CHAPITRE II
§ I. — Coup d'œil sur la géographie physique et politique.
Situation et dimensions. — Bornée au nord par le Canada, à l'est par Vocéan Atlantique, au sud par le golfe du Mexique et le Mexique lui* même, à l'ouest par l'océan Pacifique, la grande République des Ëtats- Unis d'Amérique occupe toute la largeur du continent et couvre une superficie de 9,212,300 kilomètres carrés, presque égale à celle de TEurope.
Relief. — C'est aux Élats-Unis que le relief de l'Amérique du Nord est le plus caractéristique. Au centre, s'étend la grande plaine presque horizontale où coulent le Mississipi et ses affluents, à peine séparés du bassin des grands lacs et des rivières canadiennes. Cette plaine est séparée de l'Atlantique par les plissements parallèles des Alleghanys, comparables au Jura, et qui dépassent à peine 2000 mètres. A l'ouest, la plaine, peu à peu transformée en plateau, est nettement délimitée par le gigantesque massif des Montagnes Rocheuses qui, avec les systèmes des Cascades et de la Californie, supportent le grand plateau de l'ouest. Ces sommets atteignent et dépassent 4000 mètres.
Littoral. — Bien que la mer pénètre peu profondément les terres, le littoral est relativement assez découpé. Sur l'Atlantique, la partie septentrionale jusqu'à la baie Chesapeake est rocheuse, entaillée par d'excellents ports et par les estuaires profonds de nombreux fleuves. Ensuite elle s'abaisse, se borde de flèches de sable, de lagunes malsaines, n'ofl're plus que peu de ports jusqu'à la pointe de la Floride. Sur le golfe du Mexique, le caractère est le même; seul, le delta remarquablement actif du Mississipi rompt la courbe presque régulière de la côte. Sur le Pacifique enfin, les montagnes longent la mer et foi ment l'admirable baie de San Francisco, la plus belle du monde, et les ports du détroit de Juan de Fuca.
Climat. — Très massive de forme, séparée par les Montagnes Rocheuses de l'océan Pacifique et de ses vents tièdes, largement ouverte au nord et au sud, la République américaine est soumise au climat continental. Les températures d'hiver et d'été sont extrêmes ; à latitude égale, les villes américaines sont plus froides en hiver, plus chaudes en été que les villes d'Europe. Philadelphie, sous la latitude de Lisbonne, a des hivers Scandinaves et des étés algériens. Sur le plateau de l'Utah, l'opposition entre
les températures diurnes et nocturnes rappelle TAsie centrale. Seule, la cote de la Californie, soumise à l'influence océanique, a un climat doux et tempéré ; c'est le « Midi » de TUnion. Sur le golfe du Mexique, enfin, le climat est tropical.
Les pluies sont soumises aux mêmes influences: les vents du Pacifique se débarrassent de leur humidité sur la cote élevée de Californie (2 mètres) et arrivent asséchés sur le plateau, qui n'est pas beaucoup plus arrosé que le Sahara (20 centimètres). Le bassin du Mississipi et Torient de rUnion reçoivent de nouveau des précipitations venant du golfe du Mexique ou de TAtlantique (i à 2 mètres). La tranche de pluies est surtout considérable dans la Louisiane tropicale.
CoarB d'eau. — Un seul véritable bassin fluvial existe aux États-Unis, c'est celui du Mississipi qui, avec ses affluents, draine une superflcie de 3,250,000 kilomètres carrés, et offre à la navigation un réseau navigable de plus de i 5,000 kilomètres, avec des profondeurs qui atteignent et dépassent même 100 mètres. Le versant de TAtlantique, moins développé, possède des fleuves courts, mais navigables sur une assez grande longueur. Quant à la mince zone littorale de Touest, elle ne verse à la mer que des torrents absolument impraticables à la navigation. Enfin les États-Unis possèdent une des rives des grands lacs et du Saint-Laurent.
Population.— L'accroissement de la population des États-Unisestiepius considérable que l'on puisse citer : de moins de 4 millions en 1790, elle est montée à près de 63,000,000 en i 890, augmentant presque régulièrement de 3 et demi p. iOO par an. Cet accroissement est dû d'abord à l'immigration qui, de 1820 à 1894, a amené aux États-Unis plus de 17 millions de personnes venant surtout de Grande-Bretagne, d'Allemagne, de Scandinavie, puis d'Italie, mais il provient aussi de l'excédent assez considérable des naissances. La population est donc en majorité de race Anglo-Germanique ; dans le sud seulement, les Espagnols et les Français forment encore des groupes assez considérables. Quant aux indigènes, ils ont presque abso^ fument disparu devant la guerre que leur ont faite les conquérants et puis par suite de l'abus des alcools de basse qualité qu'on leur a versés à flots. C'est à peine s'il en subsiste environ 2o0,000, parqués dans des « réserves » toujours plus restreintes, et destinés à s'éteindre à bref délai. Les autres races « inférieures » sont représentées par 7 millions de nègres affranchis, et environ 407,000 Chinois immigrants (4). Près de 30 p. 400 de cette population habite dans les villes de plus de 8000 habitants, quelques-unes sont remarquablement peuplées, et leur accroissement peut
(1) Population des États-Unis (Recensement de 1890) :
Population totale 62.982.244 hab.
— kilométrique 7 hab. par kil. car.
(District de Colombie 1 .2C8 —
État de Wyoming 0.2 — ).
Accroissement décennal (1880-1K90). 34.86 p. 100.
Dont par immigration 10. 46 —
-> surplus de naissonces 14.40 —
atteindre plus de (00 p. 100 en dix ans. (Chicago, 503,000 hab. en 1880: 1,099,000 hab. en 1890(1).
Gouvernemeiit. •— Les États-Unis forment une république fédérale: chaque État, gouverné par une ou deux assemblées et par un goucemeui ou président de la République élu, a la haute main sur son administration intérieure, sa législation, sa milice même. Le gouvernement fédéral séant à Washington, se compose de deux chambres (Représenlant*^ en nombre proportionnel à la population de chaque État ; Sénateurs, deux par État), et du président de la République élu pour quatre ans par un suffrage à deux degrés ; il est responsable et assisté de ministres qui ne dépendent que de lui. Ce gouvernement ne s'occupe que de Texiérieur, diplomatie, armée et marine fédérales, régime douanier, etc. L^armée n'est pas permanente, et ne grève le budget que faiblement (2).
§11. — Géographie économiqiie.
Généralités. — Les États-Unis sont, au point de vue économique, une ci*éation du xix" siècle : à peine peuplés vers 1800, ils ont, nous l'avons vu, plus que décuplé leur population depuis cette époque, et bien que, sous ce rapport, ils soient encore bien en retard sur TEurope, ils commencent à jouer un rôle considérable dans la vie économique du monde. D'abord simples fournisseurs de matières premières de toutes sortes pour l'Europe, à qui ils achetaient les produits fabriqués, ils ont créé une industrie, dotée de tous les perfectionnements scientifiques, et tendent par conséquent à se rendre de plus en plus indépendants de l'étranger.
(I) Principales villes (1890) :
Habitants.
New- York 1 .515.301
Chicago 1.099.850
Philadelphie l .0i6.964
Brooklyn 806.343
Saint-Louis 451.7*0
Habttaalâ.
Boston 448.477
Baltimore 434.439
San Francisco 398.997
Cincinnati 206.908
Cleveland 361 .353
Plus 18 villes de plus de 100.000 habitants. (2) Armée (1890):
Permanente
OfGcien. Hommes.
Milices organisées
Aptes à la guerre
Marine :
01 navires montés par