‹ Précis de géographie économiqueChapitre 158 sur 182 · hommes · texte numérisé non relu

hommes

Finances (I89i-I8î)5) :

Fédérales . Recettes . 1 . 5G6 . 950 . 000 fr. Budget de la guerre . »

— marine . >»

Dette publique »

Dfs États. Recettes. 2.353.259.5(0 Dettes (1890)

Dépenses. . 1 .780.476.000 fr.

Le premier avantage des États-Unis, c'e^ d'abord leur immense étendue, et la faible densité de leur population, qui ne constitue pas une masse suffisante de consommateurs pour la quantité de denrées de toutes sortes que produit le pays.

D'autres avantages proviennent ensuite de la situation géographique : sur vingt-cinq degrés de latitude, toutes les zones s'échelonnent, depuis celle des plantes tropicales, jusqu'à celle des forêts septentrionales ; les États-Unis n'ont pas besoin de colonies, puisque presque toutes les plantes réussissent sur le territoire môme de TUnion.

Il faut reconnaître cependant que le relief apporte déjà des obstacles à la culture ; si la grande plaine du Mississipi est une des plus fertiles du monde, les plateaux de l'ouest sont impropres à l'exploitation, et forment de grands déserts, sans communication facile avec Textérieur. Seuls, les métaux précieux leur permettent de prendre part à la vie économique.

Mais c'est surtout par le climat que les diverses régions se distinguent les unes des autres. Si la côte Pacifique est le <' Midi » des États-Unis, pn^re à toutes les cultures, et surtout à celle des plantes arborescentes, telles que la vigne, l'olivier, l'oranger et le citronnier, le reste du pays, sous l'influence du climat continental, est moins bien doué. Sans parler des déserts de l'ouest, la « prairie », entre les Montagnes Rocheuses et le Mississipi, est encore trop sèche pour être facilement cultivable ; à l'est du grand fleuve, le sol se partage, au nord, entre les grandes forêts et les cultures de céréales ; au sud, entre les forêts et les cultures tropicales ; mais, dans toute cette étendue, le climat continental se manifeste par des gelées tardives (même en Louisiane), et par d'épouvantables cyclones, les unes et les autres suffîsant à compromettre les récoltes sur d'immenses espaces.

La manière dont l'Union a été peuplée compense ces inconvénients. Les émigrants qui sont venus s'établir dans le pays et y ont reçu des terres, gratuitement à l'origine, à bas prix maintenant encore, y ont apporté, avec leurs bras, des qualités bien précieuses :une âpreté au gain et au travail tout à fait remarquable, et puis une expérience consommée, acquise en Europe. Presque immédiatement, les procédés les plus perfectionnés du vieux monde ont été appliqués dans le nouveau, et maintenant, l'Europe devrait presque se mettre à l'école de la jeune Amérique. 11 faut ajouter à ces conditions favorables que les émigrants européens ont pu, tous, trouver dans leur nouveau pays les conditions climatiques de leur pays d'origine, Espagnols et Italiens dans le sud. Anglais et Allemands au nord. Français partout; tous ont pu, de même, s'y livrer aux travaux auxquels ils sont le plus aptes : les Hollandais ont créé la marine de l'est, les Scandinaves ont défriché les forêts, les Irlandais et les Allemands, comme les Canadiens immigrés, ont cultivé les grandes plaines à céréales, les Espagnols se sont adonnés à la culture des plantes tropicales et de la vigne, pendant que les Anglais ont appliqué partout leurs remarquables aptitudes commerciales et industrielles; tous, jus-

qu'aux noirs qui cultivent, lib|:es maintenant, les plantations du sud où ils furent importés comme esclaves, et jusqu'aux Chinois qui Iravailienl aux mines et aux jardins de Touest, ont pu appliquer leurs aptitudes à la prospérité de leur nouvelle patrie.

A. — Agriculture.

Un tiers seulement du territoire de TUnion est tout à fait fertile, capable de donner de belles récoltes régulières ; dans un autre tiers (versant atlantique et prairies de Touest), la force productrice du sol est déjà bien moins grande, et les phénomènes atmosphériques viennent trop souvent compromettre les résultats du travail agricole. Un grand tiers enfin est absolument et à peu près irrémédiablement stérile. Notons seuleaient que le seul tiers fertile représente encore une surface de plus de 2 mil* lions et demi de kilomètres carrés « soit près de cinq fois l'étendue de la France. On constate ainsi une fois de plus que les États-Unis ne rachètent que par leur étendue et par la faible densité actuelle de la population, les qualités très moyennes de Fensemble.

Forêts. — Le premier effet de Texploitalion du sol américain a été naturellement la réduction des forêts à une étendue relativement restreinte. Mais elles occupent encore un quart ou un cinquième de la superfîcie totale. On sait que la carte de la répartition des forêts correspond exactement à la carte des pluies. Elles sont donc massées dans les États de Test et du sud et dans le groupe du nord-ouest; dans les plaines de rintérieur, le méridien de 95*» est leur limite occidentale extrême. Il va sans dire que tous ces espaces boisés n'ont pas le même caractère ni ne présentent le même aspect. Dans le Maine ils rappellent les forêts du Canada avec leurs sapins et leurs mélèzes. Au sud domine sur TAtlanlique et sur le golfe du Mexique la forêt vierge et la végétation tropicale. Dans la région des lacs et au nord-ouest,, les bois ressemblent davantage à ceux de nos climats ; on y trouve le chêne, le hêtre, le tilleul, à o6lé d'espèces propres à TAmérique. C'est, on le sait, en Californie que se rencontrent ces arbres géants, ces séquoias, vieux de plusieurs milliers d'années et dont la hauteur dépasse souvent 100 mètres et la circonférence à la base 30 ou 40. Les Américains ont exploité à outrance et san$ aucune mesure de précaution leurs magnifiques forêts, pour se procurer des bois de construction de toutes sortes, des traverses de chemins de fer, des poteaux de télégraphe, des bois de chauffage. Le « Central Pacific Railway » chauffe encore au bois ses locomotives, dans une partie de la traversée des territoires de Touest, où la houille fait défaut et où le bois peu utilisé n'a jusqu'à présent qu'une valeur marchande médiocre, par suite de la longueur et du coût des transports. Aussi, malgré ces vastes « réserves » du Par West, les États peuplés du centre et de Test sont-ils devenus depuis quelques années déjà tributaires du Canada pour Tachai des bois de construction, dont la consommation est énorme : maisons.

bateaux, wagons, voitures, instruments aratoires, sont construits avec des bois de cette provenance (1).

CnltQres alimentaires. — Ce sont les céréales qui viennent en première ligne, et c'est actuellement la grande richesse des États-Unis. La production a quintuplé de 1850 à 1884, et ce phénomène est dû au déplacement graduel et constant des cultures dans la direction de Touest. C'étaient, au milieu du siècle, les États de New- York, de Pensylvanie, de Virginie, qui étaient les principaux producteurs de céréales. Ces États, dont le développement industriel a été depuis si intense, n'ont vu leurs champs de blé s'accroître que de 14 p. 400 dans l'espace de trente ans, tandis que dans les États du groupe Ohio-Mississipi le même accroissement a été de 500 p. 100, et au delà du Mississipi de plus de 3000. Le centre de production s'est en réalité avancé vers l'ouest de plus de 10 degrés, et ce mouvement ne semble pas devoir s'arrêter avant de trouver dans les steppes arides une limite infranchissable. Les frais d'exploitation et d'engrais sont minimes, mais, en réalité, le rendement moyen est très faible. U faut rendre surtout hommage à l'esprit d'initiative intelligente et d'ingéniosité dont ont fait preuve les colons, par l'emploi rationnel des instruments et des machines les plus propres à favoriser le développement rapide et économique de la culture extensive. Nous verrons aussi qu'il faut tenir également grand compte de l'organisation merveilleuse et tout à fait grandiose qu'ils ont su donner àl'emmagasinement de leurs récoltes dans les grands entrepôts de Chicago ou de Saint-Louis, comme aux transports par terre et par eau, en un mot à toutes les conditions techniques que réclamaient la production et l'écoulement de leurs produits. Bref, ils ont fait le plus intelligent usage des faveurs que leur accordait la nature.

Le véritable gi*enier à céréales des États-Unis est aujourd'hui la région comprise entre le Missouri et l'Ohio, des deux côtés du Mississipi, avec les États de lowa, Missouri, Ulinois, Indiana, Ohio, Michigan. L'Ulinois, AU centre, vient en tête pour la production du maïs, comme pour celle du blé : c'est là que les conditions les plus favorables sont réunies, sol fertile, •chaleur estivale plus que suffisante, pluies modérées, mais régulièrement réparties pendant toute la période de maturation, et enfin richesse admirable en voies de communication. Au nord les grands lacs avec Chicago, au sud le Mississipi avec Saint-Louis, offrent d'excellents débouchés.

Ce groupe de six États fournit beaucoup plus de la moitié des céréales que l'Union récolte annuellement.

Le mais est aujourd'hui le grand article de production et d'exportation agricoles des États-Unis : c'est également la culture dont l'extension s'est accrue le plus vite. C'est, au reste, une plante dont les conditions de maturité sont très élastiques : pourvu que les chaleurs estivales soient

(1) Exploitation des forêts (1890) :

Bois de toute sorte pour une valeur de ^ milliards de francs. Géographie économ. 47

suffisamment prolongées, elle réussit encore jusque sous le iS* ou le 50° de latitude ; mais elle se plait de préférence dans les pays de la zone tempérée, d'altitude médiocre, et peut en tout cas être plantée sur la plus grande partie de la vaste plaine intérieure des États-Unis. C'est d*ailleui*s la première culture à laquelle s'adonnent les colons, après le défrichement, car c'est une de celles qui exigent le moins de frais en main-d'œuvre et en argent et dont le produit peut servir aux usages les plus variés, aussi bien dans l'alimentation humaine que dans l'élevage du bétail et même dans l'industrie.

