CINQUIÈME PARTIE
GÉNÉRALITÉS
Sitnation et dimensioiiB. — L'Afrique s'étend des deux côtés de Téqualeur, entre les 37019' lat, N. et 34°51' lat. S., sur une longueur de ^.100 kil., et entre les 19°53' long. 0. et 49o7' long. Ë., sur une distance de 7.500 kil. Sa superficie est, avec les îles qui en dépendent, d'environ 29.885.000 kil. car.
Relief et littoral. — L'Afrique est, comme tous les continents méridionaux, extrêmement massive, plus encore même que l'Amérique du Sud. Le relief y affecte en effet la forme de plateaux. On peut y distinguer deux grandes régions orographiques, séparées l'une de l'autre par la grande dépression où coulent en sens inverses le Sénégal, le Niger, le Komadougouet le Ghari, tributaires du Tchad, puis les rivières qui contribuent à former le Bahr-el-G basai, affluent du Nil.
Au sud de cette dépression s'étend un immense plateau creusé en cuvette au centre, séparé de Tocéan Indien par une série de hauts plateaux ou de massifs élevés — massif d'Abyssinie, plateau des Grands Lacs avec les deux géants africains du Kénia et du Kiliman'Djaro, massifs du Nyassa et des Drakenberghe ; — du côté occidental, les systèmes bordiers, moins élevés, descendent en terrasses étagées sur l'Atlantique ; au nord enfm, la pente est insensible.
Au nord de la dépression, s'étend un pays encore peu connu, c'est le Sahara, tantôt plateau et tantôt plaine, parsemé de soulèvements assez importants comme le Tibesti, le Tassili et l'Ahaggar.
A l'extrémité septentrionale enfin, le massif de l'atlas Maghrébien dépend beaucoup plutôt du relief européen ou méditerranéen que de l'Afrique.
Le littoral, par suite de ces conditions de relief, est peu articulé. Quelques golfes largement ouverts vers l'océan, quelques caps peu déliés le découpent seulement. Presque toujours inhospitalier, qu'il soit bordé des plages malsaines et basses, frangées d'une redoutable barre, de la Guinée, ou des hautes falaises de la mer Rouge, il ne permet que difficilement i^ux navires d'atterrir et de commercer. Les bons ports y sont
extrêmement rares, TAfrique est, en somme, un continent peu accessible.
Climat. — « De toutes les parties du monde, l'Afrique est celle où les phénomènes du climat présentent en moyenne le plus de régularilé (Elisée Reclus) ». Les températures et les pluies, et par conséquent la végétation, se répartissent en zones parallèles au nord et au sud de 1 equateur d'une façon à peu près symétrique. C'est d'abord la grande bande équatoriale, à la température constamment élevée, aux pluies diluviennes et tombant pendant toutes les saisons, à la végétation essentiellement tropicale et arborescente. Au nord et au sud de cette zone s'étendent les deux régions subtropicales caractérisées par la division de Tannée en deux saisons, pluvieuse en été et sèche en hiver ; là se trouvent les grandes savanes et les cultures proprement dites. Au delà, encore, dans les deux directions, on arrive aux régions presque absolument sèches et désertiques du Sahara et du Kalahari, — moins de 0™,2(> de pluies, végétation presque complètement nulle. Les deux extrémités enfin de l'Afrique, Maghreb au nord, région du Cap au sud, sont caractérisées par des températures beaucoup moins élevées, et par des pluies dliiver ; la végétation est celle de la zone méditerranéenne, l'Européen peut y vivre et même y travailler. Presque partout, mais surtout dans les deux dernières zones au nord et au sud, le caractère du climat est continental, les extrêmes de chaleur et de froid, de sécheresse et d'humidité s'opposent violemment.
Hydrographie. — Les caractères des fleuves sont la conséquence de ceux du climat et du relief. Immenses réservoirs lacustres, fleuves constamment puissants dans la zone équatoriale, fleuves à crues périodiques dans les régions subtropicales, ouadis temporaires dans les déserts, torrents alternativement à sec et dévastateurs dans le Maghreb et au Cap.
