CHAPITRE PREMIER
§ I. — Coup d^œil sur la géographie physique et politique.
Situation, dimensions. —La «Puissance du Canada» (Dominion of Canada) occupe toute la partie septentrionale de TÂmérique du Nord, à Texception du territoire d'Alaska. Bornée par les océans Glacial arctique, Pacifîque et Atlantique, elle confine au sud aux États-Unis dont les grands lacs et le Saint Laurent la séparent sur un assez long espace. La superûcie, un peu inférieure à celle de TEurope, est d environ 8,768,000 kilomètres carrés.
Relief et littoral. ~- Le Canada est, essentiellement, une immense plaine inclinée vers le nord et vers Test. A Touest, le système des montagnes Rocheuses et celui des Cascades enserrant un grand plateaa montueux, couvrent la Colombie britannique. A Test, le plateau des Laurentides, qui ne dépasse pas i ,000 ou 1.200 mètres, et quelques hauteurs terminant au nord les AUeghanys sont les seuls accidents du sol.
Le littoral, très développé, n'ofîre cependant qu*u ne longueur utilisable médiocre. 11 faut, en effet, considérer comme inutilisables toutes les côtes de Tocéan Glacial. Sur le Pacifîque, les archipels côtiers de Vancouver et de la Reine Charlotte délimitent d'excellentes rades bien abritées; sur TAtlantique, l'admirable golfe du Saint-Laurent, et la péninsule bien articulée de Nouvelle-Ecosse offrent d'excellents abris à la navigation.
Climat et cours d'eau. — Le Canada, largement ouvert à l'influence des vents polaires, abrité des vents doux du Pacifique, subit un climat très froid. L'hiver y est très long et très rigoureux. Montréal et Québec, sous la latitude du centre de la France, sont situées sur l'isochimène de — 10^, celui de — SO^' passe au sud de la baie d'Hudson. 11 est vrai que les températures d'été sont relativement plus élevées que celles de l'Europe, à latitude égale. Les pluies, rares dans la plaine de l'ouest, au pied des montagnes Rocheuses, s'accroissent à mesure qu'on se rapproche de l'océan Atlantique. Seule, la mince bande de territoire qui borde le Pacifîque est bien arrosée (2 mètres et plus], et jouit d'un climat tempéré par les courants et les vents chauds de l'ouest.
Les fleuves du Canada sont d*une richesse inouïe, mais ils ne sont pas complètement formés encore, et se composent presque exclusivement de chapelets de lacs réunis par des cours d'eau souvent coupés de rapides. Le Mackensie, le Nelson, et tous ceux qui se jettent, soit dans Tocéan
Glacial, soit dans la baie d^Hudson, appartiennent à cette catégorie. En outre, gelés pendant de longs mois chaque année, ils ne rendent pas de services. Le Saint-Laurent, qui sert d'émissaire à Timmense réservoir des grands lacs, est d'une autre utilité ; il est navigable pour les plus grands navires jusqu'à Montréal, et, des canaux permettant d*éviter les nombreux rapides, les navires moyens peuvent remonter jusqu'au lac Supérieur. Ce fleuve compense la faible articulation du littoral. Â l'ouest, il n'y a que des torrents presque innavigabies.
Populations. — Les Indiens ne sont plus très nombreux au Canada. C'est tout au plus si l'on en compte une centaine de mille. La population totale s'élevait en 1891 à 4,833,239 habitants, c'est-à-dire à peu près 0,6 par kilomètre carré, inégalement répartie (lie du Prince-Edouard, 20 par kilomètre carré; Colombie britannique, 0,1).
La race française et franco-canadienne (Bois-brûlés) représente plus du quart du total, et, en tout cas, la plus grosse agglomération des gens de même race et de même langue (i). U est bon de faire remarquer que nos compatriotes augmentent rapidement par le seul excédent des naissances. De 50,000 à peine en 1759, ils sont arrivés à 1 ,500,000, et à plus de 2 millions si l'on tient compte du grand nombre de ceux qui émigrent aux États-Unis. Ils sont surtout massés dans la province orientale de Québec, et ont envoyé quelques essaims dans la nouvelle province de Manitoba.