De la quantité considérable produite annuellement, il ne reste qnune faible partie pour l'exportation ; cette exportation pourrait croître dans une forte proportion si l'industrie européenne se mettait à employer cette céréale comme le font les habitants de l'Union (1;.

Le blé a aux États-Unis une importance commerciale relativement plus grande. Il n'est toutefois semé que sur 13 à 14 millions d'hectares, disséminés à peu près dans les mêmes États que le maïs et dans la même proportion. 11 faut cependant noter une prépondérance marquée des États septentrionaux; Minnesota, Wisconsin, Michigan viennent en seconde ligne après l'IUinois, l'iowa, l'Indiana, l'Ohio. 11 faut aussi observer que la (lalifornie et les deux autres États du Pacifique sont devenus récemment un centre tout à fait secondaire, mais néanmoins notable de culture du blé (2).

Vavoine ne représente à l'exportation qu'une valeur insignifiante, elle joue néanmoins un grand rôle dans toute la partie septentrionale des États-Unis où on la cultive à la fois pour le grain et pour le fourrage. C'est d'ailleurs une des céréales qui s'accommodent le mieux des différents climats ; elle réussit aussi bien dans les États de la Nouvelle- Angleterre, aux étés courts et frais, que dans ceux du centre ou même de rextréme sud, en Louisiane et en Floride. C'est enfin, avec le blé, la culture la plus répandue sur les plateau^t de l'ouest; mais les grands centres de production sont le nord-est et la région des lacs (3).

L'orge est, beaucoup plus que l'avoine, une céréale du nord ; elle ne dépasse guère au sud le 38<^ . Ce sont les États de Californie, de Minnesota, de Wisconsin, de New-York qui en fournissent la plus grande quao-

(1) Culture du maïs (1895) :

Superficie cultivée 33 . 1 58 . 704 hectares.

Production 784.360.000 hectolitres.

(?) Culture du blé (1895):

Superficie 13.755.000 hectares.

Production 16S. 120.000 hectolitres.

(3) Culture de ravoine (1895) :

Superficie Il .262.700 hectares.

Production 296 . 784 .000 hectolitres.

tité. Ce produit ne manque pas d'importance dans un pays où la hîère est la principale boisson des habitants.

Le seigle ne donne pas même le tiers de cette quantité. Il n'est d'ailleurs cultivé comme plante alimentaire que par les immigrés allemands ou Scandinaves ; mais on l'utilise en grand comme fourrage d'hiver dans tous les pays à élevage et on retire des grains d'abondantes quantités d'eau-de-vie. C'est dans les États du nord-est et du centre que sont les plus nombreux champs de seigle.

Cinq millions d'hectolitres de sarrasin sont produits par les États de New- York et de Pensylvanie et sont dirigés en grande partie vers les villes, où ils sont employés à la confection de diverses pâtes alimentaires (1).

En résumé, et si l'on excepte les trois États du Pacifique, la cullure en grand des céréales est concentrée aux États-Unis dans une seule région, qui rayonne autour de Tlllinois. C'est la seule partie où la production dépasse la consommation. Partout ailleurs, à l'est, au sud et à l'ouest (sauf dans les trois États cités), il faut importer du centre ; et cet excédent de consommation, qu'il faut combler avant de songer à l'exportation, ne pourra que s'accroître, à mesure surtout que les États industriels et mauvais producteurs de l'est se peupleront davantage.

Le riz a été longtemps un des principaux produits du sud, notamment de la Caroline méridionale et de la Géorgie. La guerre de Sécession a porté un coup sensible à cette culture ; cependant elle reprend, en particulier dans les terres basses et faciles à inonder de la Louisiane ; c'est toutefois la Caroline, où la culture est moins facile, qui produit encore la plus grande quantité de riz.

Les pommes de terre jouent un grand rôle dans l'alimentation publique aux États- Unis, malgré l'abondance des céréales. Elles sont surtout répandues dans les États peuplés de l'est, et sur les hauts plateaux du nordouest où elles forment la base de la nourriture (Washington, Orégon, Utah). Malgré l'appoint des patates du sud, l'Union consomme plus de pommes de terre qu'elle n'en produit.

Parmi les autres légumes, les pois et les fèves sont moins cultivés depuis l'émancipation des esclaves à la nourriture desquels ils servaient. La plupart des plantes maraîchères du marché de New-York viennent, nous l'avons vu, des Bermudes.

Gnltiires arboreècentes et fruits. — Les fruits rencontrent aux États- Unis de meilleures conditions de prospérité que les légumes, grâce aux

^ l 'j Superficie . Production .

Orge 1 .333.200 hectares. 31 .536.280 hectolitres.

Seigle 763.560 — 9.795.600 -

Sarrasin 5.522.760 —

(2) Culture des pommes de terre (1895) :

Superficie 1 . 1 93 . 800 hectares.

Production 107.005.000 hectolitres.

chaleurs et à Tinsoiation estivales si favorables à leur maturation et à leur qualité ; pourtant les gelées tardives compromettent souvent la floraison et rendent en particulier très précaire la culture des pruniers et des cerisiers. Au sud même, Tabsence d'une chaîne de montagnes protégeant le pays contre les influences pernicieuses des vents froids du nord, occasionne souvent des désastres, sur les fleurs et parfois sur les arbres, orangers, bananiers, etc. Mais la Floride est renommée pour sesoron^fj. Dans rÉtat de New- York, où le climat est très adouci par le voisinage de lacs nombreux, les pommiers abondent et donnent d'excellents produits, destinés en partie à la fabrication du cidre ; les pêches enfin sont une de> richesses de FÉtat de Delaware, le Peach-State. Mais c'est la Californie qui est le verger par excellence des États-Unis. Jamais on n'y parie du ravage des gelées ; la récolte est toujours abondante et la qualité supérieure. Les premiers essais tentés par des Français ont remarquablement réussi, puisque les arbres fruitiers y sont aujourd'hui au nombre de plusieurs millions.

La vigne ne parait pas appelée à un grand avenir aux États-Unis, si l'on en juge du moins par les résultats si minimes qu'ont produit deux siècles et demi de tentatives toujours renouvelées. En fait, si la chaleur d été e>[ suffisante pour mûrir les grappes, les variations si brusques de la température, les gelées printanières, l'excès d'humidité de la période estivale, sont autant de conditions défavorables à ce genre de culture, que ne rachète pas suffisamment un automne chaud et long, permettant des vendanges tardives. D'ailleurs la limite septentrionale des vignes s*avance en Amérique beaucoup moins loin vers le nord qu'en Europe. Elle atteint sur la côte orientale le 45°, s'infléchit à l'intérieur jusqu'au delà du 35<>, et ne dépasse pas au nord le 38° sur la côte du Pacifique. Aussi, malgré toutes les tentatives, tous les encouragements du gouvernement fédéral, les vignes ne couvrent encore qu'une médiocre étendue dans le New-York, la Pensylvanie, la Virginie et le Texas.

Un seul État fait exception, gr&ce aux conditions climatiques tout a fait spéciales dont il jouit : c'est la Californie, où sont réunis à peu près tous les avantages de notre zone méditerranéenne. Ajoutons que la culture de la vigne exige beaucoup de main-d'œuvre, et ne peut réussir que dans un pays où la population est dense. Pour le moment, la récolte est minime et d'assez mauvaise qualité.

Cultures industrielles. — Le houblon fait une forte concurrence à U vigne ; et il réussit en effet bien mieux qu'elle dans tous les États de l'est, où la température est en moyenne si peu clémente. C'est au rest»> une culture de première nécessité dans un pays où Ion consomme une grande quantité de bière. Les houbionnières sont surtout nombreuse> dans les États de New-York, Wisconsin et Vermont.

Le tabac rencontre dans le sol fécond et dans les étés chauds des État^ Unis d excellentes conditions de prospérité. C'étaient naguère les États de la côte atlantique qui avaient le monopole de cette exploitation, mais ils sont épuisés et la production du Maryland et de la Virginie est restée sta-

tionnaire depuis cinquante ans, tandis que la récolte prend chaque année dans le groupe Mississipi-Ohio une valeur plus grande. Aujourd'hui, les États de Kentucky, Caroline du Nord, Virginie et Tennessee tiennent le premier rang (i).

Le champ d'expansion de la canne à sucre dans TUnion américaine est assez restreint à cause des froids d'hiver et de printemps. Aussi, bien que les chaleurs estivales soient assez fortes pour faire mûrir les cannes sous le 37« de latitude nord, comme la période de végétation dure au moins dix mois, les plantations ne dépassent pas en général le 32^ ; elles sont concenti'ées dailleurs presque totalement dans le delta du Mississipi et dans les districls immédiatement adjacents. La Louisiane foiu'nit les 96/100 de la récolte annuelle; le Texas et la Floride donnent le reste. Le rendement moyen est, au reste, très faible, comparé à celui des Antilles (2).

On avait fondé de grandes espérances sur le mats et le sorgho comme plantes sucrières, mais les résultats n'ont pas répondu à l'attente ; en Californie, on extrait le sucre des betteraves (3), en petite quantité. Mais en somme les États-Unis restent bornés au sucre de cannes, et comme la production totale ne dépasse pas le dixième de la consommation, qui est relativement très forte, ils sont obligés de se fournir ailleurs. La Californie et le Far West s'approvisionnent aux lies HawaI ; le reste de l'Union est sous la dépendance des Antilles et de l'Amérique du Sud.

On a cherché maintes fois et avec beaucoup de persévérance à acclimater aux États-Unis le thé^ le café, la vanille. £n 1876 encore on a planté 20,000 arbustes à thé, sur le versant sud oriental des Allèghanys ; nous avons déjà vu qu'aucun de ces produits n'a chance de prospérer aux États-Unis.

