fr. 59.362.500 fr. U4. 707.500 fr
Dans cette région, qui est véritablement le seul pays de colonisation régulière possible, les conditions sont bien autrement favorables. Le sol est très fertile et constitue d'excellentes terres à blé ; Thumidité est abondante et répartie sur toute Tannée, surtout à Touest. La neige, qui couvre le sol pendant Thiver sous une couche épaisse, protège en outre les plantes contre les rigueurs du froid. Ajoutons que les communications sont relativement faciles, grâce au voisinage des grands lacs, et aux secours, malheureusement précaires encore, qu'offre Timmense Saint- Laurent.
La Colombie britannique est sans doute séparée à Test du reste du Dominion par la puissante masse des montagnes Rocheuses, qui constituent une barrière sérieuse ; elle trouve en revanche un débouché très facile dans les excellents ports de la côte Pacifique.
En somme, la zone utilisable de l'Amérique anglaise, bien que relativement peu étendue, est encore bien médiocrement exploitée. Ce n est guère que dans les provinces orientales, de Québec et d'Ontario, que l'on trouve des champs nombreux (25 p. 100) (1).
La « Puissance » pourrait aisément nourrir oO ou 100 millions d'habitants, au lieu de 5. Mais les progrès delà colonisation sont lents, malgré la fécondité remarquable des familles d'origine française. La raison en est dans le voisinage des États-Unis; les émigrants européens, pour qui le plus court chemin passe par New-York, s'arrêtent aux États-Unis. On a essayé de remédier à cet inconvénient par rétablissement du chemin de fer transcanadien, qui part de Halifax. Mais si le Manitoba a pris depuis lors un essor prodigieux, il le doit à des cultivateurs canadiens ou Yankees, non à des Européens, encore effrayés par les légendes sur les «arpents de neiges ». Cette absence d'émigration européenne a contribué à maintenir les colons canadiens dans leur ancienne routine agricole ; les progrès de la science, si avidement appliqués parleurs voisins du sud, ne le sont pas encore par les Canadiens.
Forêts. — Les forêts sont une des grandes richesses du pays. Il est vrai que des incendies fréquents ont créé des vastes clairières, et que le défrichement fait de grands progrès dans le sud au profit de l'agriculture. Les forêts reculent donc vers le nord, région impropre à toute autre culture. 11 suffira de protéger ces réserves contre le gaspillage. Le Canada restera un grand pays producteur de bois, et cette ressource a d'autant plus de valeur que les États-Unis, par suite des défrichements, commencent à manquer de forêts. Quoique la Colombie britannique possède d'admirables forêts de pins, dont certains ont 135 mètres de hauteur et 35 ^e circonférence, ce sont encore les régions du sud-est, aux excellentes voies flottables, notamment le bassin de TOutaouais, qui fournissent la presque totalité des bois exportés. Ces bois descendent en « cages »ou trains jusqu'à Québec où on les embarque. Les essences les plus répandues sont
(1) Terres améliorées ou cultivées (1891) — 35.885.300 hectares.
le pin, le sapin, le mélèze, le chêne et le bouleau (1). La concurrence en Europe des bois Scandinaves et russes nuit à Texportalion canadienne.
Guitares. — L'ancienne importance du Canada comme pays producteur de céréales a beaucoup souffert de la concurrence des Étals-Unis, dont il n'est plus sous ce rapport qu'une simple annexe; en effet, le Canada ne peut exporter ses céréales qu'en cas de mauvaise récolte dans la vallée du Mississipi.
Et pourtant les terres à blé du Canada sont très vastes, de qualité supérieure, et le rendement moyen atteint des chiffres très élevés, surtout au centre dans les districts du Manitoba, de TAssiniboia, de l'Alberta, où il dépasse 20 hectolitres à l'hectare et monte parfois jusqu'à 40 ou 45. Aucune partie du sol de TUnion ne peut rivaliser avec ces terres si fécondes ; mais jusqu a présent la concurrence n'est pas à craindre pour les États-Unis, car la production totale reste encore, faute de bras, très médiocre, malgré des progrès sensibles.