Gouvernement. — La Puissance du Canada est une confédération de colonies anglaises, fondée à partir de 1867, et jouissant d'une très large autonomie. La mère-patrie n'est représentée que par un gouverneur général qui possède le droit de veto, mais n'en use pas. 11 est assisté d'un ministère responsable devant deux Chambres : le Sénat, nommé à vie par le gouverneur en conseil des ministres, et la Chambre des communes élue au suffrage presque universel. Chacune des « provinces » est gouvernée de même par un lieutenant-gouverneur et une ou deux Chambres. Il n'y a ni armée ni marine permanentes. Les finances de l'État sont presque exclusivement alimentées par les douanes et la vente des terrains (2).
(1) Population, d'après le langage (1891) :
Langue anglaise.. 8. 428. 265 personnes (dont Irlandais, Allemands, etc.). — française. . 1.404.974 —
Villes principales :
Montréal 216.650 hab. | Québec 63.090 hab.
Toronto 181 .220 I Ottawa (capitale) ... 44. 180
Religion :
Catholiques 1.992.017
(1*) Finances de la Confédération (1894) :
Budget: recettes et dépenses égales 238.383.500 fr.
Dépenses militaires 6.422.500
7iS LES AMÉRIQUES.
§ II. — Géographie économique.
Les ressources économiques dont dispose le « Dominion », offrent une analogie remarquable, et d'ailleurs très naturelle, avec celles de la Sibérie. Dans les deux régions, Texploitation des forêts et des richesses animales qu'elles contiennent, la pèche maritime et fluviale, TextracUon des métaux précieux et d'abondants minerais usuels constituent à la fois la principale occupation des habitants et leur plus important revenu. L'exploitation du sol par Tagriculture et par Télevage ne vient jusqu'à présent qu'en seconde ligne. Mais il est certain que le Canada est de beaucoup le plus privilégié des deux: les distances y sont moins énormes, la mer plus rapprochée et plus accessible, la température plus clémente, les districts cultivables plus étendus. Au sud enfin s'étendent, au lieu de déserls et de steppes, les régions fertiles et déjà relativement peuplées des États-Unis,
A. — Agriculture.
C*est le climat et la distance qui opposent le plus d'obstacles à la mise en valeur des terres canadiennes. D'immenses espaces, au nord et au nord-ouest, resteront éternellement fermés à toute culture, grâce à la rigueur du climat. On évalue leur superficie à plus de 600 millions d'hectares, soit environ les deux tiers de l'Europe ; mais ce sont en partie les territoires de chasse. On y a découvert aussi de nombreux gisements miniers que rétablissement de voies de communication permettra peutêtre d'exploiter un jour. Au sud de cette région désertique et glacée, s'étend une zone d'une quinzaine de millions d'hectares, au sol aride encore, aux pluies rares et peu abondantes, zone également impropre à la culture régulière, mais où croit néanmoins une herbe excellente, dont le bétail est très friand et où l'élevage pourrait en conséquence prendre un grand développement. La zone des prairies proprement dites, plus fertile, mieux arrosée, couvre une surface sensiblement égale. La culture pourra s'en emparer ; mais la conquête sera pénible, car le climat est toujours excessif et sujet à de brusques variations. Ce n*est qu'en deçà de ces diverses zones que Thumidité et la chaleur deviennent assez grandes pour permettre à la végétation forestière de prendre régulièrement possession du sol sur une étendue double au moins de celle de la France.
H reste environ 100 millions d'hectares pour la zone méridionale de la Colombie britannique et du Maniloba, et pour le Canada proprement dit.
Dette publique 1 .541 . 740.000 fr.
Intérêt annuel 50.000.000 environ.
Finances provinciales (1893) :
Recettes. Dépenses. Dette.