Parmi les plantes texliles, le coton occupe la première place, c'est, avant les céréales et les produits dç l'élevage, l'article d'exportation qui représente la plus forte valeur dans le commerce des États-Unis.

Le cotonnier pousse à l'état sauvage en Amérique, mais la culture de cet arbrisseau ne prospère que grâce à la réunion de plusieurs conditions physiques. Elle exige d'une part une grande chaleur, prolongée durant de longs mois, et ne supporte pas les gelées de printemps ou d'automne si fréquentes, les premières surtout, aux États-Unis. Les plants veulent en second lieu avoir le pied dans l'eau, ou du moins être fréquemment et abondamment arrosés ; mais d'autre part une humidité atmosphérique trop grande endommage le fruit et lui enlève beaucoup de ses qualités de (inesse et de pureté.

Les plantations ne prospèrent pas en fait au delà du 37° vers le nord,.

(1) Culture du tabac (1891):

Superficie 2U.292 hectares.

Production 1 84 . 235 tonnes .

Valeur 138.803.500 francs.

(2) Production du sucre de cannes (1894) : 272.913 tonnes.

(3) Production du sucre de betteraves (1894) : 20.000 tonnes.

mais elles ne donnent pas non plus de bons produits dans les plaines basses du sud, le long des rivages du golfe, ni en Floride, où les prédpitalions annuelles dépassent 120 et même 150 centimètres. Leur pays de prédilection, c'est le revers des dernières collines qui terminent au sud-ouest et au sud-est les Alléghanys, entre le 32<» et le 35* de latitude nord; c'est aussi la vallée même du Mississipi, où l'irrigation est si facile, et où ne remontent pas les nuées humides, entre Vlcksbourg et Memphis; elles prospèrent enfin dans d'excellentes conditions sur le plal«aa du Texas. Les champs de cotonniers sont d'ailleurs répandus en plus ou moins grande quantité dans toute la région au sud du 37<» ; ils s'étendent depuis la côte atlantique jusqu'aux déserts de l'ouest, à la hauteur du iOO« ouest de Greenwich. Il faut ajouter que des tentatives heureuses ont été faites, dans la dernière période décennale, en Californie.

Les principaux États cotonniers sont ceux de Texas, Géorgie, Mississipi, Alabama, Caroline du Sud, Arkansas, Louisiane et Caroline du Nord.

On sait par quels troubles désastreux a passé la production cotonnière en Amérique, lors de la guen*e de Sécession, entre les années 1862 et 186'. Les sources où puisaient les manufactures européennes se fermèrent tout à coup. De nombreux pays de l'ancien monde, Inde, Egypte. Algérie, se lancèrent aussitôt dans cette culture qui resta quelque temps, grâce à la rareté des produits, très rémunératrice. Mais une fois la crise passée, les Ëtats-Unis regagnèrent vite la place perdue, et s'ils n'ont pas conservé le monopole, ils continuent du moins à fournir aux manufactures du monde entier les 3/4 environ des cotons quelles traitent, laissant bien loin derrière eux l'Inde, l'Egypte, etc., qui se partagent le dernier quart (i).

Les autres plantes textiles ont diminué d'importance devant le développement de l'industrie cotonnière. L'Union est obligée d'importer une certaine quantité de lin et de chanvre de Russie et du Canada. Le juU lui-même, autour duquel les Américains ont fait naguère tant de bruit, ne peut réussir dans les terres insuffisamment arrosées, qu'il épuise rapidement. En Californie, on remplace le jute par les fibres de pin pour la fabrication des sacs.

Résumé. — En résumé, le trait caractéristique de l'agriculture américaine, qu'il convient de bien mettre en relief, c'est que dans ce vaste pays, où se rencontrent tous les sols et tous les climats, chaque genre de culture tend de plus en plus à se concentrer dans le coin où sont réunies avec le plus d'intensité toutes les conditions naturelles les plus propres à en assurer le succès. Les céréales ont abandonné le versant atlantique et s'avancent toujours plus loin vers l'ouest, dans les plaines d*alluvion du Mississipi et de ses affluents. Mais en même temps il s'est fait une sorte

(1) Culture du coton (1894) :

Su perfide 9 . 569 . 952 hectares.

Production 9.476.435 balles.

Valeur 1 .*i95. 825.000 francs.

de partage entre le maïs et le blé, ce dernier ayant tendance à s'emparer <les districts du nord, le maïs à s'établir au sud. On pourrait citer mille autres exemples. C'est là un phénomène assurément très curieux et qui fait honneur non seulement au sol américain, mais encore plus aux •colons, qui l'exploitent avec tant d'intelligence et d'esprit pratique.

Productions animales ; éleyage. — L'histoire de l'élevage aux États- Unis pourrait donner lieu aux mêmes réflexions. Sans doute les Américains n'ont pas déployé dans ce genre d'exploitation le même art, la .même science qui les ont rendus célèbres dans le monde des agriculteurs; mais il faut reconnaître qu'ils ont eu à vaincre des obstacles naturels bien autrement considérables.

Nulle part aux États-Unis ne se rencontrent ces conditions de climat qui font des Iles Britanniques, des Pays-Bas, de notre Normandie, les pays classiques de l'élevage. Les étés sont trop chauds et les hivers sont trop froids ; et ces extrêmes de température que nous avons déjà vus si préjudiciables à tant de sortes de cultures, créent aux éleveurs des difiicultés de divers genres. Il est impossible de tenir pendant les longs mois d'hiver le bétail à l'air libre et pendant cette période, qui dure parfois la moitié de l'année, l'entretien des animaux réclame une énorme quantité de fourrages. Au printemps même les sautes brusques de température, les retours de froid subits ont souvent décimé les troupeaux. Dans bien des endroits, surtout à l'ouest, la végétation des prairies ne commence qu'en mai ou juin ; et dès le mois de juillet ou d'août la sécheresse enlève aux herbes la meilleure part de leurs qualités nutritives. Ënfln les prairies artificielles, qui sont une si grande ressource dans l'industrie de l'élevage, ne réussissent bien que dans les parties basses les plus humides de la prairie ; leur aire d'extension est donc, par ce fait, singulièrement restreinte. Nous savons déjà que les agriculteurs y suppléent dans beaucoup d'États par le seigle, l'avoine, les betteraves, «le, coupés verts avant maturité. Dans l'ouest, où règne le steppe, le bétail est réuni en vastes troupeaux qui, sous la conduite de plusieurs bergers montés, parcourent d'immenses espaces à la recherche d'une maigre nourriture.

La région américaine qui se prête le mieux à l'élevage, à la façon dont -on l'entend en Angleterre ou en Hollande, comprend surtout les États du centre au nord du 37° de latitude. L'été n'est pas trop chaud; il n'est pas humide à l'excès comme au sud ou dans certaines parties de l'est ; il est beaucoup moins sec enfin que la « prairie )> proprement dite et les hauts plateaux. Il va sans dire, au reste, que la répartition géographique varie beaucoup suivant les différentes sortes de bétail. Le mouton, par exemple, supporte bien mieux le séjour dans les pays au climat sec que les bêtes à cornes ; maïs un phénomène bien constaté, c'est qu'à mesure que se peuplent les États de l'est et du centre, les cultures proprement dites empiètent sur les prairies et chassent le bétail ; le centre des régions d'élevage tend par suite à se déplacer graduellement vers l'ouest.

Les bêics à cornes qui constituent actuellement une race spéciale, le » Native stock », proviennent du mélange des races anglaises, hollandaises et françaises. Elles ont été lobjet de nombreux perfectionnements. Les races laitières sont surtout répandues dans le nord-est (Vermont, New- York, Pensylvanie), où l'industrie de la fabrication du beurre et du fromage a pris une grande extension. C'est par milliers que se comptent les fromageries dans le seul État de New- York.

Les animaux de boucherie, de beaucoup les plus nombreux, sont concentrés surtout autour du Mississipi moyen (Illinois, lowa, Missouri, Kansas). Mais cest le Texas qui en nourrit peut-être la plus forte quantité.

Dans la région des steppes et des plateaux, ce sont les parties septentrionales, les plus humides, qui conviennent le mieux au gros bétail : Washington, Idaho, Montana.

Les moutons sont répartis plus nettement en deux principaux centres. Dans la région des lacs, Wisconsin, Michigan, Ohio, Indiana, on élève surtout ranimai pour la viande. Mais c'est à Touest, dans la « Prairie » et sur les plateaux, et notamment dans la partie méridionale, la moins humide, que prospèrent les bétes à laines (Texas, Nouveau-Mexique, Arizona, Colorado).

Les États-Unis ne jouent pas d'ailleurs dans le monde pour la production de la laine un rôle comparable au rang qu'ils occupent pour le coton. Ils ne suffisent même pas à leur consommation, et leurs manufactures sont obligées de s'approvisionner ailleurs pour compléter leur contingent.

Les porcs sont en général le plus nombreux dans les réglons où la race ovine n'est que faiblement représentée, c'est-à-dire en d'autres termes dans tous les États du centre, où les champs cultivés occupent la surface la plus étendue, Illinois, Missouri, Indiana, Kentucky, Tennessee. C'est plutôt un animal *< domestique » qu'on élève dans les fermes en petits troupeaux et qu'on nourrit aisément de lait, de mais et de tous les résidus de la culture ; les États des prairies, lowa, Nebraska, les pays de plantations du sud comptent également des porcs en grande quantité, de même que la Californie et TOrégon.

C'est, on le sait, la viande qui, dans les statistiques d'exportation aux États-Unis, lient le premier rang parmi les produits de l'élevage. Les trois grands entrepôts à l'intérieur sont Chicago, Kansas-City et Saint-Louis.

