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CHAPITRE II

§ 1. — Coup d^œil sur la spéo^raphie physique et politique.

Géographie physique. — La Polynésie, à laquelle nous rattacherons la. partie de TOcéanie souvent appelée Micronésie, comprend toutes les lies du Paciûque situées en dehors et à Test de TÂustralasie. U n'y a plus ici de grandes terres, mais une véritable poussière d'Iles, à peu près imperceptibles sur la plupart des cartes. Seules, les lies Viti et Hawaî ont une superQcie appréciable.

Les lies de la Polynésie peuvent être partagées en deux grandes classes, suivant leur origine : les unes, les plus grandes, sont volcaniquei — les Hawaï ont des volcans en activité, qui comptent parmi les plus remarquables du monde — les autres sont de6 atolls ^ de formation corallienne. Les premières seules ont des montagnes, les autres s'élèvent à peine au-dessus de la surface de Tocéan. Les premières aussi ont seules une véritable importance économique.

Toute la Polynésie est comprise entre les deux tropiques, et subit par conséquent le climat de la zone torride. Mais Tinfluence de Tocéan et celle des vents alizés adoucissent beaucoup la température. Les pluies, souvent nulles sur les atolls, à cause du manque de relief, sont plus considérables sur les lies volcaniques, divisées en général en deux zones, du vent j humide, et sous U vent, plus sèche et plus chaude. Certaines lies, Taïti par exemple, sont célèbres pour la douceur et le charme de leur climat.

Géographie politique. — La population appartient presque toute à la race polynésienne, au teint clair, aux cheveux longs; de moeurs en général très douces, les Polynésiens ne sont pas réfractai res à la civilisation, et accueillent volontiers les Européens, mais diminuent rapidement devant les maladies et les vices que ceux-ci leur communiquent.

La douceur du climat, la facilité de la vie, abondamment alimentée par les fruits qui poussent naturellement, les rendent absolument réfractaires au travail, du reste souvent mortel pour eux. Aussi les Européens ont-ils introduit des Chinois dans leurs établissements, à HawaI en par» ticulier.

11 est très difficile d'évaluer avec une approximation suffisante la population de la Polynésie.

Tous les archipels de quelque importance ont été occupés ou protégés-

par les puissances colonisatrices, sauf les Hawal, laissées à peu près in* dépendantes en théorie, mais qui ne tarderont sans doute pas à devenir une colonie des États-Unis. La France, FÂngieterre, rAllemagne et VEspagne se partagent les autres archipels (1).

§ 11. — Géographie économique.

Ressources végétales. — Ce que nous avons dit de Thorreur des Polynésiens pour le travail explique que l'agriculture véritable n*existe pour ainsi dire pas dans ces archipels. Cependant le terrain, surtout dans le» lies volcaniques, est en général fertile; rhuraidité d'autre pari ne manque pas, mais est le plus souvent mal distribuée : les versants abrités du vent souffrent souvent de la sécheresse. Toutefois les sommets reçoivent toujours une abondante provision d'eau, et quelques travaux faciles d'irrigation permettent de féconder la plupart des terres basses, dont le sot est trop sec. Seuls, les Ilots tout à fait plats, d'origine corallienne et dont le terrain surchauffé éloigne les précipitations, sont rebelles à toute culture. Ils recèlent du moins de riches dépôts de guano.

Ce sont plutôt les produits naturels du sol, très abondants, qui constituent la richesse de la plupart de ces Iles. La végétation y est en général luxuriante ; les forêts donnent des essences précieuses pour la construction et l'ébénisterie, quelques textiles, et surtout de nombreux fruits qui suffisent amplement à l'alimentation des indigènes, et même quelquefois à l'exportation. La noix de coco fraîche ou desséchée (coprah) est l'élément d'un commerce actif dans les archipels Viti, Tonga, Samoa, Touamolou et Carolines; les oranges de Taïti sont recherchées à San-Francîsco.