Le blé est surtout cultivé dans le sud de la province d'Ontario, puis dans le Manitoba. Vavoine donne un revenu beaucoup plus considérai>le, et réussit dans toute la partie orientale. L'Ontario méridional revient en tête, pour la culture du maïs, de l'orbe et du seigle. C'est donc cette province située sur les latitudes de Rome et de Florence, qui est aujourdliui le centre de la culture des céréales. Les districts du Manitoba, beaucoup plus fertiles, manquent encore de bras pour lutter (2).
Les pommes de terre sont, dans le groupe acadien si peu productif en blé, la nourriture principale des habitants ; mais cette culture n a pas d'autre importance économique et ne fournit qu'une valeur Insignifiante à l'exportation.
Les légumes sont produits surtout par l'Ontario, auquel il faut joindre la Colombie britannique, rivale de la Californie.
L'industrie horticole et la production des truits prendront peut-être dans le Dominion un grand développement : Thumidité modérée et les chaleurs estivales sont très favorables à la maturité des pommes j porre«, pèches^ fraises. La vigne réussit bien dans le comté d'Essex, entouré de toutes parts par les grands lacs, et où la température hivernale reste assez douce, gr&ce à l'influence de ces immenses masses d'eaux.
Les cultures industrielles n'ont aucune importance au Canada : le houblon^ le tabac, le cfianvre, le lin, couvrent tout au plus quelques hectares dans la province de Québec et dans le Nouveau -Brunswick.
(1) Forêts (1891):
Superficie 322.?4t.000 hectares.
Production 400.355.000 francs.
Exportation 13G.037.500 —
{tj Culture des céréales (dans les terres amendées) 1891 :
Superficie totale 8 .041 . 539 hectares.
Blé 1.100.416 —
Élevage. — L^Âmérique anglaise peut devenir un grand pays d'élevage. Les prairies humides de i'esl et de la Colombie britannique conviennent à merveille aux bètes à cornes.
Les pâturages plus secs du centre peuvent recevoir et nourrir, comme aux Ëtats-Unis, d'immenses troupeaux de moutons; mais ce genre d'in* dustrie a beaucoup souffert jusqu'à ce jour, tout aussi bien que la culture des céréales, du voisinage de l'Union, qui défie toute concurrence gr&ce à Torganisation merveilleuse de ses voies de communication et de ses chemins de fer. C'est ainsi que les Canadiens n^ont pas encore su tirer parti des vastes territoires de l'ouest, en deçà des Montagnes Rocheuses, pour l'élevage du mouton et la production delà laine. Les moutons sont, pour le moment* élevés surtout dans l'Ile du Prince-Edouard et la péninsule voisine.
Le bétail canadien est en général excellent et fait une sérieuse concurrence sur les marchés de Liverpool et de Londres aux produits mêmes de la métropole. C'est d'ailleurs le Canada qui a fait en 1884 les premières tentatives pour le transport en Angleterre des bétes vivantes, bétes à cornes et moutons; et s'il est douteux qu'il puisse soutenir la concurrence avec les États-Unis pour le commerce de la viande^ il trouvera sûrement de gros revenus dans la fabrication du fromage et du beurre, industries très prospères, spécialement concentrées à Québec pour le beurre, dans nie du Prince-Edouard et dans la Nouvelle-Ecosse pour le fromage La production de la laine est insigniQante.