Ce commerce se fait sous trois formes : on s'est surtout occupé dans les dernières années de transporter en Europe les bétes vivantes, puis, on a essayé du transport de la viande conservée par le froid, enfin les conserves en boite, malgré la concurrence des deux précédents modes de transport de la viande, ont encore de l'importance.

Nous n'avons pas à insister sur l'organisation de tous les établissements où les Américains mettent en valeur les produits qu'ils tirent de l'élevage. Tous les voyageurs ont décrit les « Stock- Yards », les « Pork- Packing », etc., de Chicago; mais il faut rendre hommage une fois de

plus à rintellîgence merveilleusement pratique dont les Américains font preuve dans Tart de tirer parti des richesses de leur sol : il ne suffit pas toujours d'être né riche et comblé de dons de la nature ; il faut encore savoir profiter de ces avantages.

Les chevaux que renferment les États-Unis sont surtout répartis dans les États de culture du centre. C'est au sud, comme en Europe, que se trouve en revanche le plus grand nombre de mulets et d\incs,

La volaille n'a pas en Amérique une importance économique particulière; les oies sont pourtant élevées en grand dans Tlllinois, le Missouri, le Kentucky, pour la production des plumes et du duvet. Elles forment d'immenses troupeaux et sont au nombre de plusieurs millions.

Vapkulture est également une industrie active, répandue dans la même région, et dans les États de l'est.

" L'élevage du ver à soie serait une nouvelle preuve à apporter à l'appui des faits déjà signalés en l'honneur du sens pratique des Américains, (^ette industrie occupait encore un grand nombre de colons vers le milieu de ce siècle ; mais elle a été vite abandonnée, malgré le succès qu'elle obtenait, du jour où d'autres industries, culture du cx)ton, du tabac, de la canne à sucre, ont pu sembler plus rémunératrices. Elle a complètement perdu depuis toute importance, mais nous verrons plus loin que les États-Unis n'ont pas en tout cas négligé l'industrie de la soie, qui occupe une place fort honorable, à côté des industries de la laine et du coton (1).

Chasse et pêche. — Dans ce vaste pays encore si mal peuplé, les animaux sauvages ne sont pas exterminés entièrement. La chair du bison est la principale nourriture des Indiens ; et les blancs font à cet animal une poursuite acharnée pour recueillir sa graisse et sa peau. Mais en général le gibier abonde moins dans les Prairies et sur les plateaux trop secs, que dans les immenses savanes, bien arrosées de l'Afrique et de l'Amérique du Sud.

La pêche joue un rôle plus important comme ressource alimentaire et commerciale : les bâtiments américains pèchent au large, dans l'océan Pacifique et dans l'Atlantique, la baleine, la morue, les harengs, les phoques. Les huilres viennent de la baie Chesapeake. La pêche et la préparation du saumon sont parmi les industries les plus productives des régions côtières du nord-est. C'est par millions que se chiffrent les boites de poissons frais et les barils de poissons salés qu'on exporte (2).

(1) Élevage aux États-Unis (i89ô) :

Chevaux 15.893.318

Mulets 2.333.108

Bétes à cornes 50.868.845

Moutons 42.294.064"

Porcs 44.165.716

(2) Pèche :

Navires 6.396

Pécheurs 191 .984

Produit 327.770.000 francs.

B. — Industrie.

Condition natorelle. — U est incontestable que les États-Unis sont avant tout un pays de production agricole, du moins à Fheure actuelle; mais le sous-sol offre des ressources immenses à l'industrie, déjà solli> citée si énergiquement par la présence dans le pays même de tant de produits végétaux ou animaux, coton, laine, etc., dont peut s'emparer le travail manufacturier. Les gisements de houille sont prodigieusement abondants, et nul n'ignore que c'est en notre siècle la meiUeure condition de prospérité de l'industrie ; les métaux usuels ne font pas défaut davantage, et ils se rencontrent dans les parages voisins des mines de charbon, autre condition non moins propice à la multiplication des usines.

Les métaux précieux ont une valeur économique moins grande dans l'ensemble ; mais leur exploitation plus ou moins temporaire aura du moins eu pour résultat, comme en tant d'autres pays, d'attirer dans des cantons jusque-là déserts des émigrants en grand nombre; une bonne part s'établit à demeure et tire profit du sol après avoir exploité les mines. C'est à un phénomène de ce genre que la Californie, si prospère aujourd'hui, doit sa fortune.

Il ne manque donc aux Américains aucun des éléments naturels de travail, qui font un pays industriel; l'esprit d'initiative et d'activité intelligente ne leur manque pas davantage. Ils savent tirer le parti le plus utile de toutes les faveurs dont les a comblés la nature. Ce sont eux qui depuis un demi-siècle ont inventé le plus de machines nouvelles, construit le plus d'instruments ingénieux, perfectionné avec le plus d'adresse toutes les anciennes méthodes de travail. Placés en face dun domaine immense à exploiter, avec un nombre relativement restreint de bras, ik sont arrivés à diminuer le plus possible l'intervention matérielle de l'homme et à le remplacer partout par la machine. Le Nouveau Monde a plus d'une fois servi à cet égard de modèle et d'exemple à l'ancien.

Ajoutons enfm que l'industrie américaine a été grandement favorisée par le développement si rapide de l'agriculture, qui attirait une population toujours plus nombreuse ; elle accroissait par conséquent Taire des débouchés nationaux, et d'autre part sollicitait incessamment ractivité manufacturière, en multipliant le nombre des machines et des instruments de toute nature nécessaires à l'exploitation du sol. Enfin elle augmentait toujours le stock disponible des matières brutes.

Richesses minérales. — L'Union américaine est sans contredit le pays du monde le plus riche en métaux. Elle renferme en effet des gisements d'or, d'argent, de houille, de fer, d'une égale importance; mais à mesure que l'agriculture et l'industrie proprement dite se développent et que leurs produits se multiplient, la richesse en métaux joue un rôle de moins en moins grand dans la vie économique du pays. Le même phénomène se remarque au sujet de l'importance comparée des minerais. Le groupe occidental des Montagnes Rocheuses, riche en or et en argent, était autre-

fois le plus important; il a été dépassé et de beaucoup, depuis un certain nombre d'années, par le groupe oriental des Alleghanys, qui produit la bouille, le fer, le pétrole, etc.

L*ar se trouve dans la région du Pacifique, et surtout dans la Californie; un second groupe, de beaucoup moins cohérent, comprend les plateaux et les Montagnes Rocheuses; quant au reste de TUnion, il ne fournit qu*un contingent tout à fait insignifiant. On calcule que les États- Unis participent pour environ un quart au chiffre total de la production de Tor dans le monde.

Pour ['argent y TÉtat de Colorado a presque l'importance que la Californie a pour Tor, les autres États des Montagnes Rocheuses (Arizona, Utah, Nevada et Montana) viennent à une certaine distance après lui. Les États-Unis produisent presque les deux cinquièmes de l'argent recueilli dans le monde entier (1).

La houille est la grande richesse minière des États-Unis. Aucun autre pays, sinon la Chine, ne peut lui être comparé; nulle part les formations carbonifères ne couvrent plus d'espace. Elles se prolongent en une large bande ininterrompue depuis TÉtat de New-York au nord-est, jusqu'au centre du Texas. Les derniers travaux du « Geological survey » évaluent à 500,000 kilomètres carrés, à peu près Tétendue de la France, la superficie des champs de houille exploitables, dans Test et dans le centre; encore ne connait-on pas exactement les richesses que recèlent les Montagnes Rocheuses et la région du Pacifique. Ajoutons que les filons ont dans bien des bassins une épaisseur de 50 mètres et que le charbon est d'excellente qualité : Tanthracite de la Pensylvanie est le meilleur du monde.

Nous ne pouvons passer en revue, même d'une façon sommaire, tous les bassins houillers qui se succèdent depuis celui de la Nouvelle-Angleterre jusqu'à ceux de l'Alabama au sud, ou du Texas. Contentons-nous d'indiquer les principaux et ceux dont l'exploitation est actuellement la plus active.

Les champs d'anthracite de la Pensylvanie ont fourni longtemps à tous les besoins du commerce et de l'industrie des États-Unis, et ce sont eux qui ont en conséquence contribué pour la plus forte part au développement de ces deux branches de la richesse nationale. Le centre des exploitations est Pittsburg.

Le bassin Apalache borde le versant occidental des Alléghanys depuis la Pensylvanie jusqu'à l'Alabama et à la Géorgie, comprenant les États

(1) On sait que, depuis quelques années, la production croissante de l'argent a amené une dépréciation de ce métal. Cette dépréciation est ruineuse pour le gouvernement fédéral qu'une loi oblige à acheter tous les ans une quantité fixe d^argent aux propriétaires de mines pour en frapper une m on d aie qui a de moins en moins de valeur. Le gouvernement fédéral voudrait faire rapporter cette loi, mais il se heurte à Topposition — explicable — des États producteurs d^argent. La question, encore pendante, est une de celles qui préoccupent le plus les hommes politiques de T Union.

d'Ohio, de Virginie, de Kentucky, de Tennessee : la valeur des houilies de cette vaste région est très variable, mais les plus grasses sont au nord, dans la vallée de TOhio.

Le bassin de Vlllinois s'étend sur TÉtat de ce nom et sur son voi»n Tindiana ; malheureusement, le charbon y contient une forte proportion de soufre, ce qui le rend impropre à beaucoup d industries.

Les autres bassins n'ont jusqu'à présent qu'une importance sec^adûre, mais leurs progrès sont relativement rapides, surtout dans l'ouest. CTest le môme phénomène de déplacement graduel vers l'ouest du centre de gravité, que nous avons déjà constaté.

La production et la consommation de la houille se sont accrues aux États-Unis plus vite que nulle autre part. De 18 millions de tonnes en 1865, la production est montée en 1896 à 175 millions, presqae la quantité extraite des lies Britanniques la même année.

Les États-Unis occupent presque le même rang pour la production du fer; la quantité extraite est en effet, à peu de chose près, égale à celle qu'extraient les Anglais et les Allemands. La valeur de ce minerai, très cdmmun dans tous les pays, lui vient surtout aux États-Unis de ses qualités intrinsèques, qui le rendent spécialement propre à la fabrication de l'acier, et surtout de la répartition des gisements, situés à proximité des^ grands bassins houillers et des grandes voies naturelles de communication, fleuves ou lacs. Cette condition permet le transport à bon marché.

La plus grande partie du minerai de fer vient de l'État de Michigan. La Pensylvanie est distancée de beaucoup depuis quelques années. U y a dn reste peu d'États qui ne recueillent une quantité plus ou moins grande de fer.

La répartition des gisements de cuivre est beaucoup plus étroitement limitée. Longtemps, et jusqu'en 1875, la région du lac Supérieur» où le métal est d'une pureté exceptionnelle, fournit les neuf dixièmes de la production des États-Unis. Cette proportion est bien changée, et les États de l'ouest (Arizona, Montana surtout, puis le Nouveau-Mexique et Wyoming) ont pris une place importante.

L'Union, si riche en argent, l'est également en plomb ^ ces deux minerais étant fréquemment associés; le Colorado, l'Utah renferment beaucoup de plomb, mais ne peuvent facilement le transporter^ le Missouri et le Kansas, moins riches cependant, profitent de la facilité des voies de communication et du voisinage de la houille. Le zinc se trouve dans le nord-est {New-York, Pensylvanie), et le centre (Illinois).

Près de la moitié du mercure extrait dans le monde sort de Californie (New-Almaden).

Le pétrole est devenu en quelques années l'une des premières richesses minérales des États-Unis. Les provisions souterraines sont presque inépuisables. On en a découvert dans le plus grand nombre des États, aussi bien dans le bassin du Mississipi que dans la région côtière de l'ouest; mais jusqu'à présent, on n'a encore exploité que les gisements de la Pensylvanie et de New-York, dans la région qui s'étend entre le ver-

ÏTATS-UNIS. 749

sant Dord-ouest des Âlléghanys et le lac Érié. L'huile s'y rencontre à des profondeurs variables sous des bancs de sables ou de grès poreux. Les premiers puits ont été creusés le long des cours d'eau qui découlent des Alléghanys, et notamment de TOil-creek : c'est par milliers que Ton compte actuellement les sources de pétrole, la plupart jaillissantes. D'immenses conduits rayonnent autour des oil-fields, et les relient aux villes voisines, Buffalo, Cleveland, Pittsburg, où sont établies les raffineries.

L'exportation du pétrole, autrefois très considérable, rencontre maintenant une forte concurrence dans les pétroles du Caucase, transportés assez facilement sur tous les marchés européens, depuis que le chemin de fer de Batoum à Bakou est ouvert.

Le sel se recueille en Amérique sous plusieurs formes. Les sources salées des terrains siluriens dans les États de New- York (Onondaga) et de Mîchigan (Saginaw) en fournissent la plus forte part. Le contingent de sel marin produit par les côtes du golfe du Mexique est bien moins considérable, et n'est guère utilisé que comme engrais ; les marais et les lacs salés de l'intérieur des plateaux renferment aussi d'énormes provi* sionsde sel. Le sel gemme enfin est extrait de plusieurs régions (Virginie, Texas, etc.).

Les earnères ne manquent pas en Amérique, bien qu'elles soient peutêtre relativement moins abondantes qu'en d'autres pays de Tancien monde. La région des Alléghanys est la plus riche. Le Vermont et la Pensylvanie donnent des marbres blancs d'une grande beauté, qui sont surtout employés dans la construction ; les marbres pour travaux artistiques sont importés d'Espagne. Le granit est exploité dans les mêmes États; la pierre calcaire à bâtir abonde, même dans la vallée du Mississipi, où on la trouve souvent à une faible profondeur. La terre argileuse des prairies donne enfin d'excellentes briques.

Les États-Unis sont en somme aussi favorisés sous le rapport des produits minéraux que des richesses végétales ou animales que nourrit son sol. Partout la même abondance, la même variété, la même universalité. 11 nous reste à voir ce que les Américains ont su faire pour la transformation industrielle de ces nombreux produits (1).

(1) Production minérale (1893) :

Houille 165.300.000 tonnes.

Pétrole 6.236.000 —

Fer 11. 176.000 —

Mercure 80.000 —

Aluminium ll.UOO —

Sel 1.522.000 —

Or 54.000 kilogram.

Argent 1.866.600 —

Production totale de l'or (valeur monétaire) 1894 197 .000.000 fr.

— — l'argent - ^ 1894.. 320.000.000

Indastrie proprement dite. — Il est assez facile de déterminer i& répartition géographique des grandes régions industrielles aux ËUts- Unis. Un centre naturel est formé par le nord-est, où abondent houille, fer, pétrole, etc. Les États de New- York, Pensylvanie, Ohio, Massachusetts, New-Jersey, (Jonnecticut, Maryland, sont, par ordre dlmporiaoce, ceux où les produits de Tindustrie atteignent la plus forte valeur. Mais si Ton tient compte de la superficie et du nombre des habitants, c'est sans conteste dans le groupe Hhode-lsland, Massachusetts, Connecticut, que le travail industriel est le plus actif. Dans ces trois États, les manufactures et les usines absorbent les 6 ou 7/iO de la main-d'œuvre totale. La proportion n'est déjà plus que de 4/10 dans New- York et Pensylvanie. Ce groupe du nord-est est par excellence le centre de Tindustrie des métaux et du coton.

Dans riUinois et les États voisins, l'industrie très active encore revêt un autre caractère. Elle s applique plus spécialement aux produits de l'agriculture et notamment aux matières alimentaires : farines, viandes, eaux-de-vie, etc.

Puis, à mesure que Ton s'éloigne dans la direction du sud et de Tooesi, l'industrie décroit rapidement en importance au profit de ragriculture; dans les États du sud 6 à 8/100 seulement de la population productive s'occupent de travaux industriels ; mais un relèvement notable en faveur de l'industrie a lieu sur la côte du Pacifique, où la Californie constitue à elle seule un petit centre à part (1).

Industries dérivées dn rogne minéral. — C'est dans l'État de Pensylvanie que sont concentrées le plus grand nombre des usines métallurgiques qui traitent le minerai de fer. Le nombre des hauts fourneaux a diminué, mais la production moyenne de chacun d'eux a plus que doublé.

Les minerais du lac Supérieur donnent un excellent acier et les Américains ont été les premiers à tirer parti en grand dans la fabrication de ce produit des procédés inventés par l'Anglais Bessemer.

L'industrie du fer est celle dans laquelle les Américains ont su déployer le plus d'ingéniosité et se rendre le plus vite indépendants de l'Europe. En 1872, l'importation étrangère atteignait encore 600,000 tonnes, elle était nulle en 1878, et elle n'a repris depuis cette époque une certaine valeur, que pendant quelques années exceptionnelles, où l'essor prodigieux donné à la construction des voies ferrées avait épuisé momentanément les stocks nationaux. Mais, en général,, la production des usines américaines suffit amplement à la consommation locale et, comme le bois d'un autre côté devient rare, ce sont les ingénieurs des États-Unis

(1) Condition générale de l'industrie (1890) :

Nombre d'établissements 3â5.415

— d'ouvriers 4.712.622

Valeur de la production 46 . 862 . 000 .000 fr.

Plus de la moitié des établissements sont dans les États de New- York, Pensylvanie, Ohio, Massachusetts, Illinois.

qui ont eu les premiers Tidée d'étendre les usages du fer dans les grands travaux de construction, ponts, maisons, navires, etc.

Les autres minerais sont en général traités sur les lieux mêmes de production ; et c'est ce travail d'affinage qui constitue la principale industrie des États du Far West. Le cuivre est travaillé à Détroit, à New- York; le plomb est fondu à Leadvilie, en Californie, à Great-Salt-Lake-City, à Chicago. On distille le pétrole sur les bords du lac Ërié et à Pitlsburg: c'est là qu'on le convertit en huile à brûler et produits divers (1).

Les industries mécaniques ont pris un développement extraordinaire grâce aux progrés inouïs de Tagriculture, du commerce et de Tindustrie elle-même, grâce aussi à l'emploi si ingénieux que les Américains ont su faire des machines dans toutes les branches du travail humain. La construction des machines est un champ dans lequel les Américains sont passés maîtres et c'est de leur pays qu'est partie l'étincelle de cette révolution dans les procédés du travail, dont les conséquences économiques sont en train de bouleverser le monde.

L'industrie mécanique n'est pas aussi concentrée que la fabrication proprement dite du fer. Mais ce sont encore les États du nord-est qui livrent le plus de machines: New- York, Pensylvanie, Massachusetts, Ohio. L'Illinois vient au second rang.

Seul, l'art des constructions navales ne s'est pas maintenu à la hauteur des progrès de la technique moderne, les Anglais restent toujours au premier rang. Le travail des métaux précieux est, en revanche, naturellement très avancé, la matière première abondant. Les industries chimiques sont dirigées par des ingénieurs formés aux écoles d'Europe.

Les industries céramiques ont pris en Amérique une grande extension et sont parvenues à un haut degré de perfection artistique. La fabrication des poteries et de la verrerie trouve dans l'argile de la région mississipienne et dans les vastes champs de sable de la Pensylvanie d'excellents matériaux. C'est par suite la vallée de l'Ohio qui renferme le plus grand nombre de faïenceries, et c'est dans la Pensylvanie qu'on fabrique le plus de verre. La terre à porcelaine est beaucoup plus rare et les usines qui l'exploitent sont partout peu nombreuses.

Industries dérivées des règnes végétal et animal. — Parmi les industries alimentaires de cette catégorie, le premier rang revient à la minoterie et à la consei've des viandes. La minoterie est la plus importante en valeur des industries américaines. C'est d'ailleurs celle qui réclame le moins de travail. Les moulins de toute catégorie, à eau, à vent, à vapeur, sont très disséminés sur le territoire de l'Union. Mais ce sont naturellement les

(1) Indastrie métallurgique (1898) :

Fonte 'j.îSS.OOO ton.

Fer 4. 085. 000

Acier 4.841.000

Nombre de hauts fourneaux (1890) 559

Dont, en Pensylvanie. 221

Cuivre 153.000 ton.

Plomb 148.700

Ëlats du centre qui en comprennent le plus grand nombre. L*Ulinois et le« six ou sept États agricoles qui l'entourent traitent plus de la moitié de< farines que consomment ou exportent les gens de TCnion. Le New-York et la Pensylvanie, riches en houille et qui reçoivent aisément par les lacs les blés de Touest, ajoutent un fort appoint à ce premier contingent.

C'est encore dans TlUinois, ou pour mieux dire à Chicago, qu'est concentrée Tindustrie de la viande. Cet immense entrepôt prépare le Uei^ des conserves de tous les États. Les territoires voisins, Indiana, Ohi», Missouri, lowa et les pays de Test, New- York, Massachusetts, qu on trouve représentés dans toutes les branches d'industries, viennent en «econde ligne.

La fabrication du fromage et du bevrre est active surtout dans TÉtat de New- York, où Ton nourrit le plus grand nombre de vaches laitières. 11 faut citer en outre Tlllinois et TOhio.

Ce sont les États du nord-est, où sont les houblonnières et les champs d'orge les plus étendus, qui produisent le plus de bière (New-York, Pensylvanie, Ohio) et c est dans le même groupe qu'on distille également la plus forte quantité de sucre extrait des cannes, importées du sud, du sorgho, de l'acer saccharinum, etc.

La préparation du tabac et la fabrication des cigares est une des indostries les plus disséminées dans tous les États, mais le groupe de Pensylvanie-Ohio est encore ici prépondérant.

Les tndus/ms textiles sont parmi les principales sources de richesse des États-Unis, où ces industries trouvent en effet les meilleures conditions de prospérité : matière première, combustible et débouchés. Mais les Américains ne manufacturent qu'une partie relativement médiocre de leur coton (1/3 environ). Comme les provisions de houille sont inépuisables, l'industrie cotonière peut recevoir dans leur pays une extension très grande qui menacerait singulièrement une des branches les plus lucratives du commerce anglais. Déjà les cotonnades américaines font une concurrence heureuse aux produits britanniques sur toute l'étendue du continent africain. Elles pourraient aisément leur fermer les marchés de l'Asie, autour desquels la lutte est aujourd'hui si Âpre; ce n'est que l'accroissement trop rapide du nombre même de leurs habitants, qui t empêché les États-Unis de jouer jusqu'à présent, dans l'approvisionnement en cotonnades des autres pays, un rôle plus honorable (1).

Nous savons déjà que, pour l'industrie de la laine, la matière première ferait plutôt défaut, et que les États-Unis sont encore, jusqu'à ce que

(1) Industrie cotonnière (1895) :

Usines 2.G41, dont pour les cotonnades seules 905, employant 2!!1.584 per* sonnes.

Production totale du coton 2.281 .761 tonnes.

Consommation 710.204 —

Valeur de l'exportation des cotons travaillés. . . . 68.945.000 francs.

En 1875 20.000.000 -«

ÉTATS-UiNlS. 753

rélevage des moutons dans Le Far West se soit accru, tributaires de Té (ranger pour les produits bruts (1).

Même phénomène pour la soie. C/est à peu près la totalité delà matière brute que TUnion demande à l'Europe ou à la Chine.

En tout cas, la matière première, coton, laine ou soie et le combustible ne sont pas réunis sur les mêmes lieux. C*est le combustible, comme en tant d'autres pays, qui a attiré la matière première, et c'est pour ce motif que toutes les industries du tissage sont concentrées dans les Ëtats de la Nouvelle- Angleterre, et dans le groupe New-York, Pensylvanie, New-Jersey. Tous ces Ëlats sont effet à proximité des abondantes mines d'anthracite de la Pensylvanie. Le Massachusetts vient tout à fait en première ligne avec Boston, et ses annexes, Lowell, Lawrence, Worcester. La Pensylvanie est à peu près sur le même rang pour la laine (Philadelphie), mais elle ne joue qu'un rôle secondaire dans le tissage du coton et de la soie. C'est le New-Jersey et le New- York qui travaillent de préférence cette dernière matière. Le Maine, le New-Hampshire, le Connec- (icut, le Rhode-lsland, se partagent à peu près également le reste des manufactures de laine et de coton. Parmi les autres régions de l'Union, on peut à peine citer, dans l'industrie de la laine, le groupe du centre, Illinois, Ohio, Indiana; dans celle du coton, la Géorgie et les deux Carolines. Mais ces deux groupes ne prennent qu'une part tout à fait minime à la production totale.

Les industries textiles ont fait en Amérique d'énormes progrès depuis le milieu du siècle. Mais, malgré ces progrès, les États-Unis sont loin encore d'égaler les États industriels de l'Europe.

Les industries du jutCy du chanvre, du Un, n'ont qu'une importance toute secondaire, elles sont au reste concentrées dans la même région.

Ce sont également les centres populeux du nord-est et de l'est qui ont attiré l'industrie du cuir, si importante dans le pays d'élevage.

Notons, pour terminer, que la Californie est assurément un des États de l'Union où toutes les branches d'industrie sont le plus universellement représentées; mais chacune d'elles n'y occupe dans l'ensemble qu*une place de peu d'importance : nous n'avons eu en effet pour aucune à citer cet État dans le nombre des grandes régions productives. L'accumulation de tant d'industries diverses lui donne toutefois une valeur à part, qu'il fallait signaler.

Rêsuiné de la production industrielle. — Ce court exposé suffit à bien montrer la rapidité et la grandeur des progrès réalisés depuis quarante ans par les Américains dans toutes les branches d'industrie. Nous avons admiré leur esprit d'initiative et d'invention. Nous avons reconnu toute

(1) Industrie lainière (189ô) :

Nombre de manufactures 3 . 489

— d'ouvriers 219.132

Valeur de la production totale 1.688.812.000 fr.

Géographie économ. 48

la part qu'ils onl prise au perfectionnement de Foutillage mécanique. A ce titre, et si Ion ne tient compte que des moyens employés, des procédés, des méthodes, le rôle qu'ils ont joué et l'influence qu'ils ont exercée dans le mouvement industriel du monde entier est considérable. Mais nprès tout, si on se borne à supputer le résultat brutal, sans considérer le point de départ ni le chemin parcouru, il faut bien avouer que le développement, tout prodigieux qu'il soit, de leur industrie, n'a jusqu'à présent, au regard du reste du monde, qu'une importance nationale. Us ont su, sans doute, se rendre indépendants de l'Europe sur bien des terrains ; mais en revanche, si l'on excepte les farines et les conserves de viandes, qui peuvent à peine passer pour des matières industrielles, ils n'ont euxmêmes envoyé sur les marchés étrangers aucun produit sorti de leurs manufactures. Les cotonnades vendues en Afrique, qui seules feraient exception, ne représentent dans l'ensemble qu'une valeur insignifiante. Bref, nous sommes bien loin des merveilles de la production industrielle anglaise, mais rien n'empêche l'Union de partager avec nous les marchés du monde. Elle en a la faculté à tous égards, et, nous pouvons ajouter, l'ambition.

G. — Commerce.

Voies de commimication. — Dans le continent, massif et carré, que forment les États-Unis, où les côtes sont souvent inhospitalières, la mer ne sera pas, comme en Angleterre, la principale voie de communication. A part San-Francisco, sur la côte occidentale, tous les grands ports américains sont massés dans un espace de moins de 5 degrés, entre la baie de Chesapeake et Boston ; encore ces ports sont-ils presque tous relég^uês au fond d'estuaires ou sur des fleuves. C'est également le cas de la Nouvelle-Orléans, le grand entrepôt maritime du sud.

Ce sont les voies de l'intérieur qui suppléent au manque d'articulation littorale. Nulle part plus qu'aux États-Unis, le développement de la richesse publique n'est intimement lié à l'accroissement et au perfectionnement des voies de communication de toute nature. La population n'a conquis véritablement l'intérieur à la culture que du jour où le$ lignes transcontinentales ont assuré ses relations avec le reste du pays. De plus, pour transporter des matières relativement encombrantes et de peu de valeur, les blés, les animaux, les viandes, les bois, à des distances souvent énormes, il faut non seulement des routes, fluviales ou terrestres, mais encore que le tralic puisse s'opérer à des prix minimes. Ce résultat a été obtenu d'une part par la concurrence des canaux, des rivières et des chemins de fer et par la rivalité des chemins de fer entre eux, et d'autre part par les conditions d'établissement, particulièrement faciles et peu coûteuses, qu'ont rencontrées aux États-Unis les voies de toutes sortes.

En effet, si la distance est dans ce pays le grand ennemi, Tabsence de relief qui le caractérise sur la plus vaste étendue, non seulement rend les fleuves navigables jusqu'à une énorme distance de la mer, mais a permis

la construction à bon compte des canaux et des voies ferrées. Rares sont les endroits où sont nécessaires les grands travaux d*art, tunnels, tranchées, les nombreuses écluses. Dans toute la région centrale et orientale, les AUéghanys sont le seul obstacle. Mais on remarquera que leurs vallées parallèles sont justement disposées dans le sens des communications entre le nord et le sud, et qu'une vaste dépression s'ouvre à la hauteur de New- York et de Baltimore, comme pour donner plus aisément passage aux routes qui relient les ports de Test aux pays du centre. On remarquera en outre que la plupart des rivières sont encore orientées dans la direction que suit fondement le commerce. Seul le Mississipi borne la route entre Test et Touest; mais à la latitude où les relations sont particulièrement actives entre ses deux bords, il est encore relativement peu large. Les Américains ont trouvé, en tout cas, le moyen de le franchir en jetant au-dessus d'immenses ponts de fer. C'est au reste la voie centrale naturelle entre le nord et le sud.

A Touest enfin, le vaste plateau qu'enserrent les Montagnes Rocheuses et la Sierra-Nevada n'oppose pas aux communications des difficultés aussi grandes que le premier aspect de la carte du relief pourrait le faire supposer. Il se rétrécit d'abord sensiblement au nord et au sud. Au nord, le rapprochement des sources du Missouri et de la Colombia, au sud la dépression du Rio-Gila et l'abaissement de relief très notable qui se manifeste entre les plateaux du Colorado et la Sierra^Madre, ont en outre rendu assez facile rétablissement des voies transcontinentales. Au centre même les constructeurs du premier « Paciflc-Rail-Road » ont trouvé avantage à suivre les sillons que dessinent le Humboidt et la Plalte.

Les États-Unis sont riches en votes navigables naturelles. Nous ne mentionnerons que pour mémoire les nombreux cours d'eau qui se déversent dans l'Atlantique. La plupart sont accessibles à la grosse batellerie sur plusieurs centaines de kilomètres. L'Hudson seul a une grande importance, grâce à New- York et aux nombreux canaux dont il est le point d'attache. La marée le remonte jusqu'à Albany et permet aux navires de 1,000 tonnes d'atteindre cette ville. Sur le Pacifique, le Colorado et la Colombia n'offrent pas de grandes ressources au commerce. Le Sacramento et le San Joaquin ont plus de valeur et drainent les riches campagnes de la Californie.

Mais le grand réseau navigable des États-Unis est formé par les deux systèmes du Mississipi et des grands lacs, séparés l'un de l'autre par des seuils insignifiants que franchissent sans peine les canaux. C'est une magnifique voie naturelle ininterrompue, qui coupe en travers les États-Unis.

Le Mississipi est navigable à partir de Saint-Paul du Minnesota, mais il n'est accessible aux gros bateaux qu'en aval de Saint-Louis. A la Nouvelle-Orléans, la profondeur du fleuve est de 30 mètres ; mais les bouches du delta sont obstruées par les alluvions et fermaient l'entrée du port aux navires calant plus de 4 ou 5 mètres, avant que des travaux d'endiguement et de régularisation d'une des passes aient été effectués en 1875. Toutefois, le tirant d'eau ne dépasse pas 7 mètres.

L'Arkan$as et la Red-River sont remontés par les bateaux jusqu'à une distance de 800 à 1,200 kilomètres. Le Missouri est également navigable sur une grande longueur; mais en amont de KansasCity, il est peu fréquenté. L'Ohio, traversant les territoires les plus fertiles de FUnion, forme en revanche avec ses affluents et ses canaux le plus important réseau navigable de tout le pays. Le mouvement de la batellerie est régulier à partir de Pittsburg, et jusqu'à Cairo, d'innombrables trains de bateaux, portant blé, maïs, coton, charbons, minerais, sillonnent le fleuve dans les deux sens.

Nous avons déjà eu l'occasion d'étudier les grands lacs et le Saint-Laurent, qui sont un des canaux naturels les plus remarquables des États- Unis ; il est inutile d'y revenir. Ces grandes masses d'eau très découpées, qui s'avancent au loin dans l'intérieur des terres, rendent assurément d'immenses services aux relations commerciales d'État à État; mais à l'égard du commerce avec l'étranger, elles ne compensent guère le défaut d'articulation des côtes américaines. C'est une Méditerranée à écluses et à mauvaise issue.

D*ail]eurs tout le système navigable de l'Amérique du Nord souffre de deux obstacles, inhérents au climat et que nous avons déjà signalés : les sécheresses estivales, les glaces en hiver. Le Saint-Laurent est fermé, nous le savons, à la navigation pendant la moitié de l'année. L'Hudson est barré par les glaces pendant plus de trois mois et en été des bancs de sable interrompent son cours. Même phénomène sur le haut Mississipi, où la chaleur et le froid sont également intenses. En aval même de Saint- Louis, le fleuve est souvent pris par la gelée, et au mois d'août et de septembre le tirant d'eau descend parfois au-dessous de 1"^,20. C'est encore rOhio qui est à cet égard l'artère privilégiée; la navigation n'y est en moyenne interrompue que pendant quelques semaines.

Des canauXf construits de bonne heure, mettent en relations les trois grands réseaux de voies fluviales des États-Unis : Mississipi, Saint-Laurent et grands lacs, Hudson et cours d eau du versant atlantique. Nous ne pouvons indiquer que ceux dont l'importance est de premier ordre. New-York est en communication avec Montréal sur le Saint-Laurent, avec Oswego et Rochester sur le lac Ontario, avec BufTalo surTÉrié.

Philadelphie est rattachée directement au réseau de l'État de New- York d'une part, et à l'Ohio d'autre part.

Plusieurs canaux, ayant pour point d'attache sur le lac Érié Cleveland ou Toledo unissent ce lac au système de l'Ohio, et notamment àPittsburg. Cincinnati et au Wabash.

Chicago enfîn est en relations faciles avec Saint-Louis par le canal de riilinois.

H va sans dire au reste que les canaux sont soumis aux mêmes causes d'arrêt que les fleuves, du moins pendant l'hiver.

C'est cette interruption périodique et parfois si longue de toute activité commerciale, qui explique en bonne partie le succès de la concurrence que les chemins de fer ont fait partout aux fleuves et aux canaux.

£n fait, on estime que toute la région au nord de l'Ohio et de l'Ârkansas envoie ses denrées vers les ports de l'Atlantique, au lieu de leur faire suivre les voies naturelles, qui les mèneraient à la Nouvelle-Orléans.

Les routes n*ont pas aux États-Unis Timportance qu'elles eurent longtemps chez nous. On ne construisit d'abord que des chemins temporaires sans aucune condition de solidité ni de durée. Puis quand la population se fut accrue et le commerce développé, Tépoque des chemins de fer était venue et on aima mieux établir partout des lignes de rails, que de construire à grands frais de larges routes, qui devaient perdre nécessairement beaucoup de leur importance, comme voies de commerce entre les villes, à mesure que s'étendrait le réseau ferré. En somme, aux États-Unis, les routes ne sont et n'ont été dès l'origine, on peut dire, que les annexes des chemins de fer.

Tout ce qu'on sait déjà du développement et de la localisation des diverses industries agricoles et manufacturières aux États-Unis, de la direction des grandes voies naturelles de commerce, de la répartition des centres de production et de consommation, fera comprendre aisément les grands traits du réseau des chemins de fer. Les centres de ce réseau sont d'une part TlUinois, de l'autre la région des grands ports atlantiques.

Dans la région de l'iilinois viennent aboutir toutes les lignes qui du nord, de l'ouest et du sud-ouest, amènent les denrées agricoles et les produits miniers. Chicago et Saint-Louis sont les deux grands « collecting-points » de cette région. Chicago, à l'extrémité du Michigan, commande la navigation des lacs, et par conséquent les relations par eau avec Montréal et New- York. Saint-Louis, à l'embouchure du Missouri, non loin de celle de l'Ohio, concentre le commerce de ces deux vallées, à l'endroit où le Mississipi devient navigable aux grands bateaux. Douze lignes de chemins de fer au moins s'embranchent à Chicago ; c'est véritablement le point d'attache des voies transcontinentales du nord (Northern-PaciÔc, et Pacific-Rail-Road). Saint-Louis joue le même rôle à l'égard des lignes du sud.

De Chicago et de Saint-Louis, des lignes innombrables, appartenant toutes à des compagnies différentes et se faisant par suite concurrence, se dirigent d'une part, vers les divers ports de la côte atlantique septentrionale, Boston, New- York, Philadelphie, Baltimore, d'autre part vers le sud et en particulier vers la Nouvelle-Orléans. Le premier groupe est le grand débouché des États-Unis en face de l'Europe. C'est là que presque tout aboutit et c'est de là que tout se répand à l'intérieur. Mais la Nouvelle-Orléans est aussi un centre important. Une grande ligne qui suit le versant oriental des Alléghanys la rattache à New- York ; une autre, le Southern-Pacific-Rail-Road, l'unit directement à San-Francisco.

San-Francisco enfin est le point d'attache sur le Pacifique de toutes les lignes transcontinentales.

Les Etats-Unis sont desservis aujourd'hui par 288,000 kilomètres de chemins de fer; c'est beaucoup plus que l'Europe entière. Nulle part un réseau n'a été construit avec une aussi vertigineuse rapidité; la « manie >»

des chemins de fer a souvent sévi du reste d^une façon inintelligeole, et beaucoup plus en vue de la spéculation qu'en vue de Texploî talion rai* sonnée des richesses du pays. Un immense krach, survenu en 1878, a assagi les Américains. C'est depuis que Ton a construit les quatre nouvelles lignes transcontinentales destinées à aider et à doubler le » Central- Pacific-Rail-Road » inauguré en 1869.

Les chemins de fer sont actuellement trop nombreux aux États-Unis. Beaucoup de compagnies ne font pas leurs frais, et la circulation n'est pas intense, comparée à l'étendue du réseau ; elle n*est comparable à celle des lies Britanniques qu'au point de vue des marchandises, ce qui tient aux conditions maritimes si défavorables de TAmérique (1).

Marine marchande, ports de mer. — La marine marchande des États- Unis, quoique relativement considérable, n'a cependant pas l'importance qu'elle devrait avoir, eu égard au commerce du pays (2).

Le mouvement total des ports est considérable, il dépasse 40 millions de tonneaux, mais les navires américains n'entrent dans ce total que pour un chiffre assez minime (12.34 p. lOo); ce sont les Anglais qui tiennent le premier rang avec 54.98 p. 100 du total, l'Allemagne vient ensuite avec

(I) Longueur totale en 1894 388.460 kilomètres.

Exploitation en 1890:

Longueur exploitée 251 .696 kilomètres.

Capital d'étsJilissement par kil.. 199.390 francs.

Effectif roulant :

Locomotives 29.938

Wagons de toutes sortes 1 . 164 . 188

Exploitation :

Voyageurs à toutes distances. . . . 492.430.900

— 1 kilomètre .' 19.066.300.000 v. k.

Marchandises à toutes distances. 646.756.300 tonnes.

— 1 kilomètre 124.609.500.000 — klL

Recettes totales brutes 5.623. 127.400 francs.

Dépenses — — 3.699.795.900 —

Produit net de Texploitation 1 .933.331 .500 —

Après déduction des dépenses accessoires 548.981.100 —

(3) Marine marchande (1894) :

Navires. Jauge.

Voiliers 17.060 2.494.599 tonneaux.

Vapeurs 6.526 2.189.430 —

Total 23.586 4.684.029 —

Dont au long cours. 899.698 --

Sur l'Atlantique.... 17.468 2.712.943 —

— le Pacifique 1 . 520 456 . 358 —

— les Grands lacs.. 3.341 1.227.400 —

— les Rivières 1.257 287.325 —

16.35 p. 100, la France occupe le troisième rang avec 8.59 p. 100, suivie par les Pays-Bas avec 5.22 p. 100 (1).

New-Yoi*k est de beaucoup le premier port des Ëtats-Unis; dans une situation admirable, au fond d une superbe baie, entre deux profonds canaux, THudson à Touest, Ëast River à l'est, il fait un commerce total qui n'est dépassé au monde que par Londres et Liverpool. C'est le grand port d'importation de l'Union; les exportations sont relativement moins considérables. 11 est réuni aux grands ports de l'Europe, Liverpool, Londres, le Havre, Hambourg, Anvers, etc., par des lignes régulières de paquebots rapides.

Boston, Philadelphie et Baltimore ne sont que des satellites de New- York, et font surtout des exportations.

La Nouvelle-Orléans f qui devrait être le grand débouché de la vallée du Mississipi, ne joue pas ce rôle, nous l'avons vu. Elle gagnera cependant au développement du Far West.

San-Frandsco a de même un bel avenir ; les relations avec l'Extrême- Orient sont déjà nombreuses; l'ouverture d'un canal interocéanique, quel qu'il soit, ne peut manquer en outre de donner un grand essor à son trafic en le rapprochant des ports de l'est et de ceux de l'Europe (2) .

Commerce proprement dit. Gonunerce intérieur. — Ce qu'on appelle le commerce intérieur, c'est-à-dire la somme des échanges qui restent confmés dans les limites politiques du pays, est nécessairement très actif aux États-Unis. Dans cette vaste région, presque aussi grande que l'Europe, on trouve représentés plus encore qu'en Europe tous les climats, toutes les zones de production. Supposez notre continent ne formant plus qu'un u État » : son commerce <' intérieur » serait énorme. C'est, toutes proportions gardées, le cas des États-Unis. Les pays à céréales du centre ont un excédent de production; presque tout le reste de l'Union consomme en revanche plus de blé qu'il n'en produit ; c*est le commerce qui rétablira l'équilibre. Les fruits, les vin?, la bière, le sucre, localisés dans des centres différents, sont également l'objet d'échanges réciproques. Le coton du sud, la laine du Far West sont envoyés dans le nord-est, où

(1) Mouvement total des ports (U9i):

Entrées. Sorties. Tot&ux.

Américains 4.654.4»9 ton. 4.789.918 ton. 9.394.407 tonn.

Étrangers 15.334.984 15.535.950 30.860.934 —

Total ia.98tf.473 20.265.868 40.265.341 —

(2) Mouvement des principaux ports (30 juin 1892), sans le cabotage :

Entrées. Sorties. ToUl.

New-York 7.304.015 ton. 7.140.393 ton. 14.444.408 ton.

Philadelphie 1.733.047 1.497.218 3.230.265

Baltimore 1.129.447 1.384.035 2.513.482

Nouvelle-Orléans 1 .222.201 1 .250.281 2.472.542

Boston 1.664.713 1.406.539 8.071.252

San-Francisco 1.290.561 1.180.105 2.470.666

on les transforme en tissus et d*où on les réexpédie sur toute la sur&ce de rUnion. Même phénomène pour Tindustrie du cuir. La houille, qui existe partout, du moins dans la région actuellement peuplée, ne sollicite pas un trafic important, et il en est de même du fer ; mais les autres minerais, les métaux précieux, les bois, ne se recueillent que dans des cantons relativement restreints et sont ensuite distribués partout le pays. On pourrait multiplier les exemples. C'est un perpétuel mouvement d'échanges entre le nord et le sud, entre l'est et Touest. Au trafic des matières qui ne sortent pas du territoire, il faut naturellement adjoindre les denrées de l'intérieur qui suivent les voies navigables ou les chemins de fer, pour gagner les ports à destination de l'étranger, En outre le commerce de transit est assez actif. Des cargaisons de blés du Maniloba et de l'Ontario méridional sont chaque année dirigées par les lacs et canaux vers New-York.

Les travaux exécutés sur le Saint-Laurent auront pour premier efTet de détourner définitivement vers Montréal ce courant qui a pris parfois une grande importance . Toutefois New-York gardera des avantages pour les marctiandises peu encombrantes et pour les voyageurs. Quant à la traversée du continent d'est en ouest, comme point de passage entre l'Europe et l'Asie, elle n'est, bien entendu, aucunement pratiquée; et si les Anglais trouvent avantage à faire venir par cette voie d'Australie ou de Chine quelques denrées de prix, ils ont à leur disposition une voie nationale, qui les rend indépendants des États-Unis.

Notons que le commerce intérieur a été singulièrement stimulé aux États-Unis par l'extension prodigieuse des voies ferrées, complétant le réseau fluvial.

Mais l'activité du cabotage est très restreinte. Le golfe du Mexique entretient quelques relations par mer avec New- York, pour le transport des cotons et des laines. Ce n'est que le percement de l'Amérique centrale par un canal maritime, qui pourra activer le grand cabotage, en facilitant les communications par mer entre les deux eûtes opposées de l'est et de l'ouest.

Commerce extérieur. — On a tout dit sur l'opposition d'intérêt qui sépare profondément le nord et le sud des États-Unis, et les maintient en lutte dans toutes* les questions de commerce extérieur. On sait comment et sous quels noms cette opposition se manifeste à chaque élection présidentielle. Les gens du nord, dont le pays produit à peu près tout ce qui est nécessaire à leurs besoins, trouvent avantage à s'entourer de tarifs de douane fort élevés pour protéger leurs industries naissantes, exploitation agricole, en particulier viticulture, non moins qu'industrie manufacturière, contre les produits éU'angers. Les Sudistes, qui produisent U* coton, et qui pour tout le reste ne se suffisent pas, se font au contrains les fauteurs d'un « libre-échange » qui en ouvrant leurs marchés à la concurrence européenne aurait pour premier résultat rabaissement des prix.

11 est certain que cette divergence de vues ne pourra que s'accroître ot

se marquer, à mesure que se développeront les États-Unis qui ne formeront jamais au point de vue économique un tout cohérent. Jamais San- Francisco n'aura les mêmes intérêts que la Nouvelle- Orléans ou New- York : mais dans Tétat actuel, le raisonnement des c( Républicains » a quelque apparence de fondement et ce sont eux qui l'emportent. Les États-Unis sont bien en effet aujourd'hui un pays qui donne en excès des produits agricoles, mais qui parvient difficilement à fournir d'objets manufacturés de toute nature une population toujours croissante. On ferme donc les portes aussi étroitement que possible aux produits européens, tout en les laissant largement ouvertes pour l'exportation des denrées nationales. Malheureusement, et c'était de bonne guerre, les Européens ont fait les mêmes raisonnements, mais dans un ordre inverse ; leur industrie ne court en effet jusqu'à présent aucun risque, mais ils ont cru prudent de protéger à leur tour leur agriculture. De là dans plusieurs pays l'établissement de droits protecteurs. Nous n'avons pas à rechercher ici si l'Europe y gagne, mais il est certain que l'Amérique y perd. Elle y perdrait encore bien davantage si les Anglais « protégeaient » assez la culture du blé et du coton aux Indes et en Egypte, pour permettre à ces produits de soutenir sur les marchés de Londres la concurrence contre les envois d'Amérique. C'est justement l'éventualité que redoutent les gens du sud, dont le coton est la principale ressource.

Le commerce extérieur des États-Unis atteint une somme de 7 milliards et demi de francs, presque également partagée entre les importations et les exportations, avec un léger excédent en faveur de ces dernières (1).

Les principaux objets d'exportation sont bien déGnis ; ils comprennent, dans la proportion de plus des trois quarts, les produits bruts, et surtout ceux de l'agriculture, puis, pour moins d'un quart, ceux des manufactures. L'énumération des produits exportés établit bien le caractère essentiellement agricole de la richesse des États-Unis et de leur commerce (2).

Uimportation comprend trois classes principales de marchandises : en première ligne, les denrées alimentaires que le sol de l'Union ne produit pas en quantités suffisantes (denrées coloniales, vins) ; en seconde ligne,

(1) Commerce total (juin 1894 à juin I89ô) :

Importations. Exportations. Total.

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