Mais ces fleuves, même les plus constamment riches, ne peuvent rendre que peu de services à la navigation, ils sont tous coupés, à leur descente du plateau, par des séries de chutes qui les divisent en biefs navigables mais sans communication ni entre eux, ni avec la mer; aussi la pénétration du continent est-elle extrêmement difficile. Tandis que l'Amérique méridionale rachète sa massivité par sa richesse en voies navigables, l'Afrique est essentiellement et irrémédiablement massive ; le Congo, presque aussi puissant que l'Amazone, est absolument séparé de la mer. C'est là la grande infériorité de l'Afrique et celle qui explique ses destinées encore si peu brillantes.
Populations. — Autant qu'une évaluation de la population de l'Afrique est possible, on l'estime à 200 millions d'habitants environ, très inégalement répartis : les bords du golfe de Guinée ont une population dense, ainsi que la côte du Maghreb et le Cap ; la zone équatoriale parait encore assez peuplée, mais les zones subtropicales et désertiques ne présentent plus qu'une très faible densité.
Ces peuples, autrefois tous confondus sous le nom de « nègres », sont
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loin de se ressembler. Il y a d'abord des populations n^appartenant pas à la race noire : les Égyptiens, les Arabes et les Abyssins sont des Sémites; les Maures et les Touaregs ne sont pas nègres. Parmi les peuplades noires elles-mêmes, combien de différences ! Les Bantous, les Nigritiens proprement dits, les Peulhs, les Toucouleurs, se distinguent entre eux et ne peuvent être confondus avec les « Pygmées » ou avec les Ilottentots.
Expansion enropéenne. — L'Afrique a remplacé en notre siècle TAmérîque comme pays de conquête pour les Européens; si la « colonisation » proprement dite n'est pas encore complète, et il s'en faut, le continent tout entier est, d'ores et déjà, partagé entre les puissances colonisatrices... sur le papier au moins. Possessions immédiates, protectorats, « zones d'influence » couvrent les cartes d'Afrique de taches multicolores. L'.\«- Qleterre, et les compagnies à charte qu'elle envoie en éclaireurs, revendiquent une bonne partie du continent ; à l'est l'Afrique orienlale anglaise, au sud, les colonies du Cap, prolongées jusqu'au sud des grands lacs par la compagnie à charte de M. Rhodes ; les bouches du Niger, le cours de la Renoué et le plateau du Haoussa, puis le pays des Achantis, Sierra-Léone et la Gambie.
La France a vu sa suprématie s'étendre, de l'Algérie sur la Tunisie, du Sénégal sur le bassin du Niger, les Rivières du Sud, le Dahomey. Le Congo français atteint maintenant le bassin du Chari et du Tchad. Madagascar est enfin définitivement reconnue comme colonie française. Obock surveille la mer Rouge.
Le Portugal, outre la Guinée portugaise et quelques îles de l'Atlantique, possède l'Angola et le Mozambique qu'il a dû renoncer à réunir par suite des empiétements de l'Angleterre. V Espagne se contente de ses quelques présidios marocains et d'une partie de la côte saharienne.
11 n'est pas jusqu'aux peuples nouveaux venus à la colonisation qui n'aient créé ou lenlé de créer des empires. LWUemngyie ajoute à ses établissements du Togo, de Guinée, le Cameroun qui atteint le Tchad, le Damara-Namaquoua et le plateau des grands lacs presque tout entier. L'Italie, établie sur la côte brûlante de Massaouah et sur celle des Scmalis, a essayé d'ajouter à son empire d'Erythrée le massif d'Abyssinie; on sait comment elle a échoué dans cette tentative,
Enfmune association soi-disant internationale, sous laprésidence du roi des Belges, a étendu sa domination sur le bassin presque entier du Congo.
Il ne reste plus en somme que peu d'États indépendants en Afrique : au sud, les deux républiques boër d'Orange et du Transvaal résistent aux ambitions anglaises pendant qu'au nord, le Maroc profite des jalousies^ des Éfals européens pour subsister.
Mais ces établissements ne pourront jamais, sauf peut-être l'Algérie- Tunisie, les colonies du Cap et Madagascar, jouer un rôle comparable à celui qu'ont joué les colonies du Nouveau-Monde. Le climat, mortel pour les Européens, l'apathie des indigènes empochent de cultiver le sol ; ces pays ne sont que des régions de commerce, or la difficulté des communications est très grande et entrave les affaires.