CliasBe et poche. — La chasse a été longtemps la principale ressource des indigènes et des colons. Les « coureurs des bois » expédiaient, du temps de l'occupation française, leurs pelleteries à la Rochelle. Des compagnies anglaises, fusionnées sous le nom de Compagnie de la baie d'Hudson, ont gardé le monopole de la chasse et de la vente des fourrures jusqu'en 1865. Depuis cetteépoque, malgré l'existence des « forts de traite » échelonnés jusqu'à TÂlaska, le produit de la chasse a beaucoup diminué, les animaux fuyant devant les défrichements. Les peaux les plus précieuses sont celles des renards noirs et argentés, mais les plus nombreuses sont celles du rat musqué, du vison, du castor, du bœuf musqué, de l'hermine et de la martre. Montréal en est le grand marché.
La pêche a beaucoup plus d'importance : c'est une des grandes industries canadiennes, aussi bien sur la mer que dansles lacs, aussi bien dans la Colombie britannique que dans les districts acadiens. Le produit total dépasse 100 millions de francs par an, et provient surtout des provinces de Nouvelle-Ecosse, Colombie britannique, Nouveau- Brunswick et Québec. Les principales espèces capturées sont la morue, le saumon, le hareng, le maquereau et le homard (1;.
(I) Pêcheries (1894):
Produit total 103 . 59T. 500 francs .
Exportation 5o.513.o00 —
Géographie économ. 46
Résumé. — On voit en résumé que la culture des céréales et plus encore peutélre Tindustrie de Télevage, sont appelées à contribuer pour la plus forte part à la prospérité de ce pays jeune et en grande partie vierge, dont la valeur actuelle est encore si médiocre.
B. — Industrie.
Le Canada peut devenir également un grand pays d'industrie, il ne lui manque ni la matière première ni la force motrice sous toutes ses formes : chutes d'eau, bois, houille.
Les richesses minérales de la colonie sont encore peu connues et celle? des districts de Test ont été jusqu'à ce jour à peu près seules exploitées. Mais la région montagneuse de l'ouest est riche en métaux précieux et en houille : c'est la Californie du Canada. Les travaux d'établissement du « Transcanadian railway » ont révélé de plus, en de nombreux endroits des territoires, d'abondants gisements de divers minerais, dont l'exploitation pourra être utilement entreprise dès que les voies de communication seront plus développées.
C'est dans Ttle de Vancouver et dans l'archipel de la Reine-Charlotte que se rencontrent les champs de houille les plus vastes du Canada: mais ils ne fournissent encore, vu les difficultés des communications, quun contingent relativement faible à la production totale, tandis que Tlle du Cap-Breton et la Nouvelle-Ecosse continuent à produire le combustible minéral en assez grande quantité (1).
L'or, exploité autrefois dans la Nouvelle-Ecosse, se tire surtout maintenant des placers du Fraser, Vargent s'exploite dans le district d'Algoma, au nord du lac Supérieur; le fer est répandu surtout dans la Nouvelle-Ecosse, les provinces de Québec, d*Ontario, à Vancouver; le cuivre^ dans Tile de Cap-Breton et près de Québec. De grandes sources de pétrole sortent du sol dans la région des grands lacs et près du fleuv»' Athabasca. Les pierres de toutes sortes sont enfin nombreuses et ]e> phosphates abondent (2).
Des richesses minérales si abondantes ont permis à VindusU'ie proprtment dite de prendre un développement notable. Mais ce sont surtout leproduits végétaux et animaux du sol qui fournissent jusqu'à présent
(I) Houille au Canada (1894):
Bassin houiller des «4 Territoires occidentaux )»(superr.). 16.770.000 hectares.
Production totale du Canada 3.853.000 tonnes.
{Ti Valeur de la production minérale (1894):
Or 4.775.000 francs.
Nickel 10.000.000 —
Pétrole 4. 176.500 —
Cuivre 4 .028.500 —
Argent 2.046.O00 —
la matière première au travail industriel : il va sans dire,' au reste, que les diverses branches d'industrie ne sont guère actives que dans les districts orientaux, où la population est massée en plus grand nombre et où se concentrent toutes les ressources du pays. La province d'Ontario est au premier rang pour Tindustrie comme pour Tagri- -culture.