Quelques cultures ont cependant été tentées, mais, sauf aux Hawaï, elles ont le plus souvent échoué par suite du manque de bras. Le riz est la principale nourriture des Hawaïens, la pomme de tetre et les légumes importés par les missionnaires se sont répandus dans la plupart des archipels.

La canne à sucre pourrait réussir partout, en particulier à Taïti, mais on ne la cultive en grand que dans les archipels Viti et Hawaï; ce dernier alimente de sucre la Californie et les États occidentaux de l'Union. Le café a disparu de Taïti, le tabac est peu cultivé ; quant au coton, dont lar

l'I) Colonies et protectorats :

/ Archipel de la Société (Taïti).

) Toubouaï.

^^^^^^ ^ TouniDotou et Gambier.

Marquises, etc.

Viti.

Cook.

Angleterre j Archipel Viti.

Allemagne Marshall.

^p^^"' !Sr;rnr

Les Samoa doivent aux prétentions rivales de TAnglcterre, de TAIlemagne et des États-Unis d'avoir gardé une sorte d'indépendance.

culture avait pris une grande extension aux Vil! pendant la guerre de Sécession, il disparaît de plus en plus devant le haut prix de la maind'œuvre.

Ressources animales. — L élevage est assez prospère dans les iles les plus grandes, où de riches prairies peuvent être entretenues. Le gros biUail réussit aux Hawaï, les chevaux sont assez rares et rendent peu de services, les moutons souflTrent du climat trop humide. Par contre, les poi-c$ sont ranimai domestique le plus répandu et la volaille pullule.

Lsipéche est la grande occupation de la plupart des indigènes qui, montés «ur de grandes pirogues admirablement construites, se hasardaient même naguère à la poursuite des grands cétacés. Mais ceux-ci ont émigré vers les mers désertes du nord et du sud, et les ports de Honolulu et de Papéiti n'arment plus de baleiniers. Taïti possède des bancs d'huîtres perUeres et wtcrières d'une grande importance, que Ton renouvelle actuellement par les procédés employés en France.

Les ressources minérales n'ont pas encore été signalées en Polynésie; quant à l'industrie, elle est dans l'enfance. Seules, les raffineries de sucre ont quelque importance aux Hawaï et aux Viti.

Commerce. — La mer est la seule voie de communication ; quelques grandes lignes de paquebots sillonnent Tocéan et s'arrêtent dans les principaux ports, en particulier dans ceux de Honolulu dans Tarchipel d'Ilawaï, de Apia aux Samoa, de Levuka et Suva aux Viti, etc. Papéiti, dans l'Ile de Taïti, ne se trouve sur aucune grande ligne de navigation •et n'est visité d'une façon régulière que par les navires de TÉtat français. Ce sont surtout les Anglais, les Allemands et les Américains du nord qui parcourent ces régions.

On comprend qu'il est difficile de donner avec précision le chiffre total du commerce des iles océaniennes. La valeur des marchandises achetées ou vendues n'est contrôlée que dans quelques ports et pour les lies défînilivement organisées en colonies européennes. Partout ailleurs elle n*esl soumise à aucune évaluation : les navires marchands s*arrètent au large des lies, ils achètent à la côte les produits du pays, coprah, fruits, peaux, et vendent en échange aux indigènes quelques objets de leur cargaison. Toutefois, bien que ce trafic primitif s'opère sur une assez grande échelle, il est permis de croire qu'il n'atteint pas une valeur très considérable et ne dépasse pas quelques millions. Le commerce est beaucoup plus important dans les terres qui, sans être ofQciellement annexées par une puissance européenne, ont reçu des résidents, des consuls, et où des négociants, établis à demeure, ont fondé des comptoirs et des exploitations. Les colonies proprement dites offrent encore des ressources plus nombreuses ; mais Tarchipel des Hawaï, remarquablement prospère, tient sans conteste le premier rang.

La répartition entre l'importation et l'exportation est très variable. Tandis que les Hawaïens écoulent à l'étranger les produits de leur sol pour une valeur double de celle de leurs achats, les colonies françaises, •en revanche, où les fonctionnaires sont quelquefois plus nombreux que

les colons, ne présentent pas un excédent très sensible en faveur des denrées exportées. Mais en général ces régions n'offrent pas au commerce européen de grandes ressources en débouchés. Les indigènes sont sans besoins, et comme ils ne travaillent pas, ils sont incapables de fournir autre chose que des produits spontanés du sol, en échange des objets qu'on leur vend. Les blancs sont d'autre part trop peu nombreux encore pour solliciter de grands apports, et donner lieu à un commerce important. Les cotonnades et les autres tissus, les objets en fer et les machines, sont les principales marchandises apportées d'Europe ou d'Amérique par les navires qui fréquentent ces parages. Ajoutons des armes, des boissons, des drogues et matières chimiques, du tabac.

Ce sont tes Américains qui, grâce à Farchipel des Sandwich, prennent la plus grande part à ce commerce. Tous les produits de ces lies sont dirigés sur San-Francisco et sous pavillon des États-Unis. Les Allemands jouent aussi un grand rôle dans ces parages. Les navires de Hambourg drainent le trafîc de la plupart des autres terres. Les Anglais se sont laissé distancer. Quant à la France, son pavillon n'est guère représenté dans rOcécui Pacifique que par les vapeurs des Messageries maritimes qui font le service postal de la Nouvelle-Calédonie, ou par les croiseurs <le rËtat, qui visitent à époque fixe nos principales stations ; nous ne prenons qu'une part insignifiante au commerce de nos propres colonies, surtout à l'exportation, un dixième tout au plus (!}.

Valeur de rOcéanie. — 11 est plus téméraire encore à propos des pays d'Océanie qu'au sujet de toute autre partie du monde, de porter un jugement synthétique. Des terres, qu'un hasard de nomenclature a groupées sous ce nom, d'ailleurs contesté, les unes sont proches de l'Asie du sudest et sont solidaires du développement économique de cette région. L'Australie, la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle- Calédonie sont les dernières escales du grand commerce dont le courant coupe ou longe l'Ancien Monde, à travers la Méditerranée, la mer Rouge et Tocéan Indien. Leurs relations naturelles sont avec les pays d'Europe, d'Asie et d'Afrique, non -avec le monde américain qui borde 1 immense et vide Pacifique, mer déserte, mer séparative. 11 est peu probable que le percement d'un isthme américain change ces conditions ; car le commerce recherche, au lieu du chemin le plus court, celui qui offre le plus grand nombre d'escales, et qui par là, fût-il beaucoup plus long, demeure de beaucoup le plus économique.

Les autres lies, semées à la surface du Pacifique, sont trop médiocres,

(I) Commerce des principaux archipels (1894):

Entrées.

Importations. Exportations. Total. Nav. Jauge.

Fraors. frinct. Francs. Tonneaux.

Etablissements franc. 2.707.000 3.140.000 5.847.000 49 15.012

— ang'l. 7.149.000 14.541.000 21.790.000 135 128.662

Hawaî 28.650.000 45.705.000 74.355.000 810 336.408

d'étendue et de richesse, pour amortir, par leurs productions, les risques et les frais de traversée du Pacifîque. Ajoutons que la valeur stratégique de ces positions n en compense pas la médiocrité économique ; nos flottes modernes, tenues, en raison de leur énorme dépense de charbon, à garder contact avec des ports de ravitaillement, n*iront pas livrer bataille en des parages qui offrent à la fois de faibles enjeux et des bases d'opération fort précaires. On se battra désormais et pour des pays et auprèf^ de pays d'une valeur incontestable ; on ne conçoit pas une guerre d'escadres au centre du Pacifique, moins encore une guerre de course^ faute de navires à prendre. Tout ce qui vaut, en Océanie, est solidaire^ économiquement et militairement, de l'Asie orientale.

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