 10 francs, à 14 dans celui de Saint-Étienne. Néanmoins le bassin de la Loire fournit un contingent de 3 millions 1/2 de tonnes par an à la consommation française (1). C'est que pour alimenter la région du sud-est il a déjà beaucoup moins à craindre de la concurrence étrangère que nos houillères du Nord ; et les États voisins de la France au midi sont pauvres en combustible minéral.

Le département de la Loire est la région de notre territoire où Ton cite le plus ancien exemple de Tusage de la houille. Au quatorzième siècle on y employait déjà cette matière pour le chauffage domestique.

C est encore à la zone du Massif Central qu'appartient le bassin houiller le plus riche après celui de la Loire, le bassin d*Alais, 11 se développe à la base des roches cristallines des Cévennes. On y distingue deux grandes exploitations, celle de la Grand'Combe et celle de Bessèges^ donnant ensemble un produit annuel de 1,800,000 tonnes, et quelques puits beaucoup moins riches. Le bassin d'Alais fournit à la consommation une moyenne de 2 millions de tonnes (2). Ses houilles et ses agglomérés alimentent l'industrie du sud-est de la France et en particulier celle de la navigation à vapeur.

Autour du bastion septentrional du grand massif, autour des monts du Morvan, se groupent les bassins du Creusot, de Blanzy et d^Êpinac, La couche de houille exploitée au Creuset a été presque complètement redressée suivant la verticale par les plissements de terrain, de sorte que l'extraction s'y fait simultanément à des profondeurs très différentes et comme par étages. Aux centres d'exploitation du Creusot, de Blanzy et d'Épinac il faut joindre, dans la région du Morvan, ceux de Decizc, de Montchanin et de Montceau-les-Mines. La production totale de cette région est d'environ 2 millions de tonnes (3) ; les houilles du Morvan sont employées par l'industrie du Nivernais, de la Bourgogne et de la Franche- Comté.

Au nord du Massif Central, dans le Bourbonnais et la Marche, on trouve une assez nombreuse série d'exploitations dont les plus considérables sont celles de Commentry et d'A/iun. La couche de houille de

(I) Production du bassin de la Loire (1893) 8.507.000 tonnes.

(?) Production du bassin du Gard (1893) 2.005.000 tonnes.

(3) Production du bassin de Bourgogne et Nivernais. 1.979.000 tonnes.

Commentry, dans TAIlier, est une des plus remarquables de France par la régularité de son développement horizontal ; elle livre près d'un million de tonnes de combustible par an. Le produit des puits d'Ahun est deaviroD i 90.000 tonnes (1). Grâce à des conditions favorables d'extraction, les houillères de Commentry fournissent le combustible aux provinces de la moyenne Loire et disputent même aux charbons du Nord et du Pas-de-Calais les marchés de Tlle-de- France.

Le dernier groupe de grandes exploitations houillères de la zone du MassifCentral s'est formé au sud-ouest dans les départements de TAveyron et du Tarn. Il est connu sous la dénomination générale de bassin d* Aubin.

Son produit est voisin de 900,000 tonnes. Avec les houilles tirées des galeries de Decazeville, de Cramac et de Car maux on dépasse le chiffre de ^400.000 tonnes. Mais une série de grèves a désorganisé pour longtemps l'industrie extractive de cette région (2).

Beaucoup moins riches sont les couches enchâssées au cœur même du Massif Central, et dont les principales, celles des bassins de Brassac et de Saint'Éhy donnent près de 400,000 tonnes (3). Le premier de ces bassins est situé dans le voisinage de Brioude ; le second est le plus important d un groupe d'exploitations qui se partagent les régions de la Sioule et de la haute Dordogne.

Enfin au sud-est, dans le département de l'Hérault, sur le flanc des Garrigues, le bassin de Graissessac comprend un grand nombre de couches assez riches dont l'exploitation annuelle fournit 200,000 tonnes de combustible.

Trois autres régions donnent aussi, mais en quantité beaucoup moindre, du combustible minéral.

Au commencement de ce siècle la France possédait à l'est les belles houillères de la Sarre que les traités de 1815 et de 1871 ont fait passer aux mains de TAllemagne. C'est aujourd'hui une des causes de richesse de l'État voisin. Plus d'un industriel, plus d'un ingénieur s'est livré à des recherches pour découvrir des dépôts houillers dans la région de la Lorraine qui est restée française, mais sans succès jusqu'ici. Il ne nous reste, pour faire concurrence aux houilles de la Sarre, que le bassin de AoncAamp, dans la Haute-Saône. Il est inutile d'insister sur la médiocrité des rares couches qui sont exploitées dans le département des Vosges.

Les houillères de Ronchamp ne fournissent guère qu'un produit annuel de 222,000 tonnes.

Si les grès vosgiens contiennent peu de lambeaux houillers, la zone de terrains primitifs de Vendée et de Bretagne en est encore moins pourvue. Leur contingent dans la production nationale ne représente que ii6,000 tonnes, dont la moitié provient du bassin du Maine, développé

(1} Production du bassin de Commentry 860.571 tonnes.

— — Ahun 191.013 —

(î Production du bassin du Tarn et de rAvevron. 1.419.854 tonnes. (3) Production des bassins de Brassac et St-Eloy.. 399.759 tonnes.

•dans les deux départements de la Sarthe et de la Mayenne. Le bassin de la basse Loire, que se partagent les deux départements de Maine-et-Loire «t de la Loire-Inférieure, donne un peu plus de 30,000 tonnes ; celui de la Vendée (Chantonnay et Vouvant) est un peu plus riche (43,000 t.).

Les Alpes renferment quelques couches d'anthracite et de lignite. La -couche la plus abondante est celle du bassin (TAix qui fournit plus de 430,000 tonnes de lignite. Pour les anthracites la production est surtout abondante dans les bassins du Drac (142,000 tonnes) et de la Tarantaise, En outre la France du nord-ouest possède quelques tourbières.

En résumé,^ sur 636 concessions de mines de combustible minéral, 298 sont exploitées d'une manière normale (158 seulement font des bénéfices) ; de nos 557,00C hectares de houillères, 354,000 seulement contribuent à la production annuelle de 25 millions de tonnes. Cette production a fait des progrès constants depuis le commencement du siècle : cest surtout à partir de 1870 que, malgré la perte du riche bassin de la Sarre, la progression s'est accentuée. Dans les dernières années, la crise manufacturière, des grèves nombreuses, ont diminué la production. Ajoutons enfin que les progrès de la construction des machines ont amené une meilleure utilisation du combustible, partant une moindre consommation (1).

Quoi qu'il en soit, notre consommation de combustibles minéraux est fort supérieure à la production (36,379,000 tonnes en 1893). Nous devons importer chaque année près de 11 millions de tonnes (11,401,000 tonnes en 1893) pour alimenter notre industrie, car nous ne sommes ni parmi les pays les plus riches en combustible minéral, ni même parmi les mieux installés pour l'exploitation. La Grande-Bretagne, les États-Unis d'Amérique produisent 7 fois plus, l'Allemagne, 3 fois plus de houille que nous, et la tonne de houille tirée de la mine coûte 6 francs aux États-Unis, 8 francs en Grande-Bretagne, 10 francs en Allemagne, tandis qu'elle revient chez nous à près de 12 francs (2). Nous dépensons beaucoup plus que ces puissants pays d'industrie, beaucoup plus que la Belgique et que l'Autriche- Hongrie, pour atteindre au moyen de puits et de galeries ces trésors sou-

(I) Production de la houille depuis 1820 :

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