L^industrie du bois est au Canada Tune des plus actives. Elle est concentrée dans les districts forestiers : Nouveau- Brunswick, région septentrionale des provinces de Québec et d'Ontario, Colombie britan* nique ; c'est en général au centre des forêts ou dans leur voisinage immédiat que Ion fait subir aux arbres abattus la première transforma*^ tion industrielle, équarrissage, sciage. L'abondance des chutes d'eau y rend d'ailleurs facile et économique rétablissement des scieries; mais c'est plus bas, au confluent des cours d'eau, que se forment les <( c^es ». Près du Saint-Laurent ou encore sur les bords de la mer, les bois destinés à l'industrie sont soumis définitivement au travail d'assemblage, auquel ils sont propres ; c'est là en particulier que se trouvent les chantiers de •constructions navales. Québec était jadis célèbre pour l'habileté de ses ouvriers dans ce genre d'industrie, qui est depuis vingt ans complètement tombé. C'est le Nouveau-Brunswick qui construit actuellement le plus ^rand nombre de navires.
Les industries alimentaires occupent également beaucoup d'ouvriers : la transformation des céréales et particulièrement des blés en farines^ qui est au premier rang de cette branche d'industries, s'opère de préférence dans la région des lacs, sur les lieux mêmes de production. La -valeur des farines qui sortent des moulins de l'Ontario représente au moins les trois quarts de la valeur totale des farines canadiennes. La fabrication de la bière et la préparation du tabac ont beaucoup moins d'importance. Mais le travail industriel qui s'applique aux produits alimentaires de l'élevage a, dans l'ensemble des ressources du Canada, une véritable valeur économique qui ne peut que s'accroître et prendre une grande extension : conserves de viande^ fabrication du beurre^ du fromage y etc.
L'industrie du cuir (cordonnerie, sellerie, etc.) est concentrée dans la province de Québec et dans la région acadienne, les deux pays les plus riches en troupeaux. Le tissage de la laine et du coton est resté dans lenfance et les manufactures sont encore très rares. La présence d'excellents minerais de fer et de combustible a permis en revanche à l'industrie métallurgique de prendre un certain développement ; mais ce n'est pas fsur les lieux où se rencontre en plus grande abondance la matière première, que sont massées les usines; c'est au contraire la province la plus populeuse et la plus agricole, quoique la moins riche en minerais, qui a attiré les fonderies et les forges. Le centre de consommation La emporté comme en général pour toutes les grandes villes, sur le centre de production. On fabrique dans TOntario des machines, des instruments aratoires, des wagons, des voitures, locomotives, etc. C'est encore la
même région qui renferme les plus nombreuses raffineries d*huile de pétrole (i).
U ne faut assurément pas rapprocher l'industrie canadienne de celle des États-Unis ; la comparaison fait tort à la première. Mais c'est justement le voisinage et la concurrence de la seconde qui est la première cause de Tinfériorité des pays du nord auxquels, du reste, leur faible population nuit aussi beaucoup. Il n'y a pas encore à proprement parler d'industrie manufacturière au Canada et c'est à peine si les quelques usines de l'Ontario peuvent fournir suffisamment les régions voisin&^de machines agricoles. Pour tout le reste, l'Amérique anglaise, pays essentiellement agricole* doit recourir à l'Europe et aux États-Unis, et st munit* de tous les objets fabriqués dont elle a besoin. Mais cette situation n'est pas la conséquence d'une infériorité inéluctable, puisque le Canada ne manque pas de combustible et que la matière première minérale et animale ne lui fait pas davantage défaut (fer, laine, etc.). U est vrai qu'il est beaucoup moins bien pourvu en produits végétaux et qu'il ne recolle pas le coton sur son propre spl, comme les États-Unis ; mais c'est la condition de tous les pays d'Europe ; l'abondance de la houille compense largement ce léger désavantage. Rien n'empêche en définitive le Canada de prendre avec le temps un grand développement